Epicharis dans le De mulieribus claris (1375) de Boccace : paradigme de vertu humaniste ?

DOI : 10.54563/eugesta.148

Abstract

Cet article se propose d’étudier les implications littéraires, philosophiques et morales du personnage d’Epicharis au chapitre quatre-vingt-treize du De mulieribus claris.
Nous tentons d’abord de montrer que par rapport à son modèle Tacite, Boccace amplifie l’ambivalence sexuelle, psychologique et morale d’Epicharis afin de susciter chez ses lectrices et lecteurs la stupéfaction. Par là, l’auteur cherche à susciter chez ses lectrices et lecteurs un véritable plaisir esthétique. Nous tentons ensuite de comprendre les raisons philosophiques et morales de cette perplexité. Le modèle paradoxal d’Epicharis doit conduire ses lecteurs à revoir la conception traditionnelle de la femme, mais aussi à sonder les mystères de la nature, qui place des vertus viriles dans des corps féminins et (prétendument) imparfaits. Enfin, le personnage d’Epicharis présente la particularité de susciter, dans un retournement des valeurs masculines et féminines saisissant, la stupéfaction et la honte. Elle seule incarne les vertus viriles de constance et de loyauté tandis que les conjurés romains, des hommes faisant partie de l’élite, ne se caractérisent que par leur pusillanimité. À travers cet exemple subversif, Boccace, tel le poisson torpille de Socrate, veut arracher ses lecteurs masculins de leur confort pour les pousser à une conversion morale radicale.

Outline

Text

Achevé en 1375, mais composé pour l’essentiel durant les années 1361-1362, le De mulieribus claris s’inscrit dans un moment singulier de la production littéraire de Boccace1. Après avoir composé le Décaméron, ce dernier consacre les années suivantes, dominées par l’influence de l’humanisme de Pétrarque, à rédiger en latin plusieurs œuvres érudites inspirées par l’Antiquité classique, comme le De casibus viris. À ce propos, comme J.-Y. Boriaud le rappelle, Boccace entreprend le De mulieribus claris « dès l’été 1361, après la rencontre de l’auteur avec Leonzo Pilato, affecté en 1360 à la chaire de grec du studio Fiorentino, en tout cas après la lecture de la traduction, par le savant calabrais, des poèmes homériques, dont plusieurs ‘vies’ s’inspirent directement ». L’œuvre connaît en 1362 un nouveau tournant lorsque Niccolo Acciaiuoli, Grand Sénéchal de la reine Jeanne, invite Boccace à rejoindre la cour de Naples, ce qui le conduit à ajouter une dédicace à Andrea, la sœur de Niccolo, ainsi que deux nouveaux chapitres, l’un consacré à la reine Jeanne, l’autre à Camiola, veuve originaire de Sienne. Enfin, à la suite, en particulier, de sa rencontre avec le moine chartreux, P. Petroni, dans les années 1350, Boccace manifeste un intérêt accru pour la morale et la spiritualité chrétienne2 ; en 1360 et en 1361, il est investi de responsabilités religieuses, ce qui explique sans doute la tonalité morale de nombreuses vies tout comme son durcissement à l’égard de la question de la virginité féminine. Ainsi, à la fois œuvre de cour et d’érudition, produit d’un cheminement religieux profond, visant d’abord les amis de Boccace, dédié ensuite à une femme aristocrate, le De mulieribus claris s’adresse probablement à des lecteurs et à des lectrices variés : à l’élite masculine qu’il convient de réformer par des modèles féminins extraordinaires, à Andrea, la destinataire première, et, à travers elle, sans doute aussi à quelques femmes d’exception érudites, capables de lire et d’apprécier le texte latin3.

Mais le De mulieribus claris se distingue des autres œuvres de Boccace par son caractère inédit, comme l’auteur lui-même le souligne dans son préambule : c’est le premier ouvrage, nous dit-il, à être entièrement consacré à des femmes4. En effet, dans ce livre, il dresse le portrait de 116 femmes « illustres », entendant par là des personnages vertueux ou vicieux qui se sont rendu célèbres pour leurs actions extraordinaires5. Le but, nous dit l’auteur, est de rendre justice à ces dernières qui, tout comme les hommes, méritent qu’on fasse le récit de leurs exploits. Par ailleurs, comme il le rappelle dans sa dédicace à Andrea Acciaiuolli et au tout début du livre, le De mulieribus claris a aussi pour finalité de mêler l’agréable à l’utile : le récit des exploits féminins procurera du plaisir aux lectrices et aux lecteurs tout en les incitant à pratiquer la vertu6. Bien que l’œuvre débute par le récit d’Ève et se termine quasiment par l’évocation des actions vertueuses de Jeanne, reine de Jérusalem et de Sicile, Boccace met principalement en scène des femmes de l’Antiquité. Suivant le processus humaniste d’imitatio/aemulatio (imitation/émulation), l’auteur reprend, cite, copie les textes classiques pour mieux se les réapproprier et leur donner une signification nouvelle7.

Or, l’image que Boccace donne de ces héroïnes antiques suscite, selon l’expression de L. Torretta, « la perplexité »8. D’abord, à la différence des modèles plus lisses des martyres et des femmes chrétiennes, les héroïnes antiques allient aux plus nobles vertus les vices les plus abominables9. Ensuite, l’auteur brouille les pistes en associant à des figures féminines incarnant la dévotion conjugale et la chasteté, des prostituées et des femmes prêtes à tout pour garder le pouvoir10 ; c’est ce qui a conduit P. J. Benson à affirmer que le De mulieribus claris offre « une conception contradictoire de la femme »11.

Cette représentation paradoxale de la femme nous invite alors à nous interroger sur la pertinence de ces personnages féminins antiques, en particulier, lorsqu’elles servent de paradigme moral aux hommes du Trecento. Comment ces héroïnes pourraient-elles constituer des modèles valables pour les lecteurs masculins du De mulieribus claris quand on sait que Boccace affirme l’infériorité physique et morale des femmes12 ? En replongeant dans l’Antique féminin, Boccace renouvellerait-il le regard que ses contemporains portent sur la femme et sur sa valeur paradigmatique ? Et pourquoi chercher à provoquer la perplexité auprès de ses lectrices et lecteurs ?

L’image contradictoire des personnages féminins antiques a donné lieu à des interprétations très disparates de l’œuvre. Longtemps, les savants ont centré leur approche de Boccace selon la dualité misogynie/pro-féminisme. Ainsi, D. Robin soutient que Boccace a une conception très manichéenne de la femme : la femme vertueuse se caractériserait uniquement par sa chasteté et la vicieuse, par son impureté13. A rebours, P. Benson perçoit chez Boccace une tendance pro-féministe dans la mesure où il exprimerait une forme d’admiration pour la force morale et physique de certaines femmes. Or, avec raison F. R. Psaki et M. Migiel ont montré, l’une dans le Décaméron et le Corbaccio, l’autre à propos du De mulieribus claris, que la multiplicité de voix, l’usage de la satire et de l’ironie et le refus chez l’auteur d’affirmer son propre point de vue rendent impossibles une interprétation univoque qui ferait de l’auteur soit un misogyne soit un féministe avant l’heure14. S. Kolsky a également souligné l’ambivalence profonde de ces portraits contradictoires15 : selon lui, ils empêchent d’identifier dans le De mulieribus claris une vision cohérente des femmes. A. Franklin a récemment réfuté cette thèse en montrant que derrière l’impression de désordre, se cache en réalité une structure solide destinée à promouvoir un système de valeurs bien définis16.

Dans cet article, je souhaiterais prolonger l’approche d’A. Franklin en étudiant la signification esthétique, spirituelle et philosophique de cette « perplexité ». Selon nous, Boccace, tel le poisson-torpille de Socrate, tente de désorienter le lecteur, de le dérouter dans le but de le pousser à chercher par lui-même, derrière son apparente disparité, le sens du texte et, par là, de le conduire à une conversion morale radicale. J’essaierai d’étayer cette hypothèse de lecture à partir de l’étude du personnage d’Epicharis. Celle-ci me semble constituer un parfait exemple de paradigme paradoxal parce que tout en étant un personnage dépravé elle se révèle être à la fin de sa vie un modèle de courage politique pour les lecteurs masculins de l’époque. Rappelons qu’avec Agrippine, mère de Néron17, Pauline, épouse du philosophe Sénèque18, Poppée, femme de Néron19, et Triaria, femme de l’empereur Vitellius20, elle fait partie du « groupe des héroïnes tacitéennes », dont l’historien romain Tacite fait le portrait dans l’Histoire et les Annales21. De plus, Epicharis et Pauline forment un couple du point de vue chronologique et thématique. Toutes deux apparaissent dans la deuxième moitié du Livre XV des Annales lorsque Tacite décrit la conspiration de l’aristocrate Pison qui, avec le concours des sénateurs et des militaires, tente d’assassiner l’empereur Néron en 65 après J.-C. Toutes deux font preuve d’un courage extraordinaire en se suicidant, pour l’une, et en tentant de le faire, pour la seconde, avant d’être retenue par ses affranchis et esclaves sur ordre de Néron. Enfin, elles représentent deux types de modèles féminins : Epicharis fait partie des héroïnes qui dépassent leur condition de femme par leur virilité ; Pauline vient compléter la fresque des héroïnes dévouées entièrement à leur mari.

Ainsi, dans un premier temps, entrant dans la « fabrique » du texte, je montrerai que, par rapport à son modèle littéraire latin, Boccace amplifie l’ambivalence sexuelle, psychologique et morale d’Epicharis afin de susciter chez ses lectrices et lecteurs la stupéfaction : à travers l’amplificatio, Boccace, émule et rival de son modèle latin, cherche à provoquer chez ses lectrices et lecteurs la surprise et la stupeur de manière à leur procurer un véritable plaisir esthétique. En réalité, la perplexité que provoque le caractère d’Epicharis chez le lecteur conduit aussi à une révision relative de l’image traditionnelle de la femme et ce, dans un but précis : amener le lecteur à sonder les mystères de la nature, qui place des vertus viriles dans des corps féminins et (prétendument) imparfaits. Écrit pendant une période de recherche spirituelle, le De mulieribus claris pourrait alors se lire comme une forme de monologue intérieur dans lequel l’auteur explore le mystère divin. Enfin, cette « conversion du regard » sur la femme et sur les diverses manifestations de la vertu doit conduire à la conversion morale du lecteur. Par rapport aux modèles masculins, Epicharis présente la particularité de susciter, dans un retournement des valeurs masculines et féminines saisissant, la stupéfaction et la honte. Elle seule incarne les vertus viriles de constance et de loyauté tandis que les conjurés romains, des hommes faisant partie de l’élite, ne se caractérisent que par leur pusillanimité. En produisant chez les lecteurs contemporains de Boccace un électrochoc, le modèle subversif d’Epicharis doit alors conduire ces derniers à se réformer.

1. L’amplification du caractère paradoxal d’Epicharis et sa finalité esthétique

Tout d’abord, selon nous, Boccace réécrit le portrait tacitéen d’Epicharis en recourant à l’amplificatio : l’auteur accentue l’ambivalence psychologique, genrée et morale d’Epicharis. Nous verrons qu’à travers ce procédé l’auteur humaniste se pose en émule de son modèle latin, Tacite : comme il l’indique dans sa préface, le recours à l’amplificatio doit procurer auprès des lectrices et lecteurs un plaisir plus grand22. Mais en accentuant plus explicitement que ne le faisait Tacite le caractère paradoxal d’Epicharis, il veut faire de l’héroïne un modèle de vertu subversif qui suscitera la stupeur des lectrices et lecteurs. Epicharis est un personnage subversif en ce qu’elle défie la conception traditionnelle de la femme, cantonnée habituellement à l’univers domestique et parangon de la pudicitia ; elle agit en homme en faisant preuve d’un courage, d’une force et d’une résistance tout virils23.

1.1. Présentation liminaire d’Epicharis : un exemplum paradoxal

Dans l’œuvre de Tacite, Epicharis, à l’image d’Agrippine Majeure, apparaît déjà comme un personnage hors du commun parce qu’elle rompt avec la division traditionnelle : homme/femme. Mais toute la spécificité d’Epicharis par rapport à d’autres modèles féminins, c’est qu’elle remet également en question les distinctions sociale et morale romaines : femme libre/femme affranchie ; femme vertueuse/prostituée. Ainsi, à l’opposé d’Agrippine l’ancienne, Epicharis est une affranchie ; en outre, elle déroge à la pudicitia dont fait preuve, par exemple, Lucrèce24.

Boccace renforce cet aspect subversif en concentrant dans le premier paragraphe du chapitre quatre-vingt-treize deux éléments qui se trouvaient épars chez Tacite : ses origines, évoquées dans le texte de Tacite à la fin du récit25, et son immoralité, mentionnée au début du texte originel26 :

Epycaris extera potius quam romana creditur femina, nec tantum ullo generis fulgore conspicua, sed a liberto genita patre libertina mulier fuit; et, quod longe turpius est, nullis delectata bonis artibus; circa tamen vite exitum, sibi generosum fuisse animum patefecit virili robore. 

Epicharis, pense-t-on, fut plutôt une femme étrangère qu’une femme romaine. Non seulement elle ne brilla pas par l’éclat de son lignage, mais fille d’un père affranchi, elle fut elle-même une femme affranchie. Et, ce qui est encore beaucoup plus honteux, elle ne montra aucun goût pour la vertu ; pourtant, à la fin de sa vie elle manifesta par son énergie virile la noblesse de son âme27.

À ces origines et à ce passé peu reluisants, Boccace oppose la vertu dont Epicharis fait preuve à la fin de sa vie. Toute la particularité de ce passage est d’attribuer explicitement à celle-ci « la noblesse d’esprit » (generosum animum) et « l’énergie virile » (uirili robore), deux qualités qui, dans le texte de Tacite, ne ressortaient que de manière implicite, à travers le seul récit de son suicide28. En réalité, les expressions generosum animim… uirili robore (« noblesse d’esprit… énergie virile ») sont une variante de l’expression : ingenii et uiri (« des gens de naissance libre/noble et des hommes ») chez Tacite. Or, les deux qualificatifs désignaient les Romains ayant révélé les noms des conjurés par peur d’être torturés29 : c’est une manière pour l’historien romain de dénoncer la lâcheté de ces hommes, qui ont dérogé à leur condition d’hommes libres, membres de l’élite – ce sont des Sénateurs et des Chevaliers –, tout comme à leur nature d’hommes. Boccace attribue à une femme et à une femme, Epicharis, deux traits que l’on aurait attendus de ces hommes, Romains mâles, bien nés. Ainsi, dès le début du chapitre, à travers ce jeu intertextuel, est suggéré de façon subtile le comportement transgressif d’Epicharis, qui se conduit en homme.

Par conséquent, Boccace concentre des éléments épars dans le texte de Tacite sur les origines et le passé peu vertueux d’Epicharis. Par là, il crée un contraste entre eux et les vertus de noblesse d’âme et de force virile qu’il attribue à l’héroïne pour mieux faire ressortir son caractère subversif.

1.2. L’engagement d’Epicharis dans la conjuration : duplicité féminine et détermination virile

Dans le récit de la participation d’Epicharis à la conjuration pisonienne, Boccace emprunte à Tacite l’opposition entre la lenteur/l’hésitation des conjurés et la détermination d’Epicharis ; mais il le fait avec des variations significatives afin, d’une part, de souligner la complexité du caractère d’Epicharis et, d’autre part, d’accroître la tension dramatique du récit.

Ainsi, après avoir rappelé le contexte historique de la conjuration de Pison30, Boccace raconte de quelle manière Epicharis prend une part active à la conjuration :

Verum cum iudicio suo nimium protraheretur opus, quasi tedio affecta, in Campaniam secessit; et dum apud Puteolos forte resideret, ne tempus sineret abire uacuum, Volusium Proculum chynolarcem classisque romane prefectum et olim Agrippine interfectorem conuenit, rata multum emolumenti addere coniurationi si eum trahere posset in partes; et ostensis longo ordine Neronis flagitiis fastidiis ineptisque moribus et insolentiis et inde eius in eum ingratitudine, quod ob tam grande facinus, Agrippine scilicet cedis, in re nulla, tanquam bene de se meritum promouisset, coniurationem aperuit totisque uiribus conata est eum coniuratis addere sotium.

Mais comme à ses yeux l’affaire traînait en longueur, elle se retira en Campanie sous le prétexte de la lassitude ; alors qu’elle se trouvait résider à Pouzzoles, pour éviter de perdre du temps, elle alla voir l’officier Volusius Proculus, préfet de la flotte romaine et naguère assassin d’Agrippine : car elle pensait que la conspiration y gagnerait beaucoup si elle pouvait l’amener à son parti. Elle lui énuméra la longue liste des turpitudes, des ignominies, des mœurs inappropriées, des insolences de Néron, son ingratitude à son égard, puisqu’en récompense d’un si grand service, à savoir la mort d’Agrippine, il n’avait reçu aucune promotion. Elle lui révéla la conjuration et essaya de toutes ses forces de lui faire rejoindre le rang des conspirateurs31.

D’abord, Boccace reprend le motif et la terminologie de la lassitude d’Epicharis, cause de son retrait en Campanie, mais en modifiant légèrement le sens du texte. En effet, dans la version de Tacite, on ne sait pas si Epicharis se retire parce qu’elle est simplement « dégoûtée de la tiédeur des conjurés » (lenitudinis eorum pertaesa), qui, à ses yeux, sont trop mous, ou pour simplement se reposer :

ac postremum lenitudinis eorum pertaesa et in Campania agens primores classiariorum Misenensium labefacere et conscientia inligare conisa est tali initio.

Et, à la fin, dégoûtée par leur tiédeur et se trouvant en Campanie elle s’efforce d’ébranler la fidélité des officiers de la flotte de Misène et de les lier à la conjuration. Elle commença de cette manière32.

Chez Boccace, en revanche, l’expression : quasi tedio affecta (« sous le prétexte de la lassitude », c’est nous qui soulignons) – variante de la formule tacitéenne : lenitudinis… pertaesa (« dégoûtée par la tiédeur ») – apporte une information supplémentaire. Epicharis feindrait ou allèguerait comme prétexte la lassitude pour cacher le véritable motif de son déplacement : rallier les militaires de Campanie où se trouve Néron. Boccace attribue ainsi à celle-ci une duplicité qu’elle n’avait pas chez Tacite : notre héroïne est une comédienne.

Ensuite, en faisant d’Epicharis le personnage central du chapitre, l’auteur opère en même temps un changement de focalisation qui la place en situation active. Tandis que chez Tacite la conspiration est principalement perçue à travers le regard terrifié de Néron, dans le De mulieribus claris le lecteur pénètre dans les pensées d’Epicharis. Ce recentrement sur la psychologie du personnage féminin a pour finalité de la rendre plus complexe en accentuant son caractère actif, imprudent et viril.

D’une part, alors que chez Tacite la lenteur des Sénateurs à agir est une réalité destinée à dénoncer leur mollesse, chez Boccace, elle est présentée comme une perception subjective d’Epicharis, ce qui souligne son caractère impatient. D’autre part, tandis que dans le texte de Tacite c’est le hasard qui semble pousser Epicharis à impliquer Volusius dans la conjuration, dans le De mulieribus claris elle apparaît comme ayant tout prévu depuis le début. En pénétrant dans ses pensées, le narrateur nous éclaire sur les motivations profondes de cette entrevue. Or, Boccace joue de manière très subtile avec la source tacitéenne. Le verbe reor (« je pense ») est bien présent chez Tacite, mais appliqué généralement aux divers personnages masculins de la conjuration. Par exemple, le terme : ratus (« ayant jugé ») se rapportait à Volusius qui « juge » ne pas avoir été récompensé à sa juste valeur33. Il s’appliquait aussi à Néron qui « croit » (ratus), à tort, que la torture appliquée à une femme pourra faire fléchir la volonté d’Epicharis34. Chez Boccace, le point de vue se féminise. De même, le mot emolumentum (« avantage ») qu’emploie Boccace à propos des pensées d’Epicharis – Volusius constituerait, pense-t-elle, un « avantage » majeur pour la conjuration – était dans le texte originel appliqué à l’un des traîtres de la conjuration : il s’agit de Scaevinus qui estime que, comme la conjuration a été dévoilée, « il n’y aura plus d’avantage à se taire »35. Ainsi, à travers ces variantes, Boccace effectue un jeu érudit très subtil avec ses sources antiques pour souligner le caractère à la fois viril et calculateur du personnage.

En réalité, ce changement de focalisation interne ne fait que renforcer l’ambivalence du personnage, à la fois héroïne virile prenant les devants et femme manipulatrice et imprudente. C’est ce dont témoigne l’entrevue avec Volusius que Boccace une nouvelle fois réécrit. Rappelons que chez Tacite l’entrevue se présente sous la forme d’un dialogue entre Epicharis et Volusius :

Is mulieri olim cognitus, seu recens orta amicitia, dum merita erga Neronem sua et quam in inritum cecidissent aperit adicitque questus et destinationem uindictae, si facultas oreretur, spem dedit posse inpelli et pluris conciliare: nec leue auxilium in classe, crebras occasiones, quia Nero multo apud Puteolos et Misenum maris usu laetabatur. Ergo Epicharis plura; et omnia scelera principis orditur, neque senatui neque populo quidquam manere. Sed prouisum, quonam modo poenas euersae rei publicae daret: accingeretur modo nauare operam et militum acerrimos ducere in partis, ac digna pretia exspectaret.

Cet officier était-il connu de la femme depuis longtemps, ou leur amitié était-elle récente ? Toujours est-il qu’il lui montre ses services rendus à Néron et à quel point ils furent réduits en pure perte ; il ajoute des plaintes et lui révèle son projet de se venger, si l’occasion surgissait ; il lui donna l’espoir qu’on pouvait le pousser et se concilier d’autres complices : la flotte n’était pas d’un mince secours et offrait maintes occasions puisque Néron se plaisait beaucoup sur mer quand il était à Pouzzoles ou à Misène. Ainsi Epicharis en dit-elle davantage ; elle énuméra tous les crimes du prince, affirmant que le sénat et le peuple ne représentaient plus rien. Mais, dit-elle, l’on avait pourvu à la manière dont Néron serait puni pour avoir détruit la république : qu’il se tienne prêt à fournir son aide et à amener au parti les soldats les plus déterminés et qu’il s’attende à une digne récompense36.

Dans le texte de Boccace, le dialogue se transforme en monologue : Epicharis est la seule à parler. La première conséquence de ce changement est de souligner le caractère entreprenant et imprudent du personnage. En effet, alors que d’après Tacite, Epicharis ne révèle le complot contre Néron qu’une fois que Volusius lui a manifesté son désir de se rallier à la cause, dans le De mulieribus claris, au contraire, elle expose tout de suite à son interlocuteur ses intentions.

De plus, en donnant la parole uniquement à Epicharis, Boccace la fait apparaître comme un personnage à la fois actif et manipulateur. D’une part, les arguments qu’utilisait dans le texte de Tacite Volusius – l’ingratitude de Néron ; le désir de vengeance – sont ici attribués à Epicharis. Or, dans les Annales, durant son entrevue avec Volusius, celle-ci n’invoquait que les intérêts de l’État en se référant à la République, au Sénat et au peuple romain. Chez Boccace, elle centre la fin de son argumentation sur les intérêts particuliers de son interlocuteur ; elle cherche à le rallier à sa cause en touchant sa corde sensible, en éveillant ses instincts les plus égoïstes. Dans ce dialogue, l’Epicharis de Boccace apparaît ainsi moins vertueuse et plus manipulatrice que dans le témoignage de Tacite. D’autre part, après le monologue, le narrateur prend bien soin de souligner qu’elle use de tous ses talents d’oratrice : totisque uiribus conata est eum coniuratis addere satis (« elle essaya de toutes ses forces de lui faire rejoindre le rang des conspirateurs »). À ce propos, le terme uiribus (« forces ») fait écho à « l’énergie toute virile » (uirili robore) d’Epicharis au début du chapitre. Cette énergie accentue une nouvelle fois l’ambivalence de l’héroïne, à la fois femme virile qui prend les devants et infatigable manipulatrice qui parle trop, cette seconde caractéristique, nous allons le voir, étant le propre de la femme dans la représentation stéréotypée de Boccace.

Enfin, pour renforcer le caractère paradoxal de cet exemplum Boccace crée une tension dramatique fondée sur des rebondissements :

Sed longe aliter quam arbitraretur Epycaris secutum est. Nam Volusius experturus numquid obsequiis in se principis gratiam Rectere posset, quam cito illi Cesaris copia concessa est, Epycaris dicta reserauit omnia, esto non egerit quod rebatur; nam ambiguo adhuc homini astuta mulier nullum cospirantium nomen ediderat. Ea autem accita, fieri non potuit ut ex rogatis quicquam aperiret rogantibus.

Mais le résultat fut bien loin des attentes d’Epicharis. Volusius voulut voir si son allégeance pourrait lui faire gagner les faveurs du prince et aussitôt qu’il put obtenir une entrevue avec lui il lui rapporta toutes les paroles d’Epicharis, mais sans pouvoir faire ce qu’il avait imaginé : car comme l’homme était resté dans le vague, elle, femme rusée, ne lui avait révélé aucun nom des conspirateurs. Elle fut convoquée, mais ceux qui lui faisaient subir l’interrogatoire ne purent à travers les questions posées lui soutirer la moindre information.

Alors que dans le texte de Tacite on passe directement de l’entrevue des deux personnages à la trahison de Volusius, dans le De mulieribus claris le narrateur joint au récit un commentaire qui vient contredire les attentes d’Epicharis : Longe aliter quam arbitraretur Epycaris secutum est (« le résultat fut bien loin des attentes d’Epicharis »). Le changement du regard – de la focalisation interne au point de vue omniscient du narrateur – crée un effet de surprise.

Mais, à cette surprise s’ajoute une seconde. En effet, à la fin de l’entrevue, Tacite prend bien soin de nous indiquer qu’Epicharis n’a pas révélé les noms des conjurés à Pacuvius. Boccace, au contraire, entretient le suspens, crée un véritable effet de surprise en ne délivrant cette information capitale que bien après, une fois évoquée la trahison de Pacuvius.

Ces coups de théâtre ont une triple finalité. La première est littéraire : en créant cette tension dramatique, Boccace accroît le plaisir des lectrices et lecteurs et en même temps il se pose en émule de son modèle Tacite. Mais ces rebondissements sont aussi destinés à provoquer chez ces derniers l’étonnement face au caractère paradoxal d’Epicharis. En effet, le deuxième rebondissement met une nouvelle fois en valeur la complexité du personnage, ses contradictions : autant elle apparaissait, dans le paragraphe précédent, loquace et imprudente, autant, dans cet extrait, le narrateur souligne, de manière brusque et inattendue, sa discrétion et son astuce : astuta mulier (« femme rusée »). Comme E. Zanca l’a montré à propos de Sémiramis37, la ruse est considérée comme une habileté proprement féminine ; Sémiramis en use pour dominer sa nation : c’est cette astuce qui l’amène à se déguiser en homme pour pouvoir gouverner l’Assyrie à la place de son fils38. Cette ruse implique un certain art de la dissimulation ; elle est une sorte de fourberie39. Boccace explicite donc la ruse toute féminine du personnage qui n’était que suggérée chez Tacite. Cet effet de surprise vient ainsi renforcer la complexité psychologique d’Epicharis : celle-ci est une femme qui parle trop mais qui sait aussi se taire quand il le faut.

Enfin, le premier coup de théâtre – les choses ne se sont pas déroulées comme Epicharis le souhaitait – nous semble présenter un intérêt politique très important pour le lecteur contemporain de Boccace. En effet, en soulignant le caractère imprudent d’Epicharis et, partant, les effets désastreux de son action politique, l’auteur montre les dangers que suppose une participation trop active de la femme aux affaires de l’État. Comme l’a bien montré M. Franklin, quand une femme déploie son éloquence féminine dans la sphère publique (à l’exception du personnage d’Hortensia), les effets qui s’ensuivent pour la politique sont calamiteux. Par là, Boccace évite de remettre en question l’ordre politique de son époque qui accorde la prééminence à l’homme sur la femme40.

1.3. Le mutisme d’Epicharis et sa fermeté d’âme (constantia) : un modèle féminin de courage viril

Alors que tout au long du récit, Epicharis avait manifesté des vices « typiquement » féminins comme la bavardise et la ruse, à rebours, au cours des divers interrogatoires qu’elle subit, elle ne se caractérise plus que par des vertus masculines comme le mutisme et la force d’âme (constantia). Par là, le narrateur accentue le caractère paradoxal du personnage afin de provoquer chez ses lectrices et lecteurs la stupeur.

T. Späth et J. P. Hallett ont bien montré que déjà chez Tacite l’endurance d’Epicharis face aux tortures remet en question la représentation traditionnelle antique de la femme41. Epicharis fait preuve d’un courage tout viril, à l’opposé des conjurés mâles qui se caractérisent par leur pusillanimité. Boccace exploite ce trait de caractère tout en l’amplifiant. Il procède en deux temps : il décrit, tout d’abord, l’endurance d’Epicharis et ce n’est qu’ensuite, dans le paragraphe suivant, qu’il oppose, de manière beaucoup plus développée que chez Tacite, la bravoure de l’affranchie à la lâcheté des conjurés masculins. Retenons pour le moment que dans sa réécriture des scènes de torture, Boccace, soucieux de faire d’Epicharis un modèle paradoxal, explicite et amplifie son caractère hors norme en trois temps :

Ea autem accita, fieri non potuit ut ex rogatis quicquam aperiret rogantibus.

Elle fut convoquée, mais ceux qui lui faisaient subir l’interrogatoire ne purent à travers les questions posées lui soutirer la moindre information42.

Tandem cum seruaretur sub custode, coniuratione per coniuratos ipsos casu patefacta, iterum in examen reuocata, quasi suppliciorum hominibus inpatientior, facilius ab ea quod optabatur extorqueri posset, post longos cruciatus, carnificibus etiam inferentibus ultro, ne superari uiderentur a femina, nullum constantissimi pectoris reserauit archanum.

Finalement, tandis qu’on la gardait emprisonnée, il se trouva que la conjuration fut révélée par les conjurés eux-mêmes et on la convoqua pour un nouvel interrogatoire. Persuadés qu’elle montrerait moins de résistance que les hommes pour supporter les supplices et qu’il serait plus facile de lui arracher les révélations souhaitées, après lui avoir infligé de longues tortures, ses bourreaux en rajoutèrent aussi de leur propre initiative, pour ne pas avoir l’air d’être vaincus par une femme. Mais elle ne révéla aucun des secrets enfouis dans son cœur plein de fermeté43.

Tandem in diem reseruata posterum, cum pedibus ire non posset, timens si tertio uocaretur non posse subsistere, solutam pectori fasciam arcui selle, qua uehebatur, implicuit et facto laqueo gucturi iniecit suo et, cum omnem illi corporis dimisisset molem, ne conspiratis obesset, uiolentam sibi mortem consciuit, ueteri frustrato prouerbio, quo docemur tacere quod nesciunt mulieres; et sic Neronem uacuum trepidumque reliquit.

Finalement, on réserva son cas pour une troisième journée. Comme elle était incapable de marcher, craignant de ne pas pouvoir résister à un troisième interrogatoire, elle défit son soutien-gorge, l’attacha au cintre de la chaise sur laquelle on la portait, fit un nœud, y passa le cou et comme elle fit poser dessus tout le poids de son corps elle s’infligea une mort violente pour ne pas porter préjudice aux conspirés. Elle fit mentir le vieux proverbe selon lequel les femmes ne taisent que ce qu’elles ignorent. Elle laissa ainsi Néron les mains vides et terrifié44.

Tout d’abord, Boccace concentre les trois étapes des interrogatoires en un seul et même récit. En effet, dans le texte de Tacite, un laps de temps important s’écoule entre le premier interrogatoire, raconté au chapitre 51, et les tortures et le suicide final du personnage au chapitre 57. Dans les Annales les deux scènes sont séparées par le long récit de la planification45 et de la découverte de la conjuration46. Ainsi, Epicharis semble avoir un temps de répit. A rebours, dans le De mulieribus claris, l’auteur passe sous silence tous ces détails. A travers l’ellipse : coniuratione per coniuratos ipsos casu patefacta (« il se trouva que la conjuration fut révélée par les conjurés eux-mêmes »), il fait se succéder 1. le premier interrogatoire, 2. la scène de torture : iterum in examen reuocata (« on la convoqua pour un nouvel interrogatoire ») et 3. le suicide : in diem reseruata posterum (« Finalement, on réserva son cas pour une troisième journée »). Ainsi, Boccace condense la temporalité du récit pour mieux accentuer le courage extraordinaire de l’affranchie.

Ensuite, le narrateur donne au récit de la torture les allures d’une guerre des sexes en construisant un système d’oppositions entre, d’une part, Epicharis, et, d’autre part, les tortionnaires et Néron. La mention du genre féminin d’Epicharis est bien présente dans le texte de Tacite :

Atque interim Nero recordatus Volusii Proculi indicio Epicharim attineri ratusque muliebre corpus impar dolori tormentis dilacerari iubet. At illam non uerbera, non ignes, non ira eo acrius torquentium, ne a femina spernerentur, peruicere, quin obiecta denegaret.

Pendant ce temps Néron se rappelant que sur la dénonciation de Volusius Proculus Epicharis était retenue en prison et pensant qu’un corps de femme ne résisterait pas à la douleur il ordonna qu’on déchirât son corps de tortures. Mais ni le fouet, ni le feu, ni la colère des bourreaux qui s’acharnaient à la tourmenter pour ne pas être nargués par une femme, ne purent vaincre son obstination à ne rien avouer.

Mais dans ce passage, les termes : muliebre corpus… femina (« corps de femme… femme ») n’ont pas leur pendant masculin, à la différence du texte de Boccace qui oppose à la faiblesse présumée d’Epicharis celle des « hommes » : suppliciorum hominibus impatientior (« elle montrerait moins de résistance que les hommes pour supporter les supplices »). À ce propos, le terme : homo désigne bien dans ce passage le genre masculin, et non simplement comme dans le latin classique le genre humain. Boccace établit donc un système d’oppositions entre l’endurance d’une femme virile et celle des hommes.

De plus, l’auteur effectue une autre variante par rapport à sa source : si dans le texte de Tacite, ce sont les épreuves qui ne « purent vaincre » (peruicere) la fermeté d’Epicharis, dans le De mulieribus claris ce sont les hommes eux-mêmes qui ne supportent pas « d’apparaître vaincus par une femme » (ne superari viderentur a femina).

À cette rivalité succède celle qui oppose l’héroïne à Néron. Pour cela, Boccace opère deux modifications par rapport à sa source. D’une part, dans le texte de Tacite, toute la scène est décrite à partir du point de vue de l’empereur : c’est lui qui dirige les interrogatoires, soumet Epicharis aux tortures et formule le préjugé selon lequel une femme résisterait moins bien à torture. En revanche, dans le De mulieribus claris, Néron est absent de toute cette scène et il n’apparaît qu’à la fin du récit. D’autre part, l’auteur emprunte à Tacite le motif de l’effroi de l’empereur durant la conjuration, mais, là encore, avec une variante : c’est Epicharis et non plus l’étendue des révélations qui terrifie le prince. Le narrateur oppose ainsi d’une manière plus violente et frontale l’empereur à l’héroïne ; par cette apparition soudaine il renforce aussi le sentiment de terreur du premier face au courage hors norme de l’affranchie. Il fait de celle-ci un modèle extraordinaire non seulement de vertu mais aussi de résistance politique contre le pouvoir tyrannique.

Enfin et surtout, l’auteur reprend et amplifie un autre motif du récit tacitéen : celui du mutisme. Evoqué de manière explicite seulement une fois par Tacite, ce motif devient le thème dominant de la scène ; il ponctue et conclut les trois étapes du récit :

  • Le premier interrogatoire :

Ea autem accita, fieri non potuit ut ex rogatis quicquam aperiret rogantibus.

Elle fut convoquée, mais ceux qui lui faisaient subir l’interrogatoire ne purent à travers les questions posées lui soutirer la moindre information.

  • La scène de la torture :

…nullum constantissimi pectoris reserauit archanum.

…mais elle ne révéla aucun des secrets enfouis dans son cœur plein de fermeté.

  • Le suicide final :

…ne conspiratis obesset, uiolentam sibi mortem consciuit, ueteri frustrato prouerbio, quo docemur tacere quod nesciunt mulieres.

…elle s’infligea une mort violente pour ne pas porter préjudice aux conspirés. Elle fit mentir le vieux proverbe selon lequel les femmes ne taisent que ce qu’elles ignorent.

Selon nous, Boccace cherche à la fois à créer une tension dramatique autour du motif du silence et à faire d’Epicharis, par un jeu intertextuel très subtil avec sa source, l’archétype de la fermeté d’âme (constantia) stoïcienne. En effet, le récit des interrogatoires suit un mouvement d’intériorisation dont la répétition du verbe reserauit marque les diverses étapes. On passe de Volusius, qui « révèle toutes les paroles d’Epicharis (Epycaris dicta reserauit omnia) » à Epicharis, qui « ne révèle aucun de ses secrets » (nullum… reserauit archanum). Par rapport à l’expression du premier interrogatoire : fieri non potuit ut ex rogatis quicquam aperiret, le terme archanum apporte une nuance nouvelle. En effet, s’il désigne bien ici « le secret », joint au substantif pectoris il rappelle aussi le sens qu’il a dans la philosophie et la satire romaine : à savoir celui du for intérieur, de l’endroit le plus intime et profond de l’âme47. On rappellera aussi que ce terme désigne à l’origine l’endroit le plus reculé d’un temple. Par cette expression Boccace suggère que pour l’héroïne les secrets qu’elle garde enfouis ont quelque chose de sacré.

L’usage du vocabulaire de l’intériorité souligne ainsi la volonté inébranlable d’Epicharis de ne rien révéler. C’est une volonté que ne peut faire fléchir aucune force, ce qui n’est pas sans rappeler les scènes stoïciennes de torture que l’on trouve, par exemple, chez Sénèque ou chez Epictète. En effet, dans ces passages les deux philosophes stoïciens montrent la résistance inébranlable de l’homme de bien face aux pires supplices48. Cette affinité avec le stoïcisme est d’autant plus probable que Boccace attribue explicitement à l’héroïne la fermeté d’âme (constantia) et l’endurance (patientia), deux vertus stoïciennes que Tacite utilisait à propos du suicide, non d’Epicharis – pour lequel il n’emploie aucun terme philosophique – mais de Sénèque et de Pauline aux chapitres 62 et 63. D’après l’historien romain, au moment de mourir, Sénèque exhorte ses amis à voir : dans sa réputation de vertu « la récompense d’une amitié aussi fidèle » (tam constantis amicitiae). Et lorsque sa femme décide de se suicider avec lui, Tacite nous dit qu’il souhaite que leur suicide commun témoigne de « leur fermeté d’âme » (constantia). Or, Sénèque est loin de faire preuve d’une telle vertu puisqu’il finit par persuader son épouse de se suicider dans une autre chambre : « de peur qu’en voyant ses tourments il ne finît par manquer de courage » (ipse visendo eius tormenta ad impatientiam delaberetur).

Aux chapitres 62 et 63, Tacite recourait ainsi aux notions stoïciennes de constantia et de patientia d’une manière ironique. À l’inverse, Boccace reprend ces deux concepts pour accentuer, non diminuer, le courage extraordinaire d’Epicharis. Ces jeux intertextuels très subtils avec le texte originel étaient très certainement perçus par un lecteur suffisamment familier avec le texte de Tacite pour savoir les identifier et les apprécier.

Il est alors légitime de penser que pour le lecteur avisé, l’héroïne apparaît implicitement comme le miroir inversé de Sénèque : sa constantia ne relève ni de la posture philosophique ni des belles paroles ; elle passe par l’action, mieux encore, par son mutisme. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’en termes sénéquéens, le courage d’Epicharis est, en fait, la forme la plus accomplie de la philosophie : c’est une philosophie en actes qui se passe de belles paroles ; cette idée constitue un véritable leitmotiv des Lettres à Lucilius... En effet, à travers le binôme res/uerba qui structure une bonne partie de la correspondance, Sénèque oppose une philosophie qui se contenterait d’énoncer des vérités sans les mettre en pratique, et une philosophie en actes, la seule véritable qui compte et qu’incarne ici parfaitement le personnage d’Epicharis49. Or, le silence d’Epicharis, est déjà en soi un acte, acte de résistance contre le pouvoir en place, c’est un espace de liberté à l’intérieur de ce pouvoir ; c’est en soi aussi un acte de parole, celui de dire non au discours dominant50.

Ainsi, en tissant des liens subtils entre le suicide d’Epicharis et le suicide de Sénèque aux chapitres 62 et 63, Boccace renforce le caractère hors norme du silence d’Epicharis : l’héroïne, une femme, simple affranchie et prostituée, est la seule à incarner cette fermeté d’âme que son plus illustre théoricien masculin, Sénèque, est incapable de prouver.

Enfin, l’auteur conclut l’épisode en se référant au vieux proverbe selon lequel une femme ne sait pas taire les secrets qu’on lui confie : Epicharis défie ainsi les attentes des tortionnaires, de Néron, de ses propres lecteurs mais aussi des croyances millénaires. Relu sous cet angle, le motif tacitéen du soutien-gorge revêt alors une dimension symbolique et émotive plus forte : c’est grâce à ce sous-vêtement féminin qu’Epicharis révèle sa virilité. C’est par lui qu’elle se tait et qu’elle contredit la représentation figée de la femme selon la sagesse populaire.

Par conséquent, Boccace complexifie la personnalité d’Epicharis, personnage viril et en même temps héroïne manipulatrice et rusée. Se posant en émule de Tacite, l’auteur humaniste amplifie le caractère subversif d’Epicharis pour susciter la perplexité de ses lectrices et lecteurs et augmenter le plaisir de la lecture. Mais au-delà de cette perspective esthétique, à quelles autres finalités répond ce sentiment de stupeur ? C’est ce que nous allons à présent examiner.

2. Honte et perplexité : les enjeux moraux et philosophiques du personnage d’Epicharis

2.1. Le couple Epicharis-Leaena : vers une vision humaniste de la femme

Pourquoi augmenter la stupéfaction des lecteurs ? S. Kolsky apporte un premier élément de réponse que nous nous proposons ici d’étayer à partir des exemples d’Epicharis et de Leaena51. Selon le savant, la première raison qui pousse Boccace à amplifier le caractère paradoxal du personnage c’est d’amener ses lectrices et lecteurs à revoir la conception de la femme d’après la tradition scolastique médiévale pour embrasser celle défendue par les humanistes de l’époque.

En effet, les scolastiques médiévaux reprennent l’idée aristotélicienne selon laquelle la femme serait naturellement portée à la faiblesse, à la passivité et à l’irrationnel52. Ainsi, dans sa Somme théologique Thomas d’Aquin reprend les arguments du Stagirite et affirme que la soumission bénéfique de la femme à son mari est tout aussi naturelle que celle des enfants à l’égard de leurs parents53.

Or, Epicharis fait partie des femmes païennes qui, tout en dérogeant à l’idéal féminin de chasteté et de pudeur, n’en méritent pas moins d’être louées pour d’autres qualités que la chasteté ou la retenue : elle fait preuve d’un courage politique exemplaire54. À ce propos, le chapitre quatre-vingt-treize présente des parallèles frappants avec la description que nous donne l’auteur du suicide de Leaena au chapitre cinquante. Comme Epicharis, Leaena est une étrangère et une femme aux mœurs légères55. De plus, au plus fort des tortures, elle fait preuve d’une « fermeté d’âme stupéfiante » (mira constantia)56. Comme pour Epicharis, son héroïsme s’affirme par le mutisme puisque cette dernière se coupe la langue avec ses propres dents57.

Pour une lectrice aristocrate du Trecento, la célébration des exploits de ces deux héroïnes est choquante. C’est pourquoi, tout au long du chapitre cinquante, Boccace invite sa lectrice à une plus grande ouverture d’esprit pour juger le personnage de Leaena ; mais, en bon pédagogue, il le fait progressivement. Il ménage, d’abord, sa sensibilité en sollicitant son accord pour inclure Leaena parmi les femmes illustres. Il apporte, ensuite, une justification morale à son projet qui opère un renversement du point de vue traditionnel : c’est précisément l’attachement inconditionnel à la vertu qui doit pousser les humains à glorifier celle-ci lorsqu’elle « se cache sous une enveloppe infâmante » (tegmine turpi)58. Boccace invite alors ses lectrices à apprécier la vertu de Leaena même si elle déroge aux valeurs de la pudicitia59. En ce sens, comme l’affirme P. Benson, la vision que Boccace donne de la femme est inspirée du modèle antique et le renouvelle tout à la fois60.

Pourtant, à travers ces deux exemples déroutants, il ne s’agit pas simplement de réhabiliter la femme en provoquant la stupéfaction de la lectrice. Il suffit de se rappeler que c’est en partie en réaction au De mulieribus claris que Christine de Pizan écrivit le Livre de la Cité des dames, afin de contrebalancer une vision, à ses yeux, trop négative sur le genre féminin. En effet, les portraits d’Epicharis et de Leaena ne sont pas dénués d’ambiguïté : à travers ces exemples, Boccace exprime l’opinion classique selon laquelle certaines femmes atteignent la grandeur parce qu’elles dépassent leur condition féminine, parce qu’elles renoncent à leur caractère de femme en déployant des vertus viriles61. En outre, on remarquera que l’éloquence de ces héroïnes ne se manifeste jamais avec autant de force… que lorsqu’elles se taisent. N’est-ce pas une manière de suggérer qu’elles n’accèdent à la grandeur qu’en reniant leur part de féminité62 ?

En réalité, comme l’ont soutenu S. Kolsky et, plus récemment, R. Psaki et M. Migien, le regard que Boccace porte sur les femmes reste profondément ambivalent si bien que les catégories de misogynie ou philogynie restent trop réductrices pour rendre compte de la position de Boccace sur le sujet. L’auteur humaniste brouille les pistes, déroute les lectrices et les lecteurs qui chercheraient à trouver dans le texte une image claire et univoque des femmes. Les exemples d’Epicharis et de Leaena montrent que la lecture longtemps dominante faisant de Boccace tantôt un féministe tantôt un misogyne sont obsolètes car elle nous empêche d’apprécier le caractère profondément contradictoire et paradoxal de ces héroïnes antiques qui allient à la bassesse morale la noblesse d’âme.

Faut-il, cependant, affirmer comme le pense S. Kolsky, qu’il est impossible de déceler une conception cohérente de la femme dans le De mulieribus claris63 ? Pour S. Kolsky l’œuvre suivrait simplement un ordre chronologique et ne présenterait pas une structure solide, ce qui, à ses yeux viendrait obscurcir les enjeux idéologiques du livre64. De plus, ces modèles féminins perdraient de leur efficacité morale en raison de leur caractère disparate et contradictoire65.

Nous acceptons l’idée de S. Kolsky selon laquelle Boccace invite le lecteur à rechercher par lui-même le sens du texte. Cependant, nous ne pensons pas que l’œuvre ne présente ni une structure ni une vision idéologique cohérentes. En effet, les jeux d’échos entre les textes d’Epicharis et de Leaena montrent, au contraire, qu’en dépit du désordre apparent, l’œuvre témoigne bel et bien d’un souci de composition. Le lecteur doit identifier les réseaux thématiques et lexicaux que l’auteur tisse tout au long de son œuvre. De cette manière, il est ainsi invité, à l’issue d’une longue et patiente recherche, non à « réécrire », selon la formule de S. Kolsky, le sens du texte, mais, comme je vais tenter de le montrer, à le redécouvrir parce que ce sens est déjà sous-jacent dans l’œuvre.

Nous partageons ainsi la position de M. Franklin pour qui Boccace offre une vision complexe mais en même temps cohérente des modèles féminins : pour la savante anglo-saxonne, les héroïnes antiques sont comme des pièces diverses qui forment une seule et même « mosaïque »66. Nous souhaiterions approfondir cette intuition dans deux directions nouvelles. D’abord, associé à Leaena et à Artémisis, deux héroïnes viriles, le personnage d’Epicharis permet au lecteur et à l’auteur de mener, d’un chapitre à l’autre, une réflexion théologique sur le mystère de l’œuvre divine. Ensuite, l’auteur humaniste puise dans ces modèles païens des paradigmes, des concepts éthiques et politiques dont devront s’inspirer les lecteurs de son époque. Autrement dit, le modèle paradoxal d’Epicharis ne participerait-il pas d’une méthode toute socratique : en secouant les certitudes des lecteurs et en provoquant leur stupeur, l’héroïne antique doit les conduire à accoucher eux-mêmes de la vérité et à opérer en eux une conversion morale radicale ?

2.2. Le modèle d’Epicharis au service d’une méditation théologique sur les mystères de la nature

Tout d’abord, l’exemplum paradoxal d’Epicharis permet à Boccace d’approfondir sa réflexion philosophique sur la question du mystère divin et de la vertu : Epicharis interroge sur le dessein de la providence divine qui peut attribuer à des femmes, d’origine très humble et immorales, les qualités de grandeur d’âme et de courage.

Rappelons que le De mulieribus claris a été écrit dans un contexte philosophique, spirituel et personnel très particulier. D’une part, le problème des rapports entre Dieu, la fortune et la vertu occupe une place centrale dans les débats de nature morale et politique de l’époque, comme en témoignent, par exemple, le De remediis utriusque fortunae et sa correspondance : face à une providence divine qui s’absente en faveur d’une puissance capricieuse et irrationnelle, la Fortuna, Pétrarque valorise la uirtus, définie comme la constitution de la force propre à l’homme67. Or, J.-Y. Boriaud rappelle que, parallèlement à la composition du De mulieribus claris, s’élabore la gestation du De casibus uirorum illustrium dont la finalité, d’après le prologue du premier livre, est de montrer aux grands de son époque la Toute Puissance de Dieu ou de la fortune68. Comme l’indique P. Caye, la providence du De casibus uirorum apparaît obscure et incompréhensible69. Cette question parcourt, d’ailleurs, l’œuvre entière de Boccace. L’auteur se livre déjà dans le Décaméron à une telle méditation lorsque, par exemple, dans la sixième journée, il montre à travers l’exemple du boulanger Cisti, qu’une âme noble peut abriter le corps d’une personne de basse extraction70.

Il nous semble que le De mulieribus claris garde des traces de ces questionnements sans pour autant y apporter une réponse systématique. En effet, selon nous, le couple Epicharis-Leaena doit être interprété comme un exemple particulier des mystères de la vertu : celui de femmes, d’extraction modeste et dépravées, capables de noblesse d’âme et de courage.

Cette dimension métaphysique d’Epicharis est manifeste à la fin du chapitre quatre-vingt-treize lorsque l’auteur fait découler du récit de ses exploits une méditation philosophique :

Oberrare crederem naturam rerum aliquando, dum mentem mortalium corporibus nectit, illam scilicet pectori infundendo femineo quam uirili immisisse crediderat. Sed cum Deus ipse dator talium sit, eum circa opus suum dormitari nephas est credere. Summamus ergo perfectas omnes arbitrandum est; numquid tamen seruemus, ipsum indicat opus.

J’aurais tendance à croire que la nature parfois se trompe lorsqu’elle lie l’âme à des corps mortels, plus précisément quand elle l’attache à une poitrine de femme qu’elle croyait mélanger à une poitrine d’homme. Mais comme c’est Dieu Lui-même qui effectue de telles répartitions, il serait impie de croire qu’il ait pût dormir dans son œuvre. Nous devons donc penser que quand nous les recevons elles sont parfaites ; comment nous nous en servons, ce sont nos actes qui le montrent71.

En réalité, ce passage vient prolonger et corriger une réflexion entreprise par l’auteur au chapitre 57 au sujet d’Artémisie :

Sed quid, Arthemisie acta spectantes, arbitrari possumus, nisi nature laborantis errore factum ut corpori, cui Deus uirilem et magnificam infuderat animam, sexus femineus datus sit?

Mais que pouvons-nous penser quand on contemple les hauts-faits d’Artémisie, sinon que dans son œuvre la nature a erré en donnant un sexe féminin à un corps où Dieu avait placé une âme virile et noble72 ?

À la différence d’Epicharis et de Leaena, Artémisie, reine de Carie, s’est toujours conduite en femme vertueuse entièrement dévouée à la mémoire de son mari Mausole. Boccace montre comment elle fit construire le célèbre Mausolée, monument d’une grandeur et d’un art exceptionnels à l’honneur de son époux. Mais comme Artémisie, Epicharis est un exemplum subversif qui soulève chez l’auteur la question du mystère divin plaçant des âmes vertueuses dans des corps de femmes. Cette affinité entre les deux chapitres est rendue évidente par les échos formels et thématiques entre les deux personnages : les deux passages soulignent le caractère paradoxal de ces vertus féminines73 et ils reprennent l’idée selon laquelle ce phénomène serait une erreur de la nature74.

En réalité, l’exemple d’Epicharis permet à Boccace d’affiner sa réflexion par rapport au chapitre cinquante-sept. Ce qui dans le chapitre sur Artémisie était présenté à la fois comme une certitude et comme une question ouverte laissée en suspens – « Que pourrions-nous penser sinon que c’est une erreur ? » (quid… arbitrari possumus, nisi errore factum ut) – devient dans le cas d’Epicharis une hypothèse transitoire et subjective que l’auteur écarte par son caractère impie car elle implique la faillibilité de Dieu. Boccace construit alors un raisonnement logique qui le conduit à la conclusion inverse : puisqu’ils sont le résultat de l’œuvre divine, ces modèles ne peuvent donc être que parfaits. La correction de cette fausse croyance émise dans le chapitre cinquante-sept est marquée par la reprise du verbe arbitror (« je juge ») : arbitrariarbitrandum est. L’argument théologique – celui de la nature parfaite et providentielle de Dieu – conduit ainsi l’auteur à soutenir que la vertu se manifeste d’abord par nos actes et non par notre appartenance sexuelle.

Ainsi, en amplifiant le caractère ambivalent d’Epicharis, Boccace donne au modèle antique une nouvelle signification philosophique : l’héroïne représente un exemple historique concret et frappant du caractère inexplicable de l’œuvre divine capable de placer dans des corps de femmes et de personnes dépravées des âmes vertueuses. Dans cette dernière période marquée par une spiritualité profonde, la réécriture de modèles féminins païens se révèle être une voie nouvelle pour sonder le mystère divin et se rapprocher de Dieu.

2.3. Un modèle subversif au service de la conversion morale des hommes

Enfin, le personnage Epicharis se voit aussi attribuer une fonction morale précise : assurer la restauration des vieilles valeurs morales auprès de l’élite politique et intellectuelle de son époque. Dans la lignée de C. Dionisotti, il est fondamental de se souligner que, pour les premiers humanistes du Trecento, l’usage du latin et la relecture des textes antiques constituent un facteur d’unité précieux dans une période caractérisée par l’instabilité politique75 ; bien plus, ils traduisent l’aspiration chez ces penseurs d’une véritable refondation intellectuelle et morale76. Dès lors, Boccace puise dans le personnage d’Epicharis, et, de manière plus générale, dans ces modèles féminins païens, des notions éthiques anciennes comme la constance et l’amitié. Or, selon lui, celles-ci sont à son époque menacées et doivent être réhabilitées. Mais qu’est-ce qui fait la force de ce modèle féminin par rapport aux paradigmes masculins ? C’est, selon nous, d’inspirer aux lecteurs hommes, dans un mouvement d’inversion des genres inattendu, la stupéfaction et la honte : deux sentiments qui les pousseront à agir.

C’est ce qu’a montré G. Milligan à propos, en particulier, de Penthésilée, reine des Amazones, au chapitre XXXII : à la fin du chapitre, l’auteur oppose aux Amazones qui par leur vaillance sont devenues « de loin plus des hommes (longe magis homines) que ceux qui sont naturellement faits ainsi et que l’inertie et la volupté ont changés en femmes ou lièvres casqués » (quam sint quos sexu masculos natura fecit, et ociositas et uoluptas uertit in feminas seu lepores galeatos)77 ! Cette inversion générique crée, selon G. Milligan, un sentiment d’anxiété et de honte tellement fort qu’il doit pousser les lecteurs à reconquérir leur virilité78.

Il en va de même pour Epicharis. En effet, à l’admiration éprouvée devant la bravoure de l’héroïne, succède, à la fin du récit, la stupéfaction face à la pusillanimité des conjurés. Pour cela, Boccace construit le chapitre entier sur une série d’oppositions successives entre Epicharis et les hommes. Après avoir opposé, nous l’avons vu, Epicharis aux tortionnaires, puis à Néron, Boccace oppose l’héroïne aux conspirateurs, suivant en ce sens le texte de Tacite, mais avec deux différences importantes :

Quod quidem, etsi maximum uideatur in femina, longe tamen spectabilius est, si spectetur eiusdem coniurationis egregiorum hominum inconstantia, quorum, aliunde quam ab Epycari cognitorum, nemo tam robuste iuuentutis fuit qui, nedum pati pro salute propria, quod pro aliena femina passa est, sed nec audire tormentorum nomina pateretur, quin imo percontanti confestim que nouerat de conspiratione narraret. Et sic nemo sibi amicisque pepercit, cum cunctis, nisi sibi, femina pepercisset inclita.

Même si cela semble un énorme exploit pour une femme, c’est pourtant encore plus remarquable si l’on considère la faiblesse des hommes éminents qui faisaient partie de la conjuration : car, quand ils furent connus par une autre source qu’Epicharis, aucun d’eux, malgré la vigueur de leur jeunesse, ne fut capable de supporter pour se sauver ce que pour sauver les autres cette femme avait supporté, ni même d’entendre les noms des supplices, mais, au contraire, ils racontèrent aussitôt à leurs interrogateurs ce qu’ils savaient de la conspiration. Nul donc d’entre eux ne s’épargna lui-même, ni ses amis, tandis que cette femme d’élite épargna tout le monde sauf elle79.

Boccace construit, d’abord, un argument a fortiori : si l’exploit d’Epicharis est chose extraordinaire, combien plus étonnant il apparaît au regard de la lâcheté des conjurés. L’utilisation du comparatif : spectabilius (plus remarquable) nous livre la clé d’interprétation du chapitre. Il s’agit moins de s’étonner des exploits d’Epicharis en soi que de la lâcheté des hommes au regard de la bravoure de l’héroïne.

Ce sentiment d’étonnement, l’auteur le suscite en recourant à l’amplification : c’est la seconde différence avec le modèle tacitéen. En effet, il oppose Epicharis aux conjurés trois fois au lieu d’une, comme chez Tacite, et, derechef, il le fait en accentuant le caractère genré du personnage à travers l’antithèse entre Epicharis et les conjurés hommes : nemo… qui nedum pati pro salute propria, quod pro aliena femina passa est (« aucun d’eux… ne fut capable de supporter pour se sauver ce que pour sauver les autres cette femme avait supporté » ; nemo sibi amicisque pepercit, cum cunctis, nisi sibi, femina pepercisset inclita (« Nul donc d’entre eux ne s’épargna lui-même, ni ses amis, tandis que cette femme d’élite épargna tout le monde sauf elle »). Le chiasme de la première opposition met en évidence le terme femina (« femme »)  repris à la fin du récit. Par cette répétition, Boccace cherche non tant à célébrer le courage d’Epicharis qu’à montrer le caractère stupéfiant et scandaleux de la situation, les hommes ne supportant pas ce qu’une femme a été capable d’endurer. La scène est d’autant plus surprenante qu’elle fait état d’une inversion des rôles bien rendue par le chiasme : la femme se comporte en homme tandis que l’homme se comporte en femmelette.

Ce retournement est également souligné par la répétition des verbes niés : patior (« je supporte ») se rapportant aux conjurés, qui font écho à l’adjectif impatiens utilisé au début du récit des tortures : les bourreaux croient qu’Epicharis montrera « moins de résistance que les hommes pour supporter les supplices » (suppliciorum hominibus impatientior). Autrement dit, les conjurés adoptent l’attitude que les tortionnaires attribuaient à tort à Epicharis parce qu’elle était une femme. De même, à la constantia dont fait preuve Epicharis lorsqu’elle subit la torture, s’oppose l’inconstantia des hommes illustres.

En fait, Epicharis est comme un « miroir inversé » des hommes, autant ceux du passé que du présent : un miroir qui renvoie au lecteur contemporain de Boccace le reflet pitoyable de leur immoralité. Epicharis représente deux valeurs masculines dont ce dernier devrait faire preuve : la constance et l’amitié.

Bien que l’amitié ne soit pas directement attribuée à Epicharis, elle constitue, pourtant, un motif important du récit. En effet, par rapport au texte tacitéen, l’auteur accentue davantage la fidélité d’Epicharis aux conjurés, son acharnement à ne jamais les trahir80. En outre, Boccace se réfère explicitement à cette notion lorsqu’il oppose Epicharis aux conspirateurs « qui n’épargnèrent… aucun de leurs amis » (nemo sibi amicisque pepercit)81. Chez Tacite, l’orientation est tout autre : il s’agit d’opposer le courage d’Epicharis protégeant « des étrangers, presque des inconnus » (alienos ac prope ignotos protegendo) à la lâcheté des conspirateurs qui livrent « les parents qui leur sont les plus chers » (carissima suorum… pignorum), l’historien donnant l’exemple de Lucain et de sa propre mère82.

Boccace fait aussi allusion à la notion d’amitié, mais d’une manière implicite à travers le parallèle avec Leaena :

…et cum ad prodendos coniurationis conscios diris cogeretur suppliciis, secum lubrica mulier, quantum esset sanctum atque uenerabile nomen amicitie, pia uolvens consideratione, ne illi, ut sibi parceret, in aliquo uiolentiam inferret, primo diu, ne diceret quod querebatur, mira constantia animo imperauit suo…

Et comme elle était soumise à de cruels supplices pour la forcer à révéler les noms des conjurés, cette femme dissolue, méditant pieusement dans son âme sur le saint et vénérable nom d’amitié, elle interdit, d’abord, à son esprit, avec une fermeté d’âme extraordinaire, de dire ce qu’on lui demandait, pour éviter que son salut ne valût à d’autres de subir les violences83...

Dans ce passage, il apparaît évident que Leaena constitue un modèle d’amitié, mais, là encore, d’une manière subversive : comme le suggère l’alliance des termes : lubrica (« dissolue ») et : sanctum… uenerabile… amicitie… pia (« saint... vénérable, amitié… pieuse »).

Il est ainsi possible de déceler, d’un chapitre à l’autre, dans cette « mosaïque » de femmes illustres, tout un réseau de notions – l’amitié, la fermeté d’âme, la piété – qui fixent une ligne de conduite morale et politique pour le lecteur contemporain de Boccace. À travers Leaena et Epicharis, l’auteur promeut les valeurs d’amitié et de loyauté, nécessaires pour combattre l’oppression du pouvoir. On peut alors affirmer, avec S. Kolsky, que l’héroïne donne à ces mêmes lecteurs un exemple de résistance politique contre l’oppression de la tyrannie84.

Enfin, dans la conclusion du chapitre, en renvoyant aux lecteurs masculins le reflet de leur lâcheté, la fermeté d’âme d’Epicharis doit susciter chez eux, non plus la stupéfaction, ni même l’indignation, mais le sentiment de honte :

Erubescendum nempe hominibus reor, dum, nedum a lasciua femina, sed etiam a constantissima quacunque laborum tolerantia uincuntur. Nam si preualemus sexu, cur non ut et fortitudine preualeamus decens est? Quod si non sit, cum ipsis effeminati, iure de moribus transegisse uidemur.

Je pense donc que les hommes devraient rougir d’être vaincus non pas tant par une femme débauchée que par cette extraordinaire fermeté d’âme qui conduit à supporter n’importe quelle épreuve. Car si nous sommes le sexe fort, ne convient-il pas que nous l’emportions aussi par le courage ? Or, si ce n’est pas le cas, aussi efféminés que les conjurés, on nous voit avec raison mettre un terme aux principes moraux85.

Le récit d’Epicharis revêt ainsi une fonction édificatrice nouvelle : exhorter le lecteur à la fermeté d’âme. En réalité, le chapitre entier est tendu vers cette exhortation finale. Les systèmes d’oppositions que nous avons identifiés entre Epicharis et les hommes (les bourreaux, Néron, Sénèque, les conjurés) préparent l’opposition finale entre la bravoure d’Epicharis et le lecteur. En effet, la reprise de l’adjectif au superlatif : « constantissimus », appliquée une nouvelle fois à Epicharis, rappelle l’opposition entre la lâcheté des conjurés (celle aussi, nous l’avons vu, de Sénèque) et la fermeté d’âme d’Epicharis. De même, les verbes uicunturpreualemuspreualeamus (« sont vaincus »… « nous l’emportons »… « que nous l’emportions ») font écho à la rivalité entre Epicharis et les tortionnaires : ne superari uiderentur (« pour qu’ils n’aient pas l’air d’être vaincus »).

Mais, si l’on regarde de plus près le texte, un glissement s’est opéré entre le récit et l’admonestation finale. Il ne s’agit pas tant d’opposer des hommes à une femme, ni de s’attarder sur le caractère extraordinaire de ses exploits. Le regard se détourne d’Epicharis pour se porter sur la conduite du lecteur masculin.

D’une part, Boccace invite ce dernier à ne plus considérer Epicharis comme un modèle de femme lascive, à ne plus envisager simplement cette rivalité en des termes génériques, mais à ne percevoir en ce modèle que la pure expression de cette vertu typiquement romaine qu’est la constantissima tolerantia (« extraordinaire fermeté d’âme à supporter (des maux) »).

D’autre part, dans l’exhortation finale, à l’opposition traditionnelle Epicharis et les hommes, succède la comparaison des conjurés avec le lecteur lui-même. Les termes sont extrêmement forts. Boccace laisse planer une menace encore plus extraordinaire que les exploits d’Epicharis : à la stupéfiante subversion féminin-masculin de l’héroïne risque de se succéder la dangereuse transgression masculin-féminin du lecteur, si ce dernier ne se ressaisit pas.

Qu’est-ce qui peut bien inciter un humaniste du Trecento à réécrire un modèle féminin païen ? Plus précisément, quels avantages présente pour Boccace et ses lecteurs le personnage subversif d’Epicharis ? Et dans quelle finalité l’auteur cherche à susciter à travers elle stupeur et tremblement ?

Nous avons vu que grâce à l’amplificatio Boccace produit chez ses lecteurs la perplexité dans une perspective esthétique : afin de procurer chez sa lectrice et son lecteur un véritable plaisir en se posant en émule et rival de son modèle latin. L’auteur accentue l’ambivalence psychologique, morale et genrée de l’héroïne. D’un côté, le narrateur virilise le personnage : alors que dans le texte de Tacite ce sont les désirs de vengeance de Volusius qui la conduisent à vouloir le rallier à la conjuration, dans le De mulieribus claris, elle seule prend la parole et planifie tout dès le début. D’un autre côté, par rapport à sa source latine, Boccace attribue à l’héroïne des défauts « féminins » nouveaux : l’art de la manipulation, la ruse ou l’imprudence qui la porte à trop parler.

Le caractère subversif du personnage se manifeste avec évidence dans la réécriture des scènes de torture lorsque Boccace lui attribue explicitement la vertu stoïcienne de la constantia. Cette notion, Tacite la mentionne à propos, non d’Epicharis, mais du suicide de Sénèque et ce de manière ironique puisqu’il nous montre le philosophe vantant cette vertu au moment de sa mort sans pour autant être capable de se l’appliquer. On retourne au vieux débat de la philosophie authentique qui ne saurait se satisfaire de belles paroles. Pour le lecteur lettré capable de lire aisément le latin et de percevoir ces jeux intertextuels subtils, Epicharis se révèle alors être le miroir inversé de Sénèque : cette femme réussit là où un homme, le plus illustre défenseur de la constantia, échoue.

Mais en renforçant le caractère paradoxal d’Epicharis, Boccace ne cherche pas seulement à augmenter le plaisir de ses lecteurs. En réalité, la réécriture du texte tacitéen s’inscrit aussi dans une perspective spirituelle et philosophique. D’abord, l’auteur humaniste choque parce qu’il veut amener ses lectrices et lecteurs à avoir une image plus complexe et nuancée de la femme chrétienne, souvent engoncée dans les vertus de la foi, du dévouement conjugal et de la pudeur. En effet, l’exemple de ces héroïnes viriles et dépravées que sont Epicharis et Leaena vient contrebalancer, à côté des figures féminines comme Didon, Lucrèce ou Pauline, la longue fresque des femmes illustres.

Ensuite, à travers les modèles subversifs d’Epicharis, Leaena et Artémisie, Boccace sort des schémas théologiques préconçus pour sonder de manière ouverte les mystères de l’œuvre divine. Tissant des parallèles forts entre ces trois personnages, l’auteur humaniste s’interroge sur le caractère inexplicable de la nature qui associe des vertus masculines aux femmes, à des femmes aussi de nature obscure et dissolue.

Enfin, le retour et détour des modèles féminins païens doit garantir la restauration des vieilles valeurs morales dans une période de crise politique et historique majeure. Par rapport aux modèles masculins, l’exemple d’Epicharis présente l’avantage d’inspirer aux lecteurs hommes l’amour de la vertu en suscitant en eux les sentiments de stupéfaction et de honte. En effet, le chapitre entier est structuré suivant une opposition entre Epicharis et les autres hommes : les bourreaux, Néron, Sénèque, les conspirateurs pusillanimes et, enfin, les lecteurs du De mulieribus claris. Epicharis est à la fois l’archétype de la constantia et le « miroir » inversé de tous ces hommes. Elle remplit la fonction morale que la philosophie attribue au miroir : elle fait prendre conscience aux lecteurs de l’écart abyssal qui les sépare de la constantia véritable, et elle leur renvoie l’image affligeante de leur lâcheté86.

Le modèle paradoxal d’Epicharis brouille ainsi les pistes ; il déstabilise la lectrice et le lecteur : tel le « poisson torpille » de Socrate, Epicharis ébranle avec violence leurs certitudes, les arrache de leur confort moral pour les pousser à opérer en eux une transformation spirituelle radicale.

Bibliography

Armisen-Marchetti A., (2006), « Speculum Neronis : un mode spécifique de direction de conscience dans le De clementia de Sénèque », Revue des études latines, 84, 185-201.

Benson P., (1992), The Invention of the Renaissance: the Challenge of Female Independence in the Literature and thought of Italy and England, University Park, PA, Pennsylvania State University Press.

Betussi G., (1547), G. Boccaccio. Libro delle donne illustri, Venise, fol. 5v°.

Boriaud, J.-Y., (2013), Boccace. Les femmes illustres. De mulieribus claris, Paris, Les Belles Lettres.

Brown W., (1996), “In the ‘folds of our own discourse’: The Pleasures and Freedoms of Silence”, The University of Chicago Law School Roundtable, vol. 3, Iss. 1, Article 8.

Branca V., (1976), Boccaccio medievale e nuovi studi sul Decameron, Florence, Sansoni Editore.

Casanova-Robin H., Gambino Longo S., La Brasca F. (dirs.), (2017), Boccace, humaniste latin, Paris, Classiques Garnier.

Caye P., (2010), « L’art à l’épreuve de la fortune : pouvoir et légitimité des arts chez Pétrarque et Alberti », in F. Furlan et G. Venturi (éds.), Leon Battista Alberti, Actes du colloque international Gli Este e l’Alberti: tempo e misura, Pise-Rome, Fabrizio Serra Editore, 65-71.

— (2017), « Fortuna et Virtus dans le De casibus uirorum illustrium de Boccace », in H. Casanova-Robin, S. Gambino Longo et F. La Brasca (dirs.), Boccace, humaniste latin, Paris, Classiques Garnier, 349-358.

De Sanctis F., (1965), Storia della letteratura italiana, Florence, Salani.

Dionisotti C., (1967), Geografia e storia della letteratura italiana, Turin, G. Einaudi.

Feo M., (1986), “Tradizione latina”, in Letteratura italiana, V, Le questioni, Turin.

Fera V., (2004), “L’imitatio umanistica”, in G. Bernardi Perini (éd.), Il latino nell’età dell’umanesimo, Florence, Accademia Nazionale Virgiliana di Scienze Lettere e Arti, Miscellanea, 17-33.

Franklin M. A., (2006), Boccaccio’s Heroines. Power and Virtue in Renaissance Society, Aldershot, Ashgate.

Gonzalez Doreste D. M., Plaza Picon F., (2002-2003), « À propos de la compilation : Du De claris mulieribus de Boccace à Le Livre de la Cité des Dames de Christine de Pisan », Moyen Français 51-53, pp. 327-337.

Green D. H., (2007), Women Readers in the Middle Ages, Cambridge, Cambridge University Press.

Hallett J. P., (2012), “Women in Augustan Rome”, in Sh. L. James et Sh. Dillon, A Companion to Women in Ancient World, Malden, MA, Wiley-Blackwell, 372-384.

Jordan C., (1987), “Boccaccio in Famous Women : Gender and Civic Virtue in the De mulieribus claris”, in C. Levin et J. Watson (éds.), Ambiguous Realities: Women in the Middle Ages and Renaissance, Detroit, Wayne State University Press, 27-47.

Kolsky St., (2003), The Genealogy of Women: Studies in Boccaccio’s “De mulieribus claris”, New York, Peter Lang.

Legaré A.-M. (éd.), (2007), Livres et lectures de femmes en Europe entre Moyen Âge et Renaissance, Turnhout, Brepols.

Legaré A.-M., Brown C. J. (éds.), (2016), Les Femmes, la culture et les arts en Europe entre Moyen Âge et Renaissance, Turnhout, Brepols.

Milligan G., (2018), Moral combat. Women, Gender, and War in Italian Renaissance Literature, Toronto, Buffalo, London, University of Toronto Press.

Paupert A., Ribémont B., (2012), « Les Femmes, les Lettres et le Savoir », Cahiers de Recherches médiévales et humanistes (CRMH).

Pautrat B., (1995), Perse. Satires (édition, traduction et notes), Paris, Imprimerie nationale.

Psaki F. R., (1997), “Boccaccio and Female Sexuality: Gendered and Eroticized Landscapes”, in A. Mastri (éd.), The Flight of Ulysses: Studies in Memory of Emmanuel Hatzantonis, Chapel Hill (N.C.), Annali d’italianistica, 125-34.

Psaki F. R., Stillinger Th. C. (éds.), (2006), Boccaccio and Feminist Criticism, Chapel Hill, Annali d’Italianistica.

Robin D., (1997), “Woman, Space and Renaissance Discourse”, in B. K. Gold, P. A. Miller et C. Platter (éds.), Sex and Gender in Medieval and Renaissance Texts: The Latin Tradition, Albanie, The State University of New York Press, 165-87.

Späth Th., (2012), “Masculinity and Gender Performance in Tacitus”, in V. E. Pagán, A Companion to Tacitus, Oxford, 431-457.

Torretta L., (1902), “Il Liber de claris mulieribus di Giovanni Boccaccio. Parte III. I traduttori del Liber de claris mulieribus”, Giornale storico della letteratura italiana 40.

Zaccaria V., (1977), “Boccaccio e Tacito”, in G. Tournoy (éd.), Boccaccio in Europe. Proceedings of the Boccaccio Conference, Louvain, 1975, Louvain, 221-332.

Zanin E., (2019), « Sémiramis. Une héroïne entre féminin et masculin », in G. Schrenck, A.-E. Spica et P. Thouvenin (dirs.), 
Héroïsme féminin et femmes illustres (XVIe-XVIIe siècles). Une représentation sans fiction, 21-36.

Notes

1 Je tenais à remercier Jacqueline Fabre-Serris et Judith Hallett pour avoir aimablement accueilli l’article dans la revue, ainsi que les deux rapporteuses/rapporteurs pour leurs remarques très stimulantes. Cet article est issu d’une série de séminaires animés par L. Boulègue (UPJV), J.-Y. Tilliette (Genève) et F. Prost (Sorbonne) avec lesquels j’ai eu des échanges extrêmement riches. Je tenais à remercier tout particulièrement L. Boulègue qui a eu l’extrême gentillesse de relire l’article et de me faire part de ses remarques très riches et précieuses. Je tenais aussi à remercier mon ami, J.-C. Mühlethaler, pour avoir partagé aussi ses impressions lors du séminaire de J.-Y. Tilliette à l’Université de Lausanne et m’avoir éclairé sur la question de l’accès des femmes médiévales au savoir. Return to text

2 Voir Boriaud (2013), XV-XVI. Return to text

3 Milligan (2018) rappelle que les modèles militaires féminins du De mulieribus claris, s’ils s’adressent en premier lieu à un public masculin – il ne s’agit nullement de renverser l’ordre établi en embrigadant les femmes – servent aussi de paradigme moral aux femmes dans un sens métaphorique, en tant que ces héroïnes peuvent symboliser le courage et le sens de l’effort des femmes dans l’espace privé de la famille, en tant qu’épouses exemplaires et fidèles à leur mari. On sait qu’à cette époque, les femmes ne bénéficient pas d’une formation scolaire ou universitaire sauf dans les couvents. Les femmes qui ont accès à la lecture et à l’écriture sont une exception : elles concernent les personnes qui proviennent de certaines familles aristocratiques, des monastères, des milieux urbains et/ou lettrés, comme c’est le cas de Christine de Pizan. Cette dernière, par exemple, a bien eu accès au De mulieribus claris, probablement à travers la traduction en moyen français ; elle a, en tout cas, des notions de latins et s’inspire beaucoup du livre de Boccace dont elle reprend plus d’un tiers des exemples. Sur la question de l’accès des femmes au savoir : Paupert et Ribémont (2012) ; Green (2007) ; Légaré (2007) ; Légaré – Brown (2016). Sur la relation entre le De mulieribus claris et le Livre de la Cité des Dames, voir, par exemple, Gonzalez Doreste – Plaza Picon (2002-2003). Return to text

4 Boccace, De mulieribus claris, préambule 1-27. Nous nous appuyons sur le texte établi par Zaccaria qui est traduit, introduit et annoté par Boriaud (2013). Sauf indication contraire, les traductions sont personnelles. Return to text

5 Ibid., 31-40. Return to text

6 Boccace, De mulieribus claris, « Dédicace à Andrea Acciaiuoli » : suis quippe suffragiis tuis blandietur ociis, dum feminea virtute et historiarum lepiditate letaberis. Nec incassum, arbitror, agitabitur lectio si, facinorum preteritarum mulierum emula, egregium animum tuum concitabis in melius (« car ses conseils y charmeront tes loisirs tandis que ces vertus féminines tout comme la grâce des histoires te procureront beaucoup de plaisir. Et cette lecture, à mon avis, ne sera pas dénuée d’utilité si en émule des exploits des dames du passé, tu aiguillonnes ton esprit supérieur pour les dépasser »). De même, dans la préface (48-49), le récit des exploits féminins allie au plaisir une sainte utilité pour l’esprit : inmixta hystoriarum delectationi, sacra mentes subintrabit utilitas (« Une sainte utilité, mêlée au plaisir de ces histoires, pénètrera les esprits »). Return to text

7 Casanova-Robin, Gambino Longo et La Brasca (2017) rappellent à juste titre que la dichotomie médiéviste/humaniste n’est pas pertinente pour Boccace. Ainsi Branca (1976) s’oppose à l’idée défendue, notamment par De Sanctis (1965) qui faisait de Boccace le pionnier d’une conception du monde laïque et mondaine de la Renaissance. Boccace nous semble être un auteur humaniste en ce qu’il entreprend une redécouverte des textes classiques, en particulier, ceux de Tacite et de Martial, et qu’il témoigne d’une connaissance réelle d’Homère et des textes grecs : voir sur ce point Kolsky (2003) 39-58, et Casanova-Robin, Gambino Longo et La Brasca (2017), 15-16. Return to text

8 Torretta (1902), 35-65 ; 57-60. Return to text

9 Sur la vertu parfaite des saintes : De mulieribus claris, praef. 67-73 ; sur cet alliage de vertus et de vices chez les héroïnes païennes : praef. 31-36. Return to text

10 Ibid., 28-31. Return to text

11 Benson (1992) rappelle que le but d’une telle vision est d’ébranler les certitudes du lecteur. Return to text

12 Dans la préface du livre Boccace (praef. 17-18) parle des « femmes, à qui la nature a infligé en majorité mollesse, faiblesse de corps et lenteur d’esprit » (mulieres, quibus fere omnibus a natura rerum mollities insita et corpus debile ac tardum ingenium datum est). Return to text

13 Robin (1997). Return to text

14 Paski (1997). Psaki a repris ses analyses dans un ouvrage collectif plus récent : Psaki et Stillinger (2006). Return to text

15 Kolsky (2003). Return to text

16 Franklin (2006). Return to text

17 Chapitre 92. Return to text

18 Chapitre 94. Return to text

19 Chapitre 95. Return to text

20 Chapitre 96. Return to text

21 Zaccaria (1977). Return to text

22 Bocc., Préface 50-55 : …amplius… protraxisse non solum utile, sed oportunum arbitror ; existimans harum facinora non minus mulieribus quam viris etiam placitura (« j’ai pensé non seulement utile mais opportun de donner plus d’ampleur, estimant que leurs exploits procureront non moins de plaisir aux femmes qu’aux hommes »).  Return to text

23 Sur le caractère subversif et « anormal » de ces héroïnes voir Kolsky (2003). Return to text

24 Sur ce point voir Späth (2012) et Hallett (2012). Return to text

25 Tacite, Annales 15, 57 : …clariore exemplo libertina mulier in tanta necessitate alienos ac prope ignotos protegendo, cum ingenui et uiri et equites Romani senatoresque intacti tormentis carissima suorum quisque pignorum proderent (« elle donna ainsi, elle, une femme, une affranchie, un exemple plus éclatant en protégeant, dans une situation aussi extrême, des hommes étrangers, presque des inconnus, tandis que des gens de naissance libre, des hommes, des chevaliers romains et des sénateurs, sans être exposés aux tourments, livraient chacun les parents qui leur étaient les plus chers »). Return to text

26 Ibid., 15, 51 : neque illi ante ulla rerum honestarum cura fuerat (« car jamais, jusque-là, elle ne s’était préoccupée de morale »). Return to text

27 Boccace, De mulieribus claris 93, 1-6. Return to text

28 Tac., Annales 15, 57. Return to text

29 Ibid. : cum ingenui et uiri et equites Romani senatoresque intacti tormentis carissima suorum quisque pignorum proderent (« des gens de naissance libre, des hommes, des chevaliers romains et des sénateurs, sans être exposés aux tourments, livraient chacun ce qu’ils avaient de plus cher et de plus précieux »).  Return to text

30 Boccace, De mulieribus claris 96, 7-12. Return to text

31 Ibid., 13-23. Return to text

32 Tacite, Annales 15, 51. Return to text

33 Tac., Ann. 15, 51 : Erat nauarchus in ea classe Volusius Proculus, occidendae matris Neroni inter ministros, non ex magnitudine sceleris prouectus, ut rebatur (« Il y avait dans la flotte un capitaine de vaisseau, Volusius Proculus, qui avait été l’un des agents de Néron impliqués dans l’assassinat de sa mère et qui selon lui n’avait pas reçu une promotion proportionnée à l’importance du crime »). Return to text

34 Tac., Ann. 15, 57 : Atque interim Nero recordatus Volusii Proculi indicio Epicharim attineri ratusque muliebre corpus impar dolori tormentis dilacerari iubet (« Pendant ce temps Néron, se rappelant que sur la dénonciation de Volusius Proculus Epicharis était retenue en prison et pensant qu’un corps de femme ne résisterait pas à la douleur, ordonna qu’on déchirât son corps de tortures »). Return to text

35 Tac., Ann. 15, 56 : …credens nec ullum silentii emolumentum. Return to text

36 Tacite, Annales 15, 51. Return to text

37 Zanin (2019). Return to text

38 Boccace (2, 16) emploie le même terme en spécifiant que c’est un attribut féminin : astu quodam muliebri. Return to text

39 Comme Zanin (2019), 26, le rappelle, l’un des premiers traducteurs en italien : Betussi (1547) rend l’expression par : un certo dissimular donnesco et Boriaud (2013) traduit par : « avec une fourberie féminine ». Return to text

40 Franklin (2006), 52-53. Return to text

41 Späth (2012), 431-457, et Hallett (2012), 372-384. Return to text

42 De mulieribus claris 93, 29-30. Return to text

43 Ibid., 31-36. Return to text

44 Ibid., 36-43. Return to text

45 Il s’agit des chapitres 52 et 53. Return to text

46 Au chapitre 54 Scaevinus, qui sollicite l’honneur de frapper en premier Néron, est trahi par son affranchi Milichus ; dans le chapitre suivant Tacite raconte comment ce dernier dénonce son maître à Epaphrodite et à Néron. Le chapitre 56 met en scène l’un des conjurés, Natalis, et Scaevinus : à la vue des tortures qui les attendent, tous les deux révèlent la conjuration. Return to text

47 Ainsi Horace dans ses Satires (2, 1, 30-31) dit-il à propos de Lucilius : Ille velut fidis arcana sodalibus olim/credebat libris (« Jadis, ce grand homme confiait ses secrets à ses écrits comme à des compagnons fidèles »). Les arcana sont donc les secrets les plus intimes que l’on confie à un ami. Cette idée on la retrouve également chez Sénèque dans les Lettres à Lucilius (3, 3). Le poète stoïcien Perse (Satires 5, 28-29) utilise le terme dans un contexte amical particulier : celui de la parrhésie philosophique à travers laquelle le disciple (ici Perse) met à nu devant son maître (Cornutus) son âme : Voce traham pura totumque hoc verba resignent,/quod latet arcana non enarrabile fibra (« Des mots, brisant le sceau, montrent ce qui se cache, impossible à décrire, en le secret du cœur »). La traduction est de Pautrat (1995). Chez Perse, ce dévoilement du cœur n’est pas un épanchement des sentiments mais il consiste à donner à voir les passions de son âme au maître qui à son tour fera un diagnostic franc et objectif de son état. On remarquera aussi que dans ce passage la parrhésie revêt une dimension religieuse, l’âme de Perse étant comparée à une offrande. Enfin, l’expression dans le texte de Boccace n’est pas sans rappeler les arcana conscientiae des Chrétiens même si les secrets en question désignent les noms des conjurés et non la conscience de l’héroïne. Return to text

48 Par exemple dans la lettre 120 (Lettres à Lucilius 120, 13-14), Sénèque célèbre la résistance du sage face aux tortures. De même, au premier chapitre du Livre 1 des Entretiens (1, 1, 23-24) Épictète met en scène une victime qui refuse de délivrer les secrets à son bourreau. Return to text

49 Lettres à Lucilius 20, 1-2 ; 29, 11-12 ; 52, 9-15. Return to text

50 Sur le silence comme espace de liberté, comme un acte, acte de résistance au pouvoir dominant voir l’article de Brown (1996) qui, s’inspirant de l’Histoire de la sexualité de M. Foucault, montre le caractère ambivalent du discours et du silence à la fois instruments du pouvoir et rempart contre le pouvoir. Return to text

51 Kolsky (2003). Return to text

52 Aristote, Politiques I, 13, 1260a10, 22. Return to text

53 Thomas d’Aquin, Somme théologique, 1, q. 92.1 ; I, q. 96.3. Return to text

54 Jordan (1987) rappelle avec raison qu’en faisant jouer un rôle important à Epicharis dans la uita actiua, Boccace remet en question la conception paulinienne de la femme. Return to text

55 Boccace, De mulieribus claris 50, 1-7 : Leenam grecam arbitror fuisse feminam ; quam, etsi minus fuerit pudica, bona tamen honestarum matronarum atque reginarum illustrium pace, inter claras feminas descripsisse uelim (« Leaena fut, à mon avis, une femme grecque ; même si elle ne fut guère chaste, je souhaiterais la placer parmi les femmes illustres, si les femmes vertueuses et les reines célèbres me le permettent »). Return to text

56 Ibid., 38. Return to text

57 Ibid., 39-45 : tandem, conualescentibus cruciatibus et corporeis deficientibus uiribus, timens, uirilis femina, ne, debilitata uirtute corporea, etiam eneruaretur propositum, in robur maius excessit egitque ut eque cum uiribus et dicendi potestas auferretur ; et acri morsu linguam precidit suam et expuit ; et sic actu unico, sed clarissimo, spem omnem a se noscendi quod exquirebatur tortoribus abstulit (« enfin, comme les tortures augmentaient et que les forces de son corps déclinaient, cette femme virile, craignant qu’avec l’affaiblissement de ses forces physiques ne faiblît sa résolution, redoubla d’énergie et agit de telle sorte qu’en même temps que ses forces disparût aussi sa faculté de parler : elle se mordit violemment la langue, la coupa et la cracha ; et par cet acte sans précédent mais insigne, elle ôta aux bourreaux tout espoir d’apprendre d’elle les secrets qu’ils tentaient de lui arracher »).  Return to text

58 Ibid., 10. Return to text

59 Ibid., 8-16. Return to text

60 Benson (1992), 2, joue sur le double sens, renaissant et contemporain, du terme anglais « invention », à la fois redécouverte de l’ancien et construction du nouveau. Les écrivains humanistes conçoivent comme une « invention » la redécouverte d’une notion ou d’un objet qui était tombé à leur époque dans l’oubli : en effet, le personnage antique d’Epicharis permet à Boccace de renouer avec des modèles féminins plus ambivalents sur le plan psychologique, moral et sexuel. Mais l’auteur renouvelle aussi le modèle classique de la femme, au sens contemporain du terme, en faisant jouer à celle-ci une part plus active dans la vie politique et en accentuant davantage que Tacite le caractère viril d’Epicharis. Return to text

61 De même, dans la dédicace à Andrea Acciaiuoli (30-33), Boccace considère le prénom « Andrea » comme le signe le plus éclatant de sa vertu : « le grec ἄνδρες équivalant au latin homines » (cum ἄνδρες Greci quod latine dicimus homines nuncupent). Return to text

62 Franklin (2006), 50, rappelle à très juste titre qu’au lieu de comparer les exploits de Léaena à des martyrs chrétiens masculins, le narrateur préfère plutôt établir un parallèle entre son silence et l’éloquence de Démosthène. Par là, il signifie que la femme obtient la gloire d’une manière totalement opposée à celle des hommes : aux hommes convient l’éloquence, à la femme, la retenue et le silence. Return to text

63 Kolsky (2003), 15. Return to text

64 Kolsky (2003), 14-15. Return to text

65 Kolsky (2003), 70. Return to text

66 Franklin (2006), 1. Return to text

67 Sur ce point : Caye (2010). Voir par exemple, les Lettres familières de Pétrarque, dans l’édition et traduction de Dotti (2002), 191. Return to text

68 Boriaud (2013), XII. Return to text

69 Caye (2017). Return to text

70 Boccace, Le Décameron, sixième Journée, nouvelle 2. Return to text

71 Boccace, De mulieribus claris 93, 53-58. Return to text

72 Ibid., 57, 134-136. Return to text

73 57, 135-136 : Deus uirilem et magnificam infuderat animam (« Dieu avait placé une âme virile et extraordinaire ») ; 93, 54-55 : illam pectori infundendo femineo quam uirili immisisse crediderat » (« croyant placer une âme dans un corps masculin, elle le fait dans le corps d’une femme »). Return to text

74 57, 134-135 : …quid… arbitrari possumus, nisi nature laborantis errore factum (« que pouvons nous penser sinon que c’est une erreur de la nature ») ; 93, 53 : Oberrare crederem naturam rerum aliquando (« je serais d’avis que la nature fait parfois des erreurs »). Return to text

75 Dionisotti (1967), 41, cité par Casanova-Robin, Gambino Longo et La Branca (2017). Return to text

76 Voir Casanova-Robin, Gambino Longo et La Branca (2017) 9, qui citent les articles de Feo (1986) et Fera (2004). Return to text

77 Boccace, De mulieribus claris 32, 33-35. Return to text

78 Milligan (2018), 135-151. Return to text

79 Boccace, De mulieribus claris 93, 59-63. Return to text

80 Ainsi, à l’évocation de la mort d’Epicharis à la fin du récit, Boccace ajoute une nouvelle précision (93, 41) : ne conspiratis obesset, violentam sibi mortem conscivit (« elle s’infligea une mort violente afin de ne pas nuire aux conspirés »). Return to text

81 93, 50. Return to text

82 Tac., Annales 15, 57. Return to text

83 50, 34-39. Return to text

84 Kolsky (2003). Return to text

85 93, 59-63. Return to text

86 Sur l’idée que le « miroir » renvoie le reflet plus parfait de notre nature, voir la comparaison platonicienne de la contemplation de la perfection divine par l’homme à un œil voyant son reflet dans la pupille d’un autre œil : Premier Alcibiade, 132d-133c. Sur la fonction parénétique du « miroir » chez Sénèque, en particulier dans le De Clementia (1,1), voir Armisen-Marchetti (2006), 185-201. Return to text

Sur l’idée du miroir comme correction de nos vices, voir, par exemple, Apulée, Apologie de Socrate 15 et le De ira (2, 36, 1) dans lequel Sénèque propose de présenter un miroir à l’homme en colère; ce dernier, en voyant la laideur de son visage, prendra ainsi conscience de son état.

References

Electronic reference

Jordi Pia-Comella, « Epicharis dans le De mulieribus claris (1375) de Boccace : paradigme de vertu humaniste ? », Eugesta [Online], 11 | 2021, Online since 01 janvier 2021, connection on 24 février 2024. URL : http://www.peren-revues.fr/eugesta/148

Author

Jordi Pia-Comella

Université Sorbonne nouvelle
piacomellajordi@gmail.com

Copyright

CC-BY