Alerte du 30 septembre 1997 et première mise en place de la circulation alternée : première évaluation faite à l'aide de l'outil de modélisation SIMPAR

DOI : 10.4267/pollution-atmospherique.2984

p. 69-84

Abstract

L'agglomération parisienne a connu à la fin du mois de septembre 1997 un épisode majeur de pollution atmosphérique qui a conduit pour la première fois en France à la mise en application de la mesure de circulation alternée le 1er octobre 1997 à Paris et dans 21 communes limitrophes. Des premières simulations ont pu être conduites par AIRPARIF sur la base d'un inventaire d'émissions détaillé afin d'une part d'expliciter les causes de cet épisode, d'autre part de quantifier les contributions respectives de la mesure de circulation alternée et du rôle joué par l'amélioration des conditions météorologiques dans la baisse des niveaux de pollution enregistrée le 1er octobre 1997. Ces simulations ont été réalisées avec le Système Informatique de Modélisation de la Pollution Atmosphérique Régionale (SIMPAR), développé par la société ARIA Technologies pour les besoins d'AIRPARIF.

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Introduction

L'agglomération parisienne a connu à la fin du mois de septembre 1997 un épisode majeur de pollution atmosphérique qui a conduit pour la première fois en France à la mise en application de la mesure de circulation alternée le 1er octobre 1997 à Paris et dans 21 communes limitrophes. Ce document présente les premiers résultats d'évaluation de l'efficacité de la mesure de la circulation alternée qui ont pu être obtenus grâce à l'utilisation d'un outilde simulation

de la pollution atmosphérique appelé SIMPAR .

Description de l'épisode de pollution et de la mise en place de la mesure de circulation alternée

Il faisait grand beau sur l'Ile-de-France en cette fin septembre, marquée par un soleil omniprésent, des températures très clémentes, voire franchement chaudes l'après-midi, et des brises légères au point que l'on pouvait douter d'être en automne. Seule ombre au tableau, au fil des beaux jours, la pollution de l'air s'accumulait peu à peu. Que s'est-il passé, pour que brutalement l'alerte soit déclenchée sur l'agglomération parisienne, par les taux de dioxyde d'azote (NO2), un polluant dont l'origine est pour une grande part liée au trafic automobile ? Quelles premières conclusions peut-on tirer de l'expérience de circulation alternée ? A-t-elle permis de diminuer les taux de polluants ?

Les conditions météorologiques anticycloniques étaient bien établies (pression atmosphérique de l'ordre de 1 020 hPa) et les forts contrastes de températures entre le jour et la nuit de la fin du mois de septembre sont à l'origine du phénomène dit d'inversion de température.

Suite à ce phénomène de refroidissement des couches d'air en contact direct avec le sol, l'agglomération parisienne se retrouve le matin puis à nouveau le soir recouverte d'une chape d'air chaud bloquant ainsi dans les premiers mètres de l'atmosphère les polluants qui sont émis, notamment par le trafic automobile.

Jusqu'au 28 septembre, les niveaux maximaux atteints pendant une heure dans l'agglomération parisienne restent néanmoins inférieurs au seuil de niveau 1 (200 µg/m3) de la procédure d'information et d'alerte du public en vigueur à cette époque1, essentiellement grâce à un léger vent (vitesse de l'ordre de 8-12 km/h) qui permet de disperser les polluants. En revanche, à partir du 28-09-97 et jusqu'au 1er octobre, le vent faiblit notablement (vitesse de l'ordre de 5 km/h), amenant ainsi le déclenchement d'un niveau 1 pour le dioxyde d'azote le 29 septembre en fin de matinée et celui du niveau 3 le lendemain (400 µg/m3).

Le vent très faible (< 5 km/h de secteur nord-ouest) et la forte inversion de température (7,5 °C sur 300 mètres à la tour Eiffel à 7h15 TU) le matin du 30 septembre n'ont pas permis la dispersion des polluants émis par l'agglomération. Une hausse rapide et très importante des niveaux de dioxyde d'azote est alors enregistrée dans l'agglomérat ion, amenant le déclenchement du niveau d'alerte à 12h00, le niveau 1 ayant été atteint à 9h45. L'ampleur du phénomène est variable selon les secteurs géographiques. Le secteur sud-est, situé sous le vent faible du reste de l'agglomération, a subi un net surcroît de pollution par transfert ; ce phénomène a pu être aggravé par les émissions locales provenant des grosses sources industrielles de ce secteur. Il a ainsi marqué des valeurs maximales supérieures à 400 µg/m3 en moyenne horaire glissante (Ivry-sur-Seine : 442,5 µg/m3, Paris 129 : 414 µg/m3, Vitry-sur-Seine : 408,25 µg/m3, Créteil : 402,75 µg/m3), tandis que le reste de l'agglomération présentait des maximums allant de 120 à 310 µg/m3.

L'affaiblissement de l'inversion thermique au cours de l'après-midi a naturellement conduit à l'ouverture partielle du couvercle au-dessus de l'agglomération et en conséquence à la diminution des niveaux de pollution. Mais toutes les données météorologiques disponibles indiquaient l'imminence d'une nouvelle fermeture du couvercle dans la soirée et le lendemain matin. Aucun risque pour les heures à venir ne pouvait être écarté.

La prévision par Météo-France d'une persistance de conditions météorologiques défavorables à la dispersion des polluants pour la fin de la journée et le lendemain matin (vent très faible de l'ordre de 5-8 km/h, inversion de température importante de l'ordre de 5°C à 0h TU), et la remontée des niveaux de pollution en fin d'après-midi expliquent que le préfet de police a décidé d'instaurer la circulation alternée dès le lendemain matin, conformément à la loi sur l'air du 30-12-96.

Le lendemain, 1er octobre, seuls les véhicules avec une immatriculation impaire sont autorisés à circuler à partir de 5 h 30, les autres véhicules devant rester en stationnement, gratuit à Paris pour les résidents à cette occasion. D'après la Direction régionale de l'équipement, le trafic sur l'ensemble de la région est inférieur de 10 % au trafic d'un mercredi habituel en moyenne totale journalière, avec des disparités entre la zone réglementée (15 % de diminution) et celle qui ne l'était pas (7 à 10 % de diminution). Au total, c'est près de 490 000 véhicules qui ne se sont pas présentés ce jour-là en entrée et en sortie de la zone réglementée.

La journée s'est caractérisée par des niveaux de pollution beaucoup plus faibles. On peut notamment faire les constatations suivantes :

  • les niveaux nocturnes de NO2, consécutifs à la journée d'alerte 3 sont exceptionnellement élevés entre 0h et 6h (autour de 100-120 µg/m3), preuve que les conditions de dispersion sont toujours très mauvaises ;

  • la hausse des niveaux que l'on enregistre habituellement le matin, suite à la conjonction de la hausse des émissions automobiles à l'heure de pointe de circulation et à la stabilité de l'atmosphère, est beaucoup plus faible que la veille (autour de 150 µg/m3) ;

  • l'après-midi, les niveaux de NO2 ont considérablement chuté par rapport à la veille (80 µg/m3) ;

Les effets conjugués d'une légère amélioration des conditions météorologiques (vent encore faible dans la matinée, inversion thermique un peu moins prononcée) et de la diminution des émissions automobiles suite à une baisse du trafic dans l'agglomération se sont traduits par une baisse de moitié des niveaux de pollution, évitant le déclenchement d'un niveau 1 de la procédure.

En raison de l'amélioration nette de la qualité de l'air et des prévisions météorologiques plus favorables à la dispersion des polluants, le préfet de police a décidé d'arrêter l'application de la mesure de circulation alternée le mercredi 1er octobre 1997 à minuit.

L'épisode de pollution du 30 septembre - 1er octobre 1997 a suscité de nombreuses questions, tant chez le grand public que chez les autorités responsables de la prise de la mesure de circulation alternée. Parmi les principales interrogations, on peut citer les points suivants :

  • 1. Quelles furent les contributions respectives des différents types de sources d'émissions dans l'épisode de pollution du 30 septembre 1997 ?

  • 2. Pour quelles raisons, les secteurs sud-est puis est de l'agglomération connurent- ils les plus fo rts niveaux de pollution ?

  • 3. Si la mesure de circulation alternée n'avait pas été prise le 1er octobre, quels niveaux auraient été enregistrés ?

  • 4. Si les conditions météorologiques du 30 septembre s'étaient maintenues le 1er octobre, quels niveaux de pollution auraient été atteints le 1er ?

  • 5. D'une manière plus générale, peut-on déterminer et quantifier les contributions respectives de la prise de la mesure de circulation alternée et de la modification des conditions météorologiques dans l'amélioration de la qualité de l'air qui a été enregistrée le 1er octobre ?

Seul le recours à un système de modélisation de la pollution atmosphérique peut permettre d'apporter des éléments de réponse à ces questions, d'une part en reconstituant l'épisode tel qu'il s'est déroulé pour mieux comprendre les causes d'occurrence du phénomène et sa dynamique (réponses aux questions de type 1, 2) et d'autre part en simulant un certain nombre de scénarios portant sur des modifications des conditions d'émissions ou des conditions météorologiques (réponses aux questions de type 3, 4 et 5). C'est ce travail de simulation et de compréhension qu'AIRPARIF a entrepris d'effectuer avec son système de modélisation de la pollution atmosphérique nommé SIMPAR. La suite de ce document présente les premiers résultats obtenus.

Reconstitution de l'épisode avec l'outil de simulation SIMPAR

Présentation succincte du système de modélisation SIMPAR

Le système de modélisation SIMPAR est un outil dont la vocation est de permettre la réalisation d'études prospectives à l'échelle de la région Ile-de-France, notamment l'évaluation des effets des mesures de réduction des émissions atmosphériques sur la pollution de l'air pour les·polluants primaires (CO, NOx, SO2...) ou secondaires (O3).

SIMPAR repose sur l'utilisation des logiciels suivants :

  • un gestionnaire d'applications : ADSO V8 ;

  • une chaîne de traitement des émissions contenant différents sous-programmes comme EMITRA ;

  • un module de calcul météo (MINERVE, MERCURE à terme) ;

  • un code de transport non réactif (HERMES) ;

  • un code photochimique (transport réactif) (AIRQUAL ou UAM-V) ;

  • un logiciel graphique SAVl3D.

Reconstitution des champs 3D météorologiques

La simulation météorologique de l'épisode du 30 septembre-1er octobre 1997 a été réalisée avecle module MINERVE développé conjointement par la Direction Études et Recherche d'EDF et ARIA Technologies. Il s'agit d'un code d'analyse objective des champs de ventet de température à moyenne échelle qui s'appuie sur les données de mesures (observation météorologique) et sur des sorties de modèle météorologique de grande échelle (comme le modèle ARPEGE de Météo-France) pour produire une séquence météorologique cohérente qui se rapproche des mesures disponibles. Ce processus d'assimilation s'appuie sur des techniques d'interpolation 30 et sur la résolution de l'équation de conservation de la masse (1ère équation de Navier-Stokes). L'avantage principal du code est sa souplesse et sa rapidité d'exécution. Un module de paramétrisation de la hauteur de la couche de mélange et de son évolution au cours du temps (Metpro, EPA) a été ajouté au sein de MINERVE.

Un exemple de simulation du champ de vent à 50 mètres d'altitude est présenté ci-après (voir Figure 1, p. 72) pour différentes échéances horaires (6h00, 10h00 et 14h00 TU) les 30 septembre et 1er octobre 1997. On constate que le module du vent est très faible (< 2 m/s) toute la matinée du 30 septembre, qu'il reste faible le 30 après-midi el le 1er au matin, puis qu'il augmente en cours de matinée du 1er pour dépasser les 3 m/s sur quasiment l'ensemble du domaine d'étude le 1er dans l'après-midi, améliorant ainsi la dispersion horizontale des polluants émis. Le secteur de vent (nord-ouest) reste quant à lui inchangé sur les deux journées.

Figure 1. Reconstitution du champ de vent à différentes échéances horaires (6h00, 10h00 et 14h00 TU) les 30 septembre et 1er octobre 97.

Le graphe suivant (Figure 2, p. 73) présente l'évolution horaire de la hauteur de la couche de mélange pour les journées du 30 septembre et du 1er octobre 1997, obtenue avec le module MINERVE, conformément aux informations météorologiques obtenues sur les stations d'observation de la tour Eiffel. On constate que la nuit, la hauteur de mélange est très faible (-75 m), et ce, pour les deux journées considérées. Le jour, le déploiement de la couche de mélange se fait progressivement à partir de 7h00 TU, les niveaux maximaux étant atteints vers 16h00 TU pour les deux journées. Durant la journée du 1er octobre 1997, la hauteur de la couche de mélange atteint les 600 m contre à peine 300 pour la journée du 30 septembre, favorisant ainsi davantage la dispersion verticale des polluants émis.

Figure 2. Evolution horaire de la hauteur de la couche de mélange pour les journées du 30 septembre et du 1er octobre 1997.

La reconstitution, à l'aide du module MINERVE des champs météorologiques pour les journées du 30 septembre et du 1er octobre 1997 montre bien que les conditions dispersives de l'atmosphère se sont substantiellement améliorées le 1er octobre 1997 par rapport au 30 septembre 1997 (hauteur de mélange plus importante, un peu plus de vent) même si elles restent encore médiocres.

Modélisation des émissions

Une première évaluation de l'évolution des émissions au cours des journées du 30 septembre et du 1er octobre 1997 a été réalisée par AIRPARIF en utilisant les informations disponibles au sein de la base de données émissions du système de modélisation SIMPAR et à partir de différents éléments d'évaluation des conséquences en terme de trafic de la mise en place de la circulation alternée émanant de la Direction de la voirie de Paris, de la Direction régionale de l'équipement d'Ile-de-France et plus particulièrement de son Service interdépartemental d'exploitation routière. Cette évaluation a été réalisée sur le domaine de modélisation retenu, à savoir un domaine de 50 × 50 km2 centré sur Paris et maillé avecun pas de 1 km.

Pour ce qui est de l'estimation des émissions horaires des grandes sources ponctuelles au cours des deux journées, nous avonsutilisé les données d'autosurveillance provenant directement des industriels, lorsque celles-ci étaient disponibles, et, le cas échéant, les données d'émissions annuelles de déclaration de taxe parafiscale que nous avons ramenées à la période d'intérêt par application de profils de modulation temporelle, fonctions du type d'activité. Le graphique (Figure 3, p. 74) présente les émissions horaires au cours des deux journées des principaux émetteurs ponctuels (EDF, TIRU, CPCU) situés dans le domaine de modélisation.

Les émissions surfaciques (émissions domestiques, biogéniques...) ont été calculées à partir des données annuelles provenant de l'inventaire 1994 CITEPA que nous avons, de manière analogue au travail effectué sur les GSP, ramenées à la période d'intérêt par application de profils de modulation temporelle, fonctions du type d'activité et qui ont été projetées sur le maillage utilisé.

Enfin, l'estimation des variations spatio-temporelles des émissions dues au trafic pour la journée du mardi 30 septembre a été réalisée à partir de trois éléments :

  • la matrice de trafic (comportant plus de 34 000 brins) fournie par la DREIF pour un jour dit « standard » et donnant pour chacun des brins, le volume de trafic et la vitesse moyenne de circulation heure par heure ;

  • l'utilisation des informations sur la répartition entre classes de véhicules issues du parc roulant national INRETS corrigé pour les poids lourds et les deux· roues par des estimations régionales ;

  • les facteurs d'émission issus de la méthodologie européenne Copert II.

Pour estimer les émissions du 1er octobre, nous avons utilisé les mêmes informations avec les modifications suivantes apportées à la matrice de trafic :

  • diminution générale du trafic de l'ordre de 13 % du fait que le 1er octobre est un mercredi ;

  • prise en compte des Impacts sur le trafic de la mise en place de la circulation alternée tels qu'ils ont pu être observés par le SIER ou la Direction de la voirie, à savoir :

  • avancement de l'heure de pointe du matin ;

  • étalement de la pointe du soir ;

  • baisses de trafic par zone :- 15 % sur la zone concernée par la mesure de circulation alternée, -20 % sur Paris et le boulevard périphérique et - 8 % sur le reste de l'Ile-de-France.

Bibliography

ARIA technologies SA. Notice d'utilisation du code HERMES. Version 2, 1993.

Boissavy-Vinau M. L'alerte du 30 septembre 1997 : la mise à l'épreuve de la circulation alternée. AIRPARIF Actualités, février 1998.

Électricité de France. Direction des Études et Recherches. ARIA technologies SA. Notice d'utilisation du code MINERVE. Version 4.0. Rapport ARIA 95.002, 1995.

Mairie de Paris, Direction de la voirie. Observatoire des déplacements. Circulation alternée : mercredi 1"' octobre 1997, analyse des conditions de déplacements à Paris - principaux résultats. Supplément au bulletin n• 31, 1998.

Perdriel S. Note de principe du code HERMES. Rapport EDF DER‑HE‑33/90.04, 1990.

Perdriel S, Moussafir J, Carissimo B. Note de principe du code MINERVE. Version 4.0. Rapport EDF·DER HE‑33/95/008, 1995.

Service Interdépartemental d'Exploitation Routière (SIER). Direction Régionale de l'Équipement d'Ile-de-France (DREIF). Bilan des mesures de restriction de la circulation appliquées le 1/10/97 à l'occasion du pic de pollution. Note interne, 1997.

Simon F. Principe de mise en place d'un modèle opérationnel régional. Pollution Atmosphérique. Janvier-mars 1997.

Notes

1  Arrêté interpréfectoral 9410504 du 25 avril 1994. Return to text

Illustrations

References

Bibliographical reference

F. Mietlicki and D. Gombert, « Alerte du 30 septembre 1997 et première mise en place de la circulation alternée : première évaluation faite à l'aide de l'outil de modélisation SIMPAR », Pollution atmosphérique, 165 | 2000, 69-84.

Electronic reference

F. Mietlicki and D. Gombert, « Alerte du 30 septembre 1997 et première mise en place de la circulation alternée : première évaluation faite à l'aide de l'outil de modélisation SIMPAR », Pollution atmosphérique [Online], 165 | 2000, Online since 24 mars 2016, connection on 16 décembre 2025. URL : http://www.peren-revues.fr/pollutionatmospherique/2984

Authors

F. Mietlicki

AIRPARIF

D. Gombert

AIRPARIF

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CC-BY