Le mythe du Graal et son Élucidation : nouvelle lecture vers le sens premier du Conte du Graal

DOI : 10.54563/bdba.786

p. 153-168

Outline

Text

Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours.
(Gérard de Nerval, Les Chimères)

La Quête du texte

Tant de controverses, et qui durent, autour du Conte du Graal ! On aimerait trouver un texte, si possible d’époque, qui éclairerait les énigmes que pose cette grande légende. Or, ce texte existe. Il s’intitule justement Élucidation.

Cette Postface postiche ajoutée au Conte du Graal de Chrétien de Troyes, on n’en parle guère. Il est vrai qu’elle est peu accessible. Elle ne figure ni dans l’édition de William Roach, ni dans celle de Charles Méla, ni de Daniel Poirion.

On n’est pas mieux loti pour les traductions. Ce texte ne figure ni dans les éditions bilingues de Poirion ni de Méla, ni dans celle de Perceval par Jean-Pierre Foucher et André Ortais ; ni dans celle de Stock+Plus par Lucien Foulet, ni dans celle de Henri de Briel.

Je n’en ai trouvé le texte original que dans l’édition Hilka. Il en existe aussi une édition américaine de A. W. Rhompson en 1931. Une autre y a été publiée depuis ; mais aucune, que je sache, n’est parue en France. Ni aucune traduction française.

Il est vrai aussi que l’avis des quelques critiques qui l’avaient lu incitait peu à le rechercher. Jean Marx n’y voyait qu’un conte rajouté « tant bien que mal » au récit de Chrétien (p. 339). Et Jean Markale répète l’avis des spécialistes : c’est « une Élucidation qui n’élucide rien du tout et contribue davantage à brouiller les cartes » (p. 99)1.

Procès expéditif que cette condamnation de l’Élucidation. Il mérite peut-être un appel en révision. Rouvrons le dossier.

Le Texte même

Il s’agit de 484 vers en franco-picard que les spécialistes datent de vers l’an 1200. Il veut raconter comment et pourquoi fut détruit le royaume de Logres :

Coment et por coi fu destruis
De Logres li rices païs
Li roiaumes torna a perte
La tiere fu morte et deserte
Si que puis ne valu .II. noi (éd. Hilka, p. 418, vv. 26-31).

Des pucelles des puis (des collines, et non pas des sources comme traduit inexactement Jean Marx, p. 163) avaient coutume de servir en biau mangier dans des ecuieles d’or et d’argent sur des touailles blankes, tous ceux qui erraient par les chemins (39-51).

Vint le Roi « Amangons ». Il esforcha une des pucelles, la dépucela et li toli la coupe d’or. Et ses vassaux imitèrent ce honteux exemple (63-86).

Dès lors plus aucune pucelle n’issi des collines pour servir ceux qui erraient par les chemins (35). Le pays déclina. Le roi fit une male fin. Le royaume s’agâtit. Les arbres n’eurent plus de feuilles. Prés et fleurs se desséchèrent. Et les eaux se tarirent (87-98). Ainsi fut détruit le riche pays de Logres. Le royaume tourna à sa perte. La terre fut morte et déserte et ne valut plus deux noix.

Et depuis, se perdit la voie qui, à la croisée des deux mondes, menait vers la retraite des pucelles (32-33). On ne put plus retrouver cette cour du Riche Pêcheur qui illuminait le pays (99-101).

Messire Gauwains avait fait prisonnier un chevalier nommé Blihis Bliheris ou « Maître Blihis ». C’était un des enfants des damoselles enforcées par Amangon. Or, cet homme connaissait les contes au point que nul ne se lassait de l’écouter. Si bien que les pairs lui demandèrent de leur raconter cette histoire, la mervelle de ces pucelles. C’est lui donc qui narra celle aventure (161-191).

Ainsi initiés, les chevaliers d’Arthur voulurent ardemment chercher la cour de ce Rice Pesceour, / Qui moult savoit de ningremance / Qu’il muast .C. fois sa samblance (220-221). Si bien qu’eût été fort perplexe qui l’eût vu le matin vêtu en pêcheur et siégeant le soir en Roi (294-297).

Et sa cour, ce fut Messire Gauvain qui la trouva (225).

L’Élucidation paraît donc compléter le roman de Chrétien d’abord par une sorte de Prologue, puis achever sa fin manquante par un Épilogue qui lui donnerait le dénouement.

Prologue : La Félonie

Les Apports

Comme « Prologue », il expose les préludes de l’aventure : pourquoi le royaume de Logres était-il devenu un « Gaste Pays », quelles sortes de créatures le peuplaient ; pourquoi il était devenu invisible, ou introuvable.

Quelles créatures le peuplaient ?

On sait que le cortège du Graal chez Chrétien de Troyes est composé notamment de deux dameiselles porteuses l’une d’un graal, l’autre d’un tailloir (Hilka, v. 3221).

LÉlucidation précise qu’elles étaient plusieurs demoiselles à détenir une coupe d’or et que c’étaient des « demoiselles des puis », c’est-à-dire des fées des collines. On sait que très souvent les personnages des romans arthuriens sont d’anciens dieux, demi-dieux, des déesses ou fées dégradés à l’échelle humaine : la mythologie passée en roman. Ces demoiselles des collines confèrent ainsi d’emblée au manoir du graal son caractère féerique.

C’étaient des fées hospitalières : elles accueillaient les hôtes de passage. Sur des nappes blanches, dans de la vaisselle d’or, elles servaient tous mets selon les désirs. L’or est un moyen traditionnel de symboliser le surnaturel.

Et ce texte confirme un des caractères fondamentaux du festin du Graal : chacun y trouvait des mets au gré de ses désirs. Caractère que ne reprend pas le roman de Chrétien alors qu’il figurait dans la tradition orale puisque la Première Continuation puis toutes les autres le rétabliront.

Le Forfait

Vint le roi Amangon. Lui et les siens violèrent les « demoiselles ». L’Élucidation livre le nom du Roi félon qui les força et ravit leur « Coupe d’Or » qui paraît analogue au Graal.

Chrétien faisait allusion à pareille péripétie à l’ouverture du roman quand trois pucelles sont enlevées par cinq chevaliers (vv. 184-185 & sqq.) ; mais il ne soulignait pas le lien entre ce délit et la disparition du château féerique (peut-être ne l’a-t-il pas perçu ?). Ni il ne nomme leurs ravisseurs félons (peut-être Amangon et les siens).

Chrétien généralement répercute de vieux mythes sacrés en les réduisant au romanesque humain. Et peut-on oser dire qu’il n’en comprend pas toujours le vrai sens ? Si bien qu’il le déforme, le défigure jusqu’à parfois le rendre incompréhensible. Chrétien n’est pas un Dieu infaillible et omniscient. (Les augustes Augures gardiens du Temple dont je secoue les colonnes me voueront sans doute aux gémonies pour cet impudent blasphème…)

Dans The Waste Land, un écrivain contemporain, T.S. Eliot, a repris cette version de l’Élucidation sur la cause de la Terre Gaste : « La malédiction de la terre fait suite au viol des jeunes filles à la cour du Roi Pêcheur » (Seuil, p. 94).

Un autre forfait est à la base du Conte du Graal : « le Coup Félon, le Coup Douloureux ». Chrétien évoque un homologue attentat sexuel comme ayant causé la stérilité du pays. Cette fois c’est le Roi lui-même qui avait été atteint, blessé dans les parties viriles : « Si fu navrez d’un javelot / Parmi les hanches ambedeus » (vv. 3512-3513). D’où son nom de Roi « Méhaigné ». Si bien qu’il en est devenu impotent, c’est-à-dire impuissant. Et son impotence avait rejailli sur son domaine devenu désert.

– Méfaits symétriques, effets identiques !

L’Auteur

Selon la Continuation Manessier, l’auteur de l’attentat était un certain Partinal, Sire de la Tour Rouge (signe infernal). Il avait traîtreusement tué Goondesert le frère du Roi Méhaigné. Ces atteintes à son lignage, Perceval voudra les venger. Il cherchera Partinal, le trouvera, le décapitera, pendra sa tête à l’arçon de sa selle et rapportera ce trophée au château du Roi Pêcheur. (Il n’est pas interdit de supposer que sa tête est l’hostie [oiste], la victime que contient le Graal).

Ce Roi impotent trouve son homologue dans l’Oncle boiteux de Peredur chez qui le héros voit défiler une Tête portée sur un plat. Cette Tête est celle d’un cousin germain ; et ce meurtre est attribué à des sorcières de Kaer Loyw. Ce sont elles aussi qui ont estropié l’Oncle boiteux et pêcheur… Tout se correspond ; tout se tient.

Selon l’Élucidation l’auteur du viol est le Roi Amangon. La différence des noms ne doit pas poser gros problème : on sait à quel point les auteurs du Moyen Âge jouaient avec les noms et généalogies et attribuaient volontiers aux uns les aventures des autres.

Qui serait ce Roi Amangon ? Chrétien ignore ce nom. – On a proposé plusieurs hypothèses.

L’Hypothèse Mabon

On a d’abord cru voir en son nom une variante de Mabon, « Maponius », épithète du dieu Apollon2. Il figure dans maints textes gallois : Kulhwch & Olwen, les Triades, le Songe de Rhonabhwy, ainsi que dans Érec et Énide.

Mais Mabon passe jusqu’alors pour un personnage faste, musicien, magicien, bienveillant. On ne discerne aucun rapport de ce héros solaire avec le Roi violeur. Aussi cette hypothèse a-t-elle été abandonnée.

L’Hypothèse Manawyddan

Roger Sherman Loomis a cru identifier le personnage sous le masque de Manawyddan, fils de Llyr3. De fait, après son mariage avec la Reine Rhiannon, avait éclaté un coup de tonnerre, un nuage avait envahi l’espace, et toute la contrée était transformée en pays dévasté, en un Gaste Pays. Le fils de Rhiannon, Pryderi, qui avait arrangé ce mariage, se voit enchaîné par une coupe d’or qu’il avait voulu saisir. Cet enchantement ne sera levé que par Manawyddan4.

– De fait un parallélisme, assez large, mais assez lâche, rapproche les deux récits. Deux thèmes sont communs : la désolation du pays et la coupe d’or. Un autre manque : le viol. En outre, Manawyddan n’est pas le félon coupable de l’enchantement néfaste qui frappe le pays ; mais sa victime. Et, phonétiquement, on voit mal comment faire dériver Amangon de Manawyddan ni de son équivalent irlandais Mananann.

L’hypothèse est donc difficile à soutenir.

L’Hypothèse Amorgen

Dans son Origin of the Grail Legende, Arthur C.L. Brown a cru reconnaître cet Amangon ou Mangon dans le nom de l’Irlandais Amargen, – nom d’un poète, enchanteur, et héros semi-divin, qu’on trouve et dans des romans gallois et dans des épopées Irlandaises.

Mais de quel Amargen s’agit-il ? Il y en a deux, Amorgen ou Amargen.

a) Le Cycle de l’Ulster connaît un Amorgen, poète du roi Conchobar. Il a épousé Findchoem, fille d’un druide célèbre Cathbad, sœur du roi et mère du héros Conall Cernach frère de lait du grand héros Cü-Chulainn5.

On ne voit pas l’analogie entre cet Amorgen et le roi violeur Amangon.

b) Le Livre des Conquêtes d’Irlande (Lebor Gabâla Erenn) connaît un autre Amorgen : Amorgen Glungel. C’était un « file », un « voyant », un druide-poète, incantateur-devin maître des ogam, des inscriptions magiques, auteur de multiples trahisons (voir : Textes mythologiques d’Irlande, réunis par Chr. J. Guyonvarc’h6).

Lorsque les Goidels envahirent l’Irlande, cet Amorgen remercia les déesses éponymes du pays qui prédisaient que sa race dominerait l’île à jamais. Il révérait ainsi d’autres divinités que celles de sa race et il fut considéré comme traître par les siens7.

Selon l’Histoire du Loch Erne, cet Amorgen et les siens poursuivirent les dames-fées qui accompagnaient Erne la reine-mère incarnation de l’Irlande, si bien qu’avec leurs trésors, elles se noyèrent dans un Lac appelé dès lors le Loch Erne8. On saisit l’analogie avec la traque d’Amangon convoitant pucelles et trésors.

Selon le Lebor Gabâla, Amorgen fut l’arbitre qui, à l’arrivée des Goidels en Irlande, eut à rendre un jugement sur le partage du pays : une part sur terre, pour les envahisseurs Gaëls ; l’autre sous terre, pour les Tùatha Dé Dànann vaincus. Si bien que ce peuple-fée, dieux de lumière, artistes immortels et experts en magie, dut laisser les rivières bruissantes, les douces collines et les prairies verdoyantes et disparaître de la surface du sol : « Ils s’enfoncèrent dans les collines et le domaine des fées, de sorte que les fées souterraines devinrent leurs sujets ». Ils devinrent dès lors les aes sîde, les gens du sîd, et hantèrent les tertres où ils établirent leurs palais souterrains regorgeant de délices. – Disparition souterraine qui se rapproche de celle des pucelles de l’Élucidation, passées elles aussi dans un autre monde invisible.

Or ces Gens de la Déesse Dânann détenaient des talismans : le Chaudron nourricier du dieu Dagda ; la Lance victorieuse du dieu Lug ; l’Épée invincible du roi Nuada. Talismans figurant dans le Conte du Graal : le Graal équivalent au Chaudron, la Lance saignante, et l’Épée.

Enfin cet Amorgen est donné comme fils adoptif (ou doublet) de Cai Cainbrethach, contempteur des druides et donc félon au culte traditionnel. Traître à sa race, traître à ses dieux, traître à la morale, cet Amorgen a pu inspirer le personnage du déloyal Amangon.

Bref, ce qui se situait sur le plan mythique, le Conte du Graal va en donner un décalque sur le plan du roman.

L’analogie est étroite.

*

Au xxe siècle, le Gallois Arthur Machen (1863-1947) témoigne dans ses Chroniques du Petit Peuple des Collines que le mythe irlandais des Tùatha Dé Da’nann trouve son équivalent en Pays de Galles avec la « Tylwydd Tég », la famille des Fées.

Lui-même perpétue cette légende d’une race aborigène vaincue et refoulée sous les tertres creusés dans des collines arides de régions reculées loin de toute route, pays enchanté de sources et d’oiseaux, où règnent les fées. Elle y aurait disparu avec ses secrets.

*

Mais point ne suffit d’identifier Amangon et Amargen. Il faut aller plus loin. De cette identification il faut dégager toutes les conséquences qu’elle implique au niveau du mythe primitif qu’ils répercutent.

Le Château enchanté

Le méfait d’Amangon amena deux désastres : le château disparut et les terres autour devinrent stériles et désertes.

En effet le château plongea dans l’invisibilité. Le roman de Chrétien est fort net en ce sens.

Perceval d’abord n’aperçoit pas le château que le Roi Pêcheur lui a dit tout proche. Mais il a beau gravir une colline et de là-haut regarder au loin, nul château n’apparaît à ses yeux. Il est si peu visible que Perceval va jusqu’à maudire ce Pêcheur qui l’a honteusement mystifié. Jusqu’au moment où par une fente dans la roche, par une brèche dans le monde réel, il en distingue le pommeau des tours (vv. 3029-3051). Et c’est en franchissant cette brèche, cette « frete », en passant ce seuil de l’Autre Monde que Perceval parviendra à ce séjour si bien caché qu’une fois perdu il ne le retrouvera pas. Le domaine du Graal gît derrière une fissure dans la rationalité du monde.

Et si en dehors de toute topographie réelle se trouve ce château que, lorsque Perceval rencontrera une cousine, il lui dira que ce manoir est à portée de cri alors qu’aucun château, dit-elle, n’existe à vingt cinq lieues à la ronde (vv. 3466-3489). Et on comprend mal comment un médiéviste averti comme Maurice Delbouille ait pu soutenir que le manoir du Graal est un château normal dans un pays normal (cf. Les Romans du Graal dans la littérature des xiie et xiiie siècles, pp. 83-91).

Si clair était Chrétien que l’Élucidation ne voit pas matière à élucider davantage : « Ne on ne peut puis trover jor / Le cort au rice Pecheor / Qui resplendissoit le païs » (vv. 99-101).

La Désolation du Domaine

« Depuis ce viol, le pays est devenu dévasté, les eaux se sont taries. » À la dévastation des pucelles répond donc, magiquement, la dévastation du pays. Nous sommes bien dans la conception mythique traditionnelle qui suppose un lien de sympathie entre la créature et la création.

C’est la hideuse Demoiselle à la mule qui révèle à Perceval ce tableau funeste : « Dames an perdront leurs mariz / Terres an seront essiliees / Et pucelles deconseillees / Qui orfelines remandront / Et maint chevalier an morront » : (vv. 4678-4682).

L’Élucidation détaille davantage la dévastation des terres ainsi « essilliees », passées dans un autre monde. Elle en dresse le tableau dès le début : « Et si fu grans noise et grans bruis / Coment et por coi fu destruis / De Logres li rice païs / Li roiaume torna a perte / La tiere fu morte et deserte / Et puis ne valu .II. nois » (vv. 25-32).

L’Élucidation rectifie ici tacitement le roman de Chrétien. Chrétien se trompe lorsqu’il modifie l’archétype Aλφα en faisant de la désolation du domaine un événement futur qui résulterait du silence de Perceval devant le Graal. La désolation, elle est déjà là, dans l’impotence du Roi Méhaigné, dans la décrépitude de son doublet le roi reclus. C’est la conséquence du Coup félon qui, ayant attenté au Roi a, du même coup, attenté au royaume. L’Élucidation, elle, restitue correctement la ruine du pays au forfait initial.

En modifiant le mythe fondateur, Chrétien n’a pas saisi que la désolation du sol dérivait automatiquement de la mutilation du roi. Selon les croyances traditionnelles, la stérilité du roi stérilise le royaume. Car une étroite sympathie de destin lie le roi et le royaume : ce qui atteint l’un rejaillit sur l’autre. Il est bien des ethnies où lorsqu’une calamité frappe le pays la faute en est cherchée dans l’affaiblissement du roi. Si les crues du Nil n’étaient pas suffisantes, c’est que le pharaon était insuffisant. Et au Rwanda, si les récoltes étaient mauvaises, si les troupeaux languissaient, c’est que le Mwami (le souverain) déclinait. Et il était empoisonné par les Abiru (ses conseillers).

Épilogue : Le Vengeur

Gauvain

« Depuis, se perdit la voie qui, à la croisée des deux mondes, menait vers le domaine des pucelles » (32-33). « On ne put plus retrouver cette cour du Riche Pêcheur » (99-101). « Et sa cour, ce fut Messire Gauvain qui la trouva » (225). « Le favori qui, guidé par Dieu, en retrouvera le chemin restaurera la prospérité du royaume et celle de son Roi ». « Et la légende dit que c’est Gauvain qui retrouva le Roi Pêcheur et sa cour ».

Voilà qui surprend ! Gauvain, favori du Ciel pour retrouver le château du Graal ? On était si habitué à croire que ce fût Perceval9. Si bien qu’aux fans de Perceval ce texte de l’Élucidation a paru gênant. Et on a préféré le passer sous silence. Ainsi dans son résumé de l’Élucidation Jean Marx, pour qui c’est définitivement Perceval le héros du Graal, escamote le rôle final dévolu à Gauvain.

Il est vrai que le roman de Chrétien ne va pas jusqu’au dénouement, que le roman est inachevé, que ce dénouement n’est que supposé. Et supposé par une sorte d’extrapolation régressive et indue des Continuations et versions ultérieures, projetée sur le roman de Chrétien.

Romancier habile, chevronné, Chrétien n’a pas introduit un personnage aussi important que Gauvain, narré ses exploits pendant des milliers de vers, mis seul en scène pendant plus d’un tiers du récit, pour qu’en fin de compte il ne serve à rien, ne joue aucun rôle dans le dénouement. Ce serait stupide. Et Chrétien ne l’est pas.

Dans Peredur, équivalent gallois du Perceval français, c’est Gauvain (Gwalchmei) qui arrive avant Peredur au Château des Merveilles chez le Vieillard Boiteux, équivalent du Roi impotent, où passe un Plat équivalent du Graal. On peut supposer un même partage des rôles dans le Conte du Graal : Gauvain retrouve le château disparu ; Perceval arrive ensuite, résout les énigmes et guérit le roi blessé.

Ce Peredur n’est pas sans autorité. Sa sobriété – son manque d’ornements littéraires – témoigne que, malgré sa transcription tardive, sa rédaction est plus proche de la tradition orale originelle.

« La distribution de la matière entre deux personnage principaux, Perceval et Gauvain, apparaît d’emblée comme le trait essentiel de l’organisation de [l’]œuvre ». « L’histoire se développe autour de deux chevaliers qui pourraient prétendre tous deux au titre de héros ». Sans que pour cela Gauvain soit « destiné à devenir » le héros du Graal9.

Dans Diu Krône der Abenteuer (±1225) de Heinrich von dem Türlin, c’est également Gawein (Gauvain) qui retrouve le manoir du Graal et réussit l’épreuve à laquelle « par lâcheté » s’était dérobé Perceval. Le domaine du Roi Pêcheur s’est désertifié après qu’un cousin eut tué le frère du Roi. Depuis, lui et sa cour ne sont plus que zombies : «Nous semblons vivants, mais nous ne le sommes pas ». Seules vivantes dans ces limbes, les demoiselles gardent toujours le Graal. Le Maître ressuscite un moment ; puis lui et son peuple disparaissent, à jamais invisibles, avec le Graal. Et Jean Marx estime qu’on a là un « très curieux récit arthurien où surnagent des épisodes perdus ailleurs » (p. 18), et « conservant des échos et des restes de contes et croyances celtiques »

 

Même dans Le Conte du Graal, inachevé, de Chrétien de Troyes, là où Perceval a échoué, il n’est pas exclu que Gauvain réussisse. C’est ce que semble croire la Première Continuation. Car tout se passe comme si Wauchier de Denain, von den Türlin et l’auteur de L’Élucidation avaient su de quelque manière (confidence, brouillons, version archétypale, ou…) que Chrétien entendait clore son récit par le triomphe de Gauvain.

Si bien que, vu la convergence de multiples textes, de Peredur, de L’Élucidation, de Die Kröne, de Sir Gawain and the Green Knight, et autres Wigalois de Wirt von Grafenberg ou Biaus Desconeüz de Renaut de Beaujeu, des médiévistes, comme Jessie Weston, se crurent fondés à accréditer Gauvain comme véritable héros du Graal10. Un Gauvain qui réapparaît encore dans L’Âtre périlleux, Le Livre de Caradoc, Humbaut, Jaufré, La Demoiselle à la Mule, Méraugis, Rigomer, Le Chevalier à l’Épée, ou dans le Lanzelet d’Ulrich Von Zatzikhoven.

À côté du Roman de Perceval il y aurait eu un (ou des) « Roman de Gauvain » perdu (le cas de manuscrits perdus n’est pas rare au Moyen Âge), un Cycle de Gauvain dont ces divers écrits seraient autant d’échos, de brides, de débris. Source à laquelle aurait puisé l’auteur de l’Élucidation croyant imiter Chrétien.

Incongrue parut l’intrusion de cette miss anglaise dont l’idée ne correspondait pas à ce qu’avaient décidé les augures du temps à propos du Conte du Graal. Il fut dès lors séant de l’ignorer.

On objectait le caractère galant de Gauvain impropre à la quête d’un Graal mystique. C’est qu’indûment on projetait en arrière le caractère accolé à Gauvain par le romanesque courtois ultérieur.

Le mythe fondateur

Mais point ne suffit d’identifier le Félon qui porte le Coup douloureux, ni de supposer quel Vengeur viendra en laver l’outrage. Encore faut-il aller plus loin : dégager le sens profond que veut prôner l’aventure.

La mentalité primitive nous aide à retrouver le mythe fondateur dont s’inspirent les romans du Graal. Un ennemi a mutilé en sa virilité le roi de l’Autre Monde. Et la stérilité du Roi a entraîné la stérilité du royaume. Doit venir un héros libérateur. Il retrouvera l’auteur de ce Coup félon ainsi que l’arme, lance ou javelot, qui a blessé le Roi. Il tuera l’ennemi et emportera sa dépouille ainsi que l’arme ensanglantée (et non pas saignante) qui a causé la blessure. Et, avec cette arme, en en touchant le roi aux parties touchées, il guérira la blessure. Le roi retrouvera ainsi ses fonctions vitales et le royaume sa fertilité. Tout le clan du Roi Méhaigné consommera la chair de l’ennemi immolé apportée dans un cratère et en acquerra sa force.

En citant le nom d’Amangon, l’Élucidation nous a tendu une clé pour interpréter correctement le roman du Graal. Il suggère que la dévastation du royaume de Logres est parallèle à la relégation du peuple-fée des Tuatha Dé Danann. Si la désolation du royaume du Graal reflète cette relégation, si Amangon qui a brisé le lien avec le monde des fées est un écho d’Amergen qui avait rompu le lien avec l’ancien culte, quel est alors le rôle de Gauvain ? Celui de retrouver le monde féerique disparu, de renouer la communication avec l’ancien culte celtique abandonné, celui des druides, celui des fées.

Voilà qui nous livrerait le sens symbolique profond du mythe primordial du Graal. Gauvain ou Perceval, – qui des deux ? n’importe ! est appelé à restaurer l’ancien monde déserté des anciens dieux reniés. Si bien qu’avant de devenir un nouvel évangile apocryphe, le mythe premier du graal invitait à revenir vers les figures surnaturelles, divines ou semi-divines, du vieux culte vaincu.

Résonance nouvelle qu’acquiert ma fabuleuse légende.

Parallélismes

Tableau 1

Tableau 1

Ce tableau montre que maintes affinités rapprochent le Livre des Conquêtes d’Irlande et l’Élucidation. Bel exemple des vertus du comparatisme ; où les silences ou obscurités d’un texte s’éclairent par le parallélisme avec un texte plus clair.

Conclusion

L’Élucidation nous éclaire sur plusieurs points et suggère que le mythe du Graal décalque en partie de vieux récits celtiques d’Irlande. Cette constatation : la traîtrise d’Amangon continuant celles du traître confirmé Amergen, la disparition du château féerique du Graal parallèle à la relégation du peuple-fée des Gens de la Déesse Danann ; – cette constatation rénove considérablement l’interprétation habituelle des contes du Graal.

  • Que représente le Manoir du Graal ? Invisible, insituable, soustrait à toute géographie rationnelle, il est d’un autre monde ; il est l’Autre Monde.
  • Que représente le Roi du Graal ? Dédoublé en roi impotent et en vieux roi reclus, il figure les Dieux-Rois de l’Autre Monde. C’est le Dagada ; c’est Lug ; c’est Bran ; c’est Nuada ; ce sont les anciens dieux celtiques. Mais frappés dans leur force, dans leurs fonctions vitales, relégués dans l’oubli, ne survivant qu’à peine.
  • Que représente la Lance, l’arme qui a porté le Coup félon ? – La nouvelle religion dont le zèle agressif prétend les supplanter.
  • Que représente Amangon ? Il incarne le peuple renégat dont l’abjuration a « dés-honoré » (cessé d’honorer) les figures sacrées de l’ancienne mythologie et mutilé les anciens Dieux.
  • Que représentent les pucelles ? Les figures célestes, les esprits bienveillants de la terre, de l’air, des sources, des collines, le monde surnaturel des fées et des déesses, ravalées au rang de basses superstitions.
  • Que représente le Graal ? – Le catalyseur de force rédemptrice capable de restaurer dans leur puissance les anciens Dieux désaffectés.
  • Et que deviennent alors Perceval ou Gauvain sinon le Libérateur espéré qui, par la vertu du Graal, viendra rédimer la faute du félon et rendra au Roi blessé, aux anciens Dieux déchus, leur force défaillante ?

Elle ne se trompait pas tout à fait Miss Jessie Weston, en estimant que Le Conte du Graal entendait retracer la résurrection d’un Dieu. Seulement, ce Dieu, point ne fallait l’aller chercher en quelque lointain Orient. Il suffisait de rappeler les Divinités mêmes du terroir.

*

Bref, selon le schéma archétypal, il s’agissait pour l’Élu de venger le sacrilège outrage infligé au Pêcheur, au Roi de l’Autre Monde, de raviver le culte occulté des anciens Dieux d’antan, et d’ainsi restaurer la divine vigueur de Roi et du royaume.

 

Si bien que, si l’on veut remonter vers la version primitive, la version Aλφα, que découvre-t-on ? Qu’avant de devenir un nouvel évangile apocryphe, le mythe originel du Graal était une invitation à revenir vers les figures surnaturelles, divines ou semi-divines, du vieux culte vaincu11.

Résonance toute nouvelle qu’acquiert ainsi le Mythe primitif du Graal. Et d’autant plus valable apparaît ce sens premier de la légende du Graal qu’il se maintient, cohérent, même en dehors de toute référence à Amorgen12.

Bibliography

Textes

Domaine celtique

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Les Quatre Branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, Pierre-Yves Lambert (éd.), Paris, Gallimard, 1993, « L’Aube des Peuples », 420 p.

Récits et poèmes celtiques, Domaine brittonique vie-xve siècles, Préface de Pierre-Jakez Helias, Léon Fleuriot, Jean-Claude Lozac, Louis Prat (éds), Paris, Stock-Plus, 1981, « Moyen Âge », 256 p.

Chrétien de Troyes – Éditions – Traductions

Christian von Troyes : Der Percevalroman (Li Conte del Graal), Alfons Hilka (ed.), Halle, Niemeyer, 1932, 610 p.

Chrétien de Troyes, Le Roman de Perceval ou Le Conte du Graal, William Roach (éd.), Genève-Lille, Droz, 1956, Université Columbia, « Textes littéraires français du moyen âge », n°7.

Chrétien de Troyes : Romans, Charles Méla (éd.), Paris, Libr. Génér. Franç. 1994, « Pochothèque » « Classiques modernes », 1280 p. ; reprenant le Perceval des « Lettres gothiques », « Livre de Poche », n°4525.

Chrétien de Troyes : Œuvres complètes, Daniel Poirion (ed.), Paris, Gallimard, 1994, « Bibliothèque de la Pléiade », n°408, 1340 p.

Chrétien de Troyes : Perceval, trad. Jean-Pierre Foucher et André Ortais, Paris, Gallimard, 1974, « Folio » n°537, 372 p.

Chrétien de Troyes : Perceval le Gallois ou le Conte du Graal, trad. Lucien Foulet, Paris, Stock+Plus, 1978, 256 p.

Chrétien de Troyes : Le Roman, de Perceval ou le Conte du Graal, trad. Henri de Briel, Paris, Klincksieck, 1971, 125 p.

Les Continuations

[Wauchier de Denain] : The First Continuation of old french Perceval of Chrétien de Troyes, W. Roach et R. H. Ivy (eds) [version longue], Philadephie, University of Pensylvania, 1956, 616 p.

[Wauchier de Denain] : Première Continuation de Perceval (Continuation Gauvain), [version courte] éd. et traduc. Colette-Anne Van Coolput-Storms, « Le Livre de Poche », « Lettres gothiques », 1998.

Manessier : La Troisième Continuation du Conte du Graal, Marie-Noëlle Toury (éd.), Paris, Champion, « Champion Classiques », 2004, 712 p.

Gerbert de Montreuil : La [quatrième] Continuation du Perceval, Paris, Champion, 3 vol., t. I & 2, Mary Williams (éd.), 1925, 216+220 p. ; t. III, Marguerite Oswald (éd.), « Classiques français du Moyen Âge », n°28, 50 & 101, 1975, 168 p.

Élucidation, in : Christian von Troyes. Der Percevalroman, p. 417-429.

Élucidation, Albert Wilder Thompson (ed.), New-York, Université Columbia, « Institute of French Studies », 1931.

Domaine étranger

Heinrich von dem Türlin : Diu Krône der Abenteuer (La Couronne de l’Aventure), Scholl (ed.), Stuttgart, 1852, 30 041 lignes : rééd. Fritz Peter Knopp et Maniela Niemeyer, Tübingen, 2000 ; trad. franç. Danièle Buschinger, Paris, Champion, 2010.

Rénovations modernes

Marion Zimmer Bradley : The mist of Avalon, 2 vol., New York, Scott Merdith Ltd Agency, 182 ; trad. franç. Brigitte Chabrol : Les Dames du Lac, Pygmalion-Watelet, 1986 ; rééd. « Livre de Poche », 1989, n°6429-6430, 338+416 p.

Bernard Cornwell : The Saga of Arthur, La Saga du Roi Arthur :

– The Winter King, 1995, trad. franç. Pierre-Emmanuel Dauzat, Le Roi de l’Hiver, Paris, de Fallois, 1998, 496 p.

– Ennemy of God, 1996, trad fr. L’Ennemi de Dieu, trad. Id., Paris, de Fallois, 2000, rééd. « Livre de Poche », n°15251, 2002, 608 p.

– Excalibur, 1997, trad. M. & H. Lebailly, Paris, de Fallois, 2001, rééd. « Livre de Poche », n°15252, 2002, 608 p.

T. S. Eliot : The Waste Land, 1922, trad. Pierre Leyris, in : Poésie, éd. bilingue, Paris, Seuil, 1947, pp. 56-117.

Arthur Machen : Chroniques du Petit Peuple des Collines, Préface R. Dobson, Postface M. Meurger, Rennes, Terre de Brume, 1998, « Terres fantastiques », 200 p.

Commentaires

Robert Baudry : Graal et Littératures d’aujourd’hui, Rennes, Terre de Brume, 1998, « Essais », 414 p.

Arthur C. L. Brown : Origin of the Grail Legend, Harvard University Press, 1943.

Francis Dubost : Le Conte du Graal, ou l’Art de faire signe, Paris, Champion, 1998, « Collection universitaire », 206 p.

Pierre Gallais : « Bleheri, la cour de Poitiers et la diffusion des récits arthuriens sur le continent », in : Actes du VIIe Congrès international de littérature comparée (Poitiers, 1965), Paris, Didier, 1967, pp. 47-79.

Philippe Ménard :

– Problèmes et Mystères du Conte du Graal ; un essai d’interprétation, in : Polyphonie du Graal, Orléans, Paradigme, 1998, pp. 59-76.

– Réflexions sur la Porteuse du Graal, in : Les Personnages autour du Graal, Lyon, CET, 2008, C.E.D.I.C., n°30, pp. 41-60.

Roger Sherman Loomis : Arthurian Tradition and Chrétien de Troyes, Columbia University Press, New-York, 1949.

Jean-Claude Lozac’hmeur :

– L’Énigme du Graal, s. l., Fabrica Libri, « Mens sana », 304 p.

– De la Gnose au Graal, Paris, Éd. des Cimes, 2013, « Face cachée », 166 p.

Jean Marx : La Légende arthurienne et le Graal, Paris, P.U.F., 1952, 412 p.

Maud Ovazza : D’Apollon-Maponos à Mobonagrain : les avatars d’un dieu celtique, Actes du 14e Congrès International Arthurien, Rennes 1985, pp. 465-472.

D.D.R. Owen : From grail to Holy Grail, in Romania, 1968, t. 89.

Jessie Weston : The Legend of Sir Gawain, Londres, 1897.

Notes

1 Il répète même l’étonnant contre-sens de Jean Marx en traduisant pucelles des puis par fées des sources. Pourtant depuis la Chanson de Roland on sait que Hauts sont les puis !! Return to text

2 Voir la contribution de Maud Ovazza, D’Apollon-Maponos à Mobonagrain : les avatars d’un dieu celtique (cf. Bibliographie) Return to text

3 Roger Sherman Loomis, Arthurian Tradition and Chrétien de Troyes, p. 244 & 478. Return to text

4 Les Quatre Branches du Mabinogi, p. 873. Return to text

5 Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc’h, Les Druides, p. 363. Return to text

6 Voir Chr.-J. Guyonvarc’h, Textes mythiques irlandais, pp. 48 & sqq. Return to text

7 Le Roux-Guyonvarc’h, op. cit., p. 81 ; «  Porte le jugement, ô Amorgen. ». Return to text

8 Arthur Brown avait relevé l’analogie entre l’Élucidation et l’Histoire du Loch Erne (The Origin of the Grail Legend). Return to text

9 Francis Dubost, Le Conte du Graal ou l’Art de faire signe, p. 22 et 27. Return to text

10 Miss Jessie Weston, The Legend of Sir Gawain, Londres, 1897. Return to text

11 Jean Markale, parfois inspiré, a vaguement entrevu ce sens : « L’Élucidation est une tentative pour faire revenir la légende dans un contexte païen, une sorte de révolte contre la récupération chrétienne qui s’opérait du fait des Continuations de Chrétien de Troyes » (p. 101). Return to text

12 Cet article est une refonte complète d’un article paru précédemment, mais rectifié et complété par de nouveaux éléments amenant à des conclusions entièrement nouvelles. Return to text

Illustrations

References

Bibliographical reference

Robert Baudry, « Le mythe du Graal et son Élucidation : nouvelle lecture vers le sens premier du Conte du Graal », Bien Dire et Bien Aprandre, 31 | 2016, 153-168.

Electronic reference

Robert Baudry, « Le mythe du Graal et son Élucidation : nouvelle lecture vers le sens premier du Conte du Graal », Bien Dire et Bien Aprandre [Online], 31 | 2016, Online since 01 mars 2022, connection on 15 août 2026. URL : https://www.peren-revues.fr/bien-dire-et-bien-aprandre/786

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Robert Baudry

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