Rotations dérisoires ? Toupies, sabots et pirouettes (XIIIe-XVe siècles)

  • Trivial rotations ? Toupies, sabots and pirouettes (XIIIth-XVth centuries)

DOI : 10.54563/bdba.2148

p. 103-126

Résumés

En étudiant l’inscription littérale, les usages métaphoriques et les divers types de discours tenus sur les toupies dans les textes écrits en français entre le XIIIe et le XVe siècle, cet article a pour objectif d’interroger la façon dont les représentations littéraires se saisissent d’un jouet bien attesté dans la culture matérielle médiévale. L’enquête montre que la simplicité de cet objet en apparence futile et dérisoire favorise une grande plasticité discursive et graphique, qui met la pensée en mouvement.

By studying the literal inscription, the metaphorical uses and the various kinds of discourse about spinning tops in texts written in French between the 13th and 15th centuries, this article aims to question the way literary representations depict a toy whose presence is well attested in medieval material culture. The investigation shows that the simplicity of this apparently futile and trivial object fosters a great discursive and graphic plasticity, setting thought in motion.

Plan

Texte

Parler de toupies juste pour le besoin ici que ça tourne, que ça fasse tourner la tête, qu’on n’ait plus soi-même de prise sur sa mémoire, qu’à travers ces figures trop rapides, en provisoire équilibre1 ?

En élaborant une autobiographie par les objets et en mettant en valeur combien ces derniers construisent nos vies, François Bon s’attarde, après un chapitre consacré aux machines à écrire et un autre au transistor, sur une boîte aux toupies. L’écrivain insiste sur le vertige associé à ce jouet, image d’une vie qui défile, d’une mémoire qui échappe et vacille. Mais à quoi joue-t-on au juste lorsqu’on manipule une toupie ? Que fait-on lorsqu’on observe cet objet minuscule tourner sur lui-même ? Jouer à la toupie ne suppose aucune règle stricte et n’engage aucune compétition. Ne requérant apparemment pas de savoir-faire complexe mais plutôt une forme d’habileté élémentaire, ce divertissement semble consister simplement, par une implication corporelle minimale, à mettre en mouvement de la main un objet dérisoire, à contempler le résultat de cette mise en jeu jusqu’à ce que la rotation s’arrête d’elle-même, puis à recommencer.

L’histoire de ce jouet ancestral et présent dans de nombreuses cultures est bien documentée : on a en retrouvé de très anciens exemplaires égyptiens, chinois, japonais, swahilis2. L’importance des toupies n’a notamment pas échappé aux spécialistes de l’Antiquité gréco-romaine, qui montrent qu’il en existait différents types, dont certains, comme les sabots que l’on actionnait à l’aide d’un fouet qui entretenait leur mouvement, ne convenaient guère aux plus jeunes en raison des difficultés qu’il y avait à les manipuler3. Ils font également valoir, dans la mouvance des game studies, les valeurs culturelles et symboliques de ce jouet, à partir d’images, de textes et de sources archéologiques : Marco Giuman a ainsi relevé combien ce petit objet, lié à l’enfance mais également à l’amour, par ailleurs doté de fonctions rituelles, s’inscrivait dans un dense réseau métaphorique4. Ce dernier se déploie dans le temps long et sur des supports médiatiques variés : les toupies sont représentées sur des vases antiques, mais elles sont aussi prises en charge par la peinture à l’époque moderne (on pense par exemple à L’Enfant au toton de Jean-Baptiste Siméon Chardin5) ou par le cinéma, volontiers expérimental (il faut ici rappeler que le pseudonyme du cinéaste soviétique d’avant-garde Dziga Vertov est issu de l’ukrainien Dziga qui signifie « toupie » et de Vertov, nom dérivé du russe vertet, qui veut dire « tourner6 »).

Les historiennes et historiens ont repéré la prépondérance des toupies dans les représentations d’enfants s’amusant avec un jouet au cours des derniers siècles du Moyen Âge7. L’iconographie n’est pas la seule à témoigner de leur présence dans l’Occident médiéval et les sources archéologiques permettent de montrer qu’on jouait à la toupie en Europe : on trouve des exemplaires en bois ou en os datant du XIe au XVe siècles en France, en Irlande, en Allemagne, en Pologne, en Russie8, ainsi que des mentions de pirouettes dans des archives du milieu du XVe siècle comme Les Comptes du Roi René9. La présence de la toupie dans la culture matérielle du Moyen Âge est donc bien attestée. Les travaux d’histoire et d’archéologie cités ci-dessus mettent souvent en regard des découvertes matérielles des extraits de textes vernaculaires qui mentionnent toupies, sabots ou pirouettes. Comment les textes littéraires se saisissent-ils de ces objets communs, de peu de valeur, en apparence futiles et sans importance ? Comment est appréhendé l’équilibre précaire de ce jouet dans les mentalités et les productions textuelles médiévales ? Afin d’examiner les usages et les représentations des toupies dans les textes médiévaux écrits en langue française, je suis partie des occurrences relevées dans les différentes notices historiques, que j’ai complétées en recherchant celles qui sont recensées dans les dictionnaires et dans les bases de données textuelles à disposition. La moisson n’est pas excessivement fournie mais elle offre un petit corpus de textes s’étendant du début du XIIIe à la fin du XVe siècle qui, s’il n’a bien entendu pas prétention à l’exhaustivité, permet de dégager des tendances.

Loin d’un jeu prestigieux comme les échecs qui s’incarne dans des objets luxueux et se voit intégré à presque tous les genres littéraires (lyrique, chanson de geste, roman, allégorie…10), la toupie, ici entendue comme hypéronyme dont je détaillerai plus loin les différentes déclinaisons, ne jouit pas d’une même surface de représentation. Objet minoré11, ce jouet est volontiers présent dans des formes apparemment mineures : listes d’objets hétéroclites, énoncés à caractère proverbial, poèmes brefs, textes accompagnant des images. Il est d’ailleurs souvent mentionné en passant, sans être au centre de scènes développées comme peuvent l’être les jeux de table ou les jeux de dés. Toutefois, l’étude détaillée de ces occurrences permet de montrer que la toupie, considérée dans ses spécificités matérielles, suscite de nombreuses constructions métaphoriques, et qu’elle peut être l’objet de discours qui explorent les mystères de ses mouvements giratoires et de son équilibre précaire. Véronique Dasen montre que l’étude de l’iconographie des jeux antiques « emmène loin du jeu réel et de la reconstitution de son déroulement » mais qu’elle « participe pleinement à la construction d’une histoire de l’intime et du genre dans le monde grec12 ». C’est une même dynamique qui guide cette étude : il s’agit, en examinant l’inscription des toupies dans les textes médiévaux, de contribuer à une histoire de l’imaginaire du jouet13, des joueuses et des joueurs dans les derniers siècles du Moyen Âge.

La toupie, un jeu d’enfants

Signe de son ancrage dans la culture matérielle, la toupie fait volontiers son entrée en littérature dans des textes construits autour d’énumérations d’objets. C’est le cas dans le Dit du mercier, texte de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle de 168 octosyllabes conservé dans un seul manuscrit médiéval14 : J’ai beax fresteax a fresteler,/ Çaboz torneïz et pelotes,/ Patrenostres a cez viellotes15. Dans sa diatribe pour appâter le chaland, le marchand glisse, au sein de la liste des bibelots qu’il vend, des sabots « faits au tour16 ». Il s’agit de menus objets parmi de nombreux autres dont l’accumulation participe à l’élaboration d’une figure de bonimenteur17. Un jouet comme la toupie est en effet façonné par un mercier, à dessein, contrairement, par exemple, à la tieulette et à l’esculette dont le narrateur de L’Espinette amoureuse de Jean Froissart raconte qu’il s’emparait pour construire une écluse et faire voguer un petit bateau sur un ruisseau lorsqu’il était enfant (Et premiers, par quoi je m’escuse,/ Je faisoie bien une escluse/ En un ruissot d’une tieulette,/ Et puis prendoie une esculette/ Que noer je faisoie aval18). Comme l’indique Michel Manson, au sein de la célèbre et longue liste de jeux destinés aux enfants de moins de douze ans présente dans le texte de Jean Froissart, seuls deux jouets sont artisanaux : il s’agit de l’estuet, c’est-à-dire de la balle, et de la tourpoie as amantins avec laquelle le narrateur note qu’il s’amusait soirs et matins19. Les autres sont ce que l’historien appelle des jouets « écologiques » qui, pour le dire cette fois avec Jean-Michel Mehl, relèvent plus du play que du game, soit de l’activité ludique libre plutôt que d’un dispositif matériel qu’encadrent de précises règles du jeu20. Dans cette liste qui traduit « la vitalité innocente et non muselée de l’enfant21 », la tourpoie as amantins correspond à une « toupie à ficelles22 », dont la rotation est amorcée par une corde qui est enroulée autour d’elle23. Les distinctions entre les différents types de toupies tiennent à ce qui initie ou nourrit le mouvement de rotation. Dans le cas de la toupie, une ficelle ou une corde servent uniquement à lancer le mouvement, qui s’éteint ensuite de lui-même ; dans le cas du sabot, un fouet est utilisé pour l’entretenir le plus longtemps possible24 ; dans le cas de la pirouette25, c’est la main du joueur ou de la joueuse qui l’amorce26.

Dans les derniers siècles du Moyen Âge, cette activité répétitive et sans enjeu apparaît comme un symbole de l’enfance. C’est très net au sein de toute une tradition qui érige la toupie au rang d’attribut caractéristique de l’enfant dans l’iconographie des âges de l’homme. On en trouve des exemples dans les manuscrits. Sur la première d’une série d’images du XIVe siècle qui illustrent le psaume 89 en représentant les sept âges de l’homme, un enfant au sabot figure le plus jeune âge (fig. 127) ; dans le corpus des traductions en français par Jean Corbechon du De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais on trouve, au début du livre VI, des représentations des différentes phases de la vie au sein desquelles l’enfance est incarnée par un jeune garçon jouant au sabot (fig. 228) ; en guise de troisième exemple, citons une miniature du Livre des trois âges de Pierre Choinet au bas de laquelle, au-dessus du mot Enfance écrit en lettres d’or, sept enfants sont représentés dont deux garçons jouant avec des toupies (l’un tire sur la ficelle d’une toupie et l’autre fouette un sabot, fig. 329). Cette tradition iconographique est également attestée sur des murs de demeures ou des plafonds peints30. On la retrouve à la fin de la période sur un plateau de table d’apparat illustrée de vingt épisodes retraçant les âges de la vie d’un chevalier, de sa naissance à sa mort : sur cette table datant de 1528, chacune des vingt images est accompagnée d’un phylactère comportant un distique en allemand (fig. 4). La quatrième représente un enfant jouant à la toupie et le texte est le suivant :

Diesen Klob treib Ich nunn früh und spat
Daß Jungen Kinden wol ahnsteht.
« Je lance cette toupie du matin au soir
Comme il convient aux jeunes enfants31. »

Fig. 1 : Psalterium Cantuariense, Paris, BnF, ms. latin 8846, fol. 161r° (détail) (© Paris, BnF)

Fig. 1 : Psalterium Cantuariense, Paris, BnF, ms. latin 8846, fol. 161r° (détail) (© Paris, BnF)

Fig. 2 : Jean Corbechon, Le Livre des proprietés des choses, Paris, BnF, ms. fr. 9141, fol. 98r° (© Paris, BnF)

Fig. 2 : Jean Corbechon, Le Livre des proprietés des choses, Paris, BnF, ms. fr. 9141, fol. 98r° (© Paris, BnF)

Fig. 3 : Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, Paris, BnF, ms. Smith-Lesouëf 70, fol. 19v° (détail) (© Paris, BnF)

Fig. 3 : Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, Paris, BnF, ms. Smith-Lesouëf 70, fol. 19v° (détail) (© Paris, BnF)

Fig. 4 : Table d’apparat pliante, Rhin Supérieur, 1528, Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, n° d’inventaire 22.2010.1.1. (détail) (© Photo Musées de Strasbourg / M. Bertola)

Fig. 4 : Table d’apparat pliante, Rhin Supérieur, 1528, Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, n° d’inventaire 22.2010.1.1. (détail) (© Photo Musées de Strasbourg / M. Bertola)

Dans les traditions textuelles, si l’on ne semble pas à première vue retrouver une association aussi topique entre le jeune enfant et ce jouet, la toupie est également mentionnée comme un exemple de loisir inoffensif, à la différence des jeux de hasard. Ainsi, dans les textes qui s’inscrivent dans le sillage des Disticha Catonis, recueil datant de la fin du IIIe siècle, destiné à enseigner le latin et à former de jeunes élèves, les sentences n° 36 et 37 (Trocho lude./ Aleam fuge32) sont traduites diversement. Robert de Ho, dit Trebor, qui, à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, puise beaucoup dans ce répertoire, écrit dans ses Enseignements : Fiz, dez ne tables n’aiez cure,/ Kar ices gieus sunt sanz mesure ;/ […] Mes si talent as de joer,/ Va donc ton tupet demener33. Le distique est traduit par Juer te dais a tun sabot,/ Kar tables et dicez te frunt sot dans une version anonyme du XIIIe siècle34 ou encore par À telz jeux joue qu’il n’y ait mespresure :/ Jeue au sabot, fuy les jeux damajables/ Et meismement ceulx des déz et des tables35 par Jean Le Fèvre au XIVe siècle. Le trochus latin, c’est-à-dire littéralement le cerceau, est traduit par tupet ou sabot, ce qui se produit fréquemment dans les textes vernaculaires. Louis Becq de Fouquières le rappelait en ouverture de son chapitre sur le trochus dans son ouvrage Les Jeux des Anciens : « On appelle en réalité trochus (τροχός) tout instrument de jeu qui se meut, qui court (τρέχω) en vertu d’une impulsion quelconque ; aussi les auteurs anciens ont-ils parfois désigné sous le nom trochus le sabot ou la toupie aussi bien que le cerceau36 ». Au-delà du corpus de traductions des Disticha Catonis, on trouve ce jouet dans un dialogue en forme de coq-à-l’âne de Guillaume Alecis au XVe siècle, dans lequel peuvent se lire les vers suivants :

Enfans veulent vivre a plaisir.
Rien ne leur plaist fors leur desir :
Avoir veulent chabotz et croces
Et puis après dances et nopces
37.

Dans ce dialogue sans queue ni tête qui juxtapose les quatrains volontiers parémiologiques, le sabot est l’un des attributs de l’enfance et de son goût pour les plaisirs futiles.

Finalement, si l’association entre la toupie et l’enfance est sans doute moins systématique et moins lexicalisée que ne l’est, dans le répertoire visuel, l’image du jeune garçon fouettant son sabot, il semble malgré tout qu’elle soit intégrée à certaines formules ou discours proverbiaux, comme modèle de jeu moralement acceptable et comme exemple de passion enfantine. Le jeune garçon qui s’amuse à faire tournoyer ce jouet s’adonne à un divertissement sans danger, adapté à cette période de la vie38.

La toupie et le vertige

Or, l’enfant et le fou ne sont pas sans points communs dans la culture médiévale39 ; il n’est donc pas étonnant qu’un objet comme la toupie glisse de l’un à l’autre. Denis Hüe a ainsi analysé le personnage du berger Rifflard du Mystère de la passion d’Arnoul Gréban : se présentant comme nourri de pois, aliment emblématique du dervé, il offre, dans l’épisode de la Nativité, un tres beau pilouet40 à l’enfant Jésus. Ce jouet tournant sur lui-même est à l’image de l’instabilité de ce personnage singulier, « qui s’inscrit avec persévérance dans la tradition des bergers fols41 ». Autrement dit, jouet insignifiant offert par un simple berger à un enfant, la toupie occupe ici la fonction d’attribut du fou, tout en lui permettant, dans le contexte de cette scène de Nativité, d’accéder à la révélation42. Il s’agit en somme de l’un des jeux de l’innocence et de la simplicité, dans toute leur ambivalence.

Ce jouet est aussi l’un des visages de l’inconstance et du déséquilibre. C’est de cette valeur qu’il semble être doté dans une image saisissante du viel monde à la fin du poème « Les eages du monde » de Jean Molinet :

Le monde est viel ; tout plain de maladie
Et de lourdie, il monte sus l’estache,
Il danse en l’air, il naige sus vessie,
Il se soussie, il joue a la toupie,
Il prend le pie, il fait le borgne agache,
On le menache, il s’enfuit, on le cache,
Il coeurt, il trache sans rester :
Besoing faict le vielle trotter
43.

Dans un spectaculaire renversement du topos de l’enfant jouant à la toupie, cette strophe élabore l’image d’un vieillard affaibli, très mal en point, qui s’absorbe pourtant dans un jeu dérisoire. Imago mundi, la toupie est elle-même aux mains d’une représentation du monde pour en manifester toute l’instabilité. Le monde, âgé, est à la fois affecté par le poids des années (altéré par les maladies, prêt à monter sur le poteau du supplice, accablé de soucis, ivre44…) et revenu en enfance, dansant dans les airs, nageant sur des vessies et s’amusant avec ce jouet d’une grande futilité. Pouvant être classée dans la catégorie de l’ilinx, c’est-à-dire celle qui rassemble les jeux reposant « sur une poursuite du vertige » selon la taxinomie établie par Roger Caillois45, la toupie offre l’image d’un mouvement qui étourdit. Les nombreux usages du dérivé toupier, verbe aujourd’hui disparu, en gardent la trace46 : signifiant ‘tourner comme une toupie’ lorsqu’il est employé de manière intransitive47, ce verbe montre combien le mouvement du jouet est utilisé pour en désigner d’autres, en l’occurrence celui de corps tournoyant sur eux-mêmes. Toujours sous la plume de Jean Molinet, on trouve l’image frappante d’un curé toupiant come ung fol autour des pilliers48 dans la Prenostication des quatre vens qui, comme les autres Pronostications joyeuses du poète, parodie la rhétorique des pronostications astrologiques. Au-delà de cette inscription dans l’œuvre d’un poète dont il faut rappeler que la signature et les armes mettent à l’honneur le mouvement giratoire du moulin49, la fréquence d’emploi de ce verbe dans l’ancienne langue révèle combien la métaphore ludique imprègne le langage.

Le lien de la toupie avec le mouvement vertigineux permet de comprendre les connotations plus négatives qu’elle peut avoir. À la fin de la période ici prise en compte, la figure allégorique de Barat se définit au seuil d’une farce du recueil de Florence comme un trompeur impénitent mais aussi comme un habile joueur : Mais que je trompe, c’est ma vie/ Et je fais bien la lime sourde/ Et joue bien de la toupie50. La locution jouer de la toupie est interprétée par les commentateurs, à partir de cette occurrence, comme voulant dire, de façon très générale, ‘s’amuser51’. Le cotexte immédiat semble la charger d’un sens plus nettement péjoratif : la présence, en amont, de la locution trouver une grant bourde52 (‘tromper’) et de l’expression lime sourde (‘hypocrite (à l’image de certaines limes qui ne font qu’un bruit sourd53)’) ainsi que la rime, en aval, de toupie avec tromperie, terme présent dans la réplique suivante prise en charge par Cauteleux (dont le nom signifie ‘Sournois’), inscrivent le jouet dans une isotopie de la dissimulation et de la mystification. Loin d’être aussi inoffensive qu’elle peut le paraître au premier abord, la toupie n’est pas simplement le signe d’un divertissement sans enjeu dans cette farce ; elle est mobilisée en tant qu’activité vaine, mais aussi potentiellement malhonnête. Le joueur et sa toupie, avatar de l’escroc au bonneteau, est alors une figure de l’illusion : si Barat joue bien de la toupie, c’est qu’il peut aisément donner le tournis et tromper ses victimes.

Dormir comme un sabot

L’une des particularités de la toupie est sans doute le temps qu’on passe à observer ce jouet mis en mouvement par l’impulsion qu’on lui donne soi-même. Dans le langage courant, ou plutôt ce que les textes littéraires en reconstruisent, elle peut ainsi être convoquée en tant que modèle formel. Dans une ballade dialoguée datant de 1466, le poète Henri Baude fait dire à l’une des voix que Charles de Melun, favori déchu du roi Louis XI, tout juste exilé de la cour, est rond comme ung sabot :

‒ Dont viens-tu, Martin ? ‒ De Melun.
‒ Et que dit-on ? ‒ J’ai veu Charlot.
‒ Par ta foy ? ‒ Il est tout commun,
Aussi camus comme ung rabot.
‒ En bon poinct ? ‒ Rond comme ung sabot.
‒ Quelle chière fait-il ? ‒ Triste et morne.
‒ Et que fait-il ? ‒ Sans dire mot,
Il actent que le vent tourne
54.

Dans ce texte satirique, le modèle du sabot, comme celui du rabot avec lequel il rime, est celui d’un objet ordinaire, commun, mentionné en raison de sa forme, peu élégante ‒ l’éditeur du XIXe siècle précise en note que « Charles de Melun était un homme court et replet55 ». Cette prise en compte de l’objet dans toute sa matérialité est ce qui explique l’expression dormir comme un sabot, que l’on trouve à la même époque dans « La ballade de la grosse Margot » de François Villon : le je lyrique affirme dans la troisième strophe, à propos de Margot et de lui-même, Tous deux yvres dormons comme ung sabot56. L’expression fait référence, comme le notent les différents commentateurs et traducteurs57, à la faculté qu’a une toupie de dormir, c’est-à-dire de paraître immobile alors qu’elle tourne extrêmement vite, sur elle-même et sur place. C’est également le sommeil de l’ivrogne qui est évoqué dans la sotte ballade « Visage de baffe venu… » de Charles d’Orléans avec l’emploi d’une variante de cette expression : le varlet dont il est question dans cette pièce, confit en composte de vin, a été endormy […] comme un touppin58 par les vapeurs de l’alcool. Dans la deuxième moitié du XVe siècle, la toupie est donc un comparant employé pour exprimer le sommeil profond, et notamment celui de l’ébriété. Son mouvement paradoxal, qui semble s’abolir alors même qu’on l’observe et qui ne se révèle que lorsqu’il menace de s’arrêter, permet d’exprimer cette qualité de sommeil particulière.

L’image de la toupie qui dort, appelée à une histoire dans la longue durée59, est motivée par une observation fine de ce mouvement, dont on trouve des traces dans des textes scientifiques médiévaux. C’est le cas du médecin Évrart de Conty qui, à la fin du XIVe siècle, en traduisant deux autorités distinctes, s’empare de ce jouet pour parler d’une part de physique et d’autre part de musique. Dans la XVIe section des Problemata pseudo-aristotéliciens, consacrée aux objets inanimés, la question du mouvement giratoire est abordée60. Le texte grec, sans doute rédigé par un disciple du Stagirite dans cette partie du traité, fait référence aux dés lestés de plomb pour illustrer une réflexion relative à la vitesse de rotation d’un objet dont toutes les parties ne seraient pas dotées du même poids. Dans sa traduction en français, Évrart de Conty fait état de la difficulté qu’il y a à traduire ce passage :

Sans faille il samble de premiere face selon le texte de Aristote qu’il woeille parler du mouvement des toupies ou des sabos de quoy li enfant gieuent, et mectre y son example mais non fait. Car lors mouvemens ne s’i acorde pas ne lor figure aussi bien proprement. Et par aventure fu il translaté ainsi pour ce qu’on ne trouvoit mot u latin qui au grec se acordast quant a ce de plus pres. Il woelt donques parler selonc ce que puis ymaginer par sa maniere de parler et ausi de son expositeur, qui en cest pas est ausi molt obscurs, du mouvement des grosses boules de quoy on gieue aucunes fois en plusieurs lieus en les boulant ou rollant au plus pres d’aucuns signes61.

Tâchant de comprendre son texte-source, le traducteur remarque que le mouvement des toupies ne correspond pas à celui que décrit le texte grec et incrimine l’intermédiaire latin, c’est-à-dire la traduction de Barthélemy de Messine commentée par Pietro d’Abano à partir de laquelle il a travaillé ; de fait, dans le texte de Pietro d’Abano, c’est le terme trocus qui est utilisé62. Le recours à la toupie pour illustrer une théorie physique n’est donc ici pas adéquat ; le traducteur en français fait état de ses hésitations pour finalement opter pour un autre terme et faire référence à un autre jeu s’apparentant à un jeu de boules. Toujours est-il que ce passage fait de la toupie, certes en creux, un objet observé pour ses propriétés physiques.

Dans le développement consacré à la musique, d’inspiration boécienne, que l’on trouve dans Le Livre des eschez amoureux moralisés, texte composé dans les dernières années du XIVe siècle, Évrart de Conty ‒ comme d’autres avant lui63 ‒ emprunte à Boèce l’image de la toupie64 pour expliquer cette fois-ci que le son, composé de plusieurs vibrations distinctes, soit perçu comme unique et continu par l’oreille :

Et de ce met Boeces un exemple de la toupie ou du sabot dont les enfans se jouent, car qui feroit un point tant seulement sus la toupie, d’une couleur notable, et puis feist la toupie movoir isnelment come les enfans font, il sembleroit du seul point dessusdit que ce fu un droiz cercles tout entiers qui fut paint tout autour, par-dessus la toupie, de la couleur mesmez dont le point seroit paint, car, pour la grant isneleté du mouvement, l’œil ne pourroit proprement discerner quel part le point seroit du tour de la toupie, ainz se moustreroit estre aussi come partout65.

L’extrême vitesse du mouvement de rotation est examinée, expliquée et sert elle-même de comparaison pour comprendre comment fonctionne la perception du son : c’est un même type d’illusion qui explique le phénomène optique et le phénomène acoustique66.

Loin de n’être qu’un objet relégué au domaine de l’enfance, inutile voire dénigré car l’intérêt pour une telle futilité et son maniement virtuose cacheraient des prédispositions à la tromperie, la toupie et son mystérieux équilibre sont ainsi utilisés comme « amorce de spéculation intellectuelle67 ». C’est également très net dans un passage du Trialogus de possest du philosophe et théologien Nicolas de Cues, déjà abondamment commenté par la critique. Dans cette œuvre en latin datant sans doute de 1460, l’exemple du trochus est mobilisé en raison du paradoxe de son mouvement qui le fait paraître immobile lorsqu’il tourne, ce qui explique que les enfants disent qu’il se repose, l’expression étant donc attestée en français et en latin. C’est ce qu’explique le Cardinal dans le passage suivant :

Cardinalis : […] Et quanto potentior est fortitudo brachii, tanto citius circumvolvitur trochus, adeo quod videatur, dum estin maiori motu, stare et quiescere, et dicunt pueri ipsum tunc quiescere.
« Le Cardinal : […] Et plus la force du bras est grande, plus la toupie tourne vite, au point qu’il semble, quand son mouvement est le plus grand, qu’elle se tient immobile et reste en repos, aussi les enfants disent-ils alors qu’elle reste en repos68. »

« Image de la coïncidence du mouvement et du repos69 », qui permet de comprendre dans ce passage le mystère de l’éternité70, la toupie est par ailleurs mue par un mouvement appelé à s’arrêter : l’analogie entre le mouvement de l’enfant et celui du Créateur est précisément établie dans la suite du texte71. L’enfant imprime à la toupie un mouvement, le temps du jeu, tout comme Dieu insuffle la vie. La rotation du jouet est ainsi l’image de la vie humaine.

Ces exemples, en latin et en langue vernaculaire, dans des développements étayés ou au détour d’une expression lexicalisée, montrent combien les mouvements de la toupie sont scrutés et insérés dans des réflexions volontiers existentielles, qui ancrent le savoir spéculatif et les constructions langagières dans la matérialité du quotidien le plus dérisoire qui soit.

Je qui tourne soubz aultruy main

Le mouvement de rotation sur elle-même de la toupie est celui qu’imprime la main du joueur ou de la joueuse, qui peut donc à tout moment se lasser, cesser de jouer et délaisser cet objet. L’importance de la main et le jeu d’échelles qui existe entre celle-ci et le jouet nourrissent des constructions métaphoriques tout au long de la période prise en compte dans cette étude. Dans l’une des chansons du trouvère Jehan Erart, dont l’activité poétique se déploie dans les années 1240-1254, le je lyrique se compare à une toupie :

Ensement com la topoie
K’estuet prismes escoillir
Au dechoivre a le coroie
Me puet ma dame baillir
72 […].

L’éditeur propose de traduire cet extrait par « Ma dame peut me gouverner juste comme on gouverne la toupie, qu’on doit d’abord mettre en mouvement quand elle part de [au moyen de] la courroie (qui la fouette)73 ». L’objet manipulé est décrit dans toute sa matérialité, avec son accessoire, la coroie (dans une pastourelle du même trouvère, le verbe toupier est aussi associé à la coroie dans un réseau métaphorique plus nettement sensuel et érotique74), et en collocation avec le verbe escoillir, qui signifie ‘mettre en mouvement, lancer’. On trouve un autre exemple de cette collocation dans Les Congés de Jean Bodel datant de 1202 : l’expression escueillir la topoie a aucun doit être comprise, d’après l’éditeur Pierre Ruelle, comme le signe d’une rivalité entre joueurs, qui pouvaient s’amuser à fouetter tour à tour un sabot et introduire ainsi un régime de compétition dans ce jeu en apparence solitaire75. En contexte érotique, faire de son amant sa toupie, c’est en disposer à sa guise, selon les prérogatives de la dame courtoise : dans les vers de Jean Erart, la métaphore ludique76 fait littéralement de l’amant le jouet de sa dame.

La toupie, actionnée par une main, est dépourvue d’agentivité ; elle dépend totalement de qui s’en empare. C’est ce que montre éloquemment, à la fin de la période envisagée, une étonnante tapisserie, conservée sous le numéro d’inventaire Cl. 23752 dans les collections du Musée de Cluny depuis 200377. Intitulée La Pirouette, cette tapisserie vraisemblablement réalisée dans les Pays-Bas méridionaux à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle représente une main lançant une toupie sur une sorte d’autel au bas duquel trois autres toupies tournent ou gisent (fig. 5). Sur un cartouche à fond rouge posé devant cet autel ou cette table, on peut lire le cinquain suivant :

Je qui tourne soubz aultruy main
N’ay seürté ne soir ne main,
Car cil soubz quelle main je tourne
Si sousdainement s’en retourne
Qu’il n’attend ne huy ne demain.

Fig. 5 : Musée national du Moyen Âge – thermes et hôtel de Cluny, tapisserie « La pirouette », n° d’inventaire : Cl. 23752 (© RMN – Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Gérard Blot)

Fig. 5 : Musée national du Moyen Âge – thermes et hôtel de Cluny, tapisserie « La pirouette », n° d’inventaire : Cl. 23752 (© RMN – Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Gérard Blot)

C’est à Viviane Huchard que l’on doit l’identification du texte de cette tapisserie de dimensions moyennes (183 cm de longueur et 166 cm de largeur) et d’un tissage de qualité commune en laine et soie (6 fils au centimètre) : la conservatrice générale et directrice du musée y a reconnu l’un des quarante-neuf Dits moraux pour faire tapisserie d’Henri Baude78 (né dans le premier tiers du XVe siècle, mort après 149679). Bien qu’il s’agisse de l’un des deux seuls exemples tissés aujourd’hui connus de ces dits80, il a été montré que ces textes étaient bien « destinés à accompagner, ou tout au moins à inspirer, des représentations iconographiques sur tissu81 ». Ces dits sont conservés dans onze manuscrits dont six sont enluminés ; parmi ces six, quatre offrent une représentation de la pirouette82, et il est probable que l’un d’eux, le manuscrit Paris, BnF, fr. 24461 (fig. 6), dit « recueil Robertet », ait servi de modèle à la tapisserie acquise par le musée de Cluny83.

Fig. 6 : Henri Baude, « La pirouète », Paris, BnF, ms. fr. 24461, fol. 48r° (© Paris, BnF)

Fig. 6 : Henri Baude, « La pirouète », Paris, BnF, ms. fr. 24461, fol. 48r° (© Paris, BnF)

Si la toupie est mue par une main dont on ne voit pas à qui elle appartient dans ce corpus d’images toutes très proches d’un point de vue iconographique, c’est bien elle qui prend la parole dans le poème. Les cinq vers s’ouvrent sur le pronom personnel de la première personne je, que sa valeur prédicative dans l’ancienne langue autorise à régir une proposition relative. Vecteur d’un discours opaque, la toupie est un objet qui alerte le lecteur et le spectateur sur sa condition, à l’instar, dans le même recueil, d’une nef qui se plaint de voguer sans repoz, au vent de Fortune84 ou d’une chandelle qui déplore qu’on vienne se brûler en s’approchant trop près d’elle85. Comme l’ont bien relevé les critiques86, l’énigme tient surtout à l’identification du ou de la propriétaire de la main. « [M]ain baguée aux doigts gracieusement pliés87 » dans certains manuscrits (Paris, BnF, ms. fr. 24461, Paris, BnF, ms. Arsenal 5066, et Sibiu, Musée National de Brukenthal, ms. 38), elle peut être interprétée, ainsi que dans le poème de Jehan Erart cité précédemment, comme celle d’une dame impatiente et menaçante, qui peut à tout moment se lasser et faire sien un autre objet de désir. Il faut ici relever que le texte genre le propriétaire de la main au masculin (cil soubz quelle main je tourne, il n’attend ne huy ne demain) et ouvre à d’autres interprétations. Ce joueur pourrait être Dieu dans une lecture religieuse, d’autant que la main surgit d’une nuée dans les manuscrits, motif iconographique associé à la main de Dieu ; toutefois, comme le rappelle Sylvie Lefèvre, il s’agit plus de conférer à la main « une force ou une puissance visible88 » que de faire de cette main celle de Dieu. En contexte profane, la main peut en effet être interprétée comme celle d’un seigneur intraitable, qui ne garantit pas la sécurité de ses sujets (« le valet ou le courtisan étroitement soumis à leur maître89 ») et qui, à tout moment, peut les délaisser. En somme, le mouvement de la toupie est arbitraire : il dépend du bon-vouloir de la joueuse et du joueur et emblématise une autre rotation, se déployant verticalement cette fois, celle de la roue de Fortune.

Pour exprimer une telle vanité90, le poète exploite toutes les potentialités circulaires du cinquain91, qui fait tourner deux rimes, signifiantes, main et tourne (aabba). Jouant de l’homonymie entre le substantif main (employé à deux reprises) et l’adverbe main (apparaissant sous sa forme simple et sous la forme renforcée demain), d’effets de reprise littérale (Je qui tourne, v. 1, je tourne, v. 3) et de dérivation (s’en retourne, v. 4), la strophe construit phoniquement et graphiquement un mouvement giratoire, les mots paraissant mimer la rotation du jouet qui prend la parole. Tournant sur lui-même comme son objet, le poème visuel92 qui, sous sa forme tissée devait certainement orner une demeure privée, fait entendre la voix d’un objet, qui exprime à la fois le vertige du mouvement et la crainte de son interruption.

Confier la parole à la pirouette ainsi que le font Henri Baude et les artistes qui ont illustré ou tissé ce poème à la fin de la période examinée dans cette étude, c’est écrire une autre histoire d’un jouet comme la toupie, qui donne voix à cet objet de peu de valeur. Il ne s’agit pas de soutenir, dans une perspective téléologique, que ce mouvement aboutit à la fin du Moyen Âge et qu’il aurait fallu attendre le XVe siècle pour que l’on prête l’oreille à ce que les toupies, les sabots et les pirouettes avaient à nous dire. Cette enquête a plutôt cherché à mettre en valeur le faisceau de significations associées à ce jouet dans les textes écrits entre le début du XIIIe et la fin du XVe siècles, sans chercher à masquer que ces réflexions et ces constructions s’inscrivaient dans un temps long.

Produit d’une technologie ancienne, la toupie médiévale distrait et donne à réfléchir dans le même temps, l’air de rien. Sa mécanique sans affèterie et son équilibre précaire offrent des modèles cognitifs puissants, à la fois graphiques et discursifs. Attribut de l’enfant insouciant et du fol inconstant, image du trompeur éhonté et de l’ivrogne assoupi, paradigme explicatif pour comprendre le fonctionnement du son musical, les paradoxes de l’éternité ou encore la parenthèse de la vie terrestre, métaphore des relations amoureuses, sociales et politiques, la toupie frappe par son étonnante capacité d’adaptation. La simplicité de ce jouet n’est sans doute pas sans lien avec cette plasticité métaphorique : facilement maniable (à tous les sens du terme), exportable dans différents contextes (profanes, religieux, savants, domestiques), la toupie peut être aisément remise en jeu. Au-delà de ces caractéristiques qui sont celles d’une société occidentale médiévale chrétienne et courtoise, cette étude a tâché de montrer plus généralement combien la pensée aussi s’élabore en jouant, dans le lien entre les corps et les objets.

Notes

1 Fr. Bon, Autobiographie des objets, Paris, Le Seuil, 2012 (Fiction & Cie), chapitre « La boîte aux toupies », p. 51. Retour au texte

2 Au sujet de ces toupies anciennes et d’origines variées, cf. A. Fraser, A History of Toys, London, Weidenfeld & Nicolson, 1966, « Ancient and Primitive Playthings », en particulier p. 24‑26. Le site www.jocari.be, « site francophone de référence sur les jeux et jouets des époques antique, médiévale et renaissante, issu de la recherche scientifique », recense plusieurs objets qui sont des toupies avérées ou supposées, comme un plateau de toupie en schiste et calcaire datant d’environ 3000‑2830 avant Jésus‑Christ et conservé au Musée égyptien du Caire (inventaire n°J.70162) (site consulté le 20 février 2024). Retour au texte

3 Pour des notices synthétiques sur les toupies antiques gréco‑romaines, cf. C. Lambrugo, « La toupie », dans Jeux et jouets gréco-romains, dir. V. Dasen et U. Schädler, Archéothéma. Histoire et archéologie, t. 31, novembre‑décembre 2013, p. 30‑31, et V. Dasen, « Sabots, toupies, totons », dans Ludique. Jouer dans l’Antiquité, dir. V. Dasen, Gand, Snoeck, 2019, p. 52‑53. Retour au texte

4 M. Giuman, La Trottola nel mondo classico : archeologia, fonti letterarie e iconografiche, Rome, Giorgio Bretschneider, 2020 (Quaderni di Otium, 4). Dans une recension de cet ouvrage, V. Dasen insiste sur la façon dont l’auteur « présente les différentes facettes d’un objet de petite taille, mais d’une grande puissance symbolique » (Clio. Femmes, Genre, Histoire, t. 56, 2022/2, p. 269). Retour au texte

5 Paris, Musée du Louvre, inv. RF 1705. Cf. notamment les commentaires d’A. Monier Vanryb, « Le Siècle des Lumières », dans La Fabuleuse histoire des jouets de la préhistoire à nos jours, catalogue de l’exposition ayant eu lieu à Draguignan, Hôtel départemental des expositions du Var (2 décembre 2022-12 février 2023), Milan, Silvana Editoriale, 2022, en particulier p. 83-84. Retour au texte

6 On lira, sur le traitement de la toupie dans le cinéma expérimental, l’article de J.‑M. Durafour, « Toupies : éclats, teintes, créatures (Arrietta, Bullot, Val del Omar) », La Furia Umana, t. 25, 2015 (article consulté sur la plateforme HAL : hal-03337311). Retour au texte

7 D. AlexandreBidon et M. Closson, L’Enfant à l’ombre des cathédrales, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1985, « Le jouet et le jeu », p. 174‑186 (p. 185 en particulier) ; D. AlexandreBidon et P. Riché, L’Enfance au Moyen Âge, Paris, Seuil, BnF, 1994, « Jeux et jouets », p. 69‑74 ; M. Manson, Jouets de toujours de l’Antiquité à la Révolution, Paris, Fayard, 2001, p. 35. Retour au texte

8 Pour le détail de ces objets, cf. C. Breyer, Jeux et jouets à travers les âges : histoire et règles de jeux égyptiens, antiques et médiévaux, Bruxelles, Éditions Safran, 2010, « Sabot, toupie et toton » (p. 215‑216) ; F. Müllers et S. Jonquay, Les Jeux au Moyen Âge, édition enrichie et complétée, Aubagne, La Muse, 2016, « Toupie ou sabot » (p. 24‑27). Le site www.jocari.be, auquel contribuent C. Breyer et S. Jonquay, comprend une page « Sabot et toupie » qui en recense d’autres. On consultera également la section « Tops » de la page « Toys and Playthings » du site consacré à la culture matérielle du Moyen Âge et de la Renaissance www.larsdatter.com qui mentionne quelques objets ainsi que des sources iconographiques. Ajoutons aux résultats fournis par ces très précieuses bases de données un exemplaire de toupie en os datant du XIIIe‑XIVe siècle découverte à Paris (Paris, Musée Carnavalet, cf. la fiche sur le site https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/toupie#infos-principales) (sites consultés le 20 février 2024). Retour au texte

9 Les Comptes du roi René, d’après les originaux inédits conservés aux Archives des Bouches-du-Rhône, éd. l’abbé G. Arnaud d’Agnel, Paris, A. Picard, 1908‑1910, t. 1, p. 284, n° 849 et p. 302, n° 879, t. 3, p. 37, n° 3295. Retour au texte

10 Pour un panorama synthétique récent sur l’utilisation du jeu d’échecs dans la littérature médiévale écrite en français, cf. A. Corbellari, « Les échecs dans la littérature médiévale », Ligeia, t. 32 (169‑172), 2019, p. 39‑53. Retour au texte

11 Au sujet de la fragilité, de la moindre valeur des jouets médiévaux de l’enfance, émanations d’un « artisanat domestique », des traces limitées qu’ils ont de ce fait laissées dans l’histoire et des difficultés qui en découlent pour les chercheuses et les chercheurs, cf. J.-M. Mehl, « Les jeux de l’enfance au Moyen Âge », dans La Petite Enfance dans l’Europe médiévale et moderne. Actes des XVIe Journées internationales d’Histoire de l’Abbaye de Flaran. Septembre 1994, dir. R. Fossier, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1997 (Flaran, 16), p. 39-58. Retour au texte

12 V. Dasen, « Jeux de l’amour et du hasard en Grèce ancienne », Kernos, t. 29, 2016 (en ligne, mis en ligne le 1er octobre 2019, consulté le 10 décembre 2020). Retour au texte

13 Pour une réflexion, entre autres choses, sur le rôle des jouets dans la conception du loisir au Moyen Âge, cf. la très riche introduction d’A. Classen, « Pleasure and Leisure from the Middle Ages to the early Ninetenth Century. The Rediscovery of a Neglected Dimension in Cultural History. Also an Introduction », dans Pleasure and Leisure in the Middle Ages and Early Modern Age. Cultural-Historical Perspectives on Toys, Games, and Entertainment, dir. A. Classen, Berlin/Boston, De Gruyter, 2019 (Fundamentals of medieval and early modern culture, 23), p. 1-159 (en particulier p. 32-44). Retour au texte

14 D’un mercier, Paris, BnF, ms. fr. 19152, fol. 42v°a‑43r°b. Retour au texte

15 Ph. Ménard, « Le “Dit du mercier” », dans Mélanges de langue et de littérature du Moyen Âge et de la Renaissance offerts à Jean Frappier, professeur à la Sorbonne, par ses collègues, ses élèves et ses amis, dir. J‑Ch. Payen et Cl. Régnier, Genève, Droz, 1970 (Publications romanes et françaises, 112), t. 2, p. 797-810 (p. 801, v. 134‑136). Retour au texte

16 Cf. la notice torneis dans Fr. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, 10 vol., Genève, Paris, Slatkine, 1982 (1re éd., Paris, 1881‑1902), t. 7, col. 758a. Retour au texte

17 Cf. M. Jeay, Le Commerce des mots. L’usage des listes dans la littérature médiévale (XIIeXVe siècles), Genève, Droz, 2006 (Publications romanes et françaises, 241), notamment le chapitre 5, « La faconde du bonimenteur », p. 219‑271. Retour au texte

18 Jean Froissart, L’Espinette amoureuse, éd. A. Fourrier, Paris, Klincksieck, 1972 (Bibliothèque française et romane. Série B, Éditions critiques de textes, 2) (1re éd., 1962), v. 151‑155. Retour au texte

19 Ibid., v. 228 et v. 241 (De la tourpoie as amantins/ M’esbatoie soirs et matins). Cf. M. Manson, Jouets de toujours, p. 34‑35. Alice Planche affirme elle aussi : « À l’exception de la toupie (tourpoie) et du ballon (estuet), les jouets spécialisés n’apparaissent pas. » (A. Planche, « Culture et contre-culture dans l’Épinette amoureuse de Jean Froissart : les écoles et les jeux », dans L’Enfant au Moyen Âge : littérature et civilisation, Aix-en-Provence, CUERMA, 1980 (Senefiance, 9), p. 389-403, cit., p. 399). Retour au texte

20 J.-M. Mehl, Les Jeux au royaume de France du XIIIe au début du XVIe siècle, Paris, Fayard, 1990 (Nouvelles études historiques), p. 491 ; sur la distinction entre play et game, cf. l’introduction de cet ouvrage « Le jeu : un objet d’histoire », p. 13‑25. Retour au texte

21 M. Jeay, Le Commerce des mots, p. 338 (tout le chapitre 7 est consacré aux listes chez Jean Froissart). Retour au texte

22 Il s’agit de la traduction qu’en propose Nathalie Bragantini-Maillard (Jean Froissart, L’Épinette amoureuse, trad. N. Bragantini-Maillard, Paris, Classiques Garnier, 2014 (Moyen Âge en traduction, 5), v. 242), en suivant les conclusions d’A. Delboulle (« Amantin, amentin. – Amenter ? », Romania, t. 12, 1883, p. 104‑105). Retour au texte

23 Cf. la notice amantin du DMF 2020 (Dictionnaire du Moyen Français, version 2020, ATILF – CNRS & Université de Lorraine. Site internet : http://www.atilf.atilf.fr/dmf). Retour au texte

24 Dans l’ancienne langue, le terme trompe désigne également une toupie que l’on chasse à l’aide d’un fouet (cf. Et quanque Cligés en ataint/ devant son cop rien ne remaint/ que tot ne confonde et deronpe,/ s’est plus [tornanz] que n’est la tronpe/ que l’escorgiee mainne et chace. (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. L. HarfLancner, Paris, Champion, 2006 (Champion Classiques – Moyen Âge, 16), v. 3781 sqq.). Sur les différentes désignations de la toupie dans les langues romanes avant la période qui m’intéresse ici, cf. Y. Greub, « Le lexique roman du jeu au haut Moyen Âge », dans Il gioco nella società e nella cultura dell’Alto Medioevo, Spolète, Fondazione CISAM, 2018 (Settimane di studio del Centro Italiano di studi sull’Alto Medioevo, 65), p. 821-852 (p. 841‑842) (l’auteur se fonde sur l’étude de H. Federli, Zu einigen Benennungen des Kreisels in den romanische Sprachen, Zürich, 1966). Retour au texte

25 C’est également le cas du toton, jeu de hasard en forme de dé traversé par une tige, qui n’apparaît pas dans le corpus car les premières attestations du mot datent du XVIIe siècle. Retour au texte

26 Sur ces distinctions, cf. L. Becq de Fouquières, Les Jeux des Anciens : leur description, leur origine, Paris, Didier, 1873 (2e édition), p. 170‑175, « Le jeu de sabot » ; M.‑M. Rabecq-Maillard, Jeux et jouets d’autrefois, catalogue de l’exposition du Musée de l’Histoire de l’Éducation de l’Institut National pédagogique, Paris, 1961, p. 47‑48, « Sabot. Toupie. Toton » ; Ead, Histoire du jouet, Paris, Hachette, 1962 (Tout par l’image, 41), p. 63‑65, « Le sabot, la toupie et le toton » ; J.‑M. Lhôte, Le Symbolisme des jeux, Paris, Berg Bélibaste, 1976, p. 265‑266 ; C. Breyer, Jeux et jouets à travers les âges, p. 215‑216. Retour au texte

27 Paris, BnF, ms. latin 8846, fol. 161r°. Dans ce psautier datant du XIIe siècle, il s’agit de la première de sept vignettes réalisées, comme d’autres éléments de la décoration de ce témoin, au XIVe siècle en Catalogne (cf. M. Manson, Jouets de toujours, p. 36 ; l’auteur fait nettement le point sur cette tradition iconographique, en renvoyant aux travaux d’E. Sears, The Ages of Man. Medieval Interpretations of the Life Cycle, Princeton, Princeton University Press, 1986, en particulier p. 134‑135 et notes 1 et 2 p. 200 au sujet de cette image). Retour au texte

28 Cf. Jean Corbechon, Le Livre des proprietés des choses : Paris, BnF, ms. fr. 22531, fol. 99v° (manuscrit datant du dernier tiers du XIVe siècle) ; Paris, BnF, ms. fr. 9141, fol. 98r° (manuscrit datant du premier quart du XVe siècle) ; Paris, BnF, ms. fr. 22533, fol. 84v° (manuscrit datant du XVe siècle). Sur ces images, cf. E. Sears, The Ages of Man, p. 127‑132. Retour au texte

29 Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, Paris, BnF, ms. Smith-Lesouëf 70, fol. 19v° (manuscrit datant de la fin du XVe siècle). Cf. Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, fac-similé du manuscrit Smith-Lesouëf 70 (Paris, Bibliothèque nationale de France), éd. L. Scordia, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2009, p. 112‑114 et p. 212‑213. Retour au texte

30 On en trouve une représentation dans le hall voûté de la Longthorpe Tower à côté de Peterborough, dont le décor date d’environ 1330 (cf. E. Sears, The Ages of Man, p. 137). Cécile Bulté et Maud Pérez‑Simon citent par ailleurs les plafonds de « La maison des chevaliers » à Pont-Saint-Esprit (Gard, 1340) et de « La maison dite des consuls » à Saint-Pons de Mauchiens (Heyrault, 1409‑1412) (C. Bulté et M. PérezSimon, « Tu seras un homme, mon fils. Jeux d’enfants sur les plafonds peints », dans Sociabilités en images, Fêtes et jeux dans le décor domestique. L’apport des plafonds peints, 11e Rencontres de la RCPPM (Toulouse, 2018), dir. C. Bulté et M. PérezSimon, Toulouse, PULM, à paraître). Que Maud Pérez‑Simon soit vivement remerciée de m’avoir transmis, outre ces deux références, de précieuses informations iconographiques qui m’ont permis de dresser ce panorama. Retour au texte

31 Table d’apparat pliante, Rhin Supérieur, Strasbourg, 1528, Musée de l’Œuvre Notre-Dame, Strasbourg, n° d’inventaire 22.2010.1.1. Cf. C. Dupeux, « “Ich hab mannlich gestritten in der Jugent den Schilt Henckh Ich hien mit Tugent…”. À propos d’un plateau de table représentant les âges de la vie », dans L’Image en questions : pour Jean Wirth, dir. Fr. Elsig et al., Genève, Droz, 2013 (Ars longa, 4), p. 189‑196 (cf. également les renseignements fournis sur le site du musée : https://www.musees.strasbourg.eu/musee-de-l-oeuvre-notre-dame, site consulté le 20 février 2024). Retour au texte

32 Il s’agit de deux des Breves Sententiae qui se trouvent insérées avant le livre I de ces distiques (Disticha Catonis, éd. M. I. Boas et H. J. Botschuyver, Amsterdam, North-Holland Publishing Company, 1952, p. 23‑24). Retour au texte

33 Les Enseignements de Robert de Ho dits Enseignements Trebor, éd. M.‑V. Young, Genève, Slatkine Reprints, 1978 (1re éd., Paris, 1901), p. 34‑35, v. 63‑76 (du vers 73 à 76, le ms. P est déchiré et l’éditrice lui substitue le texte de C). Gaston Paris remarque que le terme tupet, « au sens de toupie, sabot » devrait être intégré au glossaire de l’édition (cf. son compte rendu dans Romania, t. 32, n° 125, 1903, p. 148). Retour au texte

34 Le Livre de Catun, éd. T. Hunt, London, Anglo-Norman Text Society, 1994 (Plain texts series, 11), p. 14, v. 155‑156. Retour au texte

35 L. Dorsy, « Car la vie menee sans doctrine semble a la mort qu’on paint ou ymagine ». Édition critique de la traduction des Disticha Catonis de Jean Le Fèvre, thèse de l’École nationale des chartes rédigée sous la direction de Fr. Vielliard, 2012, p. 334, v. 82‑84 (thèse consultée sur la plateforme HAL : hal-04085615). Retour au texte

36 L. Becq de Fouquières, Les Jeux des Anciens, p. 159. Lucie Dorsy remarque également cette traduction de trochus, partagée par plusieurs traducteurs des Disticha Catonis (L. Dorsy, Car la vie menee…, thèse citée, p. 315). Retour au texte

37 Le Passetemps des deux Alecis freres, l’un religieux noir, prieur de Bucy, l’autre cordelier, dans Œuvres poétiques de Guillaume Alexis, prieur de Bucy, éd. A. Piaget et É. Picot, 3 vol., Paris, Firmin Didot, 1896-1908 (Publications de la Société des anciens textes français), t. 2, 1899, p. 13, v. 113‑116. Retour au texte

38 Il faut préciser que Jean Corbechon, dans sa traduction du De proprietatibus rerum, déplore que le français ne dispose pas d’autant de mots que le latin pour désigner les sept âges de la vie : L’aage d’enfance se fine a .vii. ans. Et la commance le secont aage que nous appellons enfance en françois, mais en latin on l’appelle puericia. Et en ce il appert que y a plus grand deffaulte de langage en françois que en latin, car en latin il y a .vii. aages nommez par divers noms desquelz il n’en y a que trois en françois, c’est assavoir enfance, jeunesce et vieillesce. (Paris, BnF, ms. fr. 16993, fol. 76r°). Autrement dit, la distinction latine entre infantia et pueritia n’existe pas en français, et la toupie semble être associée tantôt au premier tantôt au deuxième de ces âges : Cécile Bulté et Maud Pérez‑Simon indiquent que la toupie est un symbole de l’infantia sur les plafonds peints (cf. « Tu seras un homme, mon fils ») ; Michel Manson montre que, dans la tradition iconographique du Livre des propriétés des choses, elle renvoie plutôt à la pueritia (cf. M. Manson, Jouets de toujours, p. 36). Sur les âges de l’enfance, cf. D. Lett, L’Enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Âge (XIIeXIIIe siècle), Paris, Aubier, 1997 (Collection historique), chapitre 1, p. 19‑39. Retour au texte

39 Cf. J.‑M. Fritz, Le Discours du fou au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles). Étude comparée des discours littéraire, médical, juridique et théologique de la folie, Paris, PUF, 1992 (Perspectives littéraires), en particulier « Le fou, “roy des innocens” », p. 171 sqq. Retour au texte

40 Mais j’ay fait, tout part moy, mon compte/ de luy donner une sonnecte/ […] et puis ung tres beau pilouët/ qui est dedens ma gibeciere (Le Mystère de la Passion d’Arnoul Gréban, éd. O. Jodogne, 2 vol., Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1965-1983 (Classe des lettres. Mémoires. Deuxième série, 12/3 ; 13/2), t. 1, première journée, v. 5511‑5516) ; certains manuscrits donnent pirouet et le glossaire de l’édition renvoie à l’article pirouet du Godefroy en donnant pour traduction ‘toton’, t. 2, p. 169 et p. 422. Retour au texte

41 D. Hüe, « Calendrier et toupie : sur quelques attributs des bergers dans la Passion de Gréban », dans Le Jeu et l’Accessoire. Mélanges en l’honneur du professeur Michel Rousse, dir. M. Bouhaïk-Gironès et al., Paris, Classiques Garnier, 2011 (Rencontres. Civilisation médiévale, 1), p. 369-388 (p. 378). Retour au texte

42 À propos de Rifflard offrant une toupie et de Ludin offrant, dans le Mystère de l’Incarnation nostre Seigneur, un moulinet, Denis Hüe remarque : « Mais en même temps qu’ils offrent tous deux leurs présents dérisoires, ils reconnaissent leur créateur, et leur petitesse ne les écarte pas de la révélation » (ibid. ; au sujet de Ludin et de son moulinet, cf. Id, « La campagne à la ville : bergers et animaux à Rouen, 1474 », dans Performance, Drama and Spectacle in the Medieval City. Essays in Honnour of Alan Hindley, dir. C. Emerson et al., Louvain-Paris-Walpole, Peeters, 2010 (Synthema, 8), p. 295‑318, en particulier p. 301 sqq.). Retour au texte

43 Jean Molinet, Les eages du monde, dans Les Faictz et dictz, éd. N. Dupire, 3 vol., Paris, Société des Anciens Textes Français, 1936-1939, t. 2, 1937, p. 595, v. 201‑208 (graphie légèrement modifiée par mes soins au v. 205). Retour au texte

44 Prendre le pie signifie en effet ‘boire copieusement’ d’après le DMF 2020. L’association entre la toupie et l’ivresse est présente à la fin du XVe siècle également dans une sottie dans laquelle le personnage du général d’Enfance, fils de Mere Soctie, est à la fois un homme buvant beaucoup et un enfant joueur : Teste Ligiere : Joueroit il point a la touppie ?/‒ Socte Mine : Quelque part il crocque la pye. (La Sottie des sots qui remettent en point Bon Temps, dans Le Recueil Trepperel. Les Sotties, éd. E. Droz, Slatkine Reprints, Genève, 1974 (1re éd., 1935), p. 267, v. 88-89). Sur l’expression opaque faire le borgne agache dans l’extrait des Eages du monde, cf. les remarques dans la notice agace (‘pie’) du DMF 2020. Retour au texte

45 R. Caillois, Les Jeux et les hommes : le masque et le vertige, Paris, Gallimard, 1958 (3e édition), cf. p. 45. Cette catégorie est appelée ainsi car ilinx est le « nom grec de tourbillon d’eau » (p. 48). L’auteur glisse le toton parmi une liste de jeux d’enfants relevant de cette catégorie, aux côtés de la glissade, du manège ou de l’escarpolette (ibid., p. 49). Sur le vertige dans l’œuvre de Roger Caillois, cf. M. Macé, « Caillois, technique du vertige », Littérature, t. 170, 2013/2, p. 8‑20. Retour au texte

46 Michel Manson relève également l’intérêt de ce verbe (M. Manson, Jouets de toujours, p. 33). Retour au texte

47 Cf. la notice toupier du DMF 2020. Retour au texte

48 Jean Molinet, Les Pronostications joyeuses, éd. J. Koopmans et P. Verhuyck, Genève, Droz, 1998 (Textes littéraires français, 496), p. 93. Les éditeurs proposent de dater ce texte de 1489 ou peu après (p. 11 et p. 86‑87) et émettent l’hypothèse que ce passage pourrait évoquer la fête des fous (p. 84), le curé tournoyant autour des fidèles. Retour au texte

49 Jean Molinet demanda pour blason « un chevron d’or sur champ d’azur accompagné de trois moulinets d’or qui sont trois nois percées et surmontées d’un moulin, ce que les enfants appèlent en Bourgogne un virot » (mandement cité par E. Roy, « Les lettres de noblesse (1503) du poète Jean Molinet », Revue de philologie française et de littérature, t. 9, 1895, p. 20). Au sujet de la signature de ce poète, cf. notamment L.‑P. Bergot, « L’éponge et le moulinet : le rôle de la signature chez Jean Molinet et Francis Ponge », Fabula-LhT, t. 20, janvier 2018, « Le Moyen Âge pour laboratoire », dir. Fl. Coste et A. Mussou. Retour au texte

50 Cauteleux, Barat et le Vilain, dans Le Recueil de Florence. 53 farces imprimées à Paris vers 1515, éd. J. Koopmans, Orléans, Paradigme, 2011 (Medievalia, 70), p. 190, v. 22‑24. Retour au texte

51 L’occurrence est simplement relevée dans G. Di Stefano, Nouveau dictionnaire historique des locutions : ancien français, moyen français, Renaissance, 2 vol., Turnhout, Brepols, 2015, t. 2, p. 1704. Dans G. Di Stefano et R. M. Bidler, Toutes les herbes de la Saint-Jean. Les locutions en moyen français, Montréal, CERES, 1992 (D’hier à demain, 1), le sens donné est ‘s’amuser’ (p. 571). Retour au texte

52 Par ma foy, je suis bien appoint/ Pour tost trouver une grant bourde/ Et sur plain champt ung contrepoint […]. (Cauteleux, Barat et le Vilain, v. 17‑19). Retour au texte

53 Cf. la notice lime du DMF 2020. Retour au texte

54 Henri Baude, « Ballade faicte pour Mgr de Dampmartin contre Messire Charles de Meslung », dans Les Vers de maître Henri Baude, poète du XVe siècle, éd. J. Quicherat, Paris, Aubry, 1856, p. 26-27. Je souligne. Retour au texte

55 Ibid., p. 27. Retour au texte

56 François Villon, Œuvres complètes, éd. J. Cerquiglini-Toulet, avec la collab. de L. Tabard, Paris, Gallimard, 2014 (Bibliothèque de la Pléiade, 598), p. 139. Retour au texte

57 Ibid., n. 7 p. 794 (cf. aussi François Villon, Lais, Testament, Poésies diverses, éd. J.‑Cl. Mühlethaler, Paris, Champion, 2004 (Champion classiques. Moyen Âge, 10), note sur le vers 1615, p. 264). Retour au texte

58 Charles d’Orléans, Ballades et rondeaux, éd. J.‑Cl. Mühlethaler, Paris, Librairie générale française, 1992 (Le Livre de Poche, 4531 ‒ Lettres gothiques), ballade [114 (XCI)], p. 320, v. 2 et v. 11. « Cette comparaison rejoint l’image courante qui fait dire d’une toupie “qu’elle dort” quand elle tourne sur elle‑même, sans changer de place », D. Poirion, Le Lexique de Charles d’Orléans dans les Ballades, Genève, Droz, 1967 (Publications romanes et françaises, 91), p. 130. Il n’est pas inintéressant de remarquer que, dans le ms. de Grenoble (Bibliothèque Municipale, U. 1091), la traduction latine par le secrétaire de Charles d’Orléans Antonio Astesano utilise le terme trocus pour sabot (Ut sopitum instar fecerit esse troci, fol. 106r°). Retour au texte

59 Pour une étude sur cette tension dans l’œuvre d’Arthur Rimbaud entre vitesse extrême et immobilité dormante, dont la toupie fournit une image, cf. L. Cuillé, « L’enfant et la toupie : esthétique de la giration », Parade sauvage, t. 26, 2015, p. 65‑84. Retour au texte

60 Aristote, Problèmes, éd. et trad. P. Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1993 (Collection des universités de France. Série grecque, 357), t. 2, XVI.3 (p. 70-71) et XVI.12 (p. 77). Retour au texte

61 Évrart de Conty, Le Livre des problemes, Paris, BnF, ms. fr. 24282 fol. 14r°. Une édition de cette traduction est en préparation par F. Guichard-Tesson et M. Goyens, avec la collab. de G. Dumas, Paris, Champion. Retour au texte

62 Il est question de plumbatis trocis (cf. Petrus d’Abano, Expositio problematum Aristotelis quam Petrus edidit paduanus, Mantoue, P. de Butzbach, 1475, non paginé). Retour au texte

63 Sur ces « “expériences” qui se transmettent de texte en texte sans avoir besoin d’être reproduites », cf. M. Husson, « L’écho des faits. Quelques remarques sur la prise en compte de la réalité sensible dans des textes optiques, astronomiques et musicaux du début du XIVe siècle », Médiévales [en ligne], t. 58, printemps 2010 (mis en ligne le 20 septembre 2012, consulté le 7 mars 2024). L’auteur donne justement l’exemple de la toupie dans le domaine de la théorie musicale. Retour au texte

64 […] velut si conum, quem turbinem vocant, quis diligenter extornet eique unam virgulam coloris rubri vel alterius ducat, et eum qua potest celeritate convertat, tunc totus conus rubro colore videtur infectus, non quo totus ita sit, sed quod partes puras rubrae virgae velocitas conprehendat et apparere non sinat. (« Si l’on fabrique avec soi un cône ‒ que l’on nomme un “fuseau” ‒ et que l’on y trace un petit trait de couleur, rouge ou autre, et qu’on le fait tourner sur lui-même aussi vite que possible, alors le cône tout entier semble teinté de rouge, non pas qu’il soit devenu entièrement rouge, mais parce que le mouvement rapide du trait rouge recouvre les parties vierges et ne leur permet pas d’apparaître. »), Boèce, Traité de la musique, éd. et trad. C. Meyer, Turnhout, Brepols, 2004, p. 36-37 (je souligne : le texte latin emploie le mot turbo, dont l’une des significations est ‘toupie’). Retour au texte

65 Évrart de Conty, Le Livre des eschez amoureux moralisés, éd. Fr. GuichardTesson et Br. Roy, Montréal, CERES, 1993 (Bibliothèque du moyen français, 2), p. 134‑135. Ce développement sur la musique commente celui que l’on peut lire dans Les Eschés amoureux, poème allégorique également attribué à Évrart de Conty, mais on ne trouve pas de mention de toupie dans cette version en vers (H. Abert, « Die Musikästhetik der Échecs amoureux », Romanische Forschungen, t. 15/3, 1904, p. 884‑925). Retour au texte

66 Le terme employé dans le texte est le verbe decevoir : ainsy il est ou sens de oyr et des sons dessusdiz qui ainsy le deçoivent pour leur isnelité. (Évrart de Conty, Le Livre des eschez amoureux moralisés, éd. cit., p. 137). Retour au texte

67 « La toupie, qui rappelle encore de loin certaines cérémonies religieuses, est aussi pour l’enfant l’amorce d’une spéculation intellectuelle : l’observation d’un corps dont l’équilibre n’est le produit que de la rotation. » (D. AlexandreBidon et M. Closson, L’Enfant à l’ombre des cathédrales, p. 185). Retour au texte

68 Nicolas de Cues, Le « pouvoir-est » (1460), éd., introd. et trad. H. Pasqua, Paris, PUF, 2014 (Épiméthée), p. 66‑67. Retour au texte

69 Ibid., Introduction, p. 8. Retour au texte

70 Cf. M. de Gandillac, « Symbolismes ludiques chez Nicolas de Cues (De la toupie et du jeu de boules au jeu de la sagesse) », dans Les Jeux à la Renaissance, dir. Ph. Ariès et J.-Cl. Margolin, Paris, Vrin, 1982 (De Pétrarque à Descartes, 43), p. 345‑366. Retour au texte

71 Nicolas de Cues, Le « pouvoir-est », éd. cit., p. 70‑73. Cf. notamment les commentaires de M. de Gandillac (« Symbolismes ludiques chez Nicolas de Cues », p. 346‑347), de M. Manson (Jouets de toujours, p. 42) et de J.‑M. Durafour (« Toupies : éclats, teintes, créatures »). Retour au texte

72 Les Poésies du trouvère Jehan Erart, éd. T. H. Newcombe, Genève, Droz, 1972 (Textes littéraires français, 192), chanson XIV, p. 109, v. 28‑31 (cf. Introduction, p. 14, pour la datation). Retour au texte

73 Ibid., p. 111. L’éditeur remarque que le passage est difficile à interpréter en raison de l’infinitif dechoivre, qui ne correspond pas au verbe ‘tromper, décevoir’ ici ; il propose d’y voir une graphie de dessoivre, tout en notant les réserves que peut soulever une telle identification. Retour au texte

74 Hervis mult souvent manoie/ Les mains s’amie Aïelis./ Hersent a son regart mis/ En Foukier qui se coroie/ Toupïoit o le coispel/ Tout entour son doit manel,/ Et sifloit tout a devis/ Aussi con li waite Guis/ Notoit la lupinele :/ Et dont do do do do do do do do do/ Et dont do do do do do/ De la lupinele. Il s’agit de la strophe IV de la pastourelle VII (ibid., p. 80‑81). Retour au texte

75 L’expression apparaît au v. 175 : Vos m’escueillistes ma toupoie. L’éditeur Pierre Ruelle, qui ne mentionne pas la différence entre toupies et sabots, précise que, pour comprendre ce vers, « il faut se représenter la toupie mise d’abord en mouvement à l’aide d’une ficelle (enroulée autour d’elle et dont on garde en main une extrémité) et lancée ensuite vigoureusement au moyen d’un fouet. Au moment où elle tourne sur le sol et que celui à qui elle appartient se prépare à la fouetter, survient un autre joueur qui, avec son propre fouet, la lance au loin en usurpant, en quelque sorte, le droit du premier » (Les Congés d’Arras (Jean Bodel, Baude Fastoul, Adam de la Halle), éd. P. Ruelle, Bruxelles, Presses universitaires ; Paris, Presses universitaires de France, 1965 (Travaux de la Faculté de philosophie et lettres de l’Université de Bruxelles, 27), p. 141). Retour au texte

76 Plus généralement, sur les usages de la métaphore du jeu dans la poésie médiévale, cf. M. Kamin, Représentations et poétiques du jeu dans la poésie française (langue d’oïl et d’oc) et latine du Moyen Âge (XIIe‑XIIIe siècles), Thèse de doctorat, dir. E. Doudet, Université Grenoble‑Alpes, 22 octobre 2021. Retour au texte

77 Cf. la notice d’inventaire que j’ai pu consulter dans le dossier d’œuvre consacré à cette tapisserie au centre de documentation du Musée national du Moyen Âge – thermes et hôtel de Cluny. Le texte de cette notice est repris dans V. Huchard, « Brabant ou Flandres. 20. La Pirouète », La Revue des musées de France, Revue du Louvre, t. 2, 2004, p. 93‑94. Cf. également Fl. Saragoza, « 56. La Pirouette », dans Thermes et hôtel de Cluny musée national du Moyen Âge : œuvres nouvelles, 19952005, dir. É. TaburetDelahaye, Paris, Réunion des musées nationaux, 2006, p. 97. Retour au texte

78 Henri Baude, Dictz moraux pour faire tapisserie, éd. A. Scoumanne, Genève, Droz, 1959 (Textes littéraires français, 83), p. 129, XLIII, « La pirouette ». Cf., au sujet de cette découverte, « À la loterie de la vie », Millefleurs, t. 8, septembre 2003, p. 1-2. Retour au texte

79 Sur la vie et l’œuvre d’Henri Baude, cf. outre l’édition citée ci‑dessus (p. 9‑23), les travaux pionniers de J. Quicherat : « Henri Baude, poète ignoré du temps de Louis XI et de Charles VIII », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 10, 1849, p. 93‑133, ainsi que Les Vers de Maître Henri Baude. Retour au texte

80 On trouve souvent écrit que « La pirouette » est le seul exemple tissé des Dits pour faire tapisserie d’Henri Baude, mais il faut rappeler qu’une autre tapisserie, anciennement conservée à New York, inspirée du dit XLV et en reproduisant partiellement le texte, a été identifiée par P. Vandenbroeck, Jheronimus Bosch : tussen volksleven en stadscultuur, Berchem, EPO, 1987, p. 220, n. 169 p. 450 et ill. 46 (cf. Id, « Dits illustrés et emblèmes moraux. Contribution à l’étude de l’iconographie profane et de la pensée sociale vers 1500 (Paris, B.N., ms. fr. 24461) », Jaarboek van het Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, 1988, p. 23‑94, en particulier p. 81). Retour au texte

81 C’est la conclusion de la mise au point très complète sur les rapports entre texte et image dans les Dits d’Henri Baude de M. Crosio, « Texte et image : les “Dictz moraulx” d’Henri Baude », Studi Francesi, t. 192 (LXIV|III), 2020, p. 530-538 (cit., p. 538) (mis en ligne le 1er décembre 2021, consulté le 4 décembre 2023). Retour au texte

82 On trouve des représentations de la pirouète dans le manuscrit Paris, BnF, ms. fr. 24461 (fol. 48r°), dans sa copie assez fidèle BnF, ms. Arsenal 5066 (également fol. 48r°), dans la copie de ce dernier (le ms. 38 du Musée National de Brukenthal, Roumanie, Sibiu) et dans le ms. de Chantilly, Bibliothèque et Archives du Château, 509 (fol. 21r°). Dans ces quatre témoins, à la différence de ce qu’on voit sur la tapisserie, le titre de l’ensemble (« La pirouète ») est donné sur l’autel ou sous la main ‒ ce titre indique aussi qui parle. Au sujet du ms. Paris, BnF, fr. 24461, cf. Fr.‑Th. Ziegler, Recueil Robertet. Handzeichnung in Frankreich um 1500, Affalterbach, Didymos-Verlag, 2020 (Studien zur Kunstgeschichte des Mittelalters und der frühen Neuzeit, 18), ainsi que la discussion autour de cet ouvrage par S. Lefèvre, « Des livres emblématiques du goût au tournant des années 1500, textes et images (Moulins, Paris et Lyon) », Romania, t. 141, n°563‑564, 2023, p. 446‑467. C’est Frank-Thomas Ziegler qui a découvert le manuscrit du Musée National de Brukenthal qui conserve les dits d’Henri Baude. Retour au texte

83 Plutôt que de parler de cartons, qui désignent dans le domaine de la tapisserie des représentations des modèles à grandeur d’exécution, il est préférable de parler de dessins à propos de ces représentations dans les manuscrits (cf. Henri Baude, Dictz moraulx pour faire tapisserie. Dessins du Musée Condé et de la Bibliothèque nationale, catalogue rédigé par J.‑L. Lemaître, Ussel, Musée du pays d’Ussel, 1988 (Mémoires et documents sur le Bas-Limousin, 10), p. 31). Françoise Keating montre qu’une autre tapisserie (Amour foulant des rois, Detroit Institute of Arts) semble avoir pour modèle une image illustrant la traduction des Triomphes de Pétrarque par Jean Robertet dans le même témoin manuscrit (BnF, ms. fr. 24461, fol. 2v°), ce qui laisse entendre que ce recueil ait pu être une source d’inspiration pour les artistes tapissiers (Fr. Keating, « Amour and Morality in Tapestry : Allegory and Humanist Thought in 16th Century France », ARTiculate, t. 2, 2017, p. 85‑119). Par ailleurs, il a été prouvé que les dits d’Henri Baude avaient été reproduits sur des peintures murales et des plafonds de châteaux (au château du Plessis‑Bourré, au château de Busset, cf. la mise au point bibliographique dans M. Crosio, « Texte et image », p. 531) ; malheureusement, aucune représentation de la toupie ne subsiste dans ces fresques. Cf. également la comparaison d’une peinture du château de Saint-Maire à Lausanne avec l’illustration du fol. 37r° du Recueil Robertet par J.‑Cl. Mühlethaler, « Sagesse proverbiale à l’usage d’une cour : le cheval de Jeunesse, le rocher de Fortune », Études de lettres, t. 3‑4, 2018, p. 151-174 ; mis en ligne le 15 décembre 2020, consulté le 2 avril 2024. Retour au texte

84 Henri Baude, Dictz moraux pour faire tapisserie, éd. cit., XXIX, p. 113, v. 2. Retour au texte

85 Ibid., XLII, p. 128, v. 5-8. Retour au texte

86 Cf. par exemple J. M. Massing, « Proverbes en Rimes and Dictz moraulx pour faire tapisserie. New Material on Some Old Topics », Emblematica, t. 11, 2001, p. 458-462 (p. 461). On écoutera également la belle chronique de R. de Becdelièvre, « “La pirouette”, un poème qui fait tapisserie », dans le podcast La Pièce jointe de France Culture (épisode du 4 janvier 2022). Retour au texte

87 A.‑M. Lecoq, « “La Pirouète” : un emblème baroque au début du XVIe siècle », Revue de l’Art, t. 75, 1987, p. 56-57 (cit., p. 56). Retour au texte

88 S. Lefèvre, « La main et le nuage : quelques jalons au fil des livres anciens », L’Archicube, t. 30, 2021, p. 30-39 (cit., p. 39). Retour au texte

89 A.‑M. Lecoq, « “La Pirouète” », p. 56. Retour au texte

90 Dans le ms. de Chantilly (Bibliothèque et Archives du Château, 509), cette vanité est soulignée par la juxtaposition, sur le fol. 21r°, de deux dits d’Henri Baude : sous « La piroete » est copié le dit XXXIX, à savoir le distique Belles raisons qui sont mal entendues/ Ressemblent fleurs a porceaux espandues, adaptation d’un proverbe évangélique, qui est ici accompagné de la représentation de trois cochons mangeant des fleurs tombées d’un panier (cf. J. M. Massing, « Casting Flowers to Swine. From the Proverbial to the Emblematic Pig », dans Polyvalenz und Multifunktionalität der Emblematik, dir. W. Harms et D. Peil, 2 vol., Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 2002 (Mikrokosmos. Beiträge zur Literaturwissenschaft und Bedeutungsforschung, 65), t. 2, p. 657-677 (en particulier p. 660) ; K. Perrot, « Les Dictz moraulx pour faire tapisserie d’Henri Baude : un répertoire proverbial au service d’un discours polémique », Le Moyen Français, t. 70, 2012, p. 113-133 (notamment p. 131‑132). Retour au texte

91 L’éditrice note qu’il n’y a que deux exemples de cinquains dans le recueil d’Henri Baude, « La Pirouète » et le dit XXXVIII (Henri Baude, Dictz moraux pour faire tapisserie, éd. cit., Introduction, p. 50). Retour au texte

92 Sur la poésie visuelle au Moyen Âge, je me permets de renvoyer à l’ouvrage collectif Ut musica poesis. Poésie visuelle et sonore au Moyen Âge et aujourd’hui, dir. N. Koble et A. Mussou, Paris, Macula, 2024 (Anamnèses, médiéval/contemporain). Retour au texte

Illustrations

  • Fig. 1 : Psalterium Cantuariense, Paris, BnF, ms. latin 8846, fol. 161r° (détail) (© Paris, BnF)

    Fig. 1 : Psalterium Cantuariense, Paris, BnF, ms. latin 8846, fol. 161r° (détail) (© Paris, BnF)

  • Fig. 2 : Jean Corbechon, Le Livre des proprietés des choses, Paris, BnF, ms. fr. 9141, fol. 98r° (© Paris, BnF)

    Fig. 2 : Jean Corbechon, Le Livre des proprietés des choses, Paris, BnF, ms. fr. 9141, fol. 98r° (© Paris, BnF)

  • Fig. 3 : Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, Paris, BnF, ms. Smith-Lesouëf 70, fol. 19v° (détail) (© Paris, BnF)

    Fig. 3 : Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, Paris, BnF, ms. Smith-Lesouëf 70, fol. 19v° (détail) (© Paris, BnF)

  • Fig. 4 : Table d’apparat pliante, Rhin Supérieur, 1528, Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, n° d’inventaire 22.2010.1.1. (détail) (© Photo Musées de Strasbourg / M. Bertola)

    Fig. 4 : Table d’apparat pliante, Rhin Supérieur, 1528, Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, n° d’inventaire 22.2010.1.1. (détail) (© Photo Musées de Strasbourg / M. Bertola)

  • Fig. 5 : Musée national du Moyen Âge – thermes et hôtel de Cluny, tapisserie « La pirouette », n° d’inventaire : Cl. 23752 (© RMN – Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Gérard Blot)

    Fig. 5 : Musée national du Moyen Âge – thermes et hôtel de Cluny, tapisserie « La pirouette », n° d’inventaire : Cl. 23752 (© RMN – Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / Gérard Blot)

  • Fig. 6 : Henri Baude, « La pirouète », Paris, BnF, ms. fr. 24461, fol. 48r° (© Paris, BnF)

    Fig. 6 : Henri Baude, « La pirouète », Paris, BnF, ms. fr. 24461, fol. 48r° (© Paris, BnF)

Citer cet article

Référence papier

Amandine Mussou, « Rotations dérisoires ? Toupies, sabots et pirouettes (XIIIe-XVe siècles) », Bien Dire et Bien Aprandre, 39 | 2024, 103-126.

Référence électronique

Amandine Mussou, « Rotations dérisoires ? Toupies, sabots et pirouettes (XIIIe-XVe siècles) », Bien Dire et Bien Aprandre [En ligne], 39 | 2024, mis en ligne le 25 décembre 2025, consulté le 21 janvier 2026. URL : http://www.peren-revues.fr/bien-dire-et-bien-aprandre/2148

Auteur

Amandine Mussou

Université Paris Cité (CERILAC)

Droits d'auteur

CC-BY-NC-ND