Mille ans de littérature occitane… Si les troudabours sont connus des milieux de la culture – ils le sont paradoxalement plus à l’étranger qu’en France où l’ignorance sur la réalité de leur art ne peut que provoquer l’indignation1 –, si quelques noms apparaissent parfois dans la presse nationale (Frédéric Mistral, Max Rouquette, Bernard Manciet ou Robert Lafont…) la vitalité actuelle de la littérature occitane est insuffisamment connue. La langue occitane que Pey de Garros en 1565, avant Mistral en 1859, disait mespresada [méprisée], cette langue dont la plupart des écrivains ont eu dès la première renaissance des xvie-xviie siècles la conscience diffuse de son fonctionnement diglossique n’a pourtant jamais cessé de susciter une littérature abondante.
Mon collègue François Pic dresse ici un panorama de l’édition sur un peu plus d’un demi-siècle, après le renouveau de l’après-guerre. En ce qui me concerne, j’ai voulu concentrer le point de vue sur la période plus contemporaine : fin du xxe siècle et début du xxie.
À l’aube du xxie siècle, au fur et à mesure que s’éteignent inexorablement les derniers locuteurs naturels, dont le nombre est encore insuffisamment compensé par les néo-locuteurs, des livres en occitan continuent de s’écrire. Un des signes de cette vitalité est l’émergence de jeunes écrivains de moins de 30 ans qui assurent ainsi la continuité de la chaîne de l’expression littéraire occitane. Tous les genres sont concernés, dans une diversité de niveaux de qualité littéraire et ces textes sont véhiculés par des supports qui se diversifient. C’est de ce foisonnement que je voudrais essayer de rendre compte ici. Je m’interrogerai sur les genres de cette création contemporaine et sur les supports qui lui permettent d’accéder à la connaissance d’un public, limité certes, mais bien réel.
Supports et canaux de diffusion de la création littéraire occitane
En ce début du xxie on peut observer un réseau diversifié de structures qui assurent l’existence et la circulation de la littérature occitane. Il y a d’abord les lieux traditionnels, maisons d’édition, revues occitanes, certaines revues françaises, les anthologies, les prix littéraires. Mais il y a aussi le phénomène récent d’Internet2, avec l’explosion des blogs qui viennent relayer le canal de la chanson occitane comme support populaire de l’expression poétique, phénomène connu depuis les années 60-70.
Notons aussi la réactivation, il y a trois ans du PEN-Club de langue d’oc (adresse provisoire : http://www.jfbrun.eu/penclub/ fondé en 1963 par Max Rouquette.
L’édition d’ouvrages
Deux sources donnent un aperçu des éditions récentes :
- les catalogues des maisons d’édition, pour une bonne part disponibles sur Internet
- la bibliographie 2002-2006 établie par le CIRDOC (Centre interrégional de développement de l’occitan), consultable à l’adresse http://fr.calameo.com/read/000292115c0aca610c225
Nous avons dénombré une vingtaine de maisons d’édition occitanes, certaines professionnelles, d’autres gérées de façon militante. Mais la simple consultation des parutions en occitan sur une année montre qu’à côté de ces structures clairement identifiées, à l’existence pérenne, des livres sont édités dans des lieux extrêmement variés, associations, collectivités, autoéditions à compte d’auteur, etc. Ces éditions se spécialisent souvent spatialement : ainsi peut-on identifier des œuvres d’écrivains locaux, à la langue et aux thématiques nettement liées au lieu d’édition. Le genre des récits de vie, des souvenirs est bien entendu abondant, de même que celui des chroniques villageoises. Ces textes n’ont pas toujours l’exigence littéraire dont on pourrait rêver mais témoignent souvent d’une belle qualité de langue naturelle et d’une grande expressivité comme ils témoignent de ce désir d’écrire en occitan.
Si nous nous en tenons aux maisons d’édition identifiées comme telles, la diversité prévaut là aussi. Certaines se veulent spécialisées dans la littérature (Jorn [Jour], Reclams [Échos], Letras d’òc), voire plus précisément dans la poésie (Jorn). D’autres sont généralistes et publient conjointement des outils pédagogiques, des documents de civilisation, des essais… (IDECO, Vent Terral, CRDP-Centres régionaux de documentation pédagogique).
Certains éditeurs, Trabucaire pour la prose, Jorn pour la poésie, Letras d’òc pour les deux modes d’écriture, ont un parti pris affirmé d’exigence. À l’inverse, le principal responsable d’IDECO, Robert Marti (lui-même écrivain occitan de talent) revendique avant tout l’éclectisme de son catalogue : donner à lire de tout, pour tous, sans exigence de qualité préalable et aussi servir de laboratoire à de premières œuvres ; en cela, IDECO joue un rôle similaire à celui des revues.
Nous nous contenterons ci après de rappeler les noms des principales maisons d’édition, en précisant que la bibliographie du CIRDOC révèle quantité d’autres lieux, à publications plus ponctuelles. Pour ne prendre qu’un exemple de ces derniers, l’Ostau dau País Marselhés [La Maison du Pays Marseillais], association gérée par de jeunes militants actifs dans les milieux musicaux3, a publié en 2008 le dernier recueil du grand poète Roland Pécout, après avoir donné une édition en graphie classique des chansons de Victor Gelu, célèbre auteur marseillais du xixe siècle.
Parallèlement, l’observation de la bibliographie des auteurs qui ont une production importante (Serge Bec, Robert Lafont, Bernard Manciet, Roland Pécout, ou Max Rouquette, etc.), est révélatrice de cet éparpillement des lieux d’édition.
Jean-Claude Forêt nous a fourni récemment un utile recensement commenté du « réseau éditorial occitan »4. Nous y renvoyons le lecteur et nous contenterons ici de dresser un tableau synthétique des principaux éditeurs :
| Édition | Localisation | Littérature / généraliste | Année de création | Interoccitane / régionale |
Données chiffrées< | Degré d’exigence | Genres littéraires | Remarques |
| IDECO (IEO) www.ideco-dif.com/ | Puylaurens (Tarn) | généraliste | Interrégionale | De 5 à 6 titres /an | Tous publics | Tous, avec niveau d’exigence variable | Adossé à l’Institut d’Estudis Occitans, créé en 1945 | |
| Vent Terral http://www.ventterral.com/ | Valderiès (Tarn) | généraliste | Plutôt languedocienne | Publication de littérature abondante dans les années 1970-80, se généralise depuis, moins de création | Tous publics | Au début, création d’une collection de poésie, mais existence d’autres genres | Spécialisé, entre autres sur l’écrivaine de l’entre-deux guerres Louisa Paulin | |
| Reclams http://www.reclams.org/ | Pau (Béarn) | Littérature | 1897 | Plutôt gasconne | Public cultivé | Édite aussi la revue du même nom | ||
| Per Noste http://www.pernoste.com/ | Béarn | généraliste | 1960 | Exclusivement gasconne | 1 à 2 | Tous publics | Tous, y compris théâtre | D’abord section départementale IEO, devenu indépendant. Édite une revue País gascons |
| Novelum et le Leberaubre http://novelum.ieo24.online.fr/ | Périgord | généraliste | Plutôt Limousin, volonté affirmée d’élargissement | Tous publics | Tous, y compris théâtre. Forte tendance au fantastique | Edite une revue : Paraulas de novelum Novelum, section périgourdine de l’Institut d’Estudis Occitans. Idem revue Lo Leberaubre Auteur phare : Joan Ganhaire. |
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| Lo Chamin de Sent Jaume | Limousin | Littérature | Limousin | Poésie principalement | Un auteur phare : Marcelle Delpastre. L’éditeur est son héritier littéraire, Dau Melhau |
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| Lo Gai Saber | Près de Toulouse | Littérature | 1919 | Plutôt languedocien, sans exclusive | Littérature grand public | Tous, une part importante de traduction en oc | Revue et éditions de L’Escòla occitana, au départ liée au Félibrige |
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| OC http://www.ocrevista.com/ | Entre Toulouse et la Côte d’Azur | Littérature | 1923 | interoccitane | 5 ou 6 titres depuis la création de la collection « Òc passatges » | Exigence de qualité | Tous, y compris traduction | Revue et éditions. Depuis le début, volonté d’ouverture au catalan « Germanor ». Place pour l’expression plastique. |
| Jorn http://www.editions-jorn.com/ | Languedoc | Littérature | 1980 | interoccitane | 2 | Exigence de qualité | Poésie | D’abord revue, puis maison d’édition |
| Fédérop http://www.federop.com/ | Périgord | généraliste | 1975 | interoccitane | 1 | Exigence de qualité | Prose et poésie | Créée par l’écrivain Bernard Lesfargues, avec une collection spécialisée « Fédéroc ». Les successeurs continuent d’éditer un titre occitan de temps en temps. |
| Trabucaire http://www.trabucaire.com/ | Catalogne – Pyrénées Orientales |
généraliste | 1985 | interoccitan | 1 à 2 | Exigence de qualité | Essentiellement prose, un seul livre de poésie | La collection « Pròsa occitana » est dirigée par Philippe Gardy |
| Letras d’òc http://www.letrasdoc.org/ | Toulouse | Littérature | 2005 | interoccitan | 3 à 4 | Exigence de qualité | Tous | |
| Ostal del libre http://ostal.del.libre.cantalpassion.com/ | Cantal | généraliste | 1988 | Auvergnat et limousin surtout | 1 à 2 | Tous publics | Prose | |
| Lo convise http://www.lo-convise.com/ | Cantal | généraliste | Auvergnat | Une quinzaine | Une part « tradition », une part savante | Lié au Félibrige | ||
| Aura productions http://www.aura-occitania.com/tresors.php | Hérault | Maison de disques | interoccitan | 1 à 2 | Poésie | Collection « trésors d’Occitanie » Anthologies personnelles des grands écrivains contemporains avec CD des textes lus par les auteurs. | ||
| CRDP Bordeaux, Cap’oc : http://crdp.ac-bordeaux.fr/capoc/ | Généraliste, principalement pédagogique | Gascon - Limousin | 3 à 4 | Scolaire 1er – 2nd degré | Albums contes et histoires | |||
| CRDP Montpellier http://accueil.crdp-montpellier.fr/ | Généraliste, principalement pédagogique | Languedocien - provençal | 15 albums enfants 7 albums adolescents | Enfants adolescents | Plusieurs collections, dont des albums pour enfants traduits | Chaque production littéraire est accompagnée de fiches pédagogiques |
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| Atlantica http://www.atlantica.fr/ : | Biarritz | Littérature | panoccitan | 11 titres au début des années 2000- arrêt brutal en 2005 | Public large cultivé | coll. « Occitanas » ; bilingue, belle qualité éditoriale. Arrêt dû à une augmentation des prix ? | ||
| Prouvenço d’aro http://www.prouvenco-aro.com/ | Marseille | généraliste | 1980 | Provençal graphie mistralienne | 41 titres | Tous publics | Tous genres, principalement prose | Auteurs principaux : Giély, Galtier, Blacas |
| L’Astrado | Var | généraliste | 1965 | Provençal, graphie mistralienne | 300 titres depuis la création | Public cultivé | Plutôt poésie | Editeur de qualité, violemment anti-occitan, mais difficulté d’accès : diffusion confidentielle en dehors du cercle des initiés |
| Édition | localisation | Littérature / généraliste | Année de création | Interoccitane / régionale | Nombre de titre de litt. / an | Degré d’exigence | Genres littéraires | remarques |
Les revues
Les revues ont un rôle irremplaçable pour permettre à de jeunes auteurs de faire leurs premières armes. Les trois plus anciennes, Reclams (née en 1897), Òc (1923) et Gai saber (1919) continuent de remplir cette fonction. Elles publient entre 3 et 4 numéros par an et sont aussi le lieu d’existence d’une critique, hélas pas assez développée faute de disponibilité des uns et des autres. Dans Òc, il faut noter le travail précis et continu dans ce domaine de Jean-Frédéric Brun et de Philippe Gardy.
La revue Òc : sur le site http://www.ocrevista.com/ est présentée par une phrase de son fondateur, Ismaël Girard : « Apartenèm au monde » [« Nous appartenons au monde »], reprise un peu plus loin par l’expression « poténcia creadoira de tot l’espaci occitan dins lo concèrt de las literaturas del monde » [« puissance créatrice de tout l’espace occitan dans le concert des littératures du monde »]. L’accent est mis sur la volonté de publier, à côté de textes occitans qui couvrent l’ensemble des variétés de la langue, des textes traduits d’autres langues mais aussi sur la place insigne faite au catalan, depuis la création de la revue. Dans la période récente, la revue a décidé de donner une place importante à des plasticiens dont les œuvres accompagnent les textes publiés. Elle s’inscrit ainsi dans le travail pionnier de Félix Castan qui créa dans les années 1970-1980 La Mòstra del Larzac, conjointement lieu d’exposition d’art contemporain et de rencontres littéraires. À noter la création récente, par l’équipe d’animation de la revue, de la collection « Òc/passatges » qui a notamment permis la publication de premières œuvres comme celles de Joan Francés Mariòt ou Olivier Lamarca.
La revue Reclams a aussi un site Internet dédié http://www.reclams.org/ et encore plus que Òc elle s’adosse à une maison d’édition. Si la littérature gasconne est privilégiée dans la revue comme dans la maison d’édition, l’ouverture interoccitane est effective depuis au moins une dizaine d’années.
Gai saber qui n’a pas de site Internet, publie aussi, à côté de la revue, des œuvres complètes (Yves Rouquette, Max Lafargue, André Lagarde, etc.)
Les anthologies
L’histoire de la littérature occitane du xxe siècle témoigne du rôle des anthologies dont Claire Torreilles a montré récemment5 que leur nombre était directement lié à des périodes de floraison d’œuvres occitanes. Notre période ne fait pas exception, qui a vu naître plusieurs anthologies, dont cinq depuis 2000. Sur les 30 dernières années, nous pouvons relever les titres suivants :
- 1981, Jean Bernard Vazeilles, Poësia occitana d’ara [Poésie occitane d’aujourd’hui], revue Vent Terra n°4 et 5. Énergues (81).
- 1981, Frédéric-Jacques Temple, Poètes de langue d’oc, revue Vagabondage, revue 32/33, Paris.
- 1985, Tristan Cabral, La Lumière et l’exil, Anthologie des poètes du Sud, de 1914 à nos jours, Marseille, Var matin / Le Temps parallèle.
- 1991, Jaumes Privat e Felip Gardy Poesia occitana, numéro spécial 50-51de Reduccions (Vic, Catalogne).
- 1996-1997 (hiver), Claude Mauron, Serge Bec et Marc Dumas, « Poètes provençaux d’aujourd’hui » précédé d’un « Hommage à Max-Philippe Delavouët », Polyphonies n°21-22, Paris, Éditions de la différence.
- 2001, 7305 Jorns, vint ans d’escritura occitana, Jorn, Montpeyroux, Hérault.
- 2004, Jean Eygun, Poésie d’Oc au xxe siècle. Anthologie bilingue, Letras d’Oc / Les lettres occitanes Toulouse.
- 2004, Giovanni Agresti, Antologia de la nòva escritura occitana / Anthologie de la nouvelle écriture occitane, Jorn / Le temps des cerises. Paris – Montpeyroux (34).
- 2005, Jaume Figueras, A cau d’orella, narrativa breu occitana del segle XX [Au creux de l’oreille, la nouvelle occitane au xxe siècle], antologia, Barcelona, Llibres de l’Índex.
- 2009, Jean-Claude Forêt et James Sacré, L’aujourd’hui vivant de la poésie occitane, avec introduction de Philippe Gardy, supplément revue Triages, Tarabuste Editions. Saint-Benoît-du-Sault (36).
Ces anthologies sont précieuses parce que, dans le choix subjectif fait à l’intérieur des productions recensées par leurs auteurs, elles ont révélé à un public plus large nombre d’écrivains. Leur relecture, des années après la parution, s’avère toujours passionnante, preuve de la pertinence de ces choix. Les anthologies sont également précieuses parce qu’accompagnées de préfaces, notes, éléments d’études littéraires, biobibliographies des auteurs.
À noter également des anthologies plus « scolaires » publiées par le CRDP de Montpellier, soit dans sa collection « Florilègi occitan », soit dans la revue Lenga e País d’òc, et aussi des ouvrages circonscrits à une région de l’espace occitan comme la publication récente de Jean-Baptiste Martin et Jean-Claude Rixte Huit siècles de littérature francoprovençale et occitane en Rhône-Alpes. Morceaux choisis, Lyon, EMCC, 2010.
Toutes ces anthologies font une place aux « jeunes » poètes ou plutôt, d’une manière générale, aux nouveaux poètes.
L’édition française, ouvrages revues et anthologies
Les grandes maisons d’éditions françaises font peu de place aux littératures en langues minoritaires, ni en traduction, ni en édition bilingue. Si l’on excepte les rééditions des classiques du Félibrige comme Mistral ou D’Arbaud chez Grasset, la littérature contemporaine est par contre pratiquement absente.
La parution récente de l’œuvre de Bernard Manciet, L’Enterrament à Sabres, en édition bilingue, dans la collection « Poésie Gallimard », est donc un événement, dont on espère qu’il sera le premier d’une série. On attend notamment un Max Rouquette…
Cependant la place de notre littérature dans les revues françaises, si elle est insuffisante, est bien réelle. C’est le cas de la revue Europe6, qui poursuit une tradition ouverte dans les années 50 suite aux relations de l’après résistance, poursuivies par Charles Camproux et Robert Lafont avec les intellectuels communistes. La littérature occitane avait alors une place de choix dans les revues Les Lettres françaises, ou encore Action poétique. Europe a consacré récemment un dossier à Max Rouquette (dans le même numéro qui contenait un dossier « Troubadours ») et un deuxième à Bernard Manciet (mars 2010). La revue publie régulièrement des chroniques sur les ouvrages parus.
D’autres éditeurs, moins connus, font un travail comparable, malgré des conditions d’existence souvent précaires. C’est le cas des revues – mentionnées supra – Vagabondages, Polyphonies ou encore de Triages dont la belle anthologie récente rencontre le succès qu’elle mérite. En 2001, Poésie / première7 fit une place à Max Rouquette dans son numéro 19 ; Le Jardin d’essai8 consacra son numéro 25, au printemps 2002, à une anthologie de la poésie occitane réunie par François Pic. Par sa dimension, cette anthologie aurait pu figurer dans la liste que nous avons établie supra. Citons encore Friches9, qui publie Marcelle Delpastre, Bernard Manciet ou Jean Claude Roulet, à côté de Senghor, Hikmet, Bonnefoy ou Guillevic.
Certes, ce bilan pourrait paraître bien maigre. Il n’en est pas moins le signe d’une reconnaissance de la littérature occitane dans le monde de la culture hexagonale.
Poésie et chanson
La littérature occitane, dès ses origines médiévales, reposait sur trois piliers, la razon (le sujet), les motz (paroles) et les sons, englobant la mélodie, ainsi que le système de rime et les sonorités.
Or, le phénomène de la Novèla cançon occitana, né à la fin des années 1960 a accompagné une diffusion populaire de la poésie d’oc10. À partir de la fin des années 1960, dans le sillage du médecin gardois Gui Broglia, plusieurs chanteurs et chanteuses, généralement accompagnés d’une simple guitare, la plupart non professionnels, sillonnèrent les pays d’oc (et au-delà bon nombre de scènes militantes, à Paris où dans d’autres régions de France riches d’une langue minoritaire). Leur répertoire était pour partie militant, dans la mouvance du romantisme tiers-mondiste des années autour de 1968, pour partie issu de textes de grands auteurs. Nombreux sont ceux qui ont accédé à l’œuvre poétique de Robert Lafont ou de Joan Bodon par ce canal.
Après des années où ce type de chanson à texte a été éclipsé par la mode folk et l’émergence de formes musicales nouvelles dans lesquelles le texte était secondaire, on assiste aujourd’hui à un renouveau spectaculaire de ce mariage entre littérature et chanson. De nombreux groupes ou chanteurs écrivent des textes d’une certaine exigence littéraire. Des auteurs comme Max Rouquette ou Jean Boudou (Joan Bodon) ont de nombreux interprètes. D’autres inspirent plus précisément tel ou tel artiste. Si l’on s’en tient aux trois dernières années, elles ont vu Éric Fraj continuer à chanter Boudou ou Robert Marti, Jean Louis et Roseline Courtial interpréter Boudou, Robert Marti ou encore Jaumes Privat. Jean-Claude Forêt a écrit des textes pour l’Ardéchois Marc Nouailles. Les poèmes de Roland Pécout et de Jean-Yves Royer ont été mis en musique, dans des styles très différents, par René Sette, le Trio Hum ou Éric Fraj ; Jan-Mari Carlotti chante Robert Lafont ; Bernard Lubat interprète Bernart Manciet. Un magnifique spectacle associant plusieurs chanteurs et musiciens de renom a été créé autour de la poésie de Max Rouquette, sous le titre Rasim de luna [Raisins de lune] cf. http://www.max-rouquette.org/rasims_de_luna/presentation.htm Le dernier recueil poétique bilingue de Roland Pécout, Laissarem degun [Nous n’oublierons personne] est accompagné d’un disque dans lequel une dizaine de chanteurs et musiciens interprètent chacun un ou deux des textes qu’ils ont choisis dans le recueil.
Les nouvelles expressions : internet, sites et blogs
Si les jeunes auteurs, selon une tradition bien établie, commencent par la poésie, en revanche, la prose est bien représentée dans les blogs, un genre qui se développe depuis deux ou trois ans, où l’on trouve, bien entendu, le pire et le meilleur. Un site internet répertorie d’ailleurs l’ensemble des blogs existants. : http://bloguitge.free.fr/ Un des blogs les plus fréquentés et les plus réguliers s’intitule Ma vida amb ieu [Ma vie avec moi], http://melanizetofre.blogspot.com/ entre humour et émotion et révèle une écriture de femme qui emprunte cependant au réalisme d’un Florian Vernet. Un style très sûr, très maîtrisé, tant d’un point de vue strictement linguistique que d’un point de vue littéraire, avec un jeu conscient sur les écarts de registres de langue. Un blog de photo et poésie, Tèrra de lutz [Terre de lumière] : http://www.georges-souche.com/blog/) fait une large place à la poésie occitane. Ses auteurs de prédilection sont Max Rouquette et Philippe Gardy.
Nous avons évoqué l’existence des sites internet des principales revues et éditeurs occitans. Le site internet de Jorn (http://www.editions-jorn.com/) contient des pages dédiées à chacun des écrivains publiés. Des sites sont également consacrés à Max Rouquette : http://www.max-rouquette.org/, ou à Jean Pierre Lacombe (Prix Jaufré Rudel 2010) : http://www.jean-pierre-lacombe.fr/livres/lo-dever-del-vaure et à Roland Pécout dans le cadre de l’Université Ouverte des Humanités http://www.univ-montp3.fr/uoh/pecout/. Par ailleurs, l’encyclopédie Wikipédia est riche en ce qui concerne les références à la littérature contemporaine, comme le montrent les sections « littérature occitane » et « poètes occitans ». Au-delà des limites scientifiques que chacun connaît concernant ces références, leur existence même témoigne de la richesse du corpus recensé.
La littérature occitane à la rencontre de son public
De nombreuses manifestations publiques existent qui permettent des échanges autour de la littérature occitane au-delà du contact singulier du lecteur avec l’œuvre. Des journées du livre occitan existent comme à Saint-Orens, près de Toulouse ou à Mouans Sarthoux près de Cannes. Ces journées sont l’occasion de tables rondes qui réunissent lecteurs et auteurs.
Pendant le festival Estivada de Rodez des rencontres sur la poésie occitane sont organisées dont chacune réunit de 50 à 100 personnes.
Des prix littéraires récompensent chaque année les œuvres publiées dont le plus important est le Prix Jaufré Rudel, du nom d’un célèbre troubadour. Ce prix « a pour objectif d’encourager la création littéraire occitane et la diffusion du livre occitan » et « récompense une œuvre écrite en occitan, quelle que soit sa variante ou sa graphie ». Il est organisé par une association basée en Gascogne mais les écrivains récompensés viennent de tout l’espace occitan. Moins ambitieux, existent de nombreux concours de textes littéraires, dont celui organisé par le quotidien La Marseillaise, dans le cadre de sa page hebdomadaire Mesclum [Mélange]. Plusieurs écrivains disent avoir fait leurs premières armes dans ce cadre.
Courants et genres littéraires : continuité et éclectisme
Si la littérature d’oc couvre totalement l’espace de la langue, c’est cependant d’une façon très inégale. On observe à ce sujet le même paradoxe que pour le développement de l’enseignement. À une exception près, le Limousin, où la figure de Marcelle Delpastre et l’école du Leberaubre11 semblent avoir joué un effet d’entraînement de même que le travail d’édition de Joan dau Melhau aux Chamins de Sent Jaume, plus la langue est encore présente dans la bouche des locuteurs « naturels », moins le réseau des auteurs est dense. Ainsi les zones de montagne du Nord de l’espace d’oc ont-elles peu d’écrivains d’expression occitane…
La fin du xxe siècle et la première décennie du xxie ont vu disparaître des géants de la littérature d’oc : Boudou, Nelli, Delpastre, Manciet, Rouquette et Lafont nous ont quittés, ainsi que Delavouët ou Galtier en ce qui concerne la littérature mistralienne. Côté occitaniste (la chose est beaucoup moins vraie côté mistralien), le relais se fait cependant, même si les statures de ces géants sont difficilement atteignables. La diffusion de leurs œuvres, voire l’édition (Les poèmes de Boudou n’ont été intégralement publiés qu’en 2010, l’œuvre de Delpastre est éditée peu à peu depuis son décès en 1998, le centenaire Rouquette, en 2008, a donné lieu à l’édition de plusieurs inédits) continue cependant et la modernité de ces auteurs ne fait aucun doute : ils suscitent l’intérêt des lecteurs comme des pédagogues et des chercheurs : colloques dédiés et présences des textes dans les manuels scolaires en témoignent.
Si on considère l’histoire de la littérature occitane à partir du xixe siècle, on sait qu’un des défis, tant du Félibrige comme de l’occitanisme, a été d’encourager la naissance et le développement de la prose, à côté de l’expression poétique.
Au début du xxie siècle, on peut considérer le combat comme gagné : ce qui se publie couvre tous les genres et la prose, comme la poésie, y sont représentées, de même que le théâtre, même si on peut regretter, dans ce domaine, que l’édition des textes n’accompagne pas toujours la création des pièces. Si l’on considère le théâtre qui se joue comme faisant partie de la littérature, au sens large, la création est bien là, entre troupes « historiques » : la Rampe La Carrièra (avec la haute figure de Claude Alranc, auteur, acteur et metteur en scène), Gargamèla, Art Cie et jeunes troupes comme Lilô Théâtre, Papagais ou Cocha-Vestits12. Sur un plan sociolinguistique, le théâtre est révélateur d’une double posture par rapport à un public dont la connaissance de la langue est très inégale : faut-il choisir un théâtre bilingue ou un théâtre monolingue ? Des auteurs comme Max Rouquette ou Robert Lafont avaient fait le pari d’un théâtre monolingue, n’hésitant pas à donner des versions traduites de leurs œuvres. C’est ainsi que le théâtre de Max Rouquette a été joué bien plus en traduction que dans la langue d’origine, comme en témoigne la récente interprétation (2003) de sa Médée (Medelha) par Jean-Louis Martinelli au théâtre des Amandiers de Nanterre.
D’autres choix ont été faits par des auteurs – metteurs en scène – acteurs comme Claude Alranc (créateur au début des années 70 du mythique Teatre de la Carrièra [Théâtre de la Rue]. Ce théâtre inspiré de l’agit-prop avait fait le choix de l’efficacité militante et donc du bilinguisme, les passages français facilitant une compréhension que la seule gestuelle ne permettait pas. Un travers cependant, induit par ce choix : le bilinguisme se révéla très vite un simple calque des pratiques sociolinguistiques et on courait ainsi le risque de figer encore plus dans la population les usages sociaux des deux langues en contact. Pour le dire rapidement, l’occitan était mis dans la bouche des ruraux et des vieux et le français dans celle des jeunes et des urbains… Depuis quelques années, la pratique du sous-titrage par les troupes de théâtre permet heureusement la diffusion de pièces écrites tout ou partie en occitan, comme cela a été le cas de en 2008-2009 La Pastorala dels volurs [La Pastorale des Voleurs] de Max Rouquette par la compagnie Gargamèla.
En dehors de rares auteurs qui privilégient un genre littéraire (c’est le cas de Florian Vernet avec la prose), la plupart des écrivains occitans qui écrivent en prose écrivent aussi en poésie, et nombre d’entre eux s’expriment dans plusieurs genres de prose ; celui qui a exploité le plus systématiquement cet éclectisme, par une sorte de virtuosité volontariste – l’occitan devait pouvoir tout dire –, c’est Robert Lafont, que Philippe Gardy a pu récemment qualifier de « polygraphe », lors de deux journées d’études sur les permanences de cette pratique aux xixe-xxe siècles, au-delà de la perception réductrice qui aurait voulu la voir « réservée aux petits érudits de province »13.
La poésie :
Un essai d’anthologie composé en 2003 pour le PEN-club de Galicia nous avait livré une quarantaine de noms chez les contemporains méritant de figurer dans ce panthéon. C’est aussi le chiffre approximatif de l’anthologie de Jean Eygun pour la deuxième moitié du xxe siècle. L’anthologie de la revue Triages a retenu 25 noms. Mais le dépouillement des sommaires des revues Gai Saber, Òc ou Reclams aboutirait à quelques centaines d’écrivains, dont certains occasionnels.
À côté des auteurs confirmés publiés par Jorn, Trabucaire, Fédérop ou Letras d’Oc (Jean-Marie Petit, Yves et Max Rouquette, Jean Larzac, Serge et Pierre Bec, Philippe Gardy, Jean-Yves Casanova, Roland Pécout, Jean-Yves Royer, Bernard Lesfargues, Jean-Luc Sauvaigo, etc.), de nouveaux auteurs de poésie continuent à émerger, dont les âges varient. Si nous nous en tenons à ceux dont des œuvres ont été publiées en recueil, certains nouveaux auteurs sont nés autour de 1960, comme Jean-François Mariot, qui excelle dans la déclamation de sa poésie (éditions Letras d’òc). D’autres sont nés dans les années 1980-90, comme Aubin Bonnet (Jorn), Aurélia Lassaque (Letras d’oc), ou encore Estève Salendres (Jorn).
À l’intérieur même de la forme poétique, aucun sous-genre ne domine. Si de nombreux auteurs privilégient le vers libre, d’autres choisissent la forme fixe, comme Jean-Yves Royer dont les sonnets font résonner à l’aube du xxie siècle une voix inspirée par le grand poète baroque Bellaud de la Bellaudière. Philippe Gardy choisit tour à tour la liberté formelle ou la forme fixe comme dans son recueil Mythologies alors que Jean Yves Casanova privilégie la forme fixe. À côté des poèmes courts qui composent la majorité des publications des auteurs choisissent parfois le poème long ou plus largement ce que Philippe Gardy appelle « de larges compositions ». Citons notamment Roland Pécout avec Mastrabelè, Bernard Manciet avec L’enterrament a Sabres [L’enterrement à Sabres], Robert Lafont avec La gacha a la cistèrna [Le guetteur à la citerne], Félix Castan avec Lo sègle de fèr – Epòs / Ethòs [Le siècle de fer – Épos-Éthos] ou Serge Javaloyès avec Sorrom Borrom [Le rêve du gave].
La prose
La plupart des grands poètes que nous avons nommés sont également des prosateurs, qu’il s’agisse des deux Rouquette (Max et Yves, pure homonymie), de Robert Lafont, Manciet, Delpastre, Boudou, lui-même prosateur plus abondant que poète.
En ce qui concerne la prose, les publications concernent d’abord le genre romanesque, et ses sous-catégories, roman réaliste, roman historique comprenant parfois une veine parodique représentée par le Limousin du Périgord Joan Ganhaire (qui excelle également dans le genre fantastique), roman policier (collection Crimis de l’IEO). Dans ce dernier genre la veine parodique est également présente à travers les romans de Florian Vernet. Les recueils de textes courts sont bien représentés et ont donné lieu, récemment, à une thèse remarquable d’Evelyne Faïsse14 qui a recensé 66 auteurs différents entre 1970 et le début du xxie siècle.
L’éclectisme des genres n’empêche pas une forte proportion (spécifique à l’occitan ?) d’ouvrages fantastiques. Après d’autres (Jean-Claude Serres ou Philippe Gardy notamment), Evelyne Faïsse pense que l’écriture fantastique « qui repose sur l’incertitude et sur l’ambiguïté, trouve des résonances dans [la] situation particulière des écrivains occitans » : « L’écriture du fantastique a véritablement trouvé un écho chez les écrivains occitans. Peut-être ont-ils une disposition naturelle au fantastique ; peut-être leur situation paradoxale à bien des égards les conduit-elle vers des courants et des modes d’expression originaux et l’exploration de mondes parallèles », remarque Evelyne Faisse.
Florian Vernet est un des auteurs les plus connus dans cette veine, depuis ses Qualques nòvas d’endacòm mai (1976) [Quelques nouvelles d’ailleurs] jusqu’à son récent Jardin de las delíci@s.com. [J@rdin des délices.com]. Comme tous les auteurs de fantastique « classiques » du xixe siècle, Vernet réussit également dans l’écriture réaliste, et parmi ses nouvelles les plus abouties, il y a celles qui hésitent – et font hésiter le lecteur – entre la réalité crue du xxie siècle et une dérive fantastique.
Philippe Gardy, pratique également la prose courte. Non réunies encore en recueil, ses courtes nouvelles paraissent régulièrement dans la revue Òc. Leur écriture est proche, le plus souvent, de la prose poétique qui environne d’un halo poétique une atmosphère fantastique souvent inquiétante.
La prose poétique est aussi un genre où excelle Roland Pécout, depuis son Portulan (1978, pour le tome 1, 1980 pour le tome 215).
De quelques auteurs émergents
La permanence têtue d’une littérature occitane, malgré la situation sociale de la langue est une réalité observable à travers les siècles. Ce début du xxie a vu naître nombre de nouvelles plumes, dont certaines ont déjà accédé à la publication (Aubin Bonnet, Estève Salendres chez Jorn, Aurélia Lassaque chez Letras d’òc, Magali Bizot, Sarah Laurent, Anne Regourd ou Bénédicte Bonnet chez IEO-IDECO, ou encore Josí Guillot à l’Ostal del Libre). Ce que nous remarquions à propos de la poésie (apparition de nouveaux auteurs dont certains sont très jeunes et d’autres découvrent tardivement l’écriture se révèle aussi pour la prose. En témoignent la parution récente de trois œuvres d’auteures de plus de 50 ans : Josi Guillot (Ostal del Libre), Magali Dargent-Bizot (IEO-IDECO) ou Chantal Fraisse (Letras d’òc).
Il y a quatre ans, dans le cadre d’une table ronde sur la jeune littérature16, j’avais recueilli les témoignages de nouveaux auteurs et noté la richesse et la variété de leurs réponses concernant leurs influences littéraires, leurs motivations et leur avènement à l’écriture occitane. Parmi les influences littéraires, les auteurs cités sont nombreux, en langue occitane ou dans d’autres langues dont bien sûr le français. Si plusieurs de ces nouveaux auteurs ont ou ont eu un contact avec des locuteurs naturels (les figures de grands parents sont présentes dans la plupart des témoignages) tous, sans exception, revendiquent le rôle de la lecture dans leur formation et l’influence déterminante de la découverte de la littérature occitane. On notera une proportion importante de jeunes femmes parmi ces nouveaux auteurs. Nous vivons peut-être la première décennie qui voit s’inverser la proportion des auteurs masculins et féminins en faveur de ces dernières…
Parmi ces nouveaux écrivains je retiendrai en particulier deux jeunes femmes :
- Anne Regourd : son premier ouvrage, Nomades, paru aux éditions IDECO, a été une réussite immédiate. Il a été épuisé en deux ans… Il s’agit d’un recueil de petits textes de prose poétique, écrits à partir d’un séjour chez les nomades du désert, un désert qu’elle refuse de nommer et de situer. Comme vingt cinq ans plus tôt Roland Pécout avec son Portulan, l’auteure choisit la « déterritorialisation », échappant ainsi à la fatalité diglossique qui voudrait que l’expression littéraire occitane se cantonne à dire l’ici (de préférence rural) et l’autrefois.
- Aurelia Lassaque : cette jeune auteure pratique plutôt la poésie. Interrogée sur son accession au monde de l’écriture, elle nous répondait ceci :
… mon paire estent bibliofil e professor de letras, ai crescut dins un univèrs que m’a iniciada al monde de l’escrich.
Poiriái apondre que l’imaginari es estat per ieu una mena de tèrra d’exilh dempuèi mon temps de mainatge e que quita pas de créisser.
Enfin poiriái convocar mas primièras experiénças d’escritura que foguèron tresvirantas quand descobriguèri qu’èra possible e que dependiá pas que de ieu d’exprimir, a mon torn, un imaginari pròpri amb mos mots.
Mas pensi que res pòt vertadièrament desvelar lo mistèri de l’escritura, mistèri que n’ai benlèu compres lo sens gràcias a Schelling en acceptar que l’escritura es pas la nòstra possession, es mai que mai un desir que nos atraversa, e dins un sens, es el que nos possedís17.
Une expérience singulière, comme le sont celles de tous ces jeunes écrivains, loin des clichés d’une littérature enfermée dans le régionalisme et la nostalgie passéiste.
Une belle vitalité
Ce trop rapide panorama montre le paradoxe de la création culturelle occitane contemporaine : dans un contexte de recul inexorable du nombre de locuteurs naturels, le désir de langue et de culture a créé un public et révèle constamment de nouveaux écrivains. Les lectures publiques, les présentations d’ouvrages ont un auditoire fidèle et les ouvrages rencontrent un lectorat. Le dynamisme de la littérature occitane est inséparable de celui des expressions artistiques contemporaines, musicales notamment, mais aussi plasticiennes.
La critique littéraire existe également, même si elle souffre du faible nombre de rédacteurs dont la plupart sont aussi des créateurs, ce qui limite quelque peu le potentiel de ces lectures critiques.
La littérature qui se publie, bien qu’écrite dans le contexte diglossique d’une langue minorisée, bien que limitée en nombre et en moyens matériels, témoigne cependant de la même variété de genres, de tons, de contenus que les littératures qui s’écrivent dans les langues majoritaires. Cet éclectisme révèle la non réductibilité de la littérature occitane, aujourd’hui comme hier, aux clichés régionalistes.
