Vers une modélisation lexicographique des propriétés sémantico-pragmatiques des locutions-phrases génériques et situationnelles La nuit porte conseil et Le chat est sorti du sac

DOI : 10.54563/lexique.85

p. 15-38

Abstracts

This article focuses on two categories of ready-made phrases, called generic idiomatic phrases and situational idiomatic phrases. In summary, these sentences are characterized as follows:

– they are presented, by the speaker/writer, as descriptions of the world;

– they refer or purport to refer to states of fact (although they may implicitly perform illocutionary expressive and/or directive acts);

– they acquire their legitimacy according to the discursive theme.

The aim is to propose a lexicographical modelling for the kinds of sentences studied. The proposals are inspired by the methodology underlying the elaboration of definitions in the Explanatory and Combinatorial Dictionary (Mel'čuk et al., 1984, 1988, 1992, 1999). Briefly, the semantic-pragmatic analysis scheme sketched reflects 1) the conventional meaning (codified in language) associated with the phrases studied, and 2) the meaning possibly communicated through a generalized implicature (Grice, 1979 [1975]). Close attention is paid to the actions performed by language, which is an inescapable matter whenever statements are involved. The study ends with the presentation of dictionary articles prepared for the generic idiomatic phrase La nuit porte conseil and for the situational idiomatic phrase Le chat est sorti du sac.

Cet article s’attache à deux catégories de phrases toutes faites, dénommées locutions-phrases génériques et locutions-phrases situationnelles. De manière sommaire, ces phrases se caractérisent de la façon suivante :

– elles sont présentées, par le locuteur/scripteur, comme des descriptions du monde ;

– elles renvoient ou prétendent renvoyer à des états de fait (bien qu’elles puissent implicitement accomplir des actes illocutoires expressifs et/ou directifs);

– elles acquièrent leur légitimité en fonction du thème discursif.

L’objectif est de proposer une modélisation lexicographique pour les sortes de phrases étudiées. Les propositions formulées sont inspirées de la méthodologie sous-tendant l’élaboration des définitions dans le Dictionnaire explicatif et combinatoire (Mel’čuk et al., 1984, 1988, 1992, 1999). Dans les grandes lignes, le schéma d’analyse sémantico-pragmatique esquissé reflète 1) le sens conventionnel (codifié en langue) associé aux locutions-phrases analysées et 2) le sens éventuellement communiqué par l’entremise d’une implicature généralisée (Grice, 1979 [1975]). Une attention particulière est accordée à la dimension actionnelle du langage, incontournable dès que la question phrastique intervient. L’étude se clôt avec la présentation des articles de dictionnaire préparés pour la locution-phrase générique La nuit porte conseil et pour la locution-phrase situationnelle Le chat est sorti du sac.

Outline

Editor's notes

Received: March 2021 / Accepted: July 2021
Published online: December 2021

Text

1. Introduction1

Cette étude s’attache à deux sous-types de phrases préfabriquées, dénommées ici locutions-phrases génériques (LPG) et locutions-phrases situationnelles (LPS). Les exemples (1) et (2) en offrent une illustration2.

(1)

LPG

<Les paroles s’envolent, les écrits restent. Pour Philippe Le Blanc, l’écriture est l’outil qui lui permet de structurer sa pensée lorsqu’il prend des décisions d’investissement. Coucher son analyse sur papier impose au président de Cote 100 la discipline de ne pas dévier de sa stratégie « valeur » et à long terme. « Beaucoup de lecture, beaucoup d’écriture », répond le gestionnaire de portefeuille à la voix posée lorsqu’on lui demande de nous décrire son quotidien. (Les Affaires, Montréal, 11 février 2017 ; Eureka.cc)

(2)

LPS

[Contexte : longue intervention d’un pédiatre en réponse à une question qui lui est posée dans une entrevue télévisée.]

Bien, en fait, encore une fois, bon, si on fait des diagrammes, ça se complique toujours, mais dans la vie réelle, c’est vraiment la confiance qu’on donne à un enfant. Ça se ramène, dans le fond, à la confiance, à la sécurité et à l’attachement. Ça, c’est les bases qui permettent le développement global d’un enfant. […] Et si on crée un attachement « sécure » avec l’enfant, c’est-à-dire un attachement qui permet à l’enfant de se trouver beau, de se trouver bon et de commencer à marcher, à parler, etc., on a tout fait, et là, le reste n’a pas d’importance. Alors, il ne faut pas compliquer les besoins. Alors, on oublie le diagramme puis on dit : sécurité, attachement, constance, et l’affaire est dans le sac>, en fait. (SRC Télévision - Le Téléjournal / Le Point, Montréal, 15 octobre 2004 ; Eureka.cc)

L’étude s’inscrit dans le cadre d’une recherche sémantico-pragmatique plus vaste comportant un important volet lexicographique. Il s’agit d’élaborer des articles de dictionnaire pour plusieurs centaines de phrases préfabriquées ayant le statut de locutions-phrases (LP) génériques ou situationnelles. La majorité des phrases ciblées présentent dans leurs signifiants des lexèmes nominaux et/ou verbaux, rattachés aux domaines dits fondamentaux au sens de Langacker (1987) (aussi, Evans et Green, 2006)3. À ce jour, plus de 70 articles de dictionnaire ont été rédigés, conformément aux principes méthodologiques discutés et illustrés plus loin. Les descriptions reposent sur des données conséquentes de corpus, représentatives du français parlé et écrit à l’époque actuelle, avec une emphase sur le français utilisé en contexte québécois. Les textes exploités appartiennent à différents genres communicatifs : ils reflètent la langue orale spontanée, la langue orale télévisuelle et radiophonique, la langue écrite journalistique et la langue littéraire (voir les banques de données listées en bibliographie : BAnQ, BDTS, Eureka.cc, Frantext, CFPP2000, CFPQ, ESLO, OFROM).

Le présent article est organisé de la façon suivante. La section 2 situe les LP génériques et situationnelles au sein des phrasèmes et expose les raisons motivant certains choix terminologiques. La section 3 se concentre sur la modélisation lexicographique, à proprement parler, des propriétés sémantico-pragmatiques saillantes relatives aux deux catégories de phrases analysées. Les propositions formulées sont classiques d’un point de vue lexicologique. Elles sont inspirées de la méthodologie sous-tendant l’élaboration des définitions dans le Dictionnaire explicatif et combinatoire (Mel’čuk et al., 1984, 1988, 1992, 1999). Elles bénéficient également de l’éclairage sur les proverbes et autres énoncés parémiques apporté, notamment, par Tamba (2000, 2017 [2011]), Kleiber (2000) et Anscombre (2000, 2008, 2016, 2017). Dans les grandes lignes, le schéma d’analyse sémantico-pragmatique esquissé reflète 1) le sens conventionnel (codifié en langue) associé aux LP étudiées et 2) le sens éventuellement communiqué par l’entremise d’une implicature généralisée (Grice, 1979 [1975]). Une attention particulière est accordée à la dimension actionnelle du langage, incontournable dès que la question phrastique intervient (Austin, 2011 [1956], 1970 [1962] ; Searle, 2011 [1962], 1972 [1969] ; Vernant, 2021). Enfin, la section 4 illustre la finalité de la démarche à l’aide d’articles de dictionnaire consacrés à deux LP typiques, à savoir La nuit porte conseil (LPG) et Le chat est sorti du sac (LPS).

2. Délimitation du domaine d’étude

Dans le cadre de la lexicologie explicative et combinatoire, le terme locution désigne un type de phrasème lexémique (par opposition au phrasème sémantico-lexémique), qui n’est pas compositionnel au plan sémantique (entre autres, Mel’čuk, 2013, 2015, 2017 [2011] ; Iordanskaja et Mel’čuk, 2017). Cette non-compositionnalité peut être absolue (il est alors question de locution forte) ou relative (auquel cas on a affaire soit à une semi-locution, soit à une locution faible). La locution est tantôt nominale, tantôt verbale, tantôt adjectivale, etc. Elle peut également équivaloir à une phrase, comme dans le cas qui nous occupe. Elle est alors autonome sous un angle morphosyntaxique, c’est-à-dire qu’elle n’entretient pas de rapport rectionnel avec les éléments textuels qui l’avoisinent en discours (Jespersen, 1971 [1924] ; Groupe de Fribourg, 2012 ; Berrendonner, 2016 ; Anscombre et al. (dir.), 2016)4.

Les LP génériques et situationnelles sont classées parmi les phrases dites représentationnelles par Dostie (2019). La typologie des phrases préfabriquées esquissée dans cette étude met à profit les éléments fondateurs du schéma de la communication revisité dans une perspective interactionniste : elle prend en compte 1) la fonction générale du message communiqué, 2) le statut sous l’angle énonciatif du couple « émetteur-récepteur », 3) les compétences idéologiques et culturelles sollicitées pour interpréter le message et 4) l’univers de discours au sein duquel le message prend place. Dans cette optique, les LP génériques et situationnelles diffèrent sur plusieurs points. Par exemple, seule la LPG fait office de citation mémorisée, mettant en jeu un savoir supposé partagé, dont la vérité est présupposée. Cependant, les LP génériques et situationnelles se rejoignent sous d’autres aspects, ce qui nous incite à les aborder ensemble. Ainsi, elles sont présentées, par le locuteur/scripteur, comme des descriptions du monde ; elles renvoient ou prétendent renvoyer à des états de fait (bien qu’elles puissent implicitement accomplir des actes illocutoires expressifs et/ou directifs). De plus, les deux sortes de phrases considérées acquièrent leur légitimité en fonction du thème discursif. Ainsi, en (3), la LPG, le ridicule ne tue pas, apparaît dans un texte informatif dont le journaliste fait la lecture lors d’un journal télévisé. La nouvelle concerne une action « illégale » accomplie par un spectateur pendant une compétition olympique : il s’est jeté à l’eau. La phrase le ridicule ne tue pas trouve sa justification par référence à ce geste. Sous l’apparente neutralité de l’information transmise se cache une réprobation. L’exemple (4) est également extrait d’un bulletin de nouvelles lu à la télévision. La phrase situationnelle La coupe est pleine reçoit, là encore, sa légitimité du thème discursif. Le contexte est celui d’un détournement de fonds publics au Brésil (impliquant la compagnie Petrobras) vers des partis politiques. Cet événement est le dernier d’une série, qui conduit les citoyens brésiliens à exprimer publiquement leur colère, ce que traduit de manière imagée La coupe est pleine.

(3)

LPG

Lecteur : Un Canadien errant5 se jette dans la piscine olympique. Le ridicule ne tue pas, mais il peut conduire directement à la prison. Et c’est précisément ce qui est arrivé à un Canadien à Athènes, un Canadien qui a eu la « brillante idée » de se jeter à l’eau pendant une compétition de plongeon. Un coup publicitaire, voilà ce que c’était. (SRC Télévision – Le Téléjournal / Le Point, Montréal, 17 août 2004 ; Eureka.cc)

(4)

LPS

Des millions de Brésiliens sont en colère et ils voudraient voir leurs politiciens en prison. Ils ont l’habitude de la corruption, mais cette fois-ci, la coupe est pleine : des milliards de dollars du géant d’État Petrobras, leur fierté nationale, ont été siphonnés vers des partis politiques, des politiciens et des hommes d’affaires. C’est cet homme, réfugié au Canada, qui le premier sonne l’alarme en 2008. (ICI Radio-Canada Télé - Le Téléjournal, Montréal, 25 mai 2016 ; Eureka.cc)

À titre comparatif, les phrases structurelles et interpersonnelles servent, de leur côté, à organiser le texte et à assurer le bon fonctionnement de la « machinerie » interactionnelle. Elles ont donc une visée tout à fait distincte de celle dévolue aux LPG et aux LPS. Les exemples (5) et (6) illustrent ces cas de figure, avec des phrases qualifiées respectivement d’interactive et sociale dans la typologie esquissée dans Dostie (2019). En (5), le recours à inquiète-toi pas relève d’une stratégie typique visant la préservation de la face positive de l’interlocuteur dans un moment de légère disharmonie (Brown et Levinson 1987 ; Kerbrat-Orecchioni 1992). La locutrice É. (Évelyne) feint de rassurer N. (Nolin), alors qu’indirectement elle récuse avec assurance la pertinence du doute qu’il exprime (perceptible par le ouin qu’il émet). En (6), la phrase sociale il y a pas de problème (‘il n’y a pas de quoi’, ‘de rien’) constitue la partie réactive, attendue, de l’acte illocutoire ritualisé qu’est le remerciement. Le locuteur G. (Gilles) diminue la valeur du service qu’il a rendu, conformément à une stratégie de politesse consistant à diminuer les efforts qu’il en coûte pour aider l’autre, afin d’éviter qu’il ne ressente de la gêne.

(5)

Phrase interactive

É. : ben ça c’est une ça par exemple ça c’est un mythe ok↑ (.) ça c’est vraiment un mythe parce que (.) les parents qui veulent donner une soi-disant bonne (en dessinant des guillemets avec ses doigts en disant bonne) éducation à leurs enfants ils vont la trouver l’argent ok/

N. : ouin

É. : ils vont la trouver l’argent inquiète-toi pas là ça fermera pas (.) tu penses qu’une institution comme le Mont Notre-Dame ou le Collège Sacré-Cœur va fermer ses portes toi↑ (en pointant Nolin du doigt) (CFPQ, sous-corpus 2, segment 5, p. 65)6

(6)

Phrase sociale

[Contexte : phase finale d’une interaction verbale enregistrée et transcrite.]

É. : heille je vous remercie tout le monde

É. : [(inaud.)

G. : [ben il y a pas de problème

L. : c’est déjà fini

É. : ben oui on a passé l’heure et demie (.) ça a passé vite hein (CFPQ, sous-corpus 1, segment 9, p. 132)

Les dénominations LPG et LPS retenues dans ce texte pour désigner l’objet étudié offrent deux avantages. Premièrement, leur symétrie souligne la comparabilité, à plusieurs égards, des sortes de phrases désignées. Deuxièmement, l’appellation LPG est neutre. Elle évite les pièges du terme proverbe, entaché par une vision folklorique dont on peine à se départir, comme l’a rappelé à maintes reprises Anscombre (notamment, 2000, 2005, 2017). De manière méthodique, l’auteur démonte point par point la vision naïve du proverbe suivant laquelle, entre autres, ‘il reflèterait la sagesse populaire’, ‘il serait de création orale’, ‘il se transmettrait de génération en génération, tel quel, sans changement’ et ‘il serait figé’. Tout ceci serait erroné (entre autres, Anscombre, 2017 : 45). Par exemple, il faudrait faire preuve de beaucoup d’imagination pour voir une part de sagesse populaire dans la LPG le ridicule ne tue pas en (3). En outre, cette phrase n’est pas figée, comme le montrent les exemples ci-dessous. En (7), peut-être est inséré entre le verbe et la particule négative pas et en (8) la phrase est affirmative et non pas négative. Enfin, (9) propose une version courante de la phrase, un peu différente, à savoir le ridicule n’a jamais tué personne.

(7)

Les Claudettes devront aussi « improviser » sur un troisième titre de Claude François, « le thème de la journée », appuie Virginie Codron. Reste à confectionner le costume. « Ah non ! Le ridicule ne tue peut-être pas, mais il y a des limites ! », conteste Josie. Ce sera ensemble noir. Comme lorsqu’ils ont dansé à la maison de retraite ou avec les retraités anglais il y a deux ans, pour la Semaine bleue. (Nord Éclair, Roubaix, 6 octobre 2012 ; Eureka.cc)

(8)

La conseillère Elsie Lefebvre, de Vision Montréal, s'est dite « abasourdie » par la réponse du leader d'Union Montréal. « Ça ne fait aucun sens. On parle de la refonte de la carte électorale, une des assises fondamentales de notre démocratie. Penser que c'est une firme d'ingénierie qui va revoir la carte électorale, ça ne fait aucun sens. Le ridicule tue. » (La Presse, Montréal, 21 février 2012 ; Eureka.cc)

(9)

Reste qu’on ne peut qu’être fasciné par le tranquille aplomb avec lequel Fitch tance les États, elle qui avec ses consœurs a joué un rôle important dans le déclenchement de la crise et donc dans l’accroissement du déséquilibre des comptes publics, puisqu’elles ont été incapables d’analyser correctement les risques que représentaient les subprimes… Mais, dans ce petit monde de la finance, le ridicule n’a jamais tué personne.> (Libération, France, 9 mars 2010 ; Eureka.cc)

De son côté, l’appellation LPS désigne une réalité plus étroite que celle à laquelle renvoie le terme phrase situationnelle, introduit par Anscombre (2000, 2012) et repris notamment par Klein et Lamiroy (2016). La discussion concerne, dans ces dernières études, le partage entre les proverbes et une série de phrases qui ne sont pas génériques, mais épisodiques (Anscombre, 2000, p. 10). La phrase situationnelle englobe donc pour ces auteurs, entre autres, les LPS au sens défini ici ainsi que plusieurs autres sortes de phrases, dont les phrases structurelles et interpersonnelles évoquées plus haut, telles tu rigoles ?, sans blague ! et à qui le dis-tu ! (Klein & Lamiroy, 2016).

Cela étant, on a souvent affirmé que le proverbe servait à caractériser une situation (entre autres, Anscombre 2000, p. 10). Cette propriété peut être transposée aux LP génériques et situationnelles. Par exemple, les phrases le ridicule ne tue pas en (3) et la coupe est pleine en (4) caractérisent les situations dont il est question dans les textes où elles figurent. Aussi, le contexte (au sens large) est-il crucial à la fois pour guider l’usage (par le locuteur/scripteur) de telles phrases et leur interprétation (par l’interlocuteur/lecteur). De manière générale, Schmale (2013) soutient que l’utilisation adéquate de ce qu’il nomme unité de construction préformée (UCP) requiert toujours la prise en compte d’éléments contextuels et pragmatiques, avec une modulation variable selon la catégorie phraséologique concernée. Sous cet angle, les LP (de quelque nature que ce soit) constituent des prototypes en matière de phrasèmes qui possèdent un ancrage pragmatique, dans la mesure où leur statut phrastique les prédispose ipso facto à réaliser des actes illocutoires, comme on l’a mentionné plus haut. Leur usage approprié est contextuel.

La section suivante examine les caractéristiques sémantico-pragmatiques relatives aux LP génériques et situationnelles en vue d’en proposer une modélisation lexicographique.

3. LP génériques et situationnelles sous un angle lexicographique

3.1. Sélection des LP étudiées

Il existe des patrons syntaxiques récurrents, sous-tendant la formation des phrases préfabriquées. Ainsi, Gómez-Jordana Ferrary (2012) dégage sept patrons typiquement exploités dans la genèse des proverbes en français. De même, Klein et Lamiroy (2017 [2011]) mettent en relief les principales structures à la base des phrases routinières employées dans les conversations (p. ex. tu vois ce que je veux dire ?, c’est tout dire), ce à quoi s’attache aussi Tutin (2019). Comme le soulignent Klein et Lamiroy, les schémas à partir desquels les phrases préfabriquées sont créées « correspondent en général aux mêmes types de structures syntaxiques que les énoncés libres » (2017 [2011], p. 199)7. Certains d’entre eux sont transversaux : ils sous-tendent la formation de phrases qui appartiennent à des classes phraséologiques variées. D’autres schémas sont plus contraints. Par exemple, lorsqu’une LP débute par un groupe nominal qui contient le quantifieur universel tout (incluant ses formes fléchies), comme en (10), la valeur générique s’impose pour des raisons sémantiques évidentes.

(10)

a.

Toute vérité n’est pas bonne à dire

b.

Tous les goûts sont dans la nature

c.

Tous les chemins mènent à Rome

Cela dit, les quelque 70 phrases visées par nos premiers articles de dictionnaire sont articulées autour de trois schémas syntaxiques communs aux deux groupes examinés. Elles débutent soit par un SN incluant le déterminant défini (cf. le, la, les), soit par il y a, soit par (il)vaut mieux/mieux vaut. Le tableau 1 offre un inventaire partiel des phrases décrites. Pour des raisons pratiques, une part importante est réservée aux phrases exploitant le premier schéma syntaxique. Celui-ci apparaît fréquemment parmi l’ensemble des phrases consignées sur nos listes pour les fins du projet, tant du côté des LPG que du côté des LPS, de sorte qu’il se prête bien à un banc d’essai lexicographique.

Tableau 1. Liste partielle des LP génériques et situationnelles ayant fait l’objet d’articles de dictionnaire.

Tableau 1. Liste partielle des LP génériques et situationnelles ayant fait l’objet d’articles de dictionnaire.

Remarquons sans plus tarder que les deux catégories de phrases à l’étude ne sont pas séparées par une frontière étanche. La réalité est complexe. En effet, il est parfois délicat de fixer le statut phraséologique d’une phrase. À titre d’exemple, considérons les apparences sont trompeuses. Cette dernière est habituellement tenue pour un proverbe (p. ex. Anscombre, 2012, emplacement 546 ; Klein et Lamiroy, 2016, p. 17). Elle devrait donc être intégrée aux LPG et non aux LPS, contrairement à ce qui est indiqué dans le Tableau 1. Cependant, dans nos corpus, la phrase en cause présente le plus souvent une lecture événementielle, découlant d’une interprétation spécifique associée au déterminant les. En (11), par exemple, le syntagme les apparences ne renvoie pas aux apparences en général, mais plutôt aux apparences spécifiquement reliées à la situation dont il est question, qui cachent une autre réalité, bien différente de ce qu’il n’en paraît.

(11)

Reporter : À voir et à entendre les dirigeants d’Alcan et de Rio Tinto, on avait davantage l’impression d’assister à une fusion qu’à une prise de contrôle. Mais les apparences sont trompeuses puisque, ultimement, les décisions majeures concernant Alcan seront désormais prises à Londres. (ICI Radio-Canada Télé, émission Le Téléjournal ; 12 juillet 2007 ; Eureka.cc)

Le problème évoqué ci-dessus est connu. Anscombre écrit à ce sujet : « Il n’est pas toujours facile de distinguer lecture générale et application spécifique du proverbe » (1994, p. 101). Aussi, l’auteur s’intéresse-t-il, dans plusieurs écrits, aux critères susceptibles d’aider à faire le partage entre les parémies et les phrases situationnelles. Dans cette perspective, le proverbe est notamment envisagé comme étant incompatible avec l’imparfait pour la raison suivante :

[…] Dans le cas des proverbes, certaines variations aspectuo-temporelles sont possibles si elles conservent le caractère de généralité intemporelle qui les caractérise. […] On n'aura jamais en revanche de proverbe à l'imparfait. En effet, selon Ducrot ; 1979, Anscombre ; 1992, l'imparfait caractérise toujours une entité située strictement dans le passé de l’énonciation. Ce qui est contradictoire avec l'intemporalité du proverbe. (Anscombre, 1994, p. 99)

Si on applique ce critère à la phrase qui nous intéresse, il faut conclure qu’elle est utilisée préférentiellement en tant que LPS. En effet, les apparences étaient trompeuses, telle qu’illustrée en (12), n’est pas rare.

(12)

Il s’est avéré que l’homme blessé par balle à l’abdomen par un gendarme qu’il menaçait avec un couteau « n’a pas le profil d’un terroriste », confie une source. Il avait pourtant appelé, quelques minutes avant de pénétrer, armé, dans la caserne, le centre opérationnel de la gendarmerie pour prévenir d’un carnage imminent. Il avait également évoqué une allégeance à l’État islamique… Les apparences étaient trompeuses. « C’est, en tout cas, pas aussi simple que ça. » Jeune stagiaire militaire en période de probation au centre de formation de Dieuze, il n’est ni radicalisé « ni même musulman. Non, vraiment, rien n’indique qu’il projetait de commettre un tel acte. Et rien ne l’explique. » (L’Est républicain, Lorraine, 5 février 2020)

En résumé, l’appartenance à une classe phraséologique est une affaire de degré. Certaines LP sont indiscutablement génériques (p. ex. la parole est d’argent, mais le silence est d’or ; la vérité sort de la bouche des enfants) ; d’autres sont hors de tout doute situationnelles (p. ex. l’affaire est dans le sac ; le torchon brûle). Mais il y a aussi des cas d’indétermination, comme celui qui vient d’être évoqué (cf. aussi les jours se suivent et se ressemblent). Le cas échéant, le lexicographe n’aura d’autres choix que de mentionner cet état de fait dans la zone de l’article de dictionnaire réservée à la spécification de la classe phraséologique d’appartenance propre à la phrase décrite.

3.2. Polysémie

La polysémie est un fait linguistique fondamental ; les LP n’y échappent pas. Nous retenons le terme lexie phrastique (ou lexie tout court) pour désigner un sens, en particulier, d’une LP quelconque. Conformément à la méthodologie du Dictionnaire explicatif et combinatoire (DEC), toute lexie phrastique fait l’objet d’un article de dictionnaire. Ainsi, une LP polysémique se voit assigner autant d’articles de dictionnaire qu’elle a de sens ou lexies. Le regroupement de ces articles forme le « surperarticle » de la LP décrite.

Dans notre domaine d’étude, la polysémie se manifeste de deux façons :

– Il arrive qu’une LP soit polysémique en raison de la polysémie inhérente à l’un des lexèmes figurant dans son signifiant : l’interprétation de la phrase tout entière est influencée par le sens attribué au lexème en cause, ce qui, bien entendu, est déterminé par le co(n)texte. Par exemple, le locuteur invoque la mémoire est une faculté qui oublie 1 en (13) pour expliquer le fait qu’il a omis de donner à la Cour des renseignements jugés importants par les avocats qui le questionnent. Le lexème mémoire renvoie ici à la faculté cognitive individuelle (cf. mémoire 1) et il teinte l’interprétation de la phrase dans son ensemble. En (14), il est plutôt question de la mémoire collective (cf. mémoire 2). La mémoire est une faculté qui oublie 2 signifie, dans les grandes lignes, que les collectivités ont tendance à oublier les faits historiques, politiques et/ou sociaux importants du passé.

(13)

[…] la divulgation par la commission Charbonneau de la liste des événements ayant eu lieu au club privé le 357c a montré depuis que MM. Poulin et Catania ont dîné ou déjeuné ensemble à dix reprises (dont huit fois en tête à tête). […] Les avocats d’André Noël ont demandé à Bernard Poulin d’expliquer les omissions liées au 357c. L’ingénieur a répondu qu’il n’avait pas « consulté ses agendas » lors de son témoignage en mai. « La mémoire est une faculté qui oublie », a-t-il dit. (Le Devoir, Montréal, 13 décembre 2012 ; Eureka.cc)

(14)

Puisque l’Alberta et la Saskatchewan ont été créés à partir des Territoires, on pourrait soutenir que le français conserve encore ce statut. En pratique, la coutume a privé la communauté francophone de tout droit linguistique. Cela est bien compréhensible : la mémoire est une faculté qui oublie, même celle de nos gouvernants. (L’Action nationale, Montréal, octobre 1984 ; BAnQ)

– La polysémie d’une LP peut en outre découler d’une interprétation littérale de certains lexèmes figurant dans son signifiant – dont elle est dépourvue ailleurs. Ce faisant, cette LP est tantôt plus ou moins compositionnelle au plan sémantique, tantôt non compositionnelle. À titre d’exemple, habit en (15) se réfère à l’habillement des personnes, en lien avec leur apparence physique. Ce sens déteint sur l’interprétation de la lexie phrastique l’habit ne fait pas le moine 1. Cette dernière est une semi-locution dans la typologie des phrasèmes proposée par Iordanskaja et Mel’čuk (2017) : son sens inclut celui exprimé par l’un des lexèmes présents dans son signifiant. Par comparaison, l’habit ne fait pas le moine 2, employée en (16), ne renvoie ni à la tenue vestimentaire ni à l’apparence physique d’une personne. La lexie phrastique examinée appartient cette fois à la classe des locutions fortes dans la typologie mel’čukienne : aucun des sens exprimés par les lexèmes présents dans son signifiant ne figure dans son signifié. La tendance qui consiste à (ré)analyser les LP non compositionnelles en LP partiellement compositionnelles est relativement fréquente. Elle reflète la part d’iconicité imprégnant le langage. Cette dernière vient du fait que les locuteurs cherchent naturellement une ressemblance entre la forme linguistique et ce qu’elle représente (Jakobson, 1965 ; Taylor, 2002 ; Evans et Green, 2006).

(15)

Un préjugé me dérange de plus en plus et a comme marotte l’apparence. Nombre de personnes que je croise me jugent d’après mon habillement. Pourtant, l’habit ne fait pas le moine. Ce n’est pas parce que l’on a un faible revenu qu’on n’a aucun goût et qu’on doit obligatoirement être mal habillé pour vendre le journal L’Itinéraire ! Je connais des personnes ayant beaucoup d’argent étant très mal vêtues et ayant peu de goût ou, pour être encore polie, n’ayant pas le sens de l’agencement vestimentaire... (L’itinéraire, Montréal, 15 juin 2006 ; BAnQ)

(16)

[Titre de l’article : Une maison de banlieue plutôt originale]

<L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Annoncée à 540 000$, cette unifamiliale située dans un rayon de 1,2 km d’une bonne école primaire publique et d’une gare n’affiche rien de spécial à l’extérieur. Elle ne se démarque pas de ses voisines. Sa construction remonte à 1988 comme le parement gris le laisse deviner. Mais à l’intérieur, elle présente des caractéristiques particulières pouvant plaire à une famille. (La Presse, Montréal, 8 septembre 2012 ; Eureka.cc)

3.3. Articles de dictionnaire

L’article de dictionnaire met en relief diverses propriétés de la LP décrite. Les informations sont groupées sous 5 rubriques :

  • la première rubrique est axée sur le sens transmis par la LP : s’y trouvent une définition et des informations quant aux actes de langage qu’elle accomplit ;

  • la deuxième rubrique cible les propriétés de la LP envisagée sous l’angle de son signifiant. Plusieurs questions sont considérées : par exemple, les lexèmes nominaux, verbaux, etc. présents dans la phrase connaissent-ils la flexion ? Y a-t-il coalescence entre les éléments juxtaposés ? Le schéma syntaxique de la phrase examinée est-il modifiable ?

  • la troisième rubrique recense les variantes éventuelles de la LP étudiée et, le cas échéant, les LP qui en sont proches d’un point de vue sémantique ;

  • la quatrième rubrique donne des repères quant à la fréquence d’usage de la LP en entrée et aux types de textes dans lesquels elle a été relevée. S’agit-il d’une phrase courante ? D’une phrase rare ? D’une phrase restreinte d’un point de vue diatopique ?, etc. ;

  • la cinquième et dernière rubrique introduit quelques exemples illustrant le sens décrit.

L’attention se concentre, dans ce qui suit, sur la partie sémantique-pragmatique de l’article de dictionnaire, c’est-à-dire sur la définition et les actes de langage. À cela s’ajoutent quelques observations relatives aux exemples qui viennent clore l’article de dictionnaire. Le point d’intérêt ici concerne l’emplacement occupé par la phrase dans les textes. Elle se trouve souvent en ouverture et en clôture, ce qui éclaire une fonction peu discutée jusqu’à présent pour ce type de phrasèmes. Nous l’appelons fonction synthétisante.

3.3.1. Définitions

Les définitions explicitent le sens (codifié en langue) transmis par les lexies phrastiques. Pour reprendre une image employée par Mel’čuk, Clas et Polguère (1995, p. 103), nous dirons qu’elles sont comme des « feuilletés ». Elles contiennent des composantes ayant divers statuts d’un point de vue communicationnel. S’y trouvent :

  • des composantes présupposées, qui reflètent les connaissances d’arrière-plan à partir desquelles les messages sont transmis. Par exemple, les définitions des LPG incluent systématiquement une composante qui traduit leur mode de donation en discours : le locuteur les présente, rappelons-le, comme étant le reflet d’un savoir supposé partagé (voir plus loin la composante ‘je rappelle une idée commune’) ;

  • des composantes posées, axées sur les contenus propositionnels des messages transmis. Ces composantes, centrales, forment le squelette de la définition. Elles ciblent l’essence des messages communiqués ;

  • le cas échéant, des composantes iconiques et/ou métaphoriques. Elles renvoient à la manière dont les messages sont communiqués, c’est-à-dire à la forme linguistique qui leur sert de véhicule.

En guise d’illustration, considérons les deux sens de la LPG la nuit porte conseil, tels qu’ils apparaissent en (17) et (18).

(17)

La nuit porte conseil 1

Nous autres, chez Subaru, les acheteurs ne sont pas impulsifs. Ils analysent, pensent à leur affaire et reviennent le lendemain. La nuit porte conseil. La vraie vérité, ce n’est pas les ventes comptées au cours de la fin de semaine, mais toutes celles qui viendront après. (La Presse, Montréal, 13 avril 2015 ; Eureka.cc)

(18)

La nuit porte conseil 2

À la manière de Charlie Munger qui nous suggère d’« inverser », c’est-à-dire d’évaluer un problème à l’envers, je me suis arrêté pour tenter d’énumérer quelles seraient les 10 pires habitudes qu’un investisseur pourrait développer. Voici, selon moi, les dix erreurs à éviter pour réussir en Bourse. […]

9 [9e recommandation] : Prendre des décisions rapides. Comme on le dit souvent, « la nuit porte conseil ». Il n’est pas recommandé de prendre des décisions rapides dès qu’une entreprise publie ses résultats ou qu’elle émet une nouvelle importante. Prenez le temps de réfléchir avant d’agir. De fait, la meilleure décision est souvent de ne rien faire. (Les Affaires, Montréal, 23 avril 2017 ; Eureka.cc)

La première lexie phrastique, La nuit porte conseil 1, met à contribution le sens propre de nuit (cf. nuit 1), perceptible dans une phrase du type j’ai bien dormi la nuit passée. De ce fait, nuit 1 figure au sein d’une composante posée dans la définition présentée (19)8. Par comparaison, nuit 1 est insérée, dans la définition de la nuit porte conseil 2 , en (20), à l’intérieur d’une composante imagée. Ainsi, cette seconde lexie phrastique transmet l’idée qu’un temps de réflexion (en général) aide à prendre de bonnes décisions, à travers l’image suivant laquelle une nuit 1 favorise le repos et rend les idées plus claires. À l’instar de l’habit ne fait pas le moine 1-2 évoquées plus haut (section 3.2), la nuit porte conseil 1-2 rappellent que la polysémie des lexies phrastiques résulte souvent d’un principe d’iconicité langagière.

(19)

1. La nuit porte conseil

1) Composante présupposée
Me référant à une décision importante qui a été prise ou qui doit l’être, je rappelle une idée commune au sujet de telles décisions ||

2) Composante posée
une nuit 1 de repos rend les idées plus claires et aide à prendre les bonnes décisions.

(20)

2. La nuit porte conseil

1) Composante présupposée
Me référant à une décision importante qui a été prise ou qui doit l’être, je rappelle une idée commune au sujet de telles décisions ||

2) Composante posée
un temps de réflexion aide à prendre les bonnes décisions

3) Composante imagée
[à l’image d’une bonne nuit 1 de repos après laquelle les idées sont plus claires].

Considérons maintenant la définition de la LPS le chat est sorti du sac, présentée en (22) à la suite de l’exemple (21). Cette dernière ressemble aux deux précédentes, à ceci près qu’elle n’inclut aucune composante relative à un savoir supposé commun, conformément à son statut de phrase épisodique (section 2). La phrase en question signifie que certains faits, qui ont été dissimulés, sont soudainement révélés. Une fois de plus, le message est transmis à travers une image, présentée à la fin de la définition : cette image est celle d’un chat sournoisement caché dans un sac qui en sortirait brusquement.

(21)

Le chat est sorti du sac

<Le chat est sorti du sac. Nicolás Andrade, un programmeur informatique de Montréal, soutient être l’auteur du site satirique valjalbert.ca qui a récemment soulevé tout un émoi. L’Argentin de 28 ans, qui prétend être victime de censure, a révélé son identité publiquement, hier matin, à la suite d’une ordonnance de la juge Sandra Bouchard de la Cour supérieure. (Le Quotidien, Chicoutimi, 15 avril 2013 ; Eureka.cc)

(22)

Le chat est sorti du sac

1) Composante présupposée
Certains faits importants liés à la situation dont il est question ayant été cachés ou dissimulés ||

2) Composante posée
ces faits sont soudainement révélés

3) Composante imagée
[à l’image d’un chat sournoisement caché dans un sac qui en sortirait brusquement].

3.3.2. Actes de langage et implicatures généralisées

Une autre facette sémantico-pragmatique à considérer lors de la description lexicographique des LP a trait aux actes illocutoires qu’elles accomplissent en discours, lorsqu’elles passent du statut de phrases à celui d’énoncés. Elles sont souvent « plurielles » d’un point de vue illocutoire, pour reprendre un terme introduit dans Kerbrat-Orecchioni (2001, p. 46). En plus de leur force illocutoire conventionnelle, qui fait écho aux types syntaxiques sous lesquelles elles se présentent, s’ajoutent fréquemment des actes illocutoires « attendus », déductibles en discours de manière relativement prévisible. Ces actes illocutoires sont alors proches de ce que Grice appelle des « implicatures généralisées » (Grice, 1979 [1975] ; Levinson, 1983, p. 126 et sq.). Ils n’appartiennent pas au sémantisme des LP à proprement parler (celui transposé dans les définitions), mais leur caractère typé invite à en faire état, dans une section de l’article de dictionnaire qui leur est spécifiquement dédiée. Voici quelques exemples quant au mode de présentation arrêté pour rendre compte succinctement, dans les articles de dictionnaire, de la dimension plurielle, sous un angle actionnel, des LP :

(23)

LPG : la vérité sort de la bouche des enfants

Actes de langage

Assertion par laquelle le locuteur signale son adhésion face aux propos dont il est question, tenus par un/des enfant(s) ou feint d’y adhérer par commodité ou à la blague. À cela peut s’ajouter une invitation, adressée au destinataire réel, à considérer pour ce qu’ils sont les propos en cause.

(24)

LPG : {il vaut mieux / mieux vaut} prévenir que guérir 1 (dans les contextes où il est question de la santé au sens propre)

Actes de langage

Assertion qui peut valoir comme une invitation à la prudence, adressée au destinataire réel afin qu’il se comporte de manière responsable en matière de santé.

(25)

LPG : {il vaut mieux / mieux vaut} prévenir que guérir 2 (dans les contextes où il est question de la prévoyance en général, et non pas spécifiquement en matière de santé)

Actes de langage

Assertion qui peut valoir comme une invitation à la prévoyance, adressée au destinataire réel afin qu’il prenne les mesures qui s’imposent pour contrer un/des problème(s) anticipé(s).

(26)

LPS : il (n’) a pas le feu

Actes de langage

Assertion qui invite le destinataire réel à prendre son temps et à réfléchir avant d’agir en ce qui a trait à la situation dont il est question. Cette assertion peut également avoir valeur de reproche.

3.3.3. Exemples : la fonction synthétisante

Étant donné que les LP génériques et situationnelles encapsulent des idées complexes de manière condensée (elles expriment en peu de mots des sens particulièrement riches), on les utilise volontiers dans une fonction discursive à visée synthétisante. Ainsi, elles apparaissent avec une certaine récurrence, en particulier dans les écrits journalistiques, à des endroits stratégiques, comme les titres d’articles, les intertitres et les finales (voir la note 2). Elles remplissent alors une fonction textuelle de synthèse soit par anticipation, comme en (27), soit par rétroaction, comme en (28). Cette fonction synthétisante est bien servie par la forme linguistique souvent amusante qui sert de support au message transmis. Ce dernier a d’autant plus de chance de ne pas se perdre dans un flux de paroles ou de mots qu’il est annoncé (à l’initiale) ou rappelé (à la finale) d’une manière qui frappe et fait sourire.

(27)

<« Les deux font la paire ». C’est l’expression qui me vient à l’esprit lorsque les deux hommes arrivent à L’Itinéraire par ce beau matin ensoleillé. Un peu timides face à l’inconnue que je suis, les deux hommes se détendent rapidement et les paroles se bousculent, les rires fusent. La glace est brisée. Albert et Gilles se connaissent depuis 24 ans. Ils sont camelots au Complexe Desjardins. (L’itinéraire, Montréal, octobre 2003 ; BAnQ)

(28)

Le Canadien a eu une saison du tonnerre, remportant au passage le titre de champion de la section Atlantique.
Sa fiche de 47-26-9 lui a conféré le septième rang au classement général de la ligue, et les 103 points ainsi accumulés permettent au CH d’atteindre le plateau des 100 points pour la troisième fois en quatre ans. Bref, les astres sont alignés !9> (Le Journal de Québec, Québec, 12 avril 2017 ; Eureka.cc)

4. Illustrations : la nuit porte conseil et le chat est sorti du sac

La prise en compte des propriétés sémantico-pragmatiques relatives aux LP fonde notre démarche lexicographique. Elles en constituent le noyau et la raison d’être. Comme cela a été spécifié plus haut (section 3.3), la mention de ces propriétés est complétée, dans les articles de dictionnaire, par l’introduction d’autres propriétés relatives au signifiant des phrases analysées (p. ex. la flexion possible de certains morphèmes ou lexèmes qui les composent, leur degré de coalescence entre eux, etc.), aux variantes éventuelles de ces phrases ainsi qu’à leur usage sous un angle diatopique et fréquentiel (section 3.3).

Au terme de cette étude, le modèle d’article de dictionnaire élaboré pour refléter, de manière uniforme, les principales caractéristiques synchroniques relatives aux LP à décrire est illustré, ci-dessous, à l’aide des articles préparés pour la nuit porte conseil et le chat est sorti du sac.

4.1.1. La nuit porte conseil 1-2

LA NUIT PORTE CONSEIL, locution-phrase générique

Tableau synoptique
1. […] une nuit 1 de repos rend les idées plus claires et aide à prendre les bonnes décisions. [Nous en reparlerons demain. Vous avez raison : la nuit porte conseil].
2. […] un temps de réflexion aide à prendre les bonnes décisions […] [Prenez le temps d’y réfléchir. La nuit porte conseil. Vous y verrez plus clair dans quelques semaines].

_____
La nuit porte conseil 1

I. Plan du signifié

Définition
1. La nuit porte conseil
Me référant à une décision importante qui a été prise ou qui doit l’être, je rappelle une idée commune au sujet de telles décisions ||
une nuit 1 de repos rend les idées plus claires et aide à prendre les bonnes décisions.

Actes de langage
Assertion à laquelle peuvent s’ajouter :
– une explication de la part du locuteur/scripteur pour justifier le délai entourant la décision dont il est question ;
– un conseil adressé au destinataire réel de différer de quelques heures la décision dont il est question.

II. Plan du signifiant

Flexion verbale
Ex. : la nuit a porté conseil (passé composé : fréquent)

Coalescence
Faible
Ex. : la nuit porte parfois/peut-être conseil

III. Usage
Phrase d’usage courant

IV. Exemples
(1) Nous autres, chez Subaru, les acheteurs ne sont pas impulsifs. Ils analysent, pensent à leur affaire et reviennent le lendemain. La nuit porte conseil. La vraie vérité, ce n’est pas les ventes comptées au cours de la fin de semaine, mais toutes celles qui viendront après. (La Presse, Montréal, 13 avril 2015 ; Eureka.cc)
 
(2) – Nous en reparlerons demain, dit Daldry en se levant précipitamment. Vous avez raison, la nuit porte conseil. Retrouvez-moi ici au petit déjeuner, disons vers huit heures si cela vous convient. Non, huit heures c’est un peu tôt ; avec le décalage horaire, je serai encore au milieu de ma nuit ; disons neuf heures. (M. Levy, 2011, L’étrange voyage de Monsieur Daldry ; Frantext)
 
(3) Pour l’histoire littéraire des soixante-dix dernières années, Philippe Curval fait partie des incontournables protagonistes de la science-fiction française. [...] La nuit porte conseil et le lendemain on se met devant sa machine à écrire sans aucune idée, et hop, ça démarre tout seul. J’ai retrouvé ça chez Van Vogt. Il racontait que lorsqu’il butait sur une idée et s’endormait, il mettait le réveil et continuait à écrire à son réveil. Je n’ai pas été jusque-là. (Libération, Paris, 28 mai 2016 ; Eureka.cc)
 
(4) A : La dernière chose à laquelle vous pensez avant de vous endormir ?
B : « Je pense au travail du lendemain. La nuit porte conseil et parfois mes rêves me guident vers des solutions. Plus on vieillit, plus on regarde en arrière ce qui s’est passé. J’ai souvent un regard rétrospectif sur mes actions pour améliorer mes façons de faire. » (La Petite nation, Saint-André-Avellin, 27 mars 2013 ; Eureka.cc)

_____
La nuit porte conseil 2

I. Plan du signifié

Définition
2. La nuit porte conseil
Me référant à une décision importante qui a été prise ou qui doit l’être, je rappelle une idée commune au sujet de telles décisions ||
un temps de réflexion aide à prendre les bonnes décisions [à l’image d’une bonne nuit 1 de repos après laquelle les idées sont plus claires].

Actes de langage
Assertion à laquelle peuvent s’ajouter :
– une explication de la part du locuteur/scripteur pour justifier le délai entourant la décision dont il est question ;
– un conseil adressé au destinataire réel pour l’inciter à prendre le temps requis avant d’arrêter la décision dont il est question.

II. Plan du signifiant

Flexion verbale
Ex. : la nuit a porté conseil (passé composé : fréquent)

Coalescence
Faible
Ex. : la nuit porte parfois/peut-être conseil

III. Usage
Phrase d’usage courant

IV. Exemples
(1) À la manière de Charlie Munger qui nous suggère d’« inverser », c’est-à-dire d’évaluer un problème à l’envers, je me suis arrêté pour tenter d’énumérer quelles seraient les 10 pires habitudes qu’un investisseur pourrait développer. Voici, selon moi, les dix erreurs à éviter pour réussir en Bourse. […]
9 [9e recommandation] : Prendre des décisions rapides. Comme on le dit souvent, « la nuit porte conseil ». Il n’est pas recommandé de prendre des décisions rapides dès qu’une entreprise publie ses résultats ou qu’elle émet une nouvelle importante. Prenez le temps de réfléchir avant d’agir. De fait, la meilleure décision est souvent de ne rien faire. (Les Affaires, Montréal, 23 avril 2017 ; Eureka.cc)
 
(2) [Contexte : l’article porte sur des conseils en gestion de conflits professionnels.]
Lorsque vous avez quelque chose sur le cœur, faut-il battre le fer tant qu’il est chaud ou plutôt se dire que la nuit porte conseil ? Même si certains conseillent de ne pas formuler une critique à chaud, Eve Chegaray recommande « de ne pas non plus laisser trainer la situation au risque de perdre l’énergie motrice pour aller dire ce qui ne va pas. Hors de la situation et du ressenti, il est parfois plus difficile de s’exprimer. (Les Échos, Paris, 13 mars 2017 ; Eureka.cc)
 
(3) <La nuit porte conseil ! Quelques heures après avoir réaffirmé qu'il ne bougerait pas, Pierre Cardinal a décidé de retirer sa plainte de voies de fait contre Patrick Roy. Dans un communiqué publié 30 minutes avant la conférence de presse de l'entraîneur des Remparts, Cardinal a écrit que ses proches ont été ébranlés par le traitement accordé par les médias à cette histoire. (Le Soleil, Québec, 26 janvier 2007 ; Eureka.cc)
 
(4) Hier soir, le jeune homme ne semblait toutefois pas prêt à les brader : « Ce score est un vrai succès malgré tout ce qui a été fait pour nous sous-estimer. Mais je ne veux pas crier victoire, une telle abstention ne peut que m’inquiéter. Nous avons bénéficié du socle Debout la France mais aussi de notre vrai travail de terrain. Fusionner avec une liste ? On verra, la nuit porte conseil, j’aime avoir les idées claires. Mais moi, je veux avant tout garantir un projet et conserver mon indépendance d’esprit. » Sur France 3, il a prévenu : « Je ne veux pas que le clan Le Pen gouverne la France. » (Le Journal de Saône et Loire, Chalon-sur-Saône, 7 décembre 2015 ; Eureka.cc)

4.1.2. Le chat est sorti du sac

LE CHAT EST SORTI DU SAC, locution-phrase situationnelle

I. Plan du signifié

Définition
Le chat est sorti du sac
Certains faits importants liés à la situation dont il est question ayant été cachés ou dissimulés ||
ces faits sont soudainement révélés [à l’image d’un chat sournoisement caché dans un sac qui en sortirait brusquement].

Actes de langage
Assertion valant comme un constat.

II. Plan du signifiant

Flexion verbale
Ex. : le chat sort du sac (présent : fréquent); le chat sortira / a fini par sortir du sac

Coalescence
Élevée

III. Usage
Phrase essentiellement repérée dans les sources québécoises où elle est d’un usage courant.

IV. Exemples

(1) Journaliste 1 : Bien, sur le front économique maintenant, bonsoir Gérald.
Journaliste 2 : Oui, bonsoir Bernard.
Journaliste 1 : On a l’impression que le chat sort du sac, on parle de possible récession maintenant, et ça vient de la Réserve fédérale, donc ça vient pas de n’importe où. (SRC Télévision – Le Téléjournal, Montréal, 2 avril 2008 ; Eureka.cc)
 
(2) [sous-titre]
<« Le chat sort du sac » 
Pour le conseiller indépendant Yvon Bussières, la sortie de M. Labeaume a confirmé les intentions du maire. « Le chat sort du sac », a lancé M. Bussières en marge du conseil hier. « Le maire est la loi, il fait la loi. Les législateurs ont décidé que pour les villes de 500 000 de population, le minimum était de 30 conseillers et le maximum de 90. (Le Soleil, Québec, 4 octobre 2011 ; Eureka.cc)
 
(3) Le Conference Board nous apprenait récemment que si le ralentissement pétrolier avait un effet néfaste sur l’économie albertaine, en revanche, l’économie québécoise s’en porterait mieux. Dire qu’il n’y a pas si longtemps lorsqu’il était question d’oléoduc, notre ineffable premier ministre répétait comme un perroquet que le Québec devait apporter sa contribution et que l’on profitait de la manne pétrolière. On a entendu jusqu’à l’écœurement les sirènes fédéralistes sermonner les supposés naïfs qui vantaient les louanges de la souveraineté en leur disant que le Québec ne pouvait se passer de la générosité de la péréquation canadienne. Or, le chat sort du sac. Ce qui nuit profondément à l’économie québécoise, ce sont des choix orientés vers les provinces productrices de pétrole. (Le Devoir, Montréal, 27 janvier 2015 ; Eureka.cc)
 
(4) François Legault n’en démordait pas jeudi matin : Pauline Marois est « obsédée » par le référendum et il ne fait plus aucun doute que la chef souverainiste pourrait laisser aux « purs et durs » décider si la population doit être consultée sur la séparation du Québec. Flanqué de ses candidats de la région de Montréal, le chef caquiste a répété ce qu’il avait dit la veille en point de presse, soit qu’une infime partie des Québécois pourrait prendre le contrôle de l’agenda gouvernemental et déclencher un référendum sur la souveraineté au moyen d’un référendum d’initiative populaire. « Le chat est sorti du sac », a gravement laissé tomber le chef caquiste, exhortant Pauline Marois à dire clairement aux Québécois ce qu’elle entendait faire. « C’est extrêmement inquiétant », a-t-il insisté. (Le Soleil, Québec, 23 août 2012 ; Eureka.cc)

5. Conclusion

La terminologie dans le domaine phraséologique est loin d’être unifiée. Nous avons exploré dans ce texte deux catégories de phrases que nous avons appelées locutions-phrases génériques (LPG) et locutions-phrases situationnelles (LPS). Ces sortes de phrases, dans leur version canonique (citée en entrée dans les articles de dictionnaire), s’opposent à plusieurs égards. En particulier, les LPG sont présentées par le locuteur/scripteur comme des vérités générales, alors que les LPS ont un caractère épisodique. De ce fait, les premières, contrairement aux secondes, font office de citation mémorisée, mettant en jeu un savoir supposé partagé, dont la vérité est présupposée. Cependant, par-delà ces différences, les deux catégories de phrases explorées possèdent plusieurs propriétés communes, d’où l’intérêt de les examiner ensemble. Par exemple, elles sont présentées, par le locuteur/scripteur, comme des descriptions du monde ; elles renvoient ou prétendent renvoyer à des états de fait (tout en accomplissant souvent, de manière implicite, des actes illocutoires expressifs et/ou directifs). De plus, elles acquièrent leur légitimité en fonction du thème discursif.

En lien avec ce qui précède, notre but était d’exposer les grandes lignes d’un article-modèle de dictionnaire conçu pour rendre compte des propriétés générales (synchroniques) relatives aux deux types de LP étudiées, en insistant sur leurs propriétés sémantico-pragmatiques. Cet article-modèle a déjà été éprouvé sur plus de 70 LP; un échantillon en a ici été livré à travers les articles consacrés à la LPG (polysémique) la nuit porte conseil et à la LPS le chat est sorti du sac.

De manière sommaire, l’article de dictionnaire typique reflète, au sein de définitions classiques, le sens conventionnel (codifié en langue) des LP analysées. Ces définitions incluent des composantes ayant des statuts divers d’un point de vue communicationnel : on y trouve des composantes présupposées, des composantes posées et, le cas échéant, des composantes iconiques et/ou métaphoriques. La partie sémantico-pragmatique de l’article est complétée par des précisions quant aux actes illocutoires, accomplis par convention d’usage, lorsque les LP acquièrent le statut d’énoncés.

Par ailleurs, en prêtant attention à la localisation spatiale des LP dans les textes, on a vu émerger, au passage, une fonction méconnue, souvent associée à ces sortes de phrases en discours. Nous la nommons fonction synthétisante. Cette dernière découle des propriétés sémantiques inhérentes aux phrases étudiées : elles encapsulent des idées complexes de manière condensée. Ce faisant, les LP sont propres à apparaître à des endroits stratégiques dans les textes, entre autres, pour annoncer un propos en le résumant par anticipation ou pour le clore en le résumant par rétroaction.

Pour conclure, les messages transmis par les LP génériques et situationnelles passent fréquemment, on l’a dit, par des formes imagées, qui leur confèrent un côté ludique. Il serait difficile d’imputer aux locuteurs/scripteurs qui emploient ces sortes de phrases l’intention systématique de vouloir faire sourire les destinataires de leurs messages. Pourtant, leur utilisation pourra avoir cet effet perlocutoire – du moins chez ceux qui sont sensibles aux « véhicules » par lesquels les messages transitent.

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Rey, A., & S. Chantreau (2015). Dictionnaire des expressions et locutions. Paris : Le Robert.

Searle, J. R. (2011 [1962]). Qu’est-ce qu’un acte de langage ?. In B. Ambroise & S. Laugier (dir.). Philosophie du langage, Sens, usage et contexte (pp. 265-291). Paris : Vrin.

Searle, J. R. ([1972] 1969). Les actes de langage. Essai de philosophie du langage, Paris Hermann.

Schmale, G. (2013). Qu’est-ce qui est préfabriqué dans la langue ? Réflexions au sujet d’une définition élargie de la préformation langagière. Langages, 189(1), 27-45.

Tamba, I. (2000). Formules et dire proverbial. Langages, 139, 110-118.

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Vernant, D. (2021). Dire pour faire. De la pragmatique à la praxéologie. Grenoble : UGA Éditions.  

Banques de données textuelles

BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec), banque qui donne accès à de nombreux textes québécois (lettres, journaux, revues, etc.) du xviie siècle à nos jours. https://www.banq.qc.ca/accueil/

BDTS (Banque de données textuelles de Sherbrooke), regroupement de textes variés (textes littéraires, journalistiques, entretiens sociolinguistiques, commissions d’enquête, etc.), de 1970 à nos jours, CRIFUQ. Université de Sherbrooke. [Accès à l’entièreté de la base sur autorisation. Accès partiel en ligne : http://catfran.flsh.usherbrooke.ca/catifq/bdts/index.htm]

Eureka.cc, plateforme d’interrogation de plusieurs milliers de sources d’information du monde entier (journaux, revues, magazines, etc.) du début des années 1990 à nos jours. http://www.eureka.cc/

Frantext, base textuelle (textes littéraires principalement) du xe au xxie siècle. ATILF, Université de Lorraine. [En ligne : http://www.frantext.fr/]

Corpus oraux contemporains

CFPP2000 (Corpus de Français Parlé Parisien des années 2000), sous la direction de S. Branca‐Rosoff, S. Fleury, F. Lefeuvre & M. Pires, Université Paris 3 – Sorbonne nouvelle. http://cfpp2000.univ-paris3.fr/Corpus.html

CFPQ (Corpus de français parlé au Québec), sous la direction de G. Dostie, CRIFUQ, Université de Sherbrooke. https://recherche.flsh.usherbrooke.ca/cfpq/

ESLO (Enquêtes SocioLinguistiques à Orléans), sous la direction du Laboratoire Ligérien de Linguistique, Université d’Orléans. http://eslo.huma-num.fr/

OFROM (Corpus oral de français de Suisse romande), sous la direction de M. Avanzi, M.-J. Béguelin & G. Corminboeuf, Université de Neuchâtel. http://www11.unine.ch

Notes

1 Un merci chaleureux à Dorota Sikora pour ses judicieuses remarques dont la présente version du texte bénéficie. Return to text

2 Les crochets ouvrant (<) et fermant (>) renvoient à la localisation, dans le texte, de la phrase étudiée. Un crochet ouvrant, placé devant une phrase, signifie qu’elle est utilisée au tout début du texte (elle en est le titre ou la première phrase), comme en (1). Un crochet fermant, présenté après une phrase, indique que celle-ci clôt le texte qui la contient, comme en (2). Nous revenons plus loin sur la localisation, dans les textes, des phrases décrites. Par ailleurs, les exemples cités dans la présente étude sont souvent longs. Cette présentation tranche avec une pratique, toujours répandue à l’ère des grands corpus, suivant laquelle les LPG et les LPS sont analysées hors contexte, sur la base de la seule intuition linguistique du chercheur. Une investigation dans les corpus montre que l’écart peut être grand entre cette intuition et l’usage que les locuteurs font, au quotidien, des phrases qui nous intéressent. Return to text

3 Le projet PhraséoDoFo (Phraséologie phrastique dans les domaines fondamentaux), dont il est question dans ces lignes, est soutenu financièrement par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (programme Savoir, exercice financier 2016-2021). Return to text

4 De cette rencontre entre locution et phrase naît la dénomination locution-phrase, qu’on retrouve aussi sous la plume de lexicographes, tels Rey et Chantreau (2015 : XIII), pour désigner des séquences similaires à celles étudiées ici. Return to text

5 L’entrée en matière annonce déjà le ton mi ludique, mi sarcastique, sur lequel la nouvelle sera livrée. Un canadien errant est le titre d’une chanson folklorique qui commence ainsi : « Un Canadien errant, banni de ses foyers, parcourait en pleurant des pays étrangers » (L’Encyclopédie canadienne. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/un-canadien-errant). Return to text

6 Les conventions de transcription du CFPQ (Corpus de français parlé au Québec) sont disponibles sur le site du corpus : https://applis.flsh.usherbrooke.ca/cfpq/ Return to text

7 Cette symétrie formelle entre phrases préfabriquées et énoncés libres explique pourquoi il est ardu de repérer les premières dans les corpus, si on ne dispose pas déjà d’une liste de phrases potentielles pour orienter les recherches. Une autre difficulté tient au fait que le locuteur a toujours la possibilité de « déconstruire » une séquence préfabriquée à des fins humoristiques ou ironiques. Dans certains cas, on peut se demander si c’est bien ce procédé rhétorique qui est exploité ou si le statut initialement attribué à un phraséologisme dans les ouvrages de référence doit être revu. Par exemple, le Petit Robert 2022 présente la séquence c’est toujours la même histoire parmi les « expressions, locutions et proverbes ». Or la recherche du segment c’est toujours la/le même dans la banque de données textuelles Eureka.cc montre que histoire commute avec plusieurs autres noms tels chanson, chose, affaire, rengaine et cassette. L’usage de ces divers noms à la place de histoire n’est pas ici un cas de déconstruction. La séquence préfabriquée est tout simplement c’est toujours la/le même X. La situation est différente, par exemple, avec jamais deux sans trois, tenue pour une locution proverbiale dans le Petit Robert 2022. Le titre du feuilleton québécois, Jamais deux sans toi, diffusé à la télévision à la fin des années 1970, puis dans les années 1990, est un jeu de mots. Return to text

8 Pour faciliter la discussion, chaque composante – dont le statut est précisé – est numérotée dans les définitions esquissées dans la présente section. Cette information est ponctuelle ; elle n’est pas intégrée aux définitions apparaissant dans les articles de dictionnaire. Return to text

9 On rencontre aussi la variante Les planètes sont alignées. De manière schématique, la phrase Les astres / les planètes sont alignées a le sens suivant : ‘les paramètres requis sont en place pour que la situation dont il est question connaisse une issue favorable pour le ou les principaux intéressés [à l’image d’un alignement particulier d’astres/de planètes dont le résultat serait d’influencer de manière décisive le cours des choses]’. Return to text

Illustrations

  • Tableau 1. Liste partielle des LP génériques et situationnelles ayant fait l’objet d’articles de dictionnaire.

References

Bibliographical reference

Gaétane Dostie, « Vers une modélisation lexicographique des propriétés sémantico-pragmatiques des locutions-phrases génériques et situationnelles La nuit porte conseil et Le chat est sorti du sac », Lexique, 29 | -1, 15-38.

Electronic reference

Gaétane Dostie, « Vers une modélisation lexicographique des propriétés sémantico-pragmatiques des locutions-phrases génériques et situationnelles La nuit porte conseil et Le chat est sorti du sac », Lexique [Online], 29 | 2021, Online since 01 décembre 2021, connection on 19 avril 2024. URL : http://www.peren-revues.fr/lexique/85

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Gaétane Dostie

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