Cet article s’inscrit pleinement dans les objectifs et le champ d’application de la revue Pollution Atmosphérique, qui visent à diffuser des travaux sur la caractérisation, l’analyse et les impacts des polluants atmosphériques. Il apporte une étude de cas originale sur un épisode aigu de SO₂ et NH₃ à Ghannouch les 9 et 10 septembre 2025 (Gabès, Tunisie), en combinant mesures environnementales, conditions météorologiques et conséquences sanitaires, contribuant ainsi à la compréhension des épisodes de pollution industrielle et à la protection de la santé publique.
1. Introduction
L’industrialisation massive du littoral méditerranéen, particulièrement dans le gouvernorat de Gabès, a instauré une cohabitation précaire entre le complexe chimique de Gabès, les zones résidentielles et les oasis fragiles [1]. Si la dégradation chronique de l’air y est connue, les épisodes de pollution aiguë et ses impacts sanitaires demeurent insuffisamment documentés malgré leur dangerosité.
Les 9 et 10 septembre 2025 ont connu des concentrations exceptionnellement élevées de dioxyde de soufre (SO₂) et d’ammoniac (NH₃) à la station de Ghannouch. Ces pics de pollution, corrélés à des signalements sanitaires alarmants, ont nécessité une analyse intégrée croisant les données de la qualité de l’air et de la météorologie. L'objectif de cette étude est donc de caractériser ces pics de polluants tout en identifiant les conditions météorologiques spécifiques qui ont favorisé leur stagnation. En examinant les scénarios techniques industriels et les impacts sanitaires immédiats, cette recherche vise à mieux comprendre les mécanismes de survenue de tels événements pour protéger les populations locales face aux risques industriels majeurs.
2. Données et méthodes
2.1. Données sur la qualité de l’air et données météorologiques
Les mesures de dioxyde de soufre (SO₂) et d'ammoniac (NH₃) proviennent de la station de l'ANPE à Ghannouch. Située près du complexe industriel, elle assure un suivi horaire continu via des analyseurs automatiques de haute précision. Ce dispositif garantit la fiabilité nécessaire pour comparer rigoureusement les pics de pollution des 9 et 10 septembre 2025 aux périodes adjacentes.
En parallèle, les données météorologiques horaire sont issues des stations de l'ANPE (à Ghannouch) et de Gabès-Médina gérée par l’INM (www.meteo.tn). Leur recoupement permet de consolider les séries temporelles et d'analyser l'influence des paramètres physiques — humidité relative, rayonnement, température et régime des vents — sur la dispersion ou l'accumulation des polluants.
2.2. Méthodes d’analyse
L’approche repose sur une analyse intégrée corrélant les séries temporelles de polluants aux paramètres météorologiques. Les profils horaires de SO₂ et de NH₃ ont d’abord été examinés pour caractériser l’intensité et la récurrence des pics. Ces épisodes ont ensuite été mis en relation avec les conditions favorisant l'accumulation et le transport des panaches industriels, telles que la stabilité atmosphérique, les vents faibles et leur orientation vers les zones habitées. Enfin, une comparaison avec les valeurs guides de l’OMS et les normes nationales tunisiennes a permis d’évaluer la dangerosité et le caractère exceptionnel de ces pollutions.
2.3. Outils de traitement et enquête de terrain
Les données ont été traitées via les logiciels R et WRPLOT View pour générer des séries temporelles et des roses des vents, corrélant ainsi les pics de SO₂ et de NH₃ aux dynamiques atmosphériques. Parallèlement aux analyses physiques, une enquête descriptive a été conduite auprès de 20 personnes à Ghannouch, sur un échantillon représentatif des 103 cas d’asphyxie recensés entre septembre et octobre 2025. Menée au sein des hôpitaux et des établissements scolaires dès la survenue des incidents, cette démarche visait à garantir la fiabilité des données. Un questionnaire semi-directif de 14 questions a permis de recueillir des données sur la localisation, la perception sensorielle des gaz et la nature des symptômes. Cette approche mixte croise les mesures instrumentales avec le vécu des populations pour évaluer précisément l'exposition et l'impact sanitaire immédiat.
3. Résultats :
3.1. La zone d’étude
Gabès est un pôle industriel majeur de transformation du phosphate et de production d’engrais. Il se caractérise par une imbrication étroite entre ses unités de production et les zones résidentielles ou agricoles (figure 1). Le complexe, situé au nord de la ville en bordure de la zone portuaire, jouxte directement l'oasis de Chott Essalem (délégation de Gabès-Medina) au sud et celle de Ghannouch au nord (à environ 1 km). L’oasis de Bouchemma (délégation de Gabès-Ouest) se situe quant à elle à 3 km à l’ouest.Cette proximité immédiate expose les écosystèmes et les populations aux rejets des unités industrielles (GCT, ICF, ALKIMIA, TIMAB, etc.), qui émettent un mélange complexe de polluants atmosphériques (SO₂, NH₃, NO₂, HF, O3, PM10, etc.).
3.2. Rappel des incidents industriels dans quelques localités à proximité de la zone industrielle (ZI)
L’analyse rétrospective entre 2008 et 2024 confirme la récurrence des intoxications et des épisodes d’asphyxie à Ghannouch, Chott Essalem et Bouchamma (tableau 1). Ces incidents, liés à des fuites accidentelles ou des dysfonctionnements des unités industrielles (GCT, AlKIMIA, ICF), impliquent principalement le SO₂, le NOx et le NH₃. La vulnérabilité est maximale pour les établissements scolaires et les habitations situés dans un rayon de 2 km, à l'instar du collège Ibn Rochd-Ghannouch, distant de seulement 400 m de la zone industrielle. Si ce passif historique est structurel, les épisodes de septembre 2025 marquent une rupture par leur intensité et leur impact social, ayant déclenché d'importantes mobilisations citoyennes en octobre 2025.
3.3. Concentrations de SO₂ et de NH₃ mesurées par l’ANPE les 9 et 10 septembre 2025
Détectables à leur odeur âcre, le SO₂ et le NH₃ ont marqué l'année 2025 par une pollution irrégulière, alternant calme et pics soudains. Alors que le premier semestre affichait des niveaux globalement faibles malgré quelques hausses liées aux cycles industriels et à la météo, le second semestre a révélé une dégradation nette. L'épisode des 9 et 10 septembre illustre cette intensification, avec des concentrations extrêmes et persistantes qui rompent brutalement avec les niveaux habituels. Les mesures révèlent deux phases critiques de pollution aiguë (figure 2) :
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Pic de SO₂: entre 13h et 14h du 09 septembre 2025, les concentrations bondissent pour atteindre un pic de 1 800 ppb (4698 μg/m³) suivi d’une retombée rapide. Un second pic survient le lendemain entre 13h et 15h. Ces valeurs pulvérisent les seuils réglementaires pour le SO₂: elles sont 150 fois supérieures à la norme tunisienne NT 106.04 : 12 ppb ou 32 μg/m³et 400 fois supérieures aux recommandations de l'OMS : 4,1 ppb ou 10.7 μg/m³ [5].
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Pic de NH₃ :sa dynamique diffère par sa persistance. Dès 15h (le 09 septembre 2025), les teneurs grimpent entre 1 800 et 2 000 ppb (entre 1267 et 1 408 μg/m³) et se maintiennent sur un plateau de 10 à 12 heures. Comparativement aux teneurs urbaines habituelles (25 ppb ou 17.6 μg/m³ selon l’OMS-IPCS) (www.who.int/fr), ces concentrations sont près de 80 fois plus élevées, suggérant un rejet prolongé ou une accumulation locale massive.
L'intensité extrême de ces relevés, comparée à la moyenne annuellede 2025 (SO₂ : 2,3 ppb ou 6 μg/m³; NH₃: 28,3 ppb ou 20 μg/m³), exclut l'hypothèse d'émissions diffuses. Le caractère abrupt et discontinu des hausses pointe directement vers des incidents industriels ponctuels (phases accidentelles ou transitoires), amplifiés par une météo défavorable. Ces épisodes de pollution aiguë expliquent la corrélation directe avec les bilans hospitaliers et les témoignages recueillis sur le terrain.
3.4. Rôle des conditions météorologiques dans l’accumulation des polluants
L’épisode de pollution résulte d’une synergie météorologique critique qui a entravé la dispersion atmosphérique, favorisant un confinement des polluants au niveau du sol.
3.4.1. Rayonnement global (RD) et stabilité atmosphérique
Le cycle diurne du rayonnement (0 à 870 W/m²) a directement dicté la dynamique de la couche limite atmosphérique (CLA) (figure 2). Les phases nocturnes de rayonnement nul ont induit une stratification stable (couche limite stable), inhibant le brassage vertical. Cette absence de turbulence, couplée à des inversions thermiques probables, a piégé le SO₂ et le NH₃ près des sources d'émission, empêchant leur dilution [2-6].
3.4.2. Humidité relative, températures et comportement des polluants
L’humidité relative, saturée (proche de 100 %) durant les phases nocturnes et maintenue au-delà de 80 % le jour, s'est conjuguée à des températures élevées (20–29 °C) (figure 2). Cette configuration a limité la convection thermique, ralentissant le renouvellement de l'air. L’hygrométrie élevée a pu également favoriser la persistance et la réactivité physico-chimique du NH₃ en milieu acide, prolongeant ainsi la durée d'exposition des riverains [6-7].
3.4.3. Direction et vitesse du vent : rôle déterminant
Le régime anémométrique a été le facteur déterminant de cet épisode. Des vents faibles (0,5 à 3 m/s) ont limité la dispersion horizontale, créant un "effet de cloche" atmosphérique où les polluants stagnent à basse altitude [8-9]. Cette situation a été aggravée par deux phénomènes circulatoires complémentaires :
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Le couloir de transport Sud/Sud-Est: La direction dominante des vents a rabattu les panaches industriels directement vers le Nord et le Nord-Ouest. Cette corrélation est confirmée par les roses de pollution (figure 3), montrant des pics de SO₂ et de NH₃ dans cet axe, expliquant pourquoi les quartiers Nord/Nord-Ouest de Ghannouch ont concentré la majorité des victimes (13 cas sur 20 enquêtés soit 65 % des victimes).
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La brise de mer : l'analyse des données montre qu'au cours du 9 septembre, l'établissement d'une brise de mer — un flux d'Est perpendiculaire au rivage — a agi comme une véritable barrière thermique. Ce flux de faible vitesse a entraîné le confinement et le rabattement des émissions industrielles vers l'intérieur des terres, provoquant une hausse significative des polluants à proximité immédiate de la zone industrielle, notamment à Ghannouch. Cependant, la journée du 10 septembre marque une transition : l'air chaud et humide de la veille a laissé place à une masse d'air chaude et sèche. Ce changement s'explique par l'affaiblissement de la brise de mer frontale au profit d'un flux synoptique de secteur Sud, d'origine plus continentale. Cette bascule a modifié l'angle d'attaque du panache de pollution, déplaçant ainsi les zones d'impact par rapport aux conditions maritimes de la veille.
En conclusion, la confluence d'une stabilité atmosphérique nocturne, d'une convection diurne bridée et de l'interaction entre les vents de secteur Sud et la brise de mer a créé un piège atmosphérique. La distribution spatiale des symptômes valide cette analyse : les nuisances sanitaires ont suivi précisément les couloirs de transport déterminés par la direction du vent et le rabattement côtier de la brise.
4. Contraintes techniques et rôle des dysfonctionnements industriels du GCT dans les émissions ponctuelles de polluants
L'incident des 9 et 10 septembre 2025 au Groupe Chimique Tunisien (GCT) résulte de rejets massifs de SO₂ et de NH₃ lors d'opérations techniques (purges, dégazages et débouchages). Cette crise est accentuée par deux facteurs critiques :
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Obsolescence des installations : Datant des années 1970, le complexe subit une usure généralisée (vannes, joints) et une inefficacité des systèmes de filtration.
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Carences de maintenance : Le report des révisions lourdes multiplie les pannes, surtout lors des phases critiques de production.
Le Ministère de l’Industrie et l'Assemblée des Représentants du Peuple ont officiellement reconnu l'urgence d'une modernisation radicale. Au-delà de la technique, la gestion du GCT est désormais un enjeu de santé publique et de contrôle régalien face aux accidents récurrents.
5. Caractère récurrentdes épisodes de pollution aiguë
Le suivi des épisodes de pollution (Tableau 2) infirme l'idée d'incidents isolés. L’exposition au SO₂ et au NH₃ est quasi continue sur l'année, avec une dynamique temporelle bien définie. Cette analyse s'appuie sur des critères de détection rigoureux : pour le SO₂, les pics sont identifiés dès lors que la concentration dépasse 500 µg/m³ (192 ppb) pendant trois heures consécutives, conformément à la VLT 2014 (Valeurs Limites Tunisiennes). Pour le NH₃, afin de mieux capter la réalité des rejets industriels, un seuil de 500 µg/m³ (350 ppb) en moyenne horaire a été adopté (https://www.anses.fr). Ce choix permet de mettre en lumière une réalité alarmante :
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Périodicité saisonnière : On observe une intensification dès le printemps, culminant systématiquement en été (fréquences maximales), avant de se prolonger durant l'automne. L'hiver marque un ralentissement mais jamais une interruption des rejets.
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Tendance annuelle : Entre 2023 et 2025, le nombre d'épisodes — particulièrement pour le NH₃— a progressé, réduisant les intervalles de répit pour l'environnement.
La synchronisation des deux polluants, basée sur ces dépassements fréquents, confirme l'installation d'un régime de pollution chronique. Elle expose les populations à un stress sanitaire permanent plutôt qu'à des chocs ponctuels.
6. Impacts sanitaires associés aux épisodes de pollution atmosphérique aiguë
6.1. Sources d’information sanitaire et cadre méthodologique
L’analyse des épisodes de pollution de septembre 2025 à Ghannouch confirme une corrélation directe entre les rejets de SO₂ et de NH₃ du Groupe Chimique Tunisien et l'émergence de crises sanitaires majeures. Le croisement des données issues des autorités locales, de la Protection Civile et des structures hospitalières a permis de recenser 103 cas d’asphyxie et d’intoxication entre septembre et octobre 2025 [10-11]. Deux pics critiques ressortent : le 9 septembre avec 36 urgences médicales, et le 16 septembre où 22 personnes, dont 19 collégiens, ont été intoxiquées, provoquant la suspension des cours. Bien qu'exploratoire, cette documentation prouve la gravité des atteintes respiratoires immédiates subies par les riverains face à ces défaillances industrielles.
6.2. Typologie des symptômes rapportés
Lors des épisodes de pollution des 9 et 10 septembre 2025, les symptômes rapportés ont principalement concerné des troubles respiratoires (sensation de suffocation, dyspnée, toux aiguë), des atteintes ORL (irritation nasale et pharyngée, brûlures oculaires), ainsi que des symptômes généraux tels que vertiges, nausées, malaise et vomissements, accompagnés de réactions anxieuses marquées, notamment en milieu scolaire. Ces manifestations sont compatibles avec les effets toxicologiques connus de SO₂, gaz fortement irritant des voies respiratoires, et de NH₃, substance alcaline irritante pour les muqueuses oculaires et respiratoires. Une exposition aiguë à ces polluants, surtout en conditions de faible dispersion atmosphérique, peut provoquer des intoxications respiratoires nécessitant une prise en charge médicale, en particulier chez les personnes vulnérables [12-13].
6.3. Populations exposées et facteurs de vulnérabilité
Les incidents recensés ont affecté prioritairement des populations vulnérables, notamment les personnes souffrant de pathologies chroniques et les personnes âgées. Selon les informations communiquées par le médecin d’urgence de l’hôpital local de Ghannouch, environ 60 % des personnes prises en charge présentaient des maladies chroniques préexistantes, en particulier l’asthme, le diabète, l’hypertension artérielle ou des affections cardiovasculaires. La majorité de ces cas ont été pris en charge par oxygénothérapie et traitement anti-inflammatoire de type corticothérapie, en lien avec des symptômes respiratoires aigus.
La concentration des cas en milieu scolaire souligne la sensibilité particulière de ces espaces collectifs, où l’exposition simultanée d’un grand nombre des élèves de moins 15 ans et les contraintes d’évacuation rapide peuvent amplifier les effets sanitaires et le stress associé.
6.4. Concordance avec les conditions environnementales et industrielles
Les incidents sanitaires recensés présentent une concordance temporelle avec :
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Des pics de concentrations de SO₂ et de NH₃ mesurés par la station de l’ANPE à Ghannouch les 09 et 10 septembre 2025 ;
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Des conditions météorologiques défavorables à la dispersion des polluants ;
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Des phases industrielles critiques (fuites, dégazage et redémarrage) déclarées par le GCT à la suite des incidents.
Cette convergence d’indices environnementaux, météorologiques et industriels renforce l’hypothèse d’une exposition aiguë à des polluants atmosphériques d’origine industrielle, sans constituer une preuve causale au sens épidémiologique.
6.5. Enseignements issus de l’enquête de terrain
L'enquête menée auprès de 20 riverains du complexe industriel de Gabès révèle une corrélation directe entre les rejets industriels et la dégradation de la santé publique qui se manifeste à travers :
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Une symptomatologie aiguë : 98 % des personnes interrogées lient immédiatement l’apparition de troubles respiratoires sévères (étouffements, irritations) à la perception d'odeurs piquantes inhabituelles issus de la zone industrielle.
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La vulnérabilité accrue : L'impact est particulièrement violent pour les enfants et les malades chroniques, confirmant une fragilité systémique face aux pics de pollution.
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Facteur d'exposition : La proximité géographique est déterminante, 88 % des enquêtés résidant à moins de 2 km de la zone industrielle.
7. Discussion
Les concentrations exceptionnelles de SO₂ et de NH₃ enregistrées les 9 et 10 septembre 2025 s'écartent drastiquement des niveaux urbains habituels. Leur caractère discontinu et leur forte amplitude trahissent des rejets industriels transitoires du Groupe Chimique Tunisien, plutôt que des émissions continues. Ce phénomène a été aggravé par des conditions météorologiques critiques. Si l'analyse technique s'est focalisée sur la localité de Ghannouch, il est crucial de noter que la localité de Chott Essalem a également subi des épisodes aigus ayant affecté environ 200 personnes entre septembre et décembre 2025 ; toutefois, l'absence de mesures précises des polluants et de données atmosphériques locales sur ce site a limité la documentation de son impact. Au-delà des dommages sanitaires évidents, notamment chez les personnes vulnérables, ces épisodes de pollution ont engendré une paralysie systémique de la zone industrielle, contraignant des entreprises comme l’OMV ou AGIL Gaz à évacuer leur personnel et à suspendre leurs activités pendant des heures. Cette récurrence d'incidents, exacerbée par la vétusté des installations et les lacunes de maintenance, alimente une crise sociale profonde. Face à l'érosion de la confiance envers les dispositifs de prévention, l'exaspération des riverains se traduit désormais par une revendication radicale : le démantèlement ou la relocalisation des unités de production les plus nocives.
8. Conclusion
L'épisode de pollution aiguë des 9 et 10 septembre 2025 à Ghannouch se distingue par des concentrations de SO₂ et de NH₃ dépassant largement les seuils réglementaires. Cette crise a été exacerbée par des conditions météorologiques critiques ayant piégé les polluants au sol. La corrélation entre ces facteurs, les activités du Groupe Chimique Tunisien et les alertes sanitaires confirme l'occurrence d'un incident industriel majeur. Sur le plan médical, la répétition des cas d'asphyxie chez les enfants et les malades chroniques souligne la vulnérabilité extrême des riverains face à une pollution à la fois chronique et accidentelle. Ce constat révèle l'obsolescence des systèmes de prévention actuels et impose une modernisation urgente : renforcement de la surveillance, transparence accrue sur les phases industrielles à risque et déploiement d'alertes précoces. À l'avenir, des études épidémiologiques et toxicologiques approfondies seront essentielles pour quantifier précisément l'impact de ces crises sur la santé publique.
