Climagri® : un outil et une démarche pour co-construire des stratégies territoriales d’atténuation des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre d’origine agricole sur les territoires

  • Climagri®: a computer tool and participative approach to design mitigation strategies of air pollutant and GhG emissions due to agriculture at a territorial level

DOI : 10.4267/pollution-atmospherique.5664

Abstracts

La réduction des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre (GES) d’origine agricole constitue un enjeu majeur pour l’atteinte des objectifs nationaux, actuels et futurs, d’amélioration de la qualité de l’air et de contribution à l’atténuation du changement climatique. L’échelle des territoires est un maillon intéressant pour le portage de projets et la mobilisation d’acteurs locaux de manière transversale. L’outil ClimAgri®, porté par l’ADEME, permet d’effectuer un diagnostic des émissions de plusieurs polluants atmosphériques (en particulier l’ammoniac), de gaz à effet de serre, des consommations d’énergie de l’agriculture et la forêt, à l’échelle d’un territoire, au regard de son potentiel nourricier et de production de biomasse. Ce diagnostic constitue un support pour identifier les principaux enjeux et les leviers d’actions, notamment dans le cadre des Plans Climat Air Énergie Territoriaux (PCAET). Sa mise en œuvre s’accompagne d’une démarche de projet, visant à partager ces éléments avec les acteurs du territoire et à co-construire un plan d’actions concret pour favoriser le déploiement de pratiques agricoles vertueuses, adaptées aux contextes locaux. En 2015, l’outil Climagri® a notamment été utilisé au niveau national dans le cadre d’exercices de scénarisation prospective à l’horizon 2035 : les « scénarios prospectifs climat-air énergie » conduits par le ministère en charge de l’énergie et la mise à jour du volet agricole de la vision énergétique de l’ADEME. Il a permis d’animer l’élaboration de scénarios pour le secteur agricole français sur la base d’hypothèses d’évolution couplées entre elles et crédibles.

Reducing air pollutants and greenhouse gases emissions from agricultural activities is a major issue to improve air quality in France and to achieve national climate change objectives. The territorial level is useful for mobilizing local actors with different interests as a basis for a common project. The Climagri® tool was developed by ADEME to estimate air pollutants and greenhouse gas emissions, and energy consumption from agricultural and forest activities at territorial scale. It also allows estimating food and biomass productions. Climagri® can be used to identify the main issues and the technical measures to be implemented in local Air, Energy, Climate Plans. Climagri® allows to share the diagnosis with local actors, in particular the farming sector, and to build together appropriate action plan aiming at favoring the diffusion of environmentally-friendly agricultural practices and technologies. In 2015, Climagri® was used at the national level to build coherent low GhG emissions scenarios for French agriculture in 2035.

Outline

Text

Introduction

Un enjeu national

La France, par son climat favorable et son histoire, est un pays où l’agriculture joue un rôle important. En 2012, l’agriculture occupait 51 % de la surface du territoire métropolitain (Agreste, 2014) et elle se trouve à l’interface de multiples enjeux : produire une alimentation saine et suffisante, préserver les ressources et facteurs naturels de production que sont l’eau, les sols et la biodiversité, contribuer à la lutte contre le changement climatique et s’y adapter, contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air et réduire les risques pour la santé des travailleurs agricoles, maintenir voire développer l’activité économique dans les zones rurales... (ADEME, 2015a)

Parmi ces enjeux, le rôle de l’agriculture dans l’atténuation des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et l’amélioration de la qualité de l’air ambiant fait l’objet d’une prise de conscience encore récente. Au plan national, ce rôle pourrait pourtant être loin d’être négligeable :

  • L’agriculture contribue actuellement à près de 20 % des émissions françaises de Gaz à Effet de Serre (GES), notamment en méthane (CH4) et en protoxyde d’azote (N2O) (CITEPA, 2015a). Réduire les émissions de GES de 40 % à l’horizon 2030, et diviser par quatre (« facteur 4 ») ces émissions, tous secteurs confondus, en 2050 par rapport à 1990, constituent des défis majeurs pour la France (ADEME-MAAPRAT, 2012 et loi pour la transition énergétique). L’implication du secteur agricole dans l’atténuation du changement climatique paraît donc indispensable, d’autant qu’un certain nombre de travaux montrent qu’il est possible de mettre en œuvre des stratégies au niveau de la ferme pour limiter les émissions de GES, tout en favorisant la préservation de la qualité des sols (en particulier, leur teneur en matière organique et leur biodiversité) et en produisant des matériaux et énergies renouvelables (Pellerin et al. 2013, ADEME, 2015b) ;

  • Le secteur agricole contribue de manière spécifique aux émissions atmosphériques de polluants, en lien avec certaines pratiques agricoles : les émissions de composés azotés issues de la fertilisation des cultures et de la gestion des effluents d’élevage (avec 97 % des émissions nationales d’ammoniac (NH3)), émissions de produits phytosanitaires (91 % des usages sont agricoles), les émissions de particules primaires par les travaux au champs et par le brûlage à l’air libre des résidus agricoles, et les émissions de Composés Organiques Volatils d’origine biogénique (COVb) en lien avec les espèces végétales cultivées... (PRIMEQUAL, 2015). Le secteur agricole participe aussi à la formation des polluants atmosphériques, notamment la pollution particulaire avec une contribution ammoniacale avérée aux pics printaniers de particules fines (Rouil et al. 2015) et la pollution à l’ozone avec une contribution de COVb (émis par les cultures) aux pics estivaux de pollution oxydante. Le couvert végétal favorise une forte réactivité des oxydes d’azote (issus du trafic routier notamment), conduisant à la formation d’acide nitreux (HONO) et de radicaux hydroxyles (OH°) participant également à la recrudescence de la pollution photo-oxydante. Comme pour les émissions de GES, des objectifs de réduction existent pour les émissions d’ L’ammoniac, formalisés dans le protocole de Göteborg (-4 % en 2020 par rapport à 2005) et de la directive NEC « National Emission Ceilings » (2001/81/CE, « plafonds nationaux d’émissions », actuellement en cours de révision). Des leviers d’actions sont aujourd’hui proposés pour la réduction de ces émissions (ADEME, 2012a ; Martin et Mathias, 2013), voire recommandés au titre des Meilleures Techniques Disponibles (MTD) du BREF IRPP (Intensive Rearing of Poultry and Pigs) ou dans le cadre du projet de révision de la directive NEC, qui devrait proposer des objectifs de réduction ambitieux à l’horizon 2030 (voir la proposition du parlement et du conseil du 16 décembre 2015).

Si le secteur agricole en France, parmi d’autres secteurs d’activités humaines, est un secteur contributeur de la dégradation de la qualité de l’air, mais il subit aussi les impacts sanitaires de la pollution de l’air dont les conséquences économiques sont loin d’être négligeables, par exemple sur le rendement des cultures agricoles et la qualité des produits commercialisés (ICP Vegetation, 2011).

Des démarches territoriales à développer

Sur de nombreux territoires, aux échelles locale ou régionale, l’agriculture représente des enjeux majeurs : elle peut occuper une surface importante du territoire, elle peut structurer une grande partie de l’activité économique du territoire, elle peut assurer un certain niveau d’autonomie alimentaire pour le territoire, elle peut contribuer à des émissions majoritaires dans le bilan GES du territoire. Le territoire est aussi aujourd’hui une échelle de décision et de pilotage d’importance : au travers notamment des Schémas Régionaux Climat Air Énergie (SRCAE) et des Plan Climat Air Énergie Territoriaux (PCAET), les collectivités locales sont légitimes à engager des dynamiques territoriales constructives. Ce niveau d’action est renforcé pour l’agriculture, par la régionalisation de la Politique Agricole Commune (PAC) et le renforcement du rôle des conseils régionaux dans la gestion des Fonds Européens Associés au Développement Rural (FEADER). Selon son échelle, chaque collectivité dispose de compétences propres en lien direct ou indirect avec l’agriculture. Sur le terrain, l’échelle des territoires constitue un niveau pertinent pour gérer les questions environnementales et mettre en œuvre des actions en créant des liens entre les différentes parties prenantes du territoire : une synergie entre les exploitations agricoles au niveau organisationnel notamment, des coopérations avec l’industrie, des interactions avec les habitants, une prise en compte des spécificités locales, etc. Par ailleurs, les territoires disposent de compétences directes qui peuvent avoir des effets sur l’agriculture : l’aménagement du territoire, la conception et la gestion des Plans Régionaux Agriculture Durable, le financement de mesures agro-environnementales, l’approvisionnement des restaurants scolaires et le développement des circuits courts de proximité… (Martin et Doublet, 2014).

Dans ce contexte, la définition de stratégies d’action aux échelles des territoires pour des collectivités locales et régionales pourrait s’appuyer sur des outils de diagnostic des émissions agricoles, sans oublier d’autres enjeux clés pour l’agriculture comme la production alimentaire et de biomasse ou le bilan des flux d’azote. Cependant, peu d’outils concernent l’échelle des territoires, y compris au niveau international (Colomb et al., 2013). Partant de ce constat, l’ADEME a fait développer en 2009, à l’échelle des territoires pour l’agriculture et la forêt, l’outil ClimAgri® de diagnostic des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Il est désormais diffusé et adossé à une démarche participative afin d’identifier les principaux enjeux et leviers pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre, et est utilisé dans la construction de plans d’actions partagés par les acteurs du terrain, notamment dans le cadre des Plans Climat Énergie Territoriaux (PCET). Il permet aussi d’évaluer l’impact de ces plans d’actions sur d’autres variables clés comme le bilan azote, l’autonomie fourragère, le potentiel nourricier et le potentiel de production d’énergie à partir de biomasse (bois-énergie, méthanisation). Mais depuis 2016, en cohérence avec les objectifs réglementaires et la mise en place des PCAET dans le cadre de la loi sur la transition énergétique (publiée au Journal Officiel du 18 août 2015), il intègre aussi les émissions de polluants atmosphériques, en particulier l’ammoniac.

1. L’outil ClimAgri®

1.1. Présentation de l’outil

L’outil ClimAgri® est un tableur permettant, à partir de la saisie de données descriptives de l’activité agricole et forestière du territoire (surfaces, itinéraires techniques par culture ; cheptels et leurs modes de conduite ; peuplements forestiers et leur exploitation), d’évaluer ses consommations d’énergies directes et indirectes, ses émissions de gaz à effet de serre et de plusieurs polluants atmosphériques (en particulier l’ammoniac). Excepté pour les polluants atmosphériques, la méthodologie de mise en œuvre de cet outil de diagnostic des émissions est décrite dans le rapport de l’ADEME (2011). Il est à noter que les émissions associées à l’usage de produits phytosanitaires ne sont pas considérées, vu le manque de références fiables (Guiral et al., à paraître). Les calculs, directement accessibles dans le tableur, sont effectués :

  • Pour les émissions de GES, selon la méthodologie de l’IPCC1 2006 (GIEC 2006, Données Tier 2 lorsque disponibles, les PRG2  à 100 ans sont actualisables) ou d’autres méthodes plus fines propres à l’échelle métropolitaine. De nombreux paramètres sont proposés par défaut et restent ajustables en fonction des spécificités du territoire.

  • Pour les émissions d’ammoniac, selon la méthodologie Tier 2 du guide EMEP/EEA (2013), proposée par l’Agence européenne de l’environnement (EEA).

  • Pour les COV non méthaniques, les NOX et particules primaires (TSP – Total Suspended Particles, PM10 et PM2,5) associés aux productions végétales (résineux, feuillus, cultures), à la fertilisation azotée, au travail du sol et à la récolte, selon les méthodologies Tier 1 (NOx, COVNM biogéniques issus de l’élevage et des cultures) et Tier 2 (TSP, PM10, PM2.5) du guide EMEP 2013 et utilisées par le CITEPA (COVNM biogéniques issus des forêts, comm. pers.). Ces calculs sont néanmoins associés à de fortes incertitudes du fait du manque de références expérimentales. Les émissions de poussières associées à la manutention et au séchage des récoltes peuvent être prises en compte selon la méthodologie développée par Services Coop de France en partenariat avec le CITEPA et l’INERIS (Services Coop de France, 2015).

  • Pour les COVs non méthanique, les NOX et particules primaires issus des engins mobiles agricoles et forestiers, selon les Valeurs Limites d’Émissions (VLE) définies dans la directive 97/62/CE « Directive 97/68/CE du Parlement européen et du Conseil sur le rapprochement des législations des États membres relatives aux mesures contre les émissions de gaz et de particules polluants provenant des moteurs à combustion interne destinés aux engins mobiles non routiers » et en fonction des phases de production des engins (Pré-Directive, Phase I et II, Phase III et Phase IV). Cette approche est comparable à celle développée par le CITEPA pour l’inventaire national (CITEPA, 2015b).

L’outil peut être utilisé pour tout territoire, administratif (région, département) ou de projet (parc naturel régional, pays, communauté de communes), situé en France métropolitaine. Une utilisation sur des bassins de production ou sur le périmètre d’une coopérative est également possible. Une adaptation aux territoires ultramarins a été expérimentée sur la Guadeloupe mais non généralisée (Colomb, Martel, 2012 ; Colomb et al., 2014).

Son périmètre intègre l’agriculture et la forêt du territoire ainsi que les activités amont nécessaires à l’activité agricole et forestière (production d’énergie, d’aliments pour les animaux, d’intrants azotés…). Par contre, le calcul des émissions s’arrête à la « sortie de ferme » (ou au bois « bord de route » pour les activités forestières), donc les procédés de transformation, les transports et la commercialisation ne sont pas pris en compte. Il s’agit d’une limite notamment pour la reterritorialisation de certaines activités ou la mise en œuvre de circuits courts.

Les principaux résultats proposés sont les consommations d’énergie directes (primaire3 et finale4), le calcul des consommations d’énergie indirectes (ex : énergie nécessaire à la production des intrants azotés) et le calcul des émissions de GES (CH4, N2O, CO2) et des polluants atmosphériques (NH3) par poste d’émissions. Le cas, pour la France métropolitaine, présenté dans les figures 1, 2 et 3, permet d’illustrer les sorties de l’outil.

Concernant l’énergie, les consommations d’énergie directes et indirectes sont à peu près équivalentes (figure 1). Les postes majeurs de consommation d’énergie directe sont la consommation de fioul (pour les tracteurs principalement), et de consommation d’énergie indirecte sont la production d’engrais azotés.

Figure 1. Répartition des consommations d’énergie (directes et indirectes) de l’agriculture et la forêt en France métropolitaine, d’après ADEME, ClimAgri®. La ferme France en 2010.

Direct and indirect energy consumptions in French agriculture and forestry (metropolitan France), according to ADEME, ClimAgri®. La ferme France en 2010.

Pour les émissions de GES, les principales émissions sont liées à la fermentation entérique des animaux (CH4) et aux émissions des sols (N2O) en lien avec la fertilisation azotée (figure 2). Ces deux postes représentent près de 80 % des émissions directes et 64 % du total des émissions en Mteq CO2 en 2010. Les autres postes significatifs sont la consommation d’énergie (CO2), le stockage des effluents, la fabrication des engrais azotés et l’alimentation animale (6 à 10 % des émissions totales pour chacun de ces postes en 2010). L’intégration des émissions indirectes renforce la part du protoxyde d’azote (N2O) et du dioxyde de carbone (CO2).

Figure 2. Répartition des émissions de gaz à effet de serre (directes et indirectes) de l’agriculture et la forêt en France, d’après ClimAgri®, Cas France 2010. PRG retenus (GIEC 2006) : 1 (CO2), 25 (CH4), 298 (N2O).

GhG emissions (direct and indirect) from agricultural and forest activities in France. Source: ClimAgri®, Cas France 2010. Global Warming Potential from GIEC 2006: 1 (CO2), 25 (CH4), 298 (N2O).

Pour les émissions de polluants, en ammoniac par exemple, les émissions sont liées pour plus des 2/3 à la gestion des effluents d’élevage et un peu moins du 1/3 à la fertilisation minérale des cultures. On peut noter que près de 50 % des émissions nationales ont lieu lors des apports organiques et minéraux au champ (figure 3).

Figure 3. Répartition des émissions d’ammoniac de l’agriculture en France métropolitaine, d’après ClimAgri®, Cas France 2010.

Ammonia emissions of French metropolitan agriculture, from Climagri®, Cas France 2010.

La comparaison avec l’inventaire national sur le seul périmètre des émissions directes de GES (figure 4) et d’ammoniac (figure 5) est possible, avec toutefois des écarts liés à une méthodologie de calcul différente (dont le choix des valeurs de Pouvoir de Réchauffement Global qui s’appuient sur GIEC, 2006 pour l’inventaire et GIEC, 2013 pour Climagri®) et de données d’entrée. Par exemple, les apports d’engrais minéraux sont estimés à partir de surfaces en cultures et des niveaux de fertilisation associés (enquêtes pratiques culturales du ministère en charge de l’agriculture) tandis que pour l’inventaire national, ce sont les données de ventes moyennées sur 3 ans.

Figure 4. Comparaison des émissions de GES (CO2, N2O, CH4) issues de Climagri® avec l’inventaire national réalisé par le CITEPA (CITEPA, 2015a) pour le cas France 2010. Les différences s’expliquent notamment par les valeurs de PRG utilisées qui renforcent le poids du CH4 dans Climagri® (25 pour l’inventaire en accord avec GIEC, 2006 et 28 pour Climagri® en accord avec GIEC, 2013) et réduisent le poids du N2O (298 pour l’inventaire et 265 pour Climagri®). À noter les niveaux importants d’incertitude estimés par le CITEPA sur les résultats de l’inventaire : par exemple ~140 % sur les émissions directes de N2O des sols, ~16 % sur les émissions de méthane entérique, ~30 % sur les émissions directes de méthane liées à la gestion des effluents d’élevage.

Comparison between French GhG emissions (CO2, N2O, CH4) as estimated with Climagri® and by CITEPA (CITEPA, 2015a) for France 2010. Differences might be explained by the GWP5 values used (GWP from GIEC (2006) for CITEPA and GWP from GIEC (2013) for Climagri®). It is important to note the high uncertainties associated with these estimates. For example, CITEPA calculates uncertainty of about 140 % for N2O emissions from agricultural soils, 16 % for enteric methane emissions and 30 % for methane emissions associated with manure management.

Comparison between French GhG emissions (CO2, N2O, CH4) as estimated with Climagri® and by CITEPA (CITEPA, 2015a) for France 2010. Differences might be explained by the GWP5 values used (GWP from GIEC (2006) for CITEPA and GWP from GIEC (2013) for Climagri®). It is important to note the high uncertainties associated with these estimates. For example, CITEPA calculates uncertainty of about 140 % for N2O emissions from agricultural soils, 16 % for enteric methane emissions and 30 % for methane emissions associated with manure management.

Figure 5. Comparaison des émissions d’ammoniac (NH3) issues de Climagri® avec l’inventaire national réalisé par le CITEPA (CITEPA, 2015a) pour le cas France 2010. À noter que les résultats de Climagri® ne sont pas significativement différents de ceux de l’inventaire, étant donné que les niveaux d’incertitude estimés par le CITEPA sur les résultats de l’inventaire sont d’environ ~50 % pour les émissions liées aux engrais minéraux et de ~30 % pour les émissions liées à la gestion des déjections animales.

Comparison of French ammonia (NH3) emissions in 2010 estimated with Climagri® and estimated by CITEPA national assesment (CITEPA, 2015a). It is important to note that the results are not significantly different: CITEPA calculates uncertainties of about 50 % for emissions associated with mineral fertilizers and 30 % for emissions associated with manure management.

L’outil évalue également le stock de carbone dans les sols à partir de données moyennes de stock de carbone (Arrouays et al., 2002) et de biomasse forestière pérenne, et propose des indicateurs du potentiel nourricier du territoire (en énergie, protéines totales et protéines animales). Deux feuilles intermédiaires du tableur présentent également le bilan azote du territoire et le bilan alimentaire des animaux. En 2013, le calcul de plusieurs indicateurs environnementaux complémentaires a été ajouté (par exemple : pression azotée, volumes d’eau prélevés) afin d’alimenter les réflexions multicritères.

Enfin, un certain nombre de leviers d’action sont déjà activables par défaut dans l’outil (tableau I). Leur sélection et leur paramétrage se basent sur les études réalisées par l’ADEME avec ses partenaires, en particulier :

  • L’étude « Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de GES ? », réalisée par l’INRA pour le compte de l’ADEME et les ministères en charge de l’agriculture et de l’écologie (Pellerin et al., 2013).

  • L’étude « Analyse du potentiel de 10 actions de réduction des émissions d’ L’ammoniac des élevages français aux horizons 2020 et 2030 », réalisée par le CITEPA en partenariat avec les instituts techniques animaux et l’INRA pour le compte de l’ADEME (Martin et Mathias, 2013).

EFFETS DIRECTS des GES et polluant sur les actions agricoles

Gaz à Effet de Serre (GES) et stockage de C

Ammoniac (NH3)

Réduire la fertilisation minérale des cultures

Diminuer les apports de fertilisants minéraux azotés

↓ (N2O et énergie indirecte)

Améliorer la valorisation des engrais organiques

↓(N2O et énergie indirecte)

Améliorer l'efficacité des apports minéraux (date d'apport, inhibiteurs, enfouissement)

↓(N2O et énergie indirecte)

↓ (enfouissement)

Développement les légumineuses

Augmenter la part des légumineuses dans les rotations et dans les prairies

↓(N2O et énergie indirecte)

Couverture du sol

Développer les cultures intermédiaires

↓(stockage de C : +0,1 à 0,35 tC/ha/an)

Développer l'enherbement des cultures pérennes

↓(stockage de C : +0,16 à 0,5 tC/ha/an)

Travail du sol

Développer les techniques culturales simplifiées

↓ (énergie directe : -20 à -40 %)

Haies et Agroforesterie

Développer l'agroforesterie

↓(stockage de carbone : 0,1 à 1,35 tC/ha/an)

Développer les haies

↓(stockage de carbone : 0,14 à 0,25 tC/ha/an)

Gestion des prairies

Optimiser la gestion des prairies

↓(stockage de carbone)

Accroître la durée des prairies temporaires

↓(stockage de carbone : 0,15 tC/ha/an, N2O, énergie indirecte)

Alimentation animale

Allonger les durées de pâturage

↓(stockage de carbone, N2O, énergie indirecte)

Substituer des glucides par des lipides insaturés dans l'alimentation des ruminants

↓(CH4 : -14 %)

Réduire les apports protéiques dans l'alimentation animale

↓(N2O, énergie indirecte)

Gestion des effluents d'élevage

Développer la méthanisation

↓(CH4, N2O) si les éventuelles fuites au niveau du méthaniseur sont maîtrisées

Risque accru de volatilisation de l’ammoniac sans mise en œuvre de technique de réduction au stockage et à l’épandage

Couvrir les fosses à lisier (couverture artificielle ou naturelle)

↓ (-50 à -80 %)

Bâcher les tas de fumier

↓ (-60 %)

Utiliser du matériel d'épandage des effluents d'élevage peu émissifs (pendillards, injecteurs)

↓ (-40 à -90 %)

Enfouir rapidement les effluents d'élevage (< 24 h)

↓ (-30 à -90 %)

Installer un laveur d'air en bâtiment porcin ou volaille

↓ (-70 %)

Évacuer rapidement les effluents d'élevage du bâtiment (procédé gravitaire, raclage en V)

↓ (-25 à -40 %)

Économies d'énergie

Réduire les consommations d'énergie (engins agricoles, chauffage des bâtiments…)

↓(énergie directe)

Bibliography

ADEME. (2011). Présentation et guide de mise en œuvre de ClimAgri, 51 p.

ADEME. (2012a). Les émissions agricoles de particules dans l’air – État des lieux et leviers d’actions. [En ligne] : www.ademe.fr

ADEME. (2012b). L’exercice de prospective de l’ADEME : vision 2030-2050, document technique, p. 71-104 ; p. 131-141 ; p. 243-252.

ADEME-MAAPRAT. (2012). Agriculture et facteur 4. Synthèse de l’étude, 13 p. et rapport final, 153 p.

ADEME, GIS SOL. (2014). Carbone organique des sols : l’énergie de l’agro-écologie, une solution pour le climat. [En ligne] : www.ademe.fr

ADEME. (2015a). Quelle transition écologique pour l'agriculture ? Des défis multiples à relever. ADEME & Vous, février 2015.

ADEME. (2015b). Agriculture & Environnement. Des pratiques clés pour la préservation du climat, des sols et de l’air, et les économies d’énergie. Collection « Connaître pour agir ». [En ligne] : www.ademe.fr

ADEME. (2015c). Analyse comparative de scénarios de lutte contre le changement climatique pour l’agriculture à l’horizon 2035 – Rapport final, ADEME. 38 p.

Agreste. (2014). Graphagri : l’agriculture, la forêt et les industries agro-alimentaires.

Arrouays D, Balescent J, Germon JC et al. (2002). Stocker du carbone dans les sols agricoles en France ? Synthèse du rapport d’expertise collective, INRA, 32 p.

BREF IRPP. (2003). Reference Document on Best Available Techniques for Intensive Rearing of Poultry and Pigs, Commission européenne.

Brisson N, Levrault F (dir.). (2012). Livre Vert du projet Climator, INRA.

Chambre d’Agriculture Région Nord Pas-de-Calais. (2014). Agriculture Durable Territoriale du Pays Ternois, Cadre stratégique ClimAgri® 2013-2017. Pays du Ternois, 30 p.

CEP. (2016). Centre d’Économie et Prospectives. Des scénarios prospectifs au service de l’élaboration d’une stratégie nationale : l’exemple du volet agricole des scénarios Énergie-Climat-Air, avril.

CITEPA (2015a). Inventaire des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre en France : séries sectorielles et analyses étendues.

CITEPA. (2015b). Organisation et méthodes des inventaires nationaux des émissions atmosphériques en France. Rapport OMINEA.

Commission européenne. (2011). Feuille de route vers une économie compétitive à faible intensité de carbone à l’horizon 2050. COM(2011)112, final,18 p.

Colomb V, Touchemoulin O, Bockel L et al. (2013). Selection of appropriate calculators for landscape-scale greenhouse gas assessment for agriculture and forestry. Environmental Research Letters, n° 8 (1), 015029.

Colomb V, Martel M. (2012). Bilan des émissions de GES pour l’agriculture et la forêt pour le territoire de la Guadeloupe, IRD-ADEME-FAO, 34 p.

Colomb V, Martel M, Bockel L et al. (2014). Promoting GHG mitigation policies for agriculture and forestry: A case study in Guadeloupe, French West Indies. Land Use Policy, n° 39, p. 1-11.

EMEP/EEA. (2013). EMEP/EEA air pollutant emission inventory guidebook 2013. Technical guidance to prepare national emission inventories. No 12/2013. [En ligne] : http://www.eea.europa.eu/publications/emep-eea-guidebook-2013

GIEC. (2006). Lignes directrices 2006 du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre, préparé par le Programme pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre, Eggleston HS, Buendia L, Miwa K et al. (dir.), Japon, IGES.

GIEC. (2013). Cinquième rapport d’évaluation (AR5) - Contribution du Groupe de travail I « Les éléments scientifiques ».

Gilliot JM, Génermont S. (2016). Ammonia volatilization after agricultural N fertilization: potential of using a national emission inventory mapping tool for upgrading emission factors in France. Poster présenté au European Geophysical Union.

Guiral C, Bedos C, Ruelle B et al. (à paraître). Synthèse bibliographiques sur les émissions de produits phytopharmaceutiques dans l’air : facteurs et outils d’estimation des émissions, évaluations environnementales et perspectives de recherche. Rapport ADEME.

Hassouna M, Eglin T. et al, Mesurer les émissions gazeuses en élevage – Gaz à effet de serre, ammoniac et oxydes d’azote. Diffusion INRA-ADEME. 314 p.

ICP Vegetation. (2011). Ozone Pollution: A hidden threat to food security. Rapport ICP Vegetation. Gina Mills and Harry Harmens (dir.), Center for Ecology & Hydrology, 116 p.

Martin E, Mathias E. (2013). Analyse du potentiel de réduction de 10 actions de réduction des émissions d’ammoniac des élevages français aux horizons 2020 et 2030. Rapport final. Ed. ADEME, Angers, France, 238 p.

Martin S, Doublet S. (2014). Stratégies d’atténuation mises en œuvre sur les territoires : l’outil et la démarche ClimAgri®. Innovations agronomiques, n° 37, p. 83-95.

Martin M, Eglin T, Bardy M. (2015). Stockage de carbone dans les sols de grandes cultures : méthodes de comptabilisation à différentes échelles. Dans Bourges B, Broc JS, Gourdon T (dir.), Empreinte carbone : évaluer et agir, Paris, Presses des MINES, collection Développement durable.

Pellerin S, Bamière L, Angers D et al. (2013). Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Potentiel d'atténuation et coût de dix actions techniques. Synthèse du rapport d'étude, INRA (France), 92 p.

PRIMEQUAL. (2015). Agriculture et pollution de l’air – Impacts, contributions, perspectives : état de l’art des connaissances. MEDDE-ADEME-INRA, 8 p.

Ramanantenasao MMJ, Génermont S, Gilliot JM et al. (à paraître). A process-based framework to estimate spatio-temporal ammonia emission due to nitrogen fertilization management.

Rouil L, Bessagnet B, Favez O et al. (2015). Épisodes de pollution particulaire en France : quels enseignements tirer des récents épisodes ? Pollution atmosphérique, numéro spécial, mars 2015.

Services Coop de France. (2015). Mesure et contrôle des émissions de poussières lors de la manutention et du séchage des céréales. Projet EMICER réalisé dans le cadre du programme de recherche CORTEA de l’ADEME.

Solagro. (2013). Afterres : quelle utilisation des terres en 2050 ?, 70 p.

Vandewalle F, Duparque A, van Dijk P et al. (2015). Associer des informations sur les pratiques agricoles aux assolements de rotations pour évaluer l’impact des systèmes de culture dans un territoire. Poster. Journées du COMIFER-GEMAS, Lyon, 18-19 novembre.

Notes

1 Intergovernemental Panel of Climate Change Return to text

2  Pouvoirs de Réchauffement Globaux Return to text

3  Énergie primaire : quantité d’énergie totale nécessaire à la mise à disposition d’une quantité d’énergie finale au consommateur (énergie finale + pertes + consommations d’énergie des producteurs d’énergie) Return to text

4  Énergie finale : énergie directement consommée par l’utilisateur (« facturée ») Return to text

5  GWP Global Warning Potentiel Return to text

Illustrations

References

Electronic reference

T. Eglin, S. Doublet, L. Galsomiès, E. Martin, S. Martin, A. Trévisiol and J. Mousset, « Climagri® : un outil et une démarche pour co-construire des stratégies territoriales d’atténuation des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre d’origine agricole sur les territoires », Pollution atmosphérique [Online], 229-230 | 2016, Online since 01 mai 2017, connection on 17 avril 2026. URL : https://www.peren-revues.fr/pollutionatmospherique/5664

Authors

T. Eglin

ADEME, DPED, Service Agriculture et Forêts, F-49000 Angers

S. Doublet

Solagro, F-31000 Toulouse

L. Galsomiès

ADEME, DVTD, Service Evaluation de la Qualité de l’Air, F-75 000 Paris

E. Martin

ADEME, DPED, Service Agriculture et Forêts, F-49000 Angers

S. Martin

ADEME, DPED, Service Agriculture et Forêts, F-49000 Angers

A. Trévisiol

ADEME, DPED, Service Agriculture et Forêts, F-49000 Angers

J. Mousset

ADEME, DPED, Service Agriculture et Forêts, F-49000 Angers

Copyright

CC-BY