De l’hygiénisme à la santé environnementale, regards sur la ville

  • From sanitarianism to environmental health, views on the city

DOI : 10.54563/pollution-atmospherique.7172

p. 11-21

Abstracts

L’hygiénisme naît à la fin du xviiie siècle en Europe dans un contexte de néo-hippocratisme : les milieux jouent un rôle essentiel dans la pensée médicale – le sol parce qu’il est corrompu, l’air parce qu’il véhicule les miasmes délétères, le climat et les météores parce que la constitution atmosphérique affecte la constitution humaine. Un consensus émerge, non seulement chez les médecins mais aussi dans la communauté scientifique et intellectuelle, selon lequel la conservation de la santé passe par une rectification du milieu. Ce discours est particulièrement développé en ce qui concerne les villes, frappées de surmortalité. Il conduit les médecins à penser la ville saine : une ville ouverte, dotée de rues larges, droites et imperméables, de trottoirs, d’une eau propre qui lave, l’eau sale étant évacuée au plus vite, de cheminées bien disposées pour l’évacuation des fumées, de laquelle les activités insalubres ont été éloignées ou au moins isolées, où la végétation point trop abondante pour ne pas favoriser l’humidité contribue au renouvellement de l’air. Cette rectification du milieu est intense au xixe siècle et se poursuit pendant une bonne partie du suivant. Cependant, la médecine s’est éloignée de ses bases environnementales et de ses préoccupations mésologiques. L’hygiène extérieure est progressivement devenue affaire de techniciens, d’ingénieurs, d’hydrologues, d’aménageurs qui ont mis en œuvre le projet des médecins néo-hippocratiques. La disparition de la surmortalité urbaine au tournant des xixe et xxe siècles parachève le tableau : au xxe siècle, la médecine n’a plus besoin d’être environnementale dans les pays développés et tempérés. Ce n’est qu’à la fin du siècle dernier que l’identification d’une nouvelle surmortalité urbaine et l’identification de cas de morbidité par le milieu conduit le corps médical à repenser le milieu extérieur.

Sanitarianism starts up at the end of the eighteenth century in Europe, in a neo-hippocratic context: the milieu plays a central part in medical thought, the soil because it is corrupted, the air because it carries deleterious miasma, climate and meteors because the atmospheric constitution affects the human constitution. A consensus emerges, not only among physicians, but also within the scientific and intellectual community, that health preservation can be reached through milieu rectification. This discourse is particularly developed in the case of cities, hit by excessive mortality. It drives physicians into thinking the healthy city: an open city, with wide straight impervious streets, pavements, clean water for washing, dirty water being drained as quickly as possible, chimneys well set for the evacuation of smokes, where unhealthy occupations have been set afar, or at least isolated, and a not too abundant vegetation, such as not to favor humidity, contributes to the renewing of the air. This milieu rectification is intense in the xixth century, and keeps on during a part of the next. But meanwhile, medecine has moved away from its environmental basis and mesologic concerns. Outer hygiene has gradually become the affair of technicians, ingeneers, hydrologists and city planners who have implemented the neo-hippocratic physicians project. The end of urban abnormally high rate mortality at the turn of the xixth and xxth century completes the picture: in the xxth century, medecine does not any longer need to be environmental in temperate and developped countries. It is only at the end of the last century that the identification of a new urban mortality excess and milieu morbidity induces the medical profession in rethinking the outer milieu.

Text

Download Facsimile [PDF, 472k]

References

Bibliographical reference

Sabine Barles, « De l’hygiénisme à la santé environnementale, regards sur la ville », Pollution atmosphérique, NS 3 | -1, 11-21.

Electronic reference

Sabine Barles, « De l’hygiénisme à la santé environnementale, regards sur la ville », Pollution atmosphérique [Online], NS 3 | 2010, Online since 01 novembre 2010, connection on 22 janvier 2026. URL : http://www.peren-revues.fr/pollutionatmospherique/7172

Author

Sabine Barles

Professeur des universités – Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS, UMR 8134) – Institut Français d’Urbanisme, IFU – 4, rue Alfred Nobel – Cité Descartes – 77420 Champs-sur-Marne – France – Sabine.barles@orange.fr

Copyright

CC-BY