Mussolini dans les uchronies italiennes

  • Mussolini in Italian Uchronias

DOI : 10.54563/gfhla.339

Abstract

From the Second World War to the present day, a flourishing crop of uchronias allowed Italian authors to grapple with the country’s Fascist past. Marra frames these works within their political and historical context, firmly linking those published in the immediate aftermath of the war to far-right activism, while later works, in reaction to the first, were more critical of Fascism, and later still, adopted a more playful angle (thus Massimo Mongai recasts “Benny” Mussolini as a placid Italian-American author of science-fiction and uchronia). Political activism has not disappeared for all that, as the far-right CasaPound movement recently demonstrated by sponsoring Mussolini-centred uchronias. Marra concludes that such partisan works are narratively flawed, for in order to vindicate Mussolini and Fascism, they are forced to distort History in a more artificial way than other, more distanced uchronias.

Outline

Editor's notes

Traduit de l’italien par Éric Vial (Cergy-Paris Université, UMR Héritages). Sur ce sujet, Emiliano Marra est sur le point de publier un article plus ample, en langue italienne, dans un numéro monographique de la Rivista di Politica.

Text

Pour toute une série de raisons, que l’on ne saurait énumérer ici faute de place, le souvenir de Benito Mussolini est toujours très vif dans la culture populaire transalpine, comme le montrent, au niveau le plus élémentaire, les pèlerinages incessants sur sa tombe, une crypte monumentale à Predappio, sa commune natale1. Et comme le montre aussi, à un autre niveau, sa position dans une littérature uchronique en langue italienne certes quantitativement limitée par rapport aux corpus anglophone et francophone, mais présentant des caractéristiques tout à fait originales.

La première de ces caractéristiques, dans presque toutes les Histoires alternatives où l’issue de la Seconde Guerre mondiale diffère de notre réalité, est le caractère central d’une victoire spécifiquement fasciste. Cela ne peut surprendre tant il est logique que l’histoire d’un pays soit au cœur des uchronies qui y sont écrites, mais c’est aussi une anomalie par rapport aux classiques du genre. De fait, le moteur classique des récits contrefactuels, comme dans l’exemple canonique du Maître du haut-château de Philip K. Dick2, est bien une victoire de l’Axe mais, hors d’Italie, le fascisme y joue toujours un rôle subordonné. Le jeu de l’Histoire imaginaire est plus efficace quand il reste dans le champ du plausible, et l’idée d’un régime mussolinien sorti de la guerre indemne, voire hégémonique, est rarement retenue : d’ordinaire, le maillon faible de l’Axe est dépeint comme un État satellite de l’empire nazi, chez Dick mais aussi dans Fatherland de Robert Harris3 et dans maints autres textes. Le second trait caractéristique est à chercher dans la multiplicité des façons de présenter le personnage de Mussolini, et l’objet essentiel du présent article est de fournir un panorama structuré de ses divers avatars uchroniques, depuis les premiers récits dans l’immédiat après-guerre jusqu’aux plus récents écrits par des représentants du mouvement d’extrême-droite CasaPound.

Le duce dans les uchronies de l’immédiat après-guerre : Guareschi et Ramperti 

Dans la presse la plus nettement conservatrice et anticommuniste du début des années 1950 émerge en particulier la revue satirique Candido, qui compte nombre de signatures prestigieuses sous la direction de Giovannino Guareschi, lequel y publie non seulement la saga de Don Camillo et Peppone, mais aussi ce que l’on peut considérer comme le premier récit en langue italienne mettant en scène un triomphe politico-militaire de l’Axe, « L’ipotesi proibita »4. Comme dans les classiques du genre, la victoire du nazisme et du fascisme y est due à la supériorité allemande ; pour la justifier, il est fait appel à un expédient narratif sans grande originalité : Hitler dispose de la bombe atomique avant les Alliés et détruit Moscou – solution qui montre que l’auteur a été plus intéressé par les conséquences de son hypothèse de départ sur le plan mondial que par sa vraisemblance. Mais bien que l’Italie soit donc un simple élément du tableau global des événements, il se concentre sur elle, et préfigure ainsi des thématiques devenues ensuite typiques de toute la littérature uchronique marquée à droite. La représentation de Mussolini subit une déformation hagiographique qui ne tient aucun compte de sa complexité historique et psychologique. Seules sont mises en avant ses vertus supposées, reprises de la propagande de son régime, et tout le reste est passé sous silence. De ce point de vue, le ton général de « L’ipotesi proibita » renvoie non seulement aux uchronies italiennes de droite ultérieures, mais aussi aux publications de propagande néofasciste de l’époque. À la fin du récit, les rôles sont inversés et les forces de la République de Salò, le protectorat nazi, déferlent en Italie du Sud, détruisant le royaume jusque-là protégé par des Alliés qui battent désormais en retraite, et bénéficiant d’une insurrection populaire profasciste5. Mussolini, furieux de la mort ignominieuse du roi Victor-Emmanuel III, tué par les insurgés, est décrit en quelques lignes qui exaltent sa magnanimité et son habileté politique. Suit enfin l’évocation d’une kyrielle de célébrités, sous le signe d’une inversion carnavalesque destinée à souligner l’opportunisme de la classe politique et intellectuelle6. Ce dernier point est tout particulièrement intéressant car, avec la mise au point de la bombe atomique par l’Axe, c’est un élément structurant aussi bien de la Storia di domani, satire anticommuniste de Curzio Malaparte publiée la même année7, que d’un roman uchronique paru un an plus tard, en 1950, Benito I imperatore de Marco Ramperti8.

Ce dernier était un journaliste en vue sous le fascisme. Avant tout critique de théâtre et de cinéma, il écrivait aussi des nouvelles, mais avec moins de succès. Malgré son anticonformisme apparent, il était totalement intégré au régime, et son adhésion à Salò lui valut d’être incarcéré à la Libération, en compagnie de jeunes anciens combattants mussolinien qui, à la naissance du MSI, le Movimento sociale italiano néo-fasciste, en créèrent l’organisation de jeunesse. Son uchronie doit donc bel et bien être replacée dans le contexte d’un activisme d’extrême-droite développé entre la fin de la guerre et le procès intenté aux Fasci di Azione Rivoluzionaria, qui lui donna un coup d’arrêt en 19519.

La satire de Ramperti est, en italien, la première œuvre d’ampleur à présenter les caractéristiques de l’uchronie pure10. Comme chez Guareschi, l’Axe a gagné la guerre grâce à la bombe atomique, mais là, c’est l’Italie de Salò qui l’invente et l’utilise, assurant le leadership de Mussolini face à ses adversaires et à ses alliés. Le point de départ uchronique est faible, et l’ouvrage a été critiqué pour cela par Gianfranco de Turris, spécialiste de littérature fantastique, longtemps président de la fondation Evola11, et l’un des principaux promoteurs de la littérature uchronique italienne centrée sur le fascisme. Il ne s’agit que d’un prétexte pour montrer le duce réglant ses comptes avec ceux qui n’ont pas cru en sa victoire. Le caractère paradoxal d’une Italie seule superpuissance après la guerre n’intéresse guère l’auteur, pas plus que la situation mondiale qui peut en découler : il se focalise sur la situation intérieure du pays et n’écrit guère que pour glorifier le duce. L’Italie impériale fasciste elle-même est un simple décor décrit à grands traits, et toute la scène est occupée par Mussolini et les mesures qu’il prend contre les traîtres et les opportunistes ayant trop vite retourné leur veste, mesures qui sont en général bénignes, soulignant l’extraordinaire bienveillance du dictateur et préludant à une atmosphère de pax romana. Parmi les antifascistes, seuls Ferruccio Parri12 et Sandro Pertini13 sont tournés en dérision, d’une façon d’ailleurs limitée car les cibles principales de Ramperti sont en réalité les intellectuels et les notables qui, contrairement à lui, avaient réussi, depuis Malaparte jusqu’à Davide Lajolo14, à faire oublier leur passé fasciste dès les lendemains de la guerre. Dans ce passage en revue, le lecteur est accompagné par un personnage imaginaire toujours présent au côté du dictateur en tant que témoin, un poète vagabond nommé Supino, d’abord arrêté pour avoir marché en sens inverse de la foule en liesse le jour de la victoire, puis devenu conseiller et conscience critique de Mussolini. Sa fonction narrative est en particulier de faire apparaître ce dernier comme une sorte de pur ascète, gouvernant par devoir et pétri de doutes : le roman finit d’ailleurs par son renoncement à une couronne impériale, et il impose au monde le désarmement nucléaire avant de se fondre dans l’anonymat au milieu de migrants partant pour l’Amérique. Cette fin et les traits prêtés au duce rappellent la façon dont celui-ci est représenté dans les nombreux écrits apocryphes qui lui ont été attribués depuis la guerre, depuis ses faux journaux jusqu’au différents testaments publiés sur internet. Cela permet de souligner la continuité de fond entre ce Mussolini uchronique et ses représentations ultérieures courantes à l’extrême-droite.

Mussolini dans la littérature uchronique de droite : de « La morte del duce » à Occidente

La diffusion de Benito I imperatore est restée limitée aux milieux de la droite radicale, où ce roman a toujours joui d’une certaine popularité. Mais après lui, la production uchronique italienne s’arrête pour au moins une décennie : il faut en effet attendre les années 1970 pour trouver de nouveaux textes, stimulés en partie par la diffusion de la science-fiction anglo-saxonne dans la revue Urania des éditions Mondadori. Le premier cas attesté est une nouvelle de 1972, « La morte del duce » de Pier Carpi15.

Vaguement inspiré de Benito I Imperatore dans son esprit et sa structure, « La morte del duce » décrit les funérailles, en pleine Guerre froide, d’un Mussolini devenu leader tiers-mondiste et porte-drapeau d’une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Le texte se présente comme un reportage sur l’événement, sur un ton hagiographique, avec à l’instar de Ramperti une série de célébrités contemporaines caricaturées de façon grotesque comme, parmi les porteurs du cercueil, un Fidel Castro très ému. Mais à la différence de Guareschi et de Ramperti, Carpi cherche la vraisemblance historique, place la victoire du fascisme au terme d’une campagne triomphale dans les Balkans et offre au duce un rôle certes héroïque mais subordonné dans les équilibres internationaux du second après-guerre, où l’Italie rejoint les non-alignés. Il convient de souligner que de semblables tentatives, pour justifier une situation uchronique aussi peu plausible que celle aboutissant à une hégémonie transalpine au sortir de la Seconde Guerre mondiale, sont ensuite un trait commun des uchronies italiennes sur le sujet, quelle que soit l’orientation politique de leurs auteurs.

À la suite du débat suscité dans les revues spécialisées par la nouvelle de Carpi16, Gianfranco de Turris s’est fait le promoteur de toute une série de récits, et n’a pas hésité à baptiser le genre fantafascismo [« fascisme-fiction »]. Bien qu’il affiche des objectifs fort nobles et sans rapport avec les écrits des nostalgiques du régime, c’est chez un éditeur marqué à l’extrême-droite que les premiers volumes qu’il a dirigés ont été publiés de 1996 à 2000 : un roman d’Errico Passaro17, puis deux longs récits de Maurizio Viano et Pierfrancesco Prosperi rassemblés en un même volume18, et enfin une anthologie19. Au-delà de leurs tentatives pour justifier de façon cohérente le cadre global d’uchronies fondées sur une victoire fasciste, ces trois ouvrages se caractérisent par le fait que Mussolini disparaisse du centre de la narration, sans doute pour faciliter la construction de lignes événementielles alternatives plus crédibles en évacuant un personnage trop encombrant. Chez Passaro, le chef du fascisme est Gabriele D’Annunzio et la dictature survit grâce à un isolationnisme douillet, et chez Viano le duce est tué en 1944 dans un bombardement allié. Les nouvelles de l’anthologie Fantafascismo ! manifestent la même tendance et Mussolini y est rarement central. La plus intéressante d’entre elles est « Occidente » de Mario Farneti, en particulier parce qu’elle a été le point de départ d’une des sagas uchroniques ayant eu le plus de succès commercial. Malgré la neutralité politique proclamée de l’auteur, neutralité surtout de façade vu l’emphase avec laquelle il représente un fascisme hégémonique et impérial, la publication du roman du même titre en 200020 a relancé la polémique sur la politisation de la science-fiction italienne, l’opposition entre Gianfranco de Turris et le romancier Valerio Evangelisti franchissant les frontières pour arriver dans les pages du Times et du Monde diplomatique21. Au-delà de cet aspect, le roman et ses deux suites ont obtenu un vrai succès, ont été adaptées sous forme d’une série de cinq albums de bandes dessinées, et ont été réédités en format de poche22.

Dans la saga Occidente, même si Mussolini n’est présent qu’en filigrane, il joue néanmoins un rôle de premier plan. La divergence de Farneti, en effet, est plutôt originale par rapport aux explications imaginées par d’autres auteurs, et permet la présence dans cet univers narratif d’un Mussolini nonagénaire, par ailleurs parfaitement lucide : l’Italie est restée neutre durant la Seconde Guerre mondiale et, après la chute d’Hitler, elle acquiert une grande importance stratégique face à l’URSS dans une Troisième Guerre mondiale qui commence très vite. N’ayant pas été affaiblie par le conflit précédent, l’armée fasciste repousse l’invasion soviétique et devient un élément essentiel du combat anticommuniste, jusqu’au Vietnam, au côté des Américains. Ainsi, des décennies après la victoire, non seulement Mussolini est encore au pouvoir, mais l’Italie est une superpuissance mondiale. La saga suit la vie et la carrière de Romano Tebaldi, un agent de la police politique, qui devient duce à la fin de la trilogie.

Non seulement Mussolini domine la scène à chacune de ses apparitions, mais en son absence les autres personnages racontent ses hauts faits. Bien que plus vraisemblable que les œuvres de l’immédiat après-guerre, la saga en est très proche par la perspective hagiographique. L’aspect herculéen de Mussolini est sans cesse souligné : ainsi, il est capable de réagir avec énergie à un attentat en négociant directement avec les terroristes23. La solennité et la grandiloquence avec lesquelles sa mort est décrite sont tout aussi significatives.

Mussolini dans les uchronies non marquées à droite

L’engagement permanent de Gianfranco de Turris, qui a promu par la suite d’autres anthologies de récits uchroniques, d’une part, et d’autre part les polémiques suscitées par Occidente et ses suites, ont contribué à relancer la littérature uchronique en Italie, alors que ce genre y avait toujours eu du mal à attirer auteurs et lecteurs, malgré quelques exemples de haut vol comme Contro-passato prossimo de Guido Morselli, paru en 197524. Depuis les alentours de l’an 2000, la production d’uchronies y a sensiblement augmenté et commence à toucher à des sujets très divers, dont l’autre grand nœud de l’histoire contemporaine du pays, l’unification nationale au XIXe siècle ou Risorgimento. Aussi a-t-on vu à la même époque les premières uchronies critiquant, à des degrés divers, l’héritage fasciste. Les plus significatives en ce sens sont 1943 de Giovanni Orfei, les sagas de Giampietro Stocco et d’Enrico Brizzi, ainsi que des nouvelles éparses dont « Torino » de Franco Ricciardiello est sans doute une des plus représentatives25. Ce récit, paru en 1994, est l’un des premiers cas d’uchronie située dans une Italie où si le régime a survécu, il est en train de s’effondrer dans les années 1960, et où le point de vue de l’auteur est clairement antifasciste. Mais la société d’après-guerre n’y est pas décrite en détail et Mussolini n’y apparaît pas. Publié en 2003, le roman d’Orfei, lui, est une nexus story racontant un déroulement alternatif de l’année 1943. Comme chez Lucio Ceva évoqué plus loin, la campagne d’Afrique joue un rôle crucial. Mussolini est bien l’un des personnages, et l’auteur en souligne les défauts26 ; ni lui ni Hitler ne survivent à la guerre, pas plus que leurs régimes, et l’épilogue du livre est constitué par une chronologie alternative allant jusqu’en 2003.

La même année que 1943, paraît aussi Nero italiano de Giampietro Stocco. Ce roman est situé dans une Italie où le fascisme a survécu grâce à sa neutralité durant la guerre mondiale : la mort d’Hitler et de Mussolini en 1944 a facilité une lente transition des deux régimes vers un dépassement partiel du totalitarisme. Même si la description de la société fasciste du second après-guerre est assez détaillée – et a été approfondie ensuite dans un deuxième volume – Mussolini, sans jamais être au centre du récit, est fatalement évoqué par les personnages. Le souvenir de ses funérailles, pont-aux-ânes depuis Pier Carpi des uchronies à cadre fasciste, est sans doute le seul épisode où il apparaisse physiquement, mais la désacralisation y est en nette opposition avec le ton de la fascisme-fiction antérieure, orientée à droite27.

Cependant, c’est en 2008 qu’a lieu un vrai saut qualitatif pour les uchronies à cadre fasciste, avec le premier volet d’une trilogie d’Enrico Brizzi, L’inattesa piega degli eventi, suivi par La nostra guerra en 2009 et Lorenzo Pellegrini e le donne28 en 2012. Si l’uchronie de Farneti utilisait des schémas plutôt banals et traditionnels, aussi bien dans la restitution narrative que dans la construction de l’univers contrefactuel, la trilogie de Brizzi est beaucoup plus sophistiquée : le fascisme survit à la guerre en se rangeant du côté des Alliés contre le nazisme et réussit à imposer sa présence à Yalta. Cette solution permet à la fois d’éviter des reconstructions trop invraisemblables et de présenter Mussolini dans une situation vraiment différente de la réalité historique. L’Italie s’assoit à la table des vainqueurs après un parcours historiquement plausible ; il ne s’agit plus d’avoir recours à une commode neutralité ni, encore moins, à un artifice narratif palliant les évidentes faiblesses militaires du régime fasciste.

Si la saga Occidente est toute entière projetée dans le futur, jusqu’à déboucher sur un récit de science-fiction au sens le plus courant du terme, les romans de Brizzi se déploient sur plusieurs plans temporels. L’inattesa piega degli eventi se déroule en 1960, et comme dans la réalité, les Jeux Olympiques ont lieu à Rome (mais une Rome fasciste, ça va sans dire). L’histoire a cependant pour cadre la Corne de l’Afrique et présente au moins deux traits originaux majeurs par rapport aux textes précédents : d’une part, et ce n’est pas si fréquent dans la littérature italienne, elle est centrée sur le monde du sport et l’on suit l’exil du journaliste Lorenzo Pellegrini, envoyé dans les colonies pour couvrir le championnat de football local ; d’autre part, elle se caractérise par un point de vue nettement postcolonial29, bien que l’écriture ne soit pas alourdie par une quelconque volonté de démonstration politique, en dehors de déclarations d’antifascisme en note. Mussolini n’apparaît jamais, mais la date de sa mort est significative, puisqu’elle advient le 5 mai 1960, jour anniversaire de la mort de Napoléon. Par ailleurs, la description de ses funérailles présente quelques ressemblances avec celle qu’en donne « La morte del duce » de Pier Carpi.

Si le troisième tome, Lorenzo Pellegrini e le donne, raconte l’après-guerre uchronique et la jeunesse du personnage principal, le deuxième est plus intéressant. La nostra guerra est la nexus story décrivant en détail la divergence à laquelle il n’est fait qu’allusion dans le premier volet. L’Histoire alternative s’entrecroise avec l’enfance du personnage principal, et Mussolini joue un rôle-clé, permettant à l’auteur d’utiliser au mieux le potentiel de sa conjecture contrefactuelle. Bien qu’il ne soit pas toujours central, le duce évolue au cours du roman : calqué bien entendu sur le Mussolini réel, il réussit à se racheter en passant d’un rôle subalterne par rapport aux Alliés (et à l’Allemagne nazie) à celui d’un véritable homme d’État, capable de jouer son propre jeu. Ce jugement en apparence positif est cependant nuancé par le caractère archi-italien du personnage. La faiblesse de l’Italie fasciste est plusieurs fois soulignée, et le dictateur en est pleinement conscient : il profite de la non-belligérance initiale de 1939 pour signer un pacte secret avec les Alliés. Il est victorieux grâce non pas à un héroïsme surhumain, mais à un opportunisme sans principes, typique du stéréotype négatif de l’italianité. Le duce est représenté en position de claire infériorité face à Churchill et Roosevelt, au départ, et il est contraint de se rallier à eux en vertu d’un calcul cynique. Par la suite, parce qu’il doit affronter seul les assauts nazis sur un front tenu pour secondaire, il exploite la situation pour imposer un tournant républicain à l’Italie. Ce duce uchronique achève donc son parcours en vainqueur de la Guerre mondiale, mais sans que la vraisemblance historique soit trop malmenée et surtout, d’une façon qui contredit les idéalisations courantes dans la presse d’extrême-droite.

Cas particuliers en marge, Ceva, Ronsisvalle et Mongai30

À côté du fascisme-fiction et de ses contreparties critiques, il faut faire une place spécifique à trois œuvres où le traitement du personnage de Mussolini est tout à fait original. La première, parue en 1973, est Asse pigliatutto de Lucio Ceva31 : l’auteur était professeur d’Institutions militaires à Pavie et totalement extérieur au monde de la science-fiction comme à celui du revanchisme fasciste. C’était son deuxième roman, qui lors de sa publication eut un réel succès, obtenant même le prix Forte dei Marmi, prix de la satire politique, avant de tomber dans l’oubli.

Asse pigliatutto est le journal intime d’un certain général Triora, et suit entre 1937 et 1943 les événements dont il est l’un des protagonistes comme adjoint d’un autre général, Doriani, officier conservateur mais irrité par l’incapacité militaire du régime, et promoteur d’une réforme des unités les moins efficaces de l’armée italienne pendant les années 1930, les blindés. Tous deux sont imaginaires, mais interagissent avec des personnages réels, dont Mussolini. Le projet de Doriani, en effet, est d’abord approuvé puis bloqué par le régime. Son intuition stratégique, la nécessité de préparer les unités blindées à une guerre de mouvement, s’avère déterminante en Afrique du Nord, et le conflit mondial débouche sur un paysage multipolaire où l’Italie joue un rôle de contrepoids face aux ambitions de l’Allemagne nazie. Ainsi, la nexus story de Ceva découle d’une réflexion sur la possibilité concrète d’une victoire italienne ; en cela, ce roman se distingue nettement de l’ensemble de la production uchronique concernant le fascisme, qui, comme on l’a vu, élude en général l’énorme problème que pose une explication vraisemblable de la victoire mussolinienne. Bien que le point de vue principal soit celui d’officiers en situation intermédiaire dans la hiérarchie du pouvoir, Mussolini apparaît souvent, surtout au début du récit quand il approuve le plan de Doriani, puis lors des défilés de l’épilogue, à la fois triomphaux et pitoyables. Il est toujours représenté dans ses fonctions officielles et joue un rôle moteur dans la divergence. Son portrait plutôt unidimensionnel est cependant enrichi par quelques notes pittoresques destinées à illustrer son caractère sanguin, et surtout sa rhétorique, que ce soit lors de conversations privées avec le général Doriani ou dans des discours imaginaires tenus depuis le balcon de la Piazza Venezia. Très différente de la grande majorité de ses représentations uchroniques, celle-ci est sans doute la plus conforme au personnage tel que les historiens le décrivent.

Le deuxième cas particulier est un roman humoristique de 1980, La grande mummia de Vanni Ronsisvalle32 : un espion anglais, Gionathan C. Averman, grand admirateur du duce, réécrit l’histoire et imagine le Royaume-Uni colonisé par le fascisme italien. Le schéma narratif est celui d’un texte rédigé par lui et récupéré par une de ses connaissances, variation sur le thème du manuscrit perdu et retrouvé. L’ouvrage est riche en épisodes et en détails grotesques et comiques, ainsi Big Ben joue l’hymne fasciste « Giovinezza » et le capuccino est imposé aux Anglais à la place du thé. Le corps du duce, la grande momie du titre, est central : d’abord avec sa présence physique, son charisme, qui fascinent irrémédiablement l’espion britannique, puis avec son cadavre momifié et exposé périodiquement dans les différentes provinces de l’empire fasciste, bien qu’il parte perpétuellement en morceaux. Le récit d’Averman se termine avec un complot bouffon, baptisé Projet Galaxie, auquel le vieil espion accepte de participer et qui a pour objectif de mettre la momie sur orbite dans l’espace, la soustrayant ainsi à la vénération populaire.

Mais le troisième et dernier cas présenté ici est celui qui réussit à transfigurer Mussolini de la manière la plus originale : Il fascio sulle stelle33, paru en 2005, est un ensemble de nouvelles dues à Massimo Mongai, écrivain de science-fiction reconnu, décédé depuis. Ce livre est une sorte d’hypertexte métalittéraire dont l’uchronie est l’un des ressorts, mais non le seul. À première vue, ce n’est qu’une série d’histoires brèves dans le style de la science-fiction de l’Âge d’or, mais leur auteur s’appelle Benny Mussolini, projection uchronique du duce : dans ses histoires, Mongai utilise en effet un imaginaire fasciste qui n’a pu s’exprimer dans l’histoire de son univers fictif. Cela contribue au caractère innovant de l’œuvre, même si elle dérive en fait d’un modèle américain, Rêve de fer de Norman Spinrad34. Non seulement celui-ci est sa source d’inspiration principale, mais l’univers uchronique est le même, et le livre rend explicitement hommage à Spinrad. Comme Hitler chez ce dernier, Mussolini a émigré en Amérique et réussi à y percer en tant qu’écrivain de science-fiction. Il fascio sulle stelle est l’anthologie rassemblant ses principales nouvelles à l’occasion de ses quatre-vingt-dix ans, et les proposant pour la première fois au public italien.

Les différentes interventions critiques, y compris la préface et la postface, sont donc partie intégrante de la création de Mongai, qui a rédigé les textes de son auteur imaginaire de telle sorte qu’ils reflètent les normes de la science-fiction populaire du début des années 1950, entremêlées de rhétorique mussolinienne et d’idéaux fascistes. Ces nouvelles incluent aussi des éléments d’autres formes de littérature populaire comme le western. Mais alors que l’Hitler de Spinrad est un fanatique qui utilise la littérature d’anticipation comme défouloir pour ses frustrations politiques, le « Benny » de Mongai est un personnage en partie détaché de son modèle réel et qui met en scène des rêves et un imaginaire puissant, tournés vers l’aventure et un peu naïfs.

Au-delà des ressemblances de structure entre les livres de Spinrad et de Mongai, et de la description de l’univers uchronique tout entière due aux commentaires métalittéraires, les différences thématiques sont importantes. Spinrad se livrait à une critique impitoyable, souvent restée mal comprise, de la génération précédente d’auteurs de science-fiction ; Mongai, lui, combine un hommage à son confrère américain, un exercice de style sur les divers types de récits de science-fiction et un hymne aux infinies possibilités de l’Histoire : l’Hitler de Rêve de fer est celui de notre réalité, devenu par hasard dessinateur de couvertures pour des revues comme Amazing Stories et épanchant ses pulsions génocidaires dans sa production littéraire, mais le Mussolini de Mongai, lui, est un sympathique écrivain italo-américain, débonnaire et aux opinions fondamentalement modérées. En cela, Il fascio sulle stelle ne présente pas vraiment d’orientation politique, même s’il est toujours sur le fil du rasoir entre son « Benny » et le dictateur historique. L’essai conclusif du recueil, présenté comme rédigé par « Benny » et incluant ses considérations sur l’uchronie – bien qu’aucune nouvelle du recueil n’en relève vraiment – est très significatif. Mongai lui confie ses propres réflexions sur l’histoire alternative comme ossature même de la science-fiction, ainsi que sur les conséquences imprévisibles des bifurcations de l’Histoire : sous la plume de ce Mussolini uchronique, devenu un vieil homme, ce genre, c’est-à-dire la spéculation sur les infinies possibilités de l’Histoire, est une méditation sur la nature tragique de la condition humaine, piégée dans le dédale de possibles en nombre potentiellement infini.

Le fascisme-fiction aujourd’hui

Dans les années 2010, le nombre d’histoires tournant autour de Mussolini ne semble pas décroître, même si toutes ne relèvent pas de l’uchronie. Nous en avons un exemple parmi d’autres avec la bande dessinée de Daniele Fabbri, Stefano Antonucci et Mario Perrotta Qvando c’era Lvi35, où Mussolini est ressuscité par un groupe de nostalgiques de son régime. Cette série satirique est débitrice au moins d’une autre représentation farcesque du fascisme sous l’angle de la science-fiction, le sketch de Corrado Guzzanti racontant une expédition fasciste sur Mars, développé en 2006 en un film, Fascisti su Marte.

Si plus récemment l’exemple le plus commenté de représentation littéraire du duce est la trilogie historique d’Antonio Scurati, dont le premier tome paru, M. Il figlio del secolo36, a remporté le prix Strega, parfois qualifié de Goncourt italien, le fascisme-fiction est bien loin d’avoir disparu, même s’il est cantonné à un cercle restreint d’amateurs. Si depuis la trilogie de Brizzi on ne signale plus de relectures uchroniques de Mussolini à gauche, le filon n’est pas épuisé à droite. Ainsi, Il sole dell’impero a été publié chez un petit éditeur lié au mouvement CasaPound37. L’auteur, Carlomanno Adinolfi, est rédacteur au Primato Nazionale, le quotidien de référence de CasaPound, et son roman fait partie de la production culturelle très diversifiée de ce groupe. En apparence, il ne s’agit pas de fascisme-fiction : le point de divergence est trop ancien et suppose la survie du Saint Empire Romain jusqu’au XXe siècle. Cela implique d’énormes problèmes de continuité des événements, que l’auteur réussit à éluder avec une certaine désinvolture, en décrivant un empire dirigé par l’Italie et sans jamais parler de fascisme38 alors que les références à ce dernier sont cependant faciles à repérer. Par exemple, l’Empire a été réformé de façon révolutionnaire par Benedetto Tigri, consul d’Italie et ami personnel de l’empereur Henri XII : or Benito est la forme espagnole de Benedetto, et le nom de Mussolini vient de mussola, la mousseline, mot lui-même dérivé de Mossoul sur les bords du Tigre : il est clair qu’il s’agit d’une transfiguration du duce.

À ce roman s’est ajoutée une anthologie dirigée par de Turris, Fantafascismi39, déjà citée, rassemblant des nouvelles qui mettent en scène une survie du régime fasciste après la Seconde Guerre mondiale. Sa préface est très intéressante car elle dresse le bilan de vingt ans de l’activité de l’anthologiste dans le domaine de l’uchronie en langue italienne40 ; il y défend ses positions et, sans les nommer, critique les textes qui ne font pas l’apologie du régime, donc ceux de Brizzi ou de Stocco41. Comme dans les textes précédents relevant du même courant, les récits sont surtout centrés sur un développement alternatif du fascisme mais sans Mussolini. Le plus intéressant pour nous est peut-être « L’inquilino di Cross Keys » de Dino Simonelli42 : plus qu’une uchronie, c’est une histoire secrète43 où Mussolini est sauvé in extremis par les Anglais pour bloquer le développement du PCI en menaçant sa direction d’une réapparition publique du dictateur. Au-delà du caractère peu plausible d’un tel chantage, on notera qu’à la différence de Brizzi, l’auteur place Churchill et Mussolini sur un pied d’égalité et qu’ils bavardent aimablement, le premier étant même par certains côtés sous le charme du second.

Un an plus tard, en 2019, est paru Il 9 maggio. Cosa sarebbe successo se Hitler fosse morto a Firenze nel 1938 ? de Pierfrancesco Prosperi44. L’auteur est l’un de ceux publiés par de Turris depuis l’époque du Settimo Sigillo : c’est un vétéran de la science-fiction italienne qui s’est attaqué à différents types d’uchronie et de dystopie, dont, dans les années 2000, des romans situés dans une Italie future, islamisée. Le roman qui nous intéresse propose une solution élégante pour une survie du fascisme : la mort d’Hitler dans un attentat à Florence en 1938. L’œuvre est construite comme une sélection de textes hétérogènes, extraits de journal intime ou de livres (réels ou pas) et articles de presse imaginés pour l’occasion. Bien que l’histoire soit située en 1969, année de la mort de Mussolini, la nexus story y est centrale. Mussolini n’apparaît qu’une fois mort, mais le roman commence justement par le récit de ses funérailles, et si la connaissance de « La morte del duce » n’était qu’hypothétique chez Brizzi, elle est évidente chez Prosperi. De même que Carpi avait Indro Montanelli dans son collimateur, Prosperi fait signer l’éloge funèbre par le fondateur du quotidien La Repubblica, Eugenio Scalfari, qui lui aussi a débuté sous la dictature avant de passer au centre-gauche. La même déformation est infligée à un autre doyen de la presse italienne, Giorgio Bocca. Si le roman est clairement antinazi, il se montre très indulgent envers le fascisme, qui par comparaison est simplement considéré comme l’une des nombreuses versions du transformisme, l’unanimisme politique opportuniste typique de l’Italie et qui y caractérise au moins la période 1874-1992, avec ou sans parenthèse sous la dictature.

Une intervention du romancier sur les fondements historiques de son ouvrage s’ajoute à la fin du livre à la postface de Turris ; l’auteur de l’attentat contre Hitler est en effet un personnage réel, l’archéologue Ranuccio Bianchi Bardinelli, qui – selon Prosperi – aurait effectivement pu tuer Hitler à Florence. Le danger pour les uchronies est de trop bien s’adapter au paradoxe du nez de Cléopâtre de Blaise Pascal, selon lequel des détails ponctuels et des décisions individuelles suffisent à changer le cours de l’Histoire. C’est une caractéristique de nombre de celles relevant du fascisme-fiction, par opposition à d’autres, plus sophistiquées, où souvent plusieurs points de divergence s’articulent et où la volonté d’un individu isolé ne pèse que jusqu’à un certain point : on peut penser au rôle du Yi King dans Le Maître du haut-château ou à la fin circulaire du Complot contre l’Amérique de Philip Roth45, mais aussi en Italie à Contro-passato prossimo de Morselli ou à Asse pigliatutto où le spectre d’une résistance à la dictature en annonce la fin imminente malgré sa victoire militaire.

Malgré un jugement aussi courant qu’expéditif, l’histoire s’écrit aussi avec des « si », mais le mécanisme de la spéculation uchronique est d’autant plus efficace et stimulant que l’on reste dans l’éventail des possibilités vraisemblables : dans un monde complexe, les choix individuels peuvent se révéler décisifs, mais il n’est pas dit qu’ils suffisent à peser sur les dynamiques profondes des sociétés humaines ; il est même probable que nombre d’entre eux ne soient que des conséquence de celles-ci. Aussi est-il rare que les uchronies portant sur le fascisme, souvent attachées à glorifier le personnage du duce, réussissent à aller au-delà de la superficialité.

Notes

1 De façon générale, cf. Pierre Milza, L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites européennes de 1945 à aujourd’hui, Paris, Fayard, 2002. Return to text

2 The Man in the High Castle, New York, Putnam’s, 1962 ; Le Maître du haut-château, trad. Jacques Parsons, Paris, Opta, 1970, nouvelle trad. Michelle Charrier, Paris, J’ai lu, 2012. Return to text

3 Fatherland, Londres, Hutchinson, 1992 ; Fatherland, trad. Hubert Galle, Paris, Julliard, 1992. Return to text

4 [« L’hypothèse interdite »], paru dans les numéros IV à VII de 1949, non signé, mais dont la paternité est confirmée par la republication in Giovannino Guareschi, Mondo candido 1948-1951, Milan, Rizzoli, 1992. Return to text

5 Pour l’Histoire réelle de la période, cf. en particulier Serge Berstein, Pierre Milza, Le Fascisme italien, 1919-1945, Paris, Seuil, 1972 ; Pierre Milza, Mussolini, Paris, Fayard, 1999. Return to text

6 Ainsi, Curzio Malaparte est supposé publier un Okay anti-américain, symétrique du Kaputt de notre réalité, et à Cinecittà on tourne un Rome ville ouverte symétrique inverse du film réel, et un Scugnizo qui, lui, inverse le Sciuscià de Vittorio de Sica, avec des gamins de Naples « résistant » aux troupes américaines…. Giovannino Guareschi, Mondo candido…, op. cit., p. 204-206. Return to text

7 [Histoire de demain], Milan, Aria d’Italia, 1949. Return to text

8 [Bénito Ier empereur »], rééd. Padoue, Ar, 2012.  Return to text

9 Pour plus d’informations, cf. Emiliano Marra, Storia e contro-storia. Ucronie italiane : un panorama critico, thèse de doctorat, Université de Trieste, 2015, p. 80-99 ; du même, « Il caso della letteratura ucronica italiana. Ucronia e propaganda nella narrativa italiana », Between, IV-VII, 2014, https://doaj.org/article/0ccbd480a8d64b5ba1f8eb76b777922e ; Marco Malvestio, « Cronache del fantafascismo : L’ucronia in Italia e il revisionismo storico », The Italianist, XXXVIII-I, 2018, p. 89-107. Return to text

10 Voir la distinction entre nexus story pour un texte centré sur ce qui amène à une divergence, et uchronie pure ou vraie pour ceux situés des années après celle-ci, Karen Hellekson, The Alternate History : Refiguring Historical Time, Kent, Kent State University Press, 2013, p.  20. Return to text

11 Du nom de Julius Evola (1898-1974), théoricien d’un fascisme aristocratique, dit spiritualiste. Return to text

12 Président du CLNAI, le Comité National de Libération pour l’Italie du Nord occupée, brièvement chef du gouvernement en 1945. Return to text

13 Membre du CLNAI, plus tard président de la chambre des députés (1968-1976) et de la République (1978-1985). Return to text

14 Journaliste et cadre du parti fasciste, passé en septembre 1943 à la Résistance active et au PCI, pour lequel il est journaliste après 1945 puis député de 1958 à 1974. Return to text

15 [« La mort du duce »], in Vittorio Curtoni, Gianfranco de Turris, Gianni Montanari (dir.), Fanta-Italia. Sedici mappe del nostro futuro [« Italie-fiction. Seize cartographies de notre futur »], Plaisance, La Tribuna, 1972 ; rééd.  in Gianfranco de Turris (dir.), Fantafascismo ! Storie dall’Italia ucronica [« Fascisme-fiction ! Histoires de l’Italie uchronique »], Rome, Settimo Sigillo, 1999, p. 20-29. Return to text

16 Cf. Emiliano Marra, Storia e contro-storia, op. cit., p. 197-216. Return to text

17 Errico Passaro, Gli Anni dell’Aquila – Cronache dell’Ur-Fascismo 1922-2422 [« Les Années de l’Aigle – Chroniques du fascisme primitif et éternel 1922-2422 »], Rome, Settimo Sigillo, 1996. Return to text

18 Maurizio Viano et Pierfrancesco Prosperi, L’estate e l’inverno [« L’été et l’hiver »] et Supplemento di indagine [« supplément d’enquête »], Rome, Settimo Sigillo, 1999. Return to text

19 Gianfranco de Turris, Fantafascismo !..., op. cit. Return to text

20 Mario Farneti, « Occidente » [« Occident »], ibid., p. 73-88 ; du même, Occidente, Milan, Nord, 2001. Pour un compte rendu (non universitaire) en français, le traducteur se permet de renvoyer à https://www.quarante-deux.org/kws/54/occidente.html Return to text

21 Pour plus de détails, voir Emiliano Marra, Storia e contro-storia, op. cit., p. 216-220. Return to text

22 Milan, T.E.A., 2008. Return to text

23 Mario Farneti, op. cit., p. 71. Return to text

24 Guido Morselli, Contro-passato prossimo : un’ipotesi retrospettiva [« Contre-passé proche, une hypothèse rétrospective »], Milan, Adelphi, 1975 ; Le Passé à venir, trad. Dominique Hauser, Lausanne, L’Âge d’homme, 1991. Return to text

25 Franco Ricciardiello, « Torino », in coll., Fantasia, Terni, Stampa alternativa (Millelire, n° 5), 1995, traduit par Éric Vial sous le titre « Turin » in Bruno della Chiesa (dir.), Utopiæ 2001 – Fin de l’odyssée ?, Nantes, L’Atalante, 2001, p. 91-127. Return to text

26 Giovanni Orfei, 1943 : come l’Italia vinse la guerra [« 1943. Comment l’Italie gagna la guerre »] Milan, Fazi, 2003, p. 185. Pour un compte rendu (non universitaire) en français, le traducteur se permet de renvoyer à https://www.quarante-deux.org/kws/53/1943.html. Return to text

27 Giampietro Stocco, Nero italiano [« Noir italien »] et Dea del caos [« Déesse du chaos »], Gênes, Fratelli Frilli, 2003 et 2005. Return to text

28 Enrico Brizzi, L’inattesa piega degli eventi |[« Le tour inattendu des événements »] et La nostra guerra [« Notre guerre »], Milan, Baldini Castoldi Dalai, 2008 et 2009 ; du même, Lorenzo Pellegrini e le donne [« Lorenzo Pellegrini et les femmes »], Bologne, Italica, 2012 ; rééd. du premier et du troisième : Rimini, Theoria, 2018 et 2019. Return to text

29 Voir Simone Brioni, « Fantahistorical vs. Fantafascist Epic : « Contemporary » Alternative Italian Colonial Histories », Science Fiction Studies, n° 42:2, 2015, p. 305–321. Return to text

30 Ce qui concerne Mongai ici reprend en partie Emiliano Marra, Storia e contro-storia..., op. cit., p. 267-273. Return to text

31 Lucio Ceva, Asse pigliatutto [jeu de mots sur Asso pigliatutto, « as qui prend tout » donc « carte maîtresse », et Asse, « Axe »], Milan, Rizzoli, 1973 ; rééd. en auto-édition, Rome, Gruppo Editoriale l’Espresso, 2009. Return to text

32 [« La grande momie »], Milan, Rusconi, 1980. Return to text

33 Massimo Mongai, Il fascio sulle stelle, Roma, Robin, 2005. Ce « faisceau sur les étoiles » renvoie à La svastica sul sole [« La croix gammée sur le soleil »], titre italien du Maître du Haut-Château. Return to text

34 The Iron Dream, New York, Avon, 1972 ; Rêve de fer, trad. Jean-Michel Boissier, Paris, Opta, 1977. Il s’agit d’un objet uchronique, dont l’essentiel est occupé par un roman, « Le Seigneur du Svastika », écrit par un Adolf Hitler émigré en Amérique et devenu un auteur de la science-fiction populaire durant « l’Âge d’or » du genre ; la critique féroce de celle-ci n’a pas toujours été comprise, et le texte a parfois été pris au premier degré. Cf. Ursula Le Guin, « On Norman Spinrad’s The Iron Dream », Science Fiction Studies, I:1, 1973, p. 2 ; Gary K. Wolfe, « Writers as Critics », ibidem, XVII, 1990, p. 52. Return to text

35 « Qvand Il était là », Brescia, Shockdom, 2016. Return to text

36 Milan, Bompiani, 2018 ; trad. Antonio Scurati, M. L’enfant du siècle, Paris, Les Arènes, 2020. Return to text

37 [« Le soleil de l’empire »], Rome, Idrovolante, 2016. Return to text

38 Pour aller plus loin, cf. Emiliano Marra, « Le ucronie italiane di estrema destra e la storiografia alternativa », in Alberto Casadei, Francesca Fedi, Annalisa Nacinovich (dir.), Atti del XXIIIle sessioni parallele del congresso dell’ADI (Associazione degli Italianisti) Pisa, 12-14 settembre 2019, Rome, Adi, 2021. Return to text

39 Gianfranco de Turris (dir.), Fantafascismi, op. cit. Return to text

40 Entre autres, une anthologie qu’il a dirigée revisite l’unification de l’Italie au XIXe siècle (Altri Risorgimenti [« Autres Risiorgimentos] », Milan, Bietti, 2011) et une autre, toute l’Histoire italienne (Se l’Italia – Manuale di storia alternativa da Romolo a Berlusconi [« Si l’Italie – Manuel d’Histoire alternative de Romulus à Berlusconi »], Florence, Vallecchi, 2005). Return to text

41 « Rester prisonnier de schémas idéologiques, tenus pour presque obligatoires par certains, rogne les ailes de n’importe quel écrivain et le fait inévitablement tomber dans la rhétorique la plus surannée : en fait, certains romans uchroniques qui se sont intéressés au fascisme disent toujours les mêmes choses et arrivent toujours aux mêmes conclusions étant donné qu’ils ont tous le même objectif prévisible. En avoir lu un, c’est pratiquement les avoir tous lus : zéro inventivité, zéro curiosité, zéro originalité », Gianfranco de Turris, « Introduzione. La storia si può fare anche con i « se » », in, du même (dir.), Fantafascismi, op. cit., p. 20-21. (n.d.t. : il pourrait être tentant de lui retourner son propre jugement). Return to text

42 [« Le locataire de Cross Keys »], ibid., p. 401‑425. Return to text

43 Sur la différence entre uchronie et histoire secrète, voir « Histoire secrète », in Pierre Versins, Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, Lausanne, L’Âge d’homme, 1972, p. 428. Return to text

44 [« Le 9 mai. Que se serait-il passé si Hitler était mort à Florence en 1938 ? »], Naples, Homo Scrivens, 2019. Return to text

45 The Plot Against America, Boston-New York, Houghton Mifflin, 2004 ; Le complot contre l’Amérique, trad. Josée Kamoun, Paris, Gallimard, 2006. Return to text

References

Electronic reference

Emiliano Marra, « Mussolini dans les uchronies italiennes », Grandes figures historiques dans les lettres et les arts [Online], 11 | 2022, Online since 06 avril 2022, connection on 24 février 2024. URL : http://www.peren-revues.fr/figures-historiques/339

Author

Emiliano Marra

Università di Trieste, Istituto Comprensivo Pordenone Torre

Translator

Éric Vial

Cergy-Paris Université, UMR Héritages

Copyright

CC-BY-NC