« Tout devenait grand dans ce siècle. » Napoléon Bonaparte, fondateur de l'utopie uchronique dans Napoléon apocryphe, de Louis Geoffroy

  • ‘Everything Rose to Greatness in that Century.’ Napoleon Bonaparte, Founder of a Uchronian Utopia in Louis Geoffroy’s Napoléon apocryphe

DOI : 10.54563/gfhla.337

Abstract

At a time when Bonapartists struggled to regain power in France, the writer Louis Geoffroy imagined his hero, Napoleon, conquering first Europe, then the world, all nations (even Russia, England) bowing to his irresistible drive which stretches to Africa and the Middle East, to China, Japan, and all Pacific islands, to the American continent–to the point where every nation and every aspect of government is under Napoleon’s thumb, History effectually comes to an end, and strife between nations gives way to spectacular scientific and technical invention. Beyond the gratifications of revanche-driven uchronia, Geoffroy’s work strikes a sinister note as civil liberties are sacrificed on the altar of peace and progress.

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Text

Les enjeux de l’uchronie napoléonienne

Le 8 mai constitue pour les peuples européens une date décisive. Toutefois, il ne s’agit pas du 8 mai 1945. Après des années de conflit, des Pyrénées aux plaines russes et des rivages britanniques au Moyen-Orient, en présence des chefs d’État du continent, l’Empereur français vient d’accepter la capitulation de ses derniers ennemis, le 8 mai 1817… Moscou, Londres et Constantinople sont tombées aux mains de la Grande Armée qui ne connaît plus de rivale. La domination de l’Europe ne reste qu’une simple étape pour l’Empereur. Nouvel Alexandre, il donne à ses innombrables armées, déployées sur le sol métropolitain, l’ordre de conquérir le monde.

Cet univers est l’œuvre de Louis Geoffroy, pseudonyme de Louis Napoléon Geoffroy Château, juge au tribunal de la Seine et fils d’un officier vétéran tombé au combat d’Augsbourg en 1806. Filleul de l’Empereur, il a vécu depuis son plus jeune âge une vie reliée à l’héritage napoléonien. Son œuvre Histoire de la Monarchie universelle. Napoléon et la conquête du monde, 1812-1832 paraît en 1836, avant d’être rééditée en 1841 sous le titre de Napoléon apocryphe, Histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, 1812-1832. Bien que cet ouvrage soit largement tombé dans l’oubli, il annonce les nombreuses uchronies napoléoniennes. Dans la bande-dessinée de Gloris et Zarcone Waterloo 1911 où, après la victoire française de Waterloo, un Sherlock Holmes français déjoue les machinations de terroristes pangermanistes, l’ouvrage trône sur le bureau du héros1. Les diverses fictions mettant en scène un Napoléon ayant déjoué le destin, depuis l’Empire eurasien de Vive l’Empereur !2 du scénariste Jean-Pierre Pécau, au livre de Valéry Giscard d’Estaing La victoire de la Grande Armée3, sont les héritières de ce roman au croisement de la politique-fiction, de la science-fiction et du récit utopique. Par l’uchronie, l’auteur peut se jouer de son lectorat. Assumant le rôle d’un chroniqueur de la conquête de l’Europe et du Monde, Geoffroy fait tenir à ses contemporains, parfois encore en vie en 1841, des rôles étonnants : Mme de Staël entre à l’Académie Française, Chateaubriand devient duc d’Albanie, Saint-Simon est préfet de Nancy quand Fourier et de Maistre attendent ensemble le bon vouloir de l’Empereur, dans une même salle du Louvre… Cependant, si divers personnages historiques font leur apparition, le héros de cette conquête est bien l’Empereur, le récit s’achevant à sa mort, le 25 juillet 1832.

Le livre n’est pas la simple fantaisie d’un juge de paix depuis son bureau des bords de Seine. Geoffroy participe en effet de la glorification des souvenirs napoléoniens, alors que la France réclame les cendres de l’Empereur4. La vision du monde présente dans cet ouvrage rejoint celle d’une partie de la société française nostalgique de la gloire impériale.

Au cours de l’œuvre, les conquêtes et victoires napoléoniennes ne cessent de croître. Dans les derniers chapitres du livre, le monde est non seulement unifié, prospère et pacifié, mais a basculé dans une ère de progrès technique sans comparaison avec les conditions de vie de la décennie 1840. Machines volantes, découverte de nouvelles planètes, perfectionnement de l’ouïe, de la vue, ou encore urbanisation galopante, font davantage songer au XXe siècle qu’à l’époque de Geoffroy. De fait, ce roman est au croisement de plusieurs genres. Si le « point de divergence » est tout à fait plausible, à savoir une campagne de Russie s’achevant par une victoire, la suite de l’œuvre s’apparente à un récit de science-fiction, par le futurisme de la société impériale qui prend des décennies d’avance technologique sur le monde réel. De même, la Conquête du monde constitue une utopie, celle d’un monde uni et sans cesse perfectionné, où les limites de la division des nations sont abolies pour le plus grand bonheur humain. Utopie et uchronie sont ainsi reliées, une association pleinement revendiquée par l’inventeur du terme d’« uchronie », Charles Renouvier, qui fait publier en 1876 son Uchronie (l’utopie dans l’histoire) : esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être. L’« u-chronie » s’inscrit dans un temps qui n’est pas, mais qui aurait pu être, et Geoffroy va au-delà, en décrivant ce qui selon lui aurait dû être. Un postulat repris par la suite par Renouvier, qui, pastichant un essai d’historien du XVIIe siècle, imagine un développement précoce et plus radical des communes médiévales, correspondant davantage aux vœux progressistes de l’auteur5. De même, le Napoléon de la Conquête du monde tient, à diverses reprises, plus des propres conceptions politiques de Geoffroy et de ses lectures du Mémorial de Sainte-Hélène que des actions de l’Empereur avant sa défaite de Waterloo. L’Empereur relève de Charlemagne, d’Alexandre et même d’un nouveau Messie. Unifiant aisément les continents, dans des campagnes faisant fi de toute considération militaire réaliste, l’Empereur amène la fin de l’histoire politique, de la diversité des nations et des peuples pour fonder une seule unité planétaire. L’Empereur et sa conquête servent alors à décrire un monde qui dépasse en tout celui de son temps, et dont les progrès techniques éclipsent les débuts de l’industrialisation de la France. De l’imitation d’une chronique historique, le récit évolue vers la présentation d’un programme politique, défendant les conceptions sociales de l’auteur.

1836 n’est pas seulement l’année de la première publication du livre de Geoffroy. Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, tente alors un coup de force à Strasbourg, pour faire valoir ses droits au trône. S’il échoue, comme dans sa tentative de 1840, le bonapartisme reste un courant politique séditieux sous la monarchie orléaniste, au même titre que le légitimisme et le républicanisme. En tant que juge, l’auteur ne peut se permettre de faire douter de sa loyauté envers le régime orléaniste. Or, Geoffroy imagine un monde où Louis-Philippe n’est pas au pouvoir, et où le règne impérial éclipse en tous points la monarchie de Juillet. Une chose est de célébrer la gloire passée de la France, mais décrire un bonapartisme triomphant est plus subversif. Dès lors, en privilégiant à plusieurs reprises ce qui semble correspondre à une simple rêverie, l’auteur contre une potentielle suspicion de bonapartisme en arguant du caractère fantaisiste de son ouvrage. Dans sa préface, Geoffroy fait de son écrit une œuvre d’imagination, un produit de son esprit, sans lui associer un message politique revendiqué :

Et que si Napoléon Bonaparte, écrasé par cette loi fatale, avait, par malheur, été brisé à Moscou, renversé avant quarante-cinq ans de son âge, pour aller mourir dans une île-prison, au bout de l’Océan, au lieu de conquérir le monde et de s’asseoir sur le trône de la monarchie universelle, ne serait-ce pas une chose à tirer des larmes des yeux de ceux qui liraient une pareille histoire ? Et si cela, par malheur, avait existé, l’homme n’aurait-il pas droit de se réfugier dans sa pensée, dans son cœur, dans son imagination, pour suppléer à l’histoire, pour conjurer ce passé, pour toucher le but espéré, pour atteindre la grandeur possible ?6

Le jeu avec la réalité et les parallèles avec le monde réel sont d’ailleurs une constante dans la Conquête du monde, comme dans d’autres uchronies. Le Back in the USSA de Kim Newman et Eugene Byrne construit un monde uchronique, miroir inversé du monde réel : la Russie capitaliste suit une politique semblable à celle des États-Unis dans le monde réel, alors que dans l’uchronie, ils s’effondrent en 1991 après être devenus communistes en 1917. La France prend la place de la Chine maoïste, jusqu’au tueur en série ukrainien Chikatilo qui est ici incarné par Ed Gein, etc.7 Geoffroy va plus loin encore, avec une certaine ironie. Dans son chapitre « Une prétendue histoire », il parle de la chronologie réelle, celle où la campagne de Russie se termine en désastre, comme d’une « odieuse fable »8, un récit qui aurait été inventé de toutes pièces par un auteur en mal de reconnaissance. Le réel est mis en accusation, car les désastres, depuis Moscou jusqu’à Waterloo, ne seraient que des chimères, d’horribles écrits dénigrant la grandeur impériale. Geoffroy se présente comme le pourfendeur d’une calomnie uchronique, en rappelant ce que fut la véritable saga impériale : « c’était un devoir pour un historien de cœur de répudier tous ces contes, et de dire haut au monde que cette histoire n’est pas l’histoire, que ce Napoléon n’est pas le vrai Napoléon. »9

Brouillant les frontières du fictif et du réel, Geoffroy finit par conclure que « J’ai fini par croire à ce livre après l’avoir achevé. »10 Dès lors, quel monde est celui rêvé par Louis Geoffroy, alors que la figure impériale devient sous la monarchie de Juillet un trait d’unité pour les diverses nuances du patriotisme français11 ? De quel univers nouveau l’Empereur Napoléon s’est-il fait le démiurge ? Dans cet empire sans limites, sans frontières et qui s’enfonce dans les entrailles de la terre en attendant de conquérir les cieux, existe-t-il encore une place pour la liberté ? Alors que les derniers républicains se résolvent au suicide sous le regard d’une police omniprésente, dans l’encadrement d’une administration tentaculaire, ce monde utopique serait-il une dystopie en trompe-l’œil ? Malgré son insistance pour ne pas sortir du cadre de la pure fantaisie, un message politique apparent se dégage des écrits de Geoffroy.

Maître de l’Europe. Le nouveau Charlemagne

Le point de divergence, le moment où le « et si » fait basculer l’Histoire, a lieu lors de la campagne de Russie en 1812, alors que la Grande Armée arrive devant Moscou. Dans cet univers, l’incendie de la ville est déclenché trop tôt et n’empêche pas la Grande Armée de se ravitailler dans la ville. Bien approvisionné, l’Empereur marche sur Saint Pétersbourg et livre bataille aux coalisés. La bataille de Novgorod relève de la bataille décisive d’annihilation : pour 14 000 pertes françaises, 70 000 Russes sont tués, autant sont faits prisonniers et un corps expéditionnaire de 30 000 Anglais est entièrement détruit. En une seule journée, la France a vaincu. Geoffroy apprécie les affrontements titanesques, en large partie pour simplifier la chronique. De même, on peut y voir les faibles connaissances militaires d’un administrateur, qui ne retient des campagnes napoléoniennes que les batailles glorifiées par les récits du Bulletin de la Grande Armée. Ce manque d’intérêt pour les complexités d’une campagne militaire renforce le sentiment d’omnipotence de Napoléon : rien ne semble lui résister, l’ennemi étant toujours balayé.

Dans le monde réel, la monarchie de Juillet cherche à se rapprocher de son voisin d’Outre-Manche, ce qui lui est vivement reproché par une importante part de l’opinion publique12. À l’inverse, la conquête de la Grande-Bretagne est décrite avec force détails par l’auteur : il s’agit de la campagne militaire la plus précisément traitée. De fait, c’est la revanche de Waterloo qui est réalisée par la fiction. Toute l’Europe se mobilise pour préparer l’invasion des îles britanniques, avant de lancer une impressionnante armada en 1814. Une fois de plus, l’Empereur mène la conquête en personne, débarquant dans l’Essex et écrasant l’armée britannique à la bataille de Cambridge, le 4 juin 1814 : « Tout était décidé par cette incroyable victoire. L’Angleterre était plus que vaincue, elle était détruite et rayée du monde, et comme l’armée, la nation n’existait plus. »13 Cambridge efface Waterloo ; Geoffroy semble prendre plaisir à réduire les États ayant triomphé de l’Empereur à l’impuissance : après la Russie, la Grande-Bretagne reçoit un châtiment plus humiliant. En effet, la nation anglaise est simplement dissoute :

Il n’y avait plus d’Angleterre ! c’était la seconde fois qu’un souverain et son armée, sortis de France, conquéraient ces contrées. Les batailles d’Hastings et de Cambridge avaient été également décisives ; mais ce qui fut un royaume pour Guillaume, Napoléon n’y voulut voir qu’une province. Il n’y avait plus d’Angleterre ! elle ne songea même pas à se débattre. La rapidité de la conquête avait tellement stupéfait les Anglais, qu’ils ne savaient plus que se soumettre ; les ports et les villes de l’intérieur reçurent silencieusement les vainqueurs et leurs pavillons, et la nation, n’ayant plus de foi dans sa destinée, impuissante et sans espoir, attendait ce que Napoléon ferait d’elle.14

Par le décret de Londres, les provinces anglaises et toutes leurs colonies sont simplement rattachées à la France, et entièrement francisées. Napoléon devient le nouveau Guillaume le Conquérant, mais non pour gouverner comme roi d’Angleterre. Le souvenir de la nation anglaise est effacé, et les Anglais deviennent des Français comme les autres, par le décret du 1er janvier 1815. Selon Geoffroy, ce processus est pacifiquement résolu en quelques années, sans résistance. Pour preuve, la flotte française engagée contre l’Égypte en 1819 est dirigée par l’amiral Sidney Smith, qui avait pourtant joué un rôle décisif dans la défaite de Bonaparte à Saint-Jean d’Acre en 1799.

Si la défaite du Royaume-Uni, ou du moins une forme de rabaissement contre l’empire napoléonien, est présente dans de nombreuses uchronies napoléoniennes15, ce pur et simple effacement de l’Angleterre laisse songeur. Cette grande puissance mondiale est rattachée à la France sans qu’aucune résistance, sans qu’un mouvement populaire n’émerge en réaction à cette annexion. Il est possible d’y déceler une fantaisie de l’auteur, une marque du ressentiment envers la puissance ayant défait et réduit à la captivité son parrain, et ce alors qu’en 1840, la France a évité de peu une guerre avec l’Empire britannique en raison de la question d’Orient. Au-delà de ce ressentiment, le patriotisme français de ce premier XIXe siècle est volontiers expansionniste, et garde la nostalgie des conquêtes révolutionnaires et impériales. Parmi les revendications les plus âprement défendues, la rive gauche du Rhin est réclamée par ces écrivains patriotes16. Des publicistes républicains ou bonapartistes croient de même qu’une invasion, exportant les principes de 1789, rencontrerait un important soutien de la part de ces populations. Ainsi, le révolutionnaire Anacharsis Cloots, qui s’autoproclame « Orateur du genre humain » annonce déjà dans sa République universelle :

Nos décrets constitutionnels sont applicables aux deux tropiques comme dans les deux zones glaciales […] Nous mettrons les deux Indes sous le joug des Droits de l’Homme […] Et tel peuple sauvage ou abruti, qui, méconnaissant son propre intérêt, ne voudrait pasS s’incorporer dans la famille souveraine, il n’en ressentirait pas moins la bénigne influence, par les lumières que nous répandrions sur lui, pour sa prochaine civilisation et sa félicité permanente.17

Selon Geoffroy, l’Angleterre n’a donc qu’à attendre la traversée de la Grande Armée pour oublier des siècles d’hostilité et rejoindre la nation française, comme Rome avait intégré les peuples conquis. D’ailleurs, Oxford et Cambridge deviennent sous le règne napoléonien des académies de langue française et les plus brillantes plumes anglaises se passionnent pour le passé de la France, à l’image de Walter Scott délaissant Ivanhoé et les Highlands pour écrire une épopée sur la cardinal Richelieu, un « livre composé et publié en France et en français. »18 C’est une relecture a posteriori des conquêtes françaises de la Révolution et de l’Empire qui est ici effectuée : les annexions successives, conduisant à la France des 130 départements en 1812, auraient été librement acceptées et consenties par les peuples européens. Même la guérilla d’Espagne est réglée par une simple descente de l’Empereur sur Madrid, où il réconcilie en un instant le pays soulevé avec l’occupant français.

L’Europe est en passe de devenir entièrement française, accomplissant un vœu du Mémorial de Sainte-Hélène, dont Geoffroy s’inspire largement pour forger l’image de Napoléon :

Ainsi, l’on compte en Europe, bien qu’épars, plus de trente millions de Français, quinze millions d’Espagnols, quinze millions d’Italiens, trente millions d’Allemands : j’eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation. C’est avec un tel cortège qu’il eût été beau de s’avancer dans la postérité et la bénédiction des siècles. Je me sentais digne de cette gloire !19

Au Congrès de Dresde du 8 mai 1817, Napoléon annonce que le temps de l’Europe divisée est terminé ; les royaumes ne seront plus que des États satellites. Aux souverains vaincus, il ne propose que la force : « « Pas de traité », dit l’empereur d’une voix tonnante ; « Des ordres ! Allez ! » Jamais il n’avait paru plus irrité et plus méprisant ; il sentait que l’Europe était à ses pieds et qu’il pouvait la fouler et la piétiner comme il lui plaisait. »20 Parallèle du Congrès de Vienne de 1814 qui scelle le sort de Napoléon, Dresde impose aux monarques ayant défait la France dans le monde réel un sort humiliant. :

Des princes de sang royal devinrent ses gentilshommes et ses écuyers ; et déjà ils étaient si loin de leur royauté d’autrefois, qu’ils sollicitèrent ces faveurs, et l’empereur ne les leur épargna pas. Il aimait à les placer ainsi à des rangs inférieurs, d’où ils ne pouvaient plus voir que de loin la majesté impériale, et où ils apprenaient encore mieux combien il y avait de distance entre le souverain et les rois de l’Europe.21

César victorieux, Napoléon devient alors un nouveau Charlemagne, qui tient sous son empire toute l’Europe chrétienne. Par le décret du 15 août – Saint Napoléon – 1817, le juge Geoffroy s’employant à reproduire méticuleusement les décrets du Moniteur, l’Europe est entièrement redivisée : l’Empire français reste le seul État à détenir une couronne impériale, les royaumes apparaissent ou sont rayés de la carte selon leur degré de loyauté à l’Empire. Cette Europe reprend des causes chères au public français : la cause de l’indépendance polonaise, particulièrement défendue en France depuis l’échec de la révolte de 183122, est satisfaite car la Pologne devient un royaume puissant et indépendant. À l’inverse, l’Italie et l’Allemagne ne sont pas unifiées, autant de rivaux que s’épargne la France. Napoléon, jupitérien, ne tolère aucune opposition, et son ami Murat, roi de Suède, échappe de peu au peloton d’exécution pour ses velléités de complot. L’Europe, de Cadix à la Sibérie, s’est transformée en un vaste champ de réserves en hommes, en soldats, et en ressources au service de l’Empereur. Les derniers rois de France sont quant à eux relégués sur l’île de Man, dans une royauté de façade sombrant dans l’oubli : « C’est dans cette île que, longtemps après, en 1824, Louis XVIII étant mort, son frère, M. le comte d’Artois, fut proclamé, sans que l’Europe en sût quelque chose, roi de France, sous le nom de Charles X »23, ultime affront lancé aux Bourbons déchus dans cet univers de fiction comme dans la réalité.

Maître du monde. Le nouvel Alexandre

L’Europe conquise est pacifiée, Geoffroy ne mentionne aucune révolte, aucun soulèvement, et ce malgré les humiliations des rois, la disparition de la Prusse et la division de la Russie. L’Europe semble avoir accepté son intégration à l’Empire français, ses peuples satisfaits du code Napoléon, des principes de 1789 et de la paix civile ; le tout dans une prospérité générale. Le monde doit alors suivre. Les campagnes, décrites à grands traits et avec peu de détails, semblent des copies, magnifiées, de celles d’Alexandre le Grand, s’étendant sur l’ensemble de l’Eurasie. L’utopie peut alors survenir : celle d’un monde entièrement pacifié, et régenté par une seule autorité, mettant fin aux divisions et querelles internes entre êtres humains.

En quelques jours, le Maghreb est conquis et accepte pleinement l’occupation française, du Maroc à l’Égypte. Lorsqu’on compare cette campagne à la conquête algérienne lancée par la France en 1830, et loin d’être achevée en 1836 comme en 1841, cette facilité interroge. Elle révèle d’une part la méconnaissance complète de Geoffroy quant à la dureté d’un conflit où plusieurs milliers de soldats ont déjà laissé la vie24, et d’autre part le génie de l’Empereur sous la plume de l’auteur. En 1836, l’armée française, commandée par le maréchal Clauzel, ancien de l’Empire, échoue à conquérir la ville de Constantine et manque d’être détruite dans la retraite. De même, le chef algérien Abd el-Kader mène une guérilla harassante contre les forces d’occupation. Cette guerre sans gloire, et menée par embuscades et razzias, est la seule intervention militaire majeure où soit affectée l’armée française lors de la décennie 1830. À l’inverse, tout ce qu’entreprend l’Empereur semble magnifique et simple à accomplir : « Tout devenait grand dans ce siècle »25, clame l’auteur. Alors que le maréchal Bugeaud peine à installer quelques dizaines de milliers de colons européens sur les rivages d’Afrique du Nord, l’Empereur parvient à transporter 2 000 000 de Français et d’Européens sur ces mêmes côtes, qui se francisent aussi aisément que l’Angleterre. Le sommet de la fantaisie est atteint lors de la campagne d’Afrique subsaharienne. Les armées de Louis, le frère de l’Empereur, n’ont même pas à livrer bataille, acceptant la soumission volontaire des populations :

Tous disaient que les prédictions des temps passés étaient accomplies ; tous apportaient leurs idoles, dont la divinité était épuisée, disaient-ils ; ils les foulaient aux pieds avec délire, et les brûlaient eux-mêmes devant la croix victorieuse. Les sectes mahométanes rejetaient leur islamisme, et l’impulsion était si violente, que les nations venaient spontanément au-devant des Français, pour abjurer plus tôt leur culte et leur indépendance.26 

Cette campagne est la plus irréaliste de toutes. Dans les premières décennies du XIXe siècle, un soldat européen a une chance sur cinq de mourir d’une des diverses maladies locales, dès la première année de son service27. Si ce fait peut échapper à Geoffroy, il est improbable qu’il n’ait pas connaissance de l’expédition de Saint Domingue de 1802, où la majorité du corps d’armée français trépasse du fait du climat local28. Aucune trace pourtant dans ses écrits de peste, dysenterie, typhoïde, ni de quelque difficulté que ce soit causée par les jungles équatoriales ou les déserts sahéliens.

Cependant, comme Alexandre doit affronter Darius pour subjuguer l’Empire achéménide, l’Empire ottoman s’oppose aux avancées impériales. Dans une lecture orientaliste, les Ottomans sont assimilés à l’Islam, présenté comme un gigantesque conglomérat aux ordres du sultan calife. De même, la conquête du Moyen-Orient est un parallèle explicite avec la première campagne d’Égypte de Bonaparte, en 1798. Napoléon échoue ainsi devant Saint-Jean D’Acre, comme il avait dû se replier devant ses murs en 1799. Cependant, la campagne culmine par une immense bataille sous les murs de Jérusalem. Devenant une croisade, la conquête s’achève par un immense autodafé où La Mecque est détruite, la religion islamique frappée à mort :

Au milieu de la vapeur du sang et comme pour s’en enivrer encore, l’armée s’exalta en actions de grâce ; ils s’écriaient que la main de Dieu les avait assistés : Napoléon le crut peut-être aussi lui-même. L’Asie occidentale fut frappée de la même pensée à cette nouvelle ; elle vit que le règne de Mahomet était fini, et que le nouveau prophète Buonaberdî, comme elle l’appelait, était venu de l’occident.29

Loin d’afficher une quelconque forme de tolérance religieuse, Napoléon se laisse au contraire mener par un fanatisme religieux sans concession, forçant les populations à se convertir à la foi chrétienne. Dorénavant, toute campagne française, du Caire à l’Annam, est systématiquement accompagnée de la conversion forcée des populations au catholicisme :

Dans tous ces pays, l’empereur persistait dans le même système de conquête politique et religieuse ; il anéantissait la trace de l’ancienne domination en faisant enlever et transporter en Europe les rois et les familles royales entières, et partout aussi, sur la crête des pagodes et des forteresses, il plantait la croix avec son drapeau tricolore.30

Un fanatisme d’autant plus déconcertant que celui qui n’était encore que le général Bonaparte avait incité ses troupes à respecter la foi musulmane lors de l’occupation de l’Égypte31. Ce Napoléon imaginaire peut néanmoins se lire au regard des codes de l’utopie, notamment la tendance à l’uniformité. Dans cette monarchie universelle inéluctable, qui ne fait pas qu’unifier le monde mais s’emploie aussi à lui imposer une même loi et des mêmes règles, il ne peut y’avoir qu’une seule foi : un christianisme bénissant le progrès technique et garantissant l’ordre impérial32.

De même, s’il fallut aux troupes britanniques des décennies pour subjuguer le sous-continent indien, quelques années suffisent aux impériaux pour soumettre l’Asie, une fois les Ottomans détruits. La Chine cède sans combat, le Japon est envahi, toutes les îles de l’Océanie passent sous domination impériale. Ces territoires sont alors peu connus du monde européen, voire inexplorés concernant une part importante de l’Océanie. Il n’y a plus de merveilleux dans le monde conquis, d’imaginaire ou de territoire inaccessibles. Le merveilleux se retrouve désormais dans la geste impériale, permettant la conquête d’espaces inaccessibles jusqu’alors. Les peuples nomades d’Asie centrale – conquis dans le monde réel par des campagnes russes sans merci, sur plus d’un siècle – sont défaits en une seule journée devant les murs de Boukhara. Geoffroy doit avoir pris connaissance de leurs luttes face à l’expansion russe, qui commencent à être connues du public français, comme les résistances caucasiennes33.

Par cette conquête, suivie quelques années plus tard par celle des États d’Amérique qui, réunis en congrès à Panama, acceptent la suzeraineté de l’Empereur sans qu’une force d’invasion ait dû prendre pied sur les rives d’Outre-Atlantique, la monarchie devient mondiale. Proclamée officiellement le 4 juillet 1827, la « Monarchie universelle » annonce la fin de l’histoire :

Un nouvel ordre de choses commence, l’ancien ordre finit, la diversité funeste des nations et des pouvoirs est fondue désormais et jusqu’à la fin des temps dans une perpétuelle unité. Dieu a placé dans moi et dans ma race cette unité de puissance et de monarchie. Que les rois et les nations lui rendent gloire avec moi !34

En effet, l’Empereur annonce le triomphe de la modernité politique et économique, inspirée des valeurs de 1789 : les valeurs d’égalité devant la loi, de règne des capacités et de responsabilités individuelles sont les nouvelles normes mondiales, ne souffrant aucune exception. Chaque tribu, chaque peuple, chaque nation se doit à présent d’abandonner ses anciennes coutumes pour celles de la civilisation industrielle européenne. Dans un rare moment d’ironie assumée, Geoffroy fait découvrir le contact avec la modernité d’une tribu ayant vécu en autarcie dans une oasis égyptienne pendant des millénaires : 

Quand on les découvrit, ils étaient quatre cent cinquante, dont deux cents femmes. Leur étonnement ne peut se décrire lorsqu’ils virent d’autres hommes avec leurs usages et leur civilisation monstrueuse pour eux. Ils se façonnèrent bientôt à ces nouveautés étranges, et quand les hommes civilisés eurent épuisé les sucs de leurs traditions, de leur langue et de leur existence pour en faire de l’histoire, ils leur firent part de cette civilisation, et les habitants de Boulma eurent aussi, après trois années, des mœurs, des passions, une littérature, des arts, un commerce, des armes, un sous-préfet ; en un mot, une civilisation comme le reste du monde, les infortunés !35

Les empires européens consolident les bases de leur expansion mondiale mais la conquête du monde se différencie toutefois des avancées coloniales. Le monde n’est pas séparé entre les territoires métropolitains et leurs colonies, car les nouvelles conquêtes deviennent des parties intégrales de la monarchie universelle, et Tombouctou est élevé au rang d’une des quatre capitales mondiales avec Mexico, Calcutta et Paris. Il n’est pas mentionné de différences entre les habitants de la planète, selon leur origines culturelles ou ethniques. Les traditions, les cultures locales des peuples extra-européens disparaissent devant l’uniformisation du monde, mais au même titre que celles des Bretons, des Russes ou des Rhénans. Napoléon envisage même, pour renforcer cette uniformité, de créer une même couleur de peau métissée pour l’ensemble de la planète, en encourageant les mariages interethniques – imitant les mariages entre Grecs et Perses que prônait Alexandre – projet qui ne reste cependant qu’un vœu de l’Empereur36. Le Monde doit se transformer en France, tout comme la France s’universalise, amenée à se dissoudre dans un vaste ensemble mondial.

L’Histoire s’est achevée. La modernité régente une société qui n’a plus de passé, toutes les traditions étant abolies. Si le catholicisme devient religion universelle, c’est après une vague et œcuménique unification avec toutes les obédiences religieuses, l’abandon du latin pour le français et l’acceptation du joug administratif impérial. Le règne des capacités, autour d’une éducation obligatoire et méritocratique, doit perpétuer l’organisation éternelle de l’Empire. En conséquence, les marginaux sont voués aux tâches les plus ingrates. Cette solution est déjà préconisée par Thomas More dans son Utopie37, mais elle dépasse la seule prescription utopique. En effet, depuis le commencement du siècle, l’association entre la pauvreté et de fainéantise est croissante. Une importante littérature met ainsi en lumière les vices supposés des populations des « Bas-Fonds »38. Honoré Antoine Frégier, dans son Des classes dangereuses de la population et des moyens de la rendre meilleure (1840), ouvrage couronné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques, établit un lien entre classes populaires et vice39. Sous la Monarchie universelle, les frontières nationales, géographiques et culturelles ont été abolies mais les catégories sociales demeurent et sont institutionnalisées :

Mais, d’un autre côté, les pauvres, ainsi sauvés de la misère et de la faim, demeuraient sous la surveillance de l’administration ; ils restaient à sa disposition, ne pouvaient s’éloigner, sans permission et sous des peines sévères, de cette résidence ; ils étaient enfin, dans certain cas, obligés à divers travaux d’utilité publique, et principalement à l’entretien des routes, des canaux et des propriétés de l’état ou des communes. […] La honte d’être reconnu pauvre s’augmenta à ce point qu’il fallait être descendu aux derniers degrés de la misère pour solliciter son inscription sur le registre. La paresse, qui s’accommodait si bien de l’aumône, recula devant cette position nouvelle, car si, dans cet ordre de choses, on trouvait les ressources de la vie, on y perdait la liberté. Le travail et l’exil du pays natal y devenaient obligatoires, au gré de l’administration.40

L’application de ces principes à l’égard des catégories populaires ne fait que s’inscrire dans une politique libérale, et ne diffère pas d’une mesure que pourrait préconiser un bourgeois modéré. Toutefois, ce que les États ouest-européens peinent à mettre en œuvre, l’utopie impériale le réalise une nouvelle fois, sans effort.

Maître de la vie. Une nouvelle divinité ?

Conquérant, dominateur, l’Empereur dépasse cependant par sa majesté tous les monarques passés. Geoffroy laisse entendre en effet que Napoléon serait, par ses conquêtes, parvenu à l’égal d’un être dépassant les humains. Dès la préface, il décrit le pouvoir de l’Empereur comme une « toute-puissance au-dessus de laquelle il n’y a plus que Dieu »41. En Mésopotamie, Napoléon découvre par sa seule intuition la tour de Babel, devançant tous les savants réunis autour de lui : « Depuis deux mois que j’explore ce pays, ma pensée s’est fixée ; ce n’est plus un doute que j’expose au hasard ; c’est une prophétie dont j’encours la responsabilité, mais dont j’aurai la gloire. Maintenant, ajouta-t-il en souriant, nous pouvons quitter Babylone. »42 Chassant le lion en Bactriane, il le dompte sans violence. Revenant en Europe après ses conquêtes asiatiques, il soulève durant sa traversée de France un enthousiasme délirant des masses : les Français se jettent sous sa voiture, un jeune homme se suicide pour obtenir de lui un regard, les habitants d’Ajaccio détruisent sa ville natale et lui demandent de la reconstruire sous le nom de Napoléon, ce qu’il accepte. Après son couronnement en tant que « monarque universel de la Terre » le 15 août 1828, la constellation d’Orion disparaît et embrase le ciel, la nouvelle constellation éblouissant la cérémonie étant nommée… Napoléon. Une apothéose qui se produit encore du vivant de ce demi-dieu, car la puissance impériale s’étend jusqu’aux astres. Il ordonne en 1830 de ne plus être nommé que « Seigneur » et « Sa Toute Puissance »43. La vogue de l’égyptologie conduit Geoffroy à donner à l’Empereur, enfin, un sort de pharaon, sa dépouille étant embaumée dans une immense pyramide érigée sur le Mont-Valérien.

Cette grandiloquence interroge sur le sérieux de l’auteur à cet égard. L’exagération constante envers les faits d’armes de Napoléon reste, malgré leur série presque ininterrompue de victoires, un récit encore plausible. Cependant, Napoléon obtient des pouvoirs qui le placent à l’écart de l’humanité, au point que les astres lui obéissent. Malgré ce caractère surréaliste, une certaine logique semble apparaître. Certes, l’auteur se place sous le signe du rêve dès sa préface, mais la victoire de l’Empereur fait déjà basculer le monde dans une autre ère politique. Cette ère utopique annonce désormais des progrès inégalés, et inimaginables sans l’unification mondiale. Ce qui semble irréalisable dans le monde réel relève d’une simple décision administrative dans l’uchronie napoléonienne.

Toutefois, le maître du monde doit affronter l’un des derniers opposants à son règne, le général Jacques-Joseph Oudet. L’existence de ce général est déjà une uchronie dans l’uchronie, car il meurt en 1809, avec le grade de colonel, trois ans donc avant le point de divergence choisi par Geoffroy. Sa présence peut s’expliquer par une hypothèse de l’écrivain Charles Nodier selon laquelle Oudet aurait dirigé une société secrète sous l’Empire avant d’être assassiné sur ordre de l’Empereur en 180944. En tête à tête avec Napoléon, ce général lui lance un défi : « nous voici seuls en présence, vous le despotisme incarné et au faîte de la puissance, moi la liberté mourante et vaincue. »45 Dans son ultime tirade, il annonce sa mort, et avec lui celle du républicanisme :

Oui, Bonaparte, il faut que je meure, je ne peux plus vivre au milieu de ton despotisme ; tu as renié ta mère, tu as étouffé la liberté sous des monceaux de gloire, et on a oublié jusqu’à son nom dans ton empire. Tu le sais, car ta police savait tout, et moi je n’ignorais pas ses démarches, j’avais dans ton armée galvanisé quelques cœurs pour les faire tressaillir en secret au nom de la liberté… eh bien ! tous se refroidissent en entendant ton nom, ils m’abandonnent, à peine me reste-t-il quelques fidèles amis ; mais rassure-toi, ils mourront tous avec moi, et alors, il n’y aura plus une pensée de liberté sur la terre. Mais j’ai voulu du moins qu’une protestation se fit entendre encore une fois au milieu de ta gloire. Dans la vieille Rome, tu n’aurais pas triomphé des peuples sans que l’outrage d’un citoyen n’eût précédé ton char. Eh bien ! c’est moi qui serai ici ton insulteur au milieu de cette grandeur surhumaine dont tu nous accables. Je te le dis, Napoléon ! tu n’es qu’un tyran, tu as tué la liberté. Honte à toi ! et que les hommes libres meurent !46

Exécutant sa menace, il est suivi dans la tombe par ses derniers fidèles, qui mettent fin à leurs jours devant son tombeau, une scène qui reprend le récit de Nodier sur la mort d’Oudet, deux soldats s’étant selon lui suicidés sur sa tombe47. La tirade d’Oudet contre le nouveau César semble accablante, mais on peut la comparer aux déclamations que les auteurs romains prêtent aux chefs des peuples en passe d’être conquis. Ainsi, Tacite dans sa Biographie d’Agricola fait figurer le discours – fictif – du chef breton Calgacus, qui accuse les Romains de n’être qu’un peuple de pillards, conquérants cruels et sans merci. La fin du discours, « Font-ils d’une terre un désert ? Ils diront qu’ils la pacifient »48, semble une condamnation sans appel de l’expansion romaine. Or, Tacite loue certes les qualités des Bretons « barbares » mais il ne remet pas en cause la présence romaine sur l’île, conduite d’ailleurs par celui qui est son parent, Agricola, qu’il présente comme un Romain exemplaire.

L’Empire n’est donc pas le règne de la liberté, car l’utopie a tué cette dernière : « L’utopiste est alors ce curieux esprit : il ne découvre les moyens de la liberté qu’en vue de mettre la liberté à mort »49, selon Gilles Lapouge. L’Empereur contraint les peuples à se conformer à sa loi, dont on comprend qu’elle ne se maintient que par le contrôle total de la police impériale : « […] dans la terre ainsi constituée en un seul gouvernement et avec un tel pouvoir, le mot politique n’était plus qu’un non-sens Il y avait bien une politique, permise seule à l’empereur, c’était la police, immense réseau enveloppant l’univers, que tout le monde sentait, et que personne n’osait apercevoir. »50 Cette phrase rentre en contraste direct avec les nombreux passages où la conquête semble librement acceptée par les habitants du globe. L’allusion est à peine voilée aux accusations constantes portées contre la police depuis le Consulat, selon lesquelles son usage du « mouchardage » et des espions serait omniprésent51. De même, les élections sont oubliées et les débats sont abolis au profit d’une unité administrative enserrant le monde dans une surveillance de masse. La monarchie universelle est un régime autoritaire, éloigné du libéralisme parlementaire de la monarchie de Juillet. Les législateurs ne servent qu’à exécuter les volontés impériales, qui cependant semblent réussir en tout. Face au gigantisme de la monarchie universelle, les êtres humains sont bien peu. Des millions de travailleurs de tout le Proche Orient sont réquisitionnés par sa seule volonté pour déblayer les ruines de Babylone. L’Égypte se révoltant, Napoléon décide de la rayer de la carte en détournant les eaux du Nil, l’abandonnant au désert ; la ville de Balkh insurgée est incendiée et massacrée jusqu’au dernier habitant.

De plus, si les moyens techniques du XIXe siècle pourraient rendre difficile, voire impossible, une surveillance généralisée de la population mondiale, les avancées scientifiques de cette monarchie universelle rendent ce contrôle faisable. L’unité permise par la conquête, combinée avec le scientisme assumé de cette monarchie, rassemble les savants du monde entier dans de gigantesques centres de recherches sous la direction de l’Empereur qui est lui-même un membre de l’Académie des sciences. En quelques années apparaissent une sorte de proto-radio, les avions, des dirigeables remarquablement avancés, ce qui place Geoffroy parmi les pionniers du style steampunk :

C’étaient des machines nouvelles, vivantes de cette vapeur, soulevant les colosses et les rochers, creusant la terre, arrêtant ou lançant les ondes, aplanissant les montagnes, et, combinées avec des poudres, commandant même à l’atmosphère dont elles chassaient les nues et dissipaient les tempêtes par de prodigieuses détonations. Les ballons aérostatiques, agrandis et multipliés, donnèrent de véritables ailes aux hommes qui surent les diriger. Ce dernier résultat si cherché était dû à la réunion des forces magnétiques avec l’électricité.52

L’Empereur peut alors étendre sa volonté et ses lois sans entraves, accélérant l’avenir et ses innovations. Selon le saint-simonien Michel Chevalier : « Il n’y a donc pas d’exagération à annoncer que par l’industrie l’homme doit devenir réellement le roi de la création, le maître de l’univers. Avec l’industrie, au lieu d’être opprimé par la matière, l’homme la tiendra asservie à sa volonté. »53 Les influences du saint-simonisme semblent notables, celle d’un « état industriel » en état d’éclosion. La monarchie universelle est en effet une utopie au service du progrès54. Pour autant, l’auteur adopte un regard d’estime envers ce penseur qui avait « posé le premier ce principe du perfectionnement social et de l’amélioration du sort de tous les hommes »55 mais ne lui donne pas un rôle prédominant dans cette monarchie. Après une rencontre tumultueuse entre l’Empereur et Saint-Simon, celui-ci finit relégué à des fonctions secondaires.

Dans ce siècle, la fin de la liberté est le prérequis pour parvenir à un Eden terrestre. Car le monde s’achemine vers une ère sans commune mesure avec ce qui a pu exister jusqu’à présent. Les sciences deviennent les maîtresses de la planète, de la vie et de la mort. La Terre est transformée et mise au service de l’humanité : « L’eau de mer fut rendue potable ; une décharge d’électricité, combinée avec quelques autres forces physiques, la dégagea de ses sels et de son amertume, et ce contre-sens affreux de l’homme expirant de soif au milieu de l’Océan fut corrigé. »56 Transformer l’Océan en liquide potable est probablement une référence à l’« acide citrique boréal » cher à Fourier, qui devait faire de l’océan une boisson au goût de limonade dans un avenir proche57. Un projet moqué dans le monde réel devient une tâche aisée dans l’uchronie. De même, l’amiral Parry atteint le Pôle Nord après plusieurs années d’exploration, pour la plus grande gloire de l’Empire, alors qu’il échoue dans le monde réel. D’immenses canaux sont réalisés en Afrique, dépassant de loin les projets de percement d’un canal à Suez. Le topos utopique d’un progrès civilisationnel est par ailleurs courant, et se retrouve aussi chez Saint-Simon58.

Le mélange des genres entre l’utopie et l’uchronie se rajoute de même à la science-fiction, dont Geoffroy semble être l’un des précurseurs. Se servir d’une description d’une société futuriste pour faire passer un message politique est déjà utilisé par Louis-Sébastien Mercier avec L’an 2440, rêve s’il en fut jamais, mais le genre se développe dès les premières décennies du XIXe siècle avec Le roman de l’avenir de Félix Bodin ou encore Le monde tel qu’il sera, où Émile Souvestre fait la satire du progrès annoncé par les saint-simoniens. Contrairement à ces écrits, toutefois, le roman de Geoffroy ne décrit pas l’avenir, mais le passé. Françoise Sylvos parle ainsi d’une « futurisation du passé » à laquelle se livre Louis Geoffroy59.

C’est enfin au tour de l’être humain d’être amélioré, par la volonté impériale, ce qui lui garantit des plaisirs inconnus :

Des verres donnèrent à la vue le discernement microscopique et la portée des télescopes ; des gaz apportèrent à l’odorat des ressources nouvelles pour jouir des odeurs avec des sensations inconnues. L’audition put être augmentée dans une haute portée ; le goût, lui-même, acquit une délicatesse plus grande, et la science, en augmentant ainsi les plaisirs de l’homme, l’approchait un peu plus du bonheur.60

Dans cette quête du bonheur, les sensations physiques s’améliorent de concert avec les capacités intellectuelles : « Enfin, la pensée elle-même put s’agrandir sous certaines forces, et s’élever jusqu’au génie. On trouva l’art de l’exciter ou de la calmer dans les esprits. Tantôt puissante, tantôt sommeillante [sic], la volonté en disposait, et sut faire de ce tyran un esclave docile. »61 Dans ce monde pacifié, heureux, l’être humain amélioré a certes perdu sa liberté mais au profit du bonheur et de la paix. Comme le faisait remarquer Gilles Lapouge, « 1984 est à peine pire que les visions de Cabet ; Le Meilleur des Mondes n’est pas plus terrible que La République et Ernst Jünger fait songer à Campanella […] C’est notre regard qui a changé, plus que la littérature utopique. »62

Conclusion. Le rêve au service des idées politiques

Geoffroy ne nous laisse pas découvrir ce que devient cet empire après le décès de son créateur. Est-il destiné à perdurer pour l’éternité ou bien à connaître le destin de celui d’Alexandre – dont l’Empereur a suivi et dépassé les conquêtes – et sombrer en une partition entre les divers corps de son administration, si ce n’est une gigantesque guerre civile mondiale ? Il appartient à l’imagination du lecteur d’imaginer une suite à cette suite de conquêtes et de réalisations hors du commun.

Toutefois, la date de mort de l’Empereur, le 25 juillet 1832, n’est pas anodine : une attaque d’apoplexie le frappe le 23 juillet, soit le lendemain de la mort, réelle, de son fils, le duc de Reichstadt. Mort dans l’Empire d’Autriche le 22 juillet 1832, ce fils de Napoléon et de l’Impératrice Marie-Louise est jusqu’alors considéré par les bonapartistes comme le successeur légitime au trône de France : Napoléon II. Or, son trépas inflige un coup important aux espoirs des partisans des Bonaparte. Le décès de Napoléon II rejoint celle de son père dans la fiction : les flambeaux du bonapartisme meurent côte à côte. Comme dans ce livre, il appartient à chaque Français d’imaginer l’avenir du bonapartisme. Geoffroy fait entrer son lectorat dans un monde qui, dès les premières décennies du XIXe siècle, porte d’étonnantes ressemblances avec la mondialisation et les idées transhumanistes du XXIe. Le césarisme, s’il avait triomphé, aurait donc pu rompre avec l’Histoire des derniers millénaires, et apporter à l’humanité des progrès sans précédents, le tout pour la plus grande gloire de la France. Malgré son insistance apparente à rester dans une pure rêverie, Geoffroy offre un plaidoyer pour un césarisme industriel, autoritaire et chrétien. Une rencontre du bonapartisme et d’un progressisme qui n’avoue pas sa dette au saint-simonisme.

Dans ce monde rêvé, l’Empereur a pu triompher de tous, apportant la plus décisive des révolutions à l’humanité. La mort, seule, a eu raison de lui, mais son héritage demeure.

Bibliography

Sources

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Notes

1 Emiliano Zarcone et Thierry Gloris, Waterloo 1911, Un rouquin de trop, volume 1, Paris, Delcourt, 2013, p. 6. Return to text

2 Fred Duval, Jean-Pierre Pécau, Stéphane Gess, Vive L’Empereur, Jour J, tome 7, Paris, Delcourt, 2011. Return to text

3 Valéry Giscard d’Estaing, La victoire de la Grande Armée, Paris, Plon, 2010. Return to text

4 Thierry Lentz, « Préface », in Louis Geoffroy, Napoléon Apocryphe, Paris, Le Manuscrit, 2009, p. 13. Return to text

5 Jérôme David, « » Une logique que rien n’arrête… » : Uchronie de Renouvier », Écrire l’histoire, n° 15, 2015, p. 37‑43. Return to text

6 Louis Geoffroy, Napoléon apocryphe. Histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, 1812-1832, Paris, Paulin, 1841, p. 2. Return to text

7 Eugene Byrne, Kim Newman, Back in the USSA, Shingletown (California), Marck V. Ziesing, 1997. Return to text

8 Louis Geoffreoy, op. cit., p. 339. Return to text

9 Ibid., p. 344. Return to text

10 Idem. Return to text

11 Yves Santamaria, Brigitte Wache, « Chapitre iv - La nation française (1850-1914) », in, des mêmes (dir.), Du printemps des peuples à la Société des Nations. Nation, nationalités et nationalismes en Europe (1850-1920), Paris, La Découverte, 1996. Return to text

12 Philippe Darriulat, Les patriotes, la gauche républicaine et la nation, Paris, Seuil, 2011, p. 145. Return to text

13 Louis Geoffroy, op. cit., p. 52. Return to text

14 Ibid., p. 53. Return to text

15 Jean-Pierre Pecau, Empire, 4 volumes, Paris, Delcourt, 2006-2016. Return to text

16 Gilbert Krebs, « La question d’Alsace-Lorraine », in Gérard Schneilin (dir.), La naissance du Reich, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995. Return to text

17 Anacharsis Cloots, La République universelle ou Adresse aux tyrannicides, Paris, Chez les marchands de nouveauté, 1795, p. 20. Return to text

18 Louis Geoffroy, op. cit., p. 182. Return to text

19 Emmanuel de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, tome 7, Paris, L’Auteur, 1823. Return to text

20 Louis Geoffroy, op. cit., p. 114. Return to text

21 Ibid., p. 145. Return to text

22 Edmond Marek, Quand toute la France devint polonaise… L’insurrection de Novembre 1830 et l’opinion française, Lille, Club Polonia-Nord, 1994, p. 25. Return to text

23 Louis Geoffroy, op. cit., p. 69. Return to text

24 Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l’empire, Paris, CNRS Éditions, 2010, p. 433. Return to text

25 Louis Geoffroy, op. cit., p. 475. Return to text

26 Ibid., p. 374. Return to text

27 Philip Curtin, Disease and Empire. The Health of European Troops in the Conquest of Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 4. Return to text

28 Philippe Girard, Ces esclaves qui ont vaincu Napoléon : Toussaint Louverture et la guerre d’indépendance haïtienne (1801-1804), Bécherel, Les Perséides, 2013, p. 309. Return to text

29 Ibid., p. 251. Return to text

30 Ibid., p. 325. Return to text

31 Jacques-Olivier Boudon, « Introduction », in, du même (dir.), Bonaparte et l’Orient. L’expédition d’Egypte, 1798-1799, Paris, SPM, 2019, p. 13. Return to text

32 André Mattelart, Histoire de l’utopie planétaire. De la cité prophétique à la société globale, Paris, La Découverte, 1999, p. 125. Return to text

33 Lorraine de Meaux, « L’Orient à portée de fusil », Bulletin, n°14, 2004, p. 49-66. Return to text

34 Louis Geoffroy, op. cit., p. 421-422. Return to text

35 Ibid., p. 468. Return to text

36 Ibid., p. 448. Return to text

37 Gilles Lapouge, Utopie et civilisations, Paris, Weber, 1973, p. 136. Return to text

38 Dominique Kalifa, Les Bas-fonds. Histoire d’un imaginaire, Paris, Seuil, 2013, p. 49. Return to text

39 Antoine Honoré Frégier, Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes et des moyens de les rendre meilleures, 2 volumes, Paris, Baillière, 1840. Return to text

40 Louis Geoffroy, op. cit., p. 328. Return to text

41 Ibid., p. II. Return to text

42 Ibid., p. 295. Return to text

43 Ibid., p. 492. Return to text

44 Charles Nodier, Souvenirs, épisodes et portraits pour servir à l’histoire de la Révolution et de l’Empire, tome 2, Paris, Levavasseur, 1831, p. 286. Return to text

45 Ibid., p. 426. Return to text

46 Ibid., p. 428. Return to text

47 Charles Nodier, op. cit., p. 287. Return to text

48 Tacite, Biographie d’Agricola, traduction de Danielle de Clercq-Douillet, Fréjus, Société d’histoire de Fréjus et de sa région, 2010. Return to text

49 Gilles Lapouge, op. cit., p. 18. Return to text

50 Louis Geoffroy, op. cit., p. 446. Return to text

51 En 1829 paraît un ouvrage de Froment, La Police dévoilée depuis la Restauration, et notamment sous messieurs Franchet et Delavau, trois tomes, Paris, Lemonnier, 1829, qui accuse la police de se livrer à des opérations de provocation systématiques contre les opposants au régime. L’ouvrage rencontre un certain succès, et contribue à la légende noire de la police. Return to text

52 Louis Geoffroy, op. cit., p. 455-456. Return to text

53 Cité dans Pierre Musso, L’imaginaire industriel, Paris, Manucius, 2014, p. 26. Return to text

54 Antoine Picon, Les saint-simoniens. Raison, imaginaire et utopie, Paris, Belin, 2002, p. 17. Return to text

55 Louis Geoffroy, op. cit., p. 189. Return to text

56 Ibid., p. 458. Return to text

57 Charles Fourier, Théorie des quatre mouvements, partie 1, 1808, Paris, Les Presses du réel, 1998 (première édition en 1808), p. 160. Return to text

58 Claude Henri de Saint-Simon, De la Réorganisation de la société européenne, Paris, Adrien Egron, 1814, p. 60. Return to text

59 Françoise Sylvos, « Le Réel de l’anticipation au XIXe siècle » (non paginé), Actes du Congrès de la SERD, Le xixe siècle face au futur, SERD, 2016, https://serd.hypotheses.org/1829. Return to text

60 Geoffroy Louis, op. cit., p. 457. Return to text

61 Ibid., p. 460. Return to text

62 Gilles Lapouge, op. cit., p 148. Return to text

References

Electronic reference

Ivan Burel, « « Tout devenait grand dans ce siècle. » Napoléon Bonaparte, fondateur de l'utopie uchronique dans Napoléon apocryphe, de Louis Geoffroy », Grandes figures historiques dans les lettres et les arts [Online], 11 | 2022, Online since 06 avril 2022, connection on 24 février 2024. URL : http://www.peren-revues.fr/figures-historiques/337

Author

Ivan Burel

Université de Lille, IRHIS-UMR 8529
Institut d'Études Politiques de Lille

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