Les membres et le champ des actions de l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA) ne cessent de se transformer, reflets de l’évolution des enjeux atmosphériques et du dynamisme de l’Association pour contribuer à y répondre. Dans ce cadre, une nouvelle génération d’experts bénévoles et de salariés reprend la publication de la Revue qui avait suspendu son activité en 2019.
La Revue, une longue histoire des connaissances sur l’air
L’histoire de la Revue permet de saisir l’évolution de la question de la pollution atmosphérique sur près de soixante ans avec, entre 1962 et la fin de l’année 2018, 238 numéros publiés, sans compter deux numéros spéciaux par an. Dès 2012 la Revue a été disponible sur Internet en accès libre et les anciens numéros à partir de 1992 numérisés. Ils sont aujourd’hui accessibles sur la plateforme « Peren » de l’Université de Lille [1].
Sur le long terme, l’examen des articles publiés fait ressortir l’élargissement des échelles spatiales de la pollution du local au global, le nombre croissant des composants, des contextes et des processus identifiés et étudiés, la prégnance de la dimension sanitaire et son intégration progressive tant dans le champ de l’environnement que dans celui du social et de l’économique et par là-même du culturel et du politique. Elle a rejoint l’extension planétaire et le temps long du changement climatique lié aux émissions de dioxyde de carbone et d’autres gaz issus de la combustion des énergies fossiles fruits de l’industrialisation massive depuis la seconde guerre mondiale et de la mondialisation. Cette dilatation spatio-temporelle s’est accompagnée de la multiplication des acteurs concernés, de la diversification des sujets traités et donc des auteurs. La renaissance de la Revue s’inscrit dans le prolongement de cette tradition éditoriale bien établie de diffusion de connaissances et d’analyses réflexives reposant sur des bases scientifiques solides correspondant à un domaine qui recouvre une multitude d’aspects de la vie individuelle et collective : énergie, industrie, habitat, transport, urbanisme, consommation, santé, etc.
Une thématique en constante évolution
Si le champ de la revue est avant tout celui de la France, elle n’en est pas moins largement ouverte à l’international, en particulier au contexte européen et aux initiatives de l’UE comme aux grandes problématiques mondiales, pollutions urbaines massives des pays moins avancés ou liées aux feux de forêt consécutifs aux sécheresses récurrentes dues au réchauffement du climat. Les connaissances en matière de pollution atmosphérique n’ont cessé d’évoluer : la découverte des impacts sanitaires des particules à partir des années 1990 a suscité une vraie révolution, illustrée à ce jour par le chiffre de 40 000 décès en France attribuables annuellement à ce fléau. Et la caractérisation de l’effet sans seuil de la plupart des polluants atmosphériques avait d’emblée posé la question éthique, toujours d’actualité, des normes à respecter, car reliées intrinsèquement à des impacts résiduels, certes démocratiquement jugés acceptables, mais associés à des inégalités d’expositions et de vulnérabilité de la population. Parallèlement à la diminution des niveaux de certains polluants, la nocivité d’autres substances est aujourd’hui mise en lumière telle celle des microplastiques ou des PFAS (substances per- and polyfluoroalkylées)
Les transformations à opérer pour prévenir la pollution et le dérèglement du climat relèvent de politiques publiques de grande ampleur, indissociables des comportement individuels et collectifs soutenus par la puissance publique à travers des règlements, des incitations, des aides mais aussi la diffusion d’informations pertinentes face à une réalité multiforme et délicate à appréhender car échappant pour la plus grande part aux registres sensoriels. Dans ce champ complexe de la qualité de l’air, il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances mais de se situer dans une perspective d’action, de rendre compte et d’analyser les initiatives mises en œuvre « sur le terrain » en cherchant à favoriser la lisibilité de situations souvent délicates, insuffisamment explorées ou comprises. Celles-ci se heurtent à des difficultés considérables, renforcées aujourd’hui par un relatif « backlash » utilisé politiquement. Il convient de préciser, dans ce contexte de controverses, de tensions voire d’oppositions affirmées, quelles sont les conditions pour produire une information scientifiquement partagée car validée. Le but est en effet non seulement de mettre en lumière les sources et les émetteurs et de proposer des solutions alternatives moins polluantes mais aussi d’approfondir des connaissances et d’apporter des réponses techniquement efficientes et socialement acceptables, aux effets des expositions sur la santé des hommes, des animaux et des écosystèmes selon une perspective « one health ».
La Revue, diffusion d’une culture partagée de la qualité de l’air
Le panel des disciplines à interroger est très large, de la géographie, la météorologie, la chimie de l’atmosphère, la métrologie à l’épidémiologie, la toxicologie ou le champ de la prévention sanitaire pour n’en citer que quelques-unes. Il inclut les sciences sociales qui visent à explorer les incertitudes du contexte contemporain et la modulation des réponses apportées aux questions posées dans la confrontation aux multiples enjeux à l’œuvre. Celles-ci permettent d’examiner à échelles fines les initiatives, les appréhensions, les implications, les contradictions, la diversité et la complexité des situations aux différentes échelles concernées dans une attention particulière à la question des inégalités. La transdisciplinarité choisit la collaboration ouverte et féconde entre les savoirs scientifiques et les expériences professionnelles de nombreux acteurs, sans ignorer les populations [2]. L’élaboration d’une culture partagée de la qualité de l’air ne peut relever de la théorie, elle s’enracine dans l’expérience, la capacité opératoire des professionnels et le jeu des acteurs. Le conseil scientifique, composé de représentants de différentes disciplines et de membres d’organismes impliqués dans la mise en œuvre de la qualité de l’air, reflète cette diversité.
Les auteurs : rigueur scientifique et ouverture
La rigueur scientifique s’impose plus que jamais à travers le processus de relecture par les pairs [1]. Cependant, parmi les deux relecteurs, l’un ne doit pas être spécialiste du domaine proposé de manière à vérifier les conseils donnés dans la note aux auteurs [1] « appelés à présenter des textes accessibles à un lectorat large et varié ». La Revue a longtemps été dédiée à la publication en langue française des recherches sur la qualité de l’air mais celles-ci ont évolué et les jeunes chercheurs privilégient les publications dans des revues anglophones beaucoup plus spécialisées et surtout mieux valorisées en termes de facteur d’impact. L’expérience du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et l’essor des GIEC régionaux, les GREC (Groupe régional d’expertise sur le changement climatique), permettent de penser que les chercheurs, conscients de l’importance de la pollution atmosphérique comme élément des transformations écologiques, culturelles et sociales à opérer, pourront s’investir dans une Revue que l’on peut qualifier « d’utilité publique ».
Un organe de diffusion des actions et réflexions de l’APPA mais pas que
La renaissance de la Revue repose, pour l’instant, largement sur le bénévolat et sur l’APPA. Le fonctionnement de la Revue est donc étroitement lié aux conventions engagées par l’APPA au titre de sa politique de communication. Mais l’ambition de la Revue dépasse largement ce qui ne serait qu’une fonction de vitrine des activités de l’APPA même si celles-ci méritent d’être connues et publiées à l’image des expertises collectives menées par son conseil scientifique sur des sujets aussi divers que les biocides, le métier de conseiller en environnement intérieur/conseiller habitat-santé ou les dispositifs mobiles d’épuration de l’air intérieur.
L’activité éditoriale de l’APPA est appelée dans le futur à nouer des partenariats pour garantir la pluralité des sources d’information avec le souci d’élargir le champ d’intelligibilité par-delà les éléments ponctuels offerts par les sites Internet et les réseaux sociaux. La construction d’une véritable plate-forme d’informations dédiée à la qualité de l’air, scientifiquement validées, provenant de sources diverses et dépassant la simple communication sur les actions entreprises constituera une contribution significative à l’élaboration d’une culture commune de la qualité de l’air avec toute la complexité liée à sa prévention.
Une politique de communication plus horizontale
La Revue ne peut être un organe diffusant l'actualité. Les informations relayées relèvent d'un regard réflexif, distancé. Seul ce recul lié au temps de la maturation permet de résister à l'immédiateté du numérique souvent source de conformisme alors que la culture commune, à laquelle le conseil scientifique est attaché, s’élabore sur un temps plus long en décalage par rapport aux projecteurs braqués sur l’actualité.
Les standards de la communication développés par les réseaux sociaux se sont développés dans une société de l’accélération. Un article d’une dizaine de pages, destiné au grand public mais nécessitant un temps de lecture de trente minutes, intégré dans une revue comportant plusieurs articles de ce genre, semble devenu anachronique. Dans ce contexte éditorial à la fois plus chargé et plus contraint, les articles sélectionnés seront plus courts (3000 mots environ maximum) [1] et publiés régulièrement sans attendre un regroupement par numéro car les questions abordées méritent une large promotion et peuvent faire l’objet d’une politique de communication à l’aide du site Internet et des réseaux sociaux. Cette diffusion pourra être accompagnée par un entretien avec l’auteur ou par un webinaire sur le sujet si celui-ci est suffisamment vaste. Les publications acceptées peuvent prendre plusieurs formes : articles scientifiques revus par les pairs mais aussi notes brèves ou opinions. Le premier numéro de la « nouvelle » Revue, en préparation, sera diffusé, article par article, tout au long de l’année 2025/2026.
Conclusion
Dans l’univers collectif actuel caractérisé par la complexité et l’incertitude, l’environnement ouvre une infinité de possibles qu’il convient d’éclairer pour s’orienter en connaissance de cause. Dans ce contexte, une prise de conscience collective, certes encore insuffisante n’a cessé de s’affirmer. Des citoyens, associations, professionnels, décideurs sont mobilisés et cherchent à s’informer. C’est pour eux et avec eux, pour répondre à leurs attentes en s’appuyant sur un effort massif d’objectivation, que s’adresse cette nouvelle mise en œuvre de la Revue. Le respect des objectifs définis pour la Revue ouvre une voie étroite dans laquelle les membres de l’APPA sont prêts à s’engager avec le soutien de tout le « microcosme de la qualité de l’air » convaincu de l’impérieuse nécessité de promouvoir la construction d’une culture environnementale commune et d’y participer.
