Abstracts

This article starts from the hypothesis that the French verb raconter (to tell) has but one meaning, i.e. “to narrate”, according to Le Brio. Initially, this apparent monosemy did not seem to be very questionable. However, Dubois and Dubois-Charlier’s 1997 etymology and classification of French verbs partially contests this first intuition. The dictionary of Dubois & Dubois-Charlier (1997), in particular, establishes three subclasses for the verb’s meanings: Tell 01: ‘describe a scene’; Tell 02: ‘tell, tell a story’; Tell 03: ‘tell lies’.

To verify these meanings, we thoroughly mined a corpus composed of three contemporary works : two novels and a written testimony. We analyze the noun objects of the verb and specify the nature of what is "narrated". We thus show that three meanings of the word story i.e. story, scene, and lies – underlie the use of the verb, and bear out the classification chosen in Dubois & Dubois-Charlier’s 1997 Dictionary. Next, we seek to describe what raconter as a speech verb selects as completive content in the verb phrase (VP). More specifically, in indirect speech constructs (say that-VP), does raconter develop predicates corresponding to the indicated nominal subclasses when it governs "reported" speech ?

In conclusion, we present the main uses of raconter (to tell) in the form of a diagram that "maps" the constructions and traces the main lines of development and productivity, according to the meaning that Legallois gives these notions. The frame of reference then widens to that of Construction Grammars that are likely to accommodate phraseological phenomena (Legallois, 2014).

Nous partons de l’hypothèse que le verbe raconter a une signification singulière (« exposer par un récit », d’après Le Brio) dont la monosémie a priori ne parait pas très discutable. Pourtant l’étymologie et le classement des Verbes Français de Dubois & Dubois-Charlier (1997) contestent partiellement cette première intuition. Le dictionnaire de Dubois & Dubois-Charlier (1997) procède à un dégroupement des entrées du verbe en trois sous-classes valant pour trois acceptions. Ce sont respectivement : Raconter 01 : décrire une scène ; Raconter 02 : raconter, relater une histoire ; Raconter 03 : dire des mensonges.

Pour vérifier ces acceptions, nous avons exploré manuellement trois ouvrages contemporains, deux romans et un témoignage documentaire. Nous y analysons les objets nominaux du verbe et spécifions la nature du dit « raconté ». Nous montrons ainsi que les trois valeurs d’histoire, « histoire », « scène » et « mensonges » orientent l’usage du verbe et confirment le classement de raconter dans le dictionnaire de Dubois & Dubois-Charlier (1997). Ensuite, nous cherchons à décrire ce que raconter comme verbe de parole sélectionne comme contenu complétif sous P, dans les constructions de discours indirect (raconter qu-P), raconter quand il régit une parole narrative « rapportée » développe-t-il des prédications conformes aux sous-classes nominales indiquées ?

Enfin, pour conclure cette étude, nous présentons les principaux emplois de raconter sous la forme d’un schéma qui en « cartographie » les constructions et en retrace les grandes lignes d’élaboration et de productivité, au sens que Legallois confère à ces notions. Le cadre de référence s’élargit alors à celui des grammaires de construction susceptibles d’accueillir les phénomènes phraséologiques (Legallois, 2014).

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Text

1. Introduction

La place des constructions verbales dans l’enseignement de la langue française – que celle-ci soit langue maternelle ou langue seconde – ne semble pas prioritaire, contrairement par exemple à la morphologie dont les variations sont perçues comme des obstacles à une bonne maîtrise du français oral et écrit. Le constat est encore plus net pour l’enseignement du Français Langue Étrangère (FLE) dans les pays qui ne font pas partie de l’Union Européenne, où l’enseignement dominant demeure fondé sur un vocabulaire élémentaire et des structures syntaxiques « de base » (Sujet Verbe Complément). La langue française enseignée semble ainsi privée de ses éléments les plus vivants, de ces unités qui échappent partiellement aux structures canoniques ou au répertoire lexical des unités libres – telles que les expressions figées et les restrictions de sélection qui impliquent des collocations particulières.

Nous interrogeant sur la possibilité de traiter autrement l’enseignement de la grammaire et du lexique en contexte de FLE, nous avons pris le parti d’explorer le « lexique-grammaire » d’un seul verbe, raconter, et de le soumettre simultanément à l’épreuve d’un recueil d’exemples et d’un cadrage théorique compatible avec la double entrée lexicale et syntaxique. Nous espérons ainsi poursuivre dans les voies ouvertes par plusieurs linguistes qui ont ouvert la didactique des langues aux unités polylexicales, phraséologiques et aux effets de sens d’une construction syntaxique donnée (Grossmann & Tutin, 2005 ; Cavalla, 2014 ; González Rey, 2015 ; Legallois, 2014 ; Benigno, Grossmann & Kraif, 2015, etc.).

Il suffira d’un rapide exemple, raconter des histoires, pour étayer l’opacité des collocations et des figements. La non compositionnalité de la construction verbale n’est pas perceptible dans un énoncé comme (1), ambigu, que l’on comparera à (2) attesté dans notre corpus (c, 31) :

(1)

Il raconte des histoires

(2)

Elle m’avait engagé pour lui raconter des histoires (c, 40)

Si (1) n’est compris que littéralement (‘raconter une première histoire, puis une seconde, etc. ; raconter des histoires successives’), cela peut conduire à un contresens, l’interprétant passant à côté du sens figuré de l’expression :

(1a)

Il ment

Une unité phraséologique de ce type soulève la question de son emploi et des variantes qu’il convient d’ailleurs de ne pas laisser au seul registre des emplois oraux. En témoignent les noms qui commutent avec (des) histoires et forment un paradigme assez riche. Le degré de familiarité ou d’archaïsme de ces unités les rend plus ou moins accessibles et acceptables, à l’oral comme à l’écrit : raconter des cracs, des bobards, des sornettes, des boniments, des balivernes, des fadaises, des billevesées, des calembredaines, des conneries, etc. González Rey (2015, p. 96) observe qu’on aurait tort de reléguer les expressions phraséologiques dans le seul registre familier et de les cantonner implicitement à la langue orale.

Rappelons que, étymologiquement, le verbe raconter endosse le sens moderne de ‘dire une histoire imaginaire pour divertir’. Le sens de raconter est emprunté à celui de sa base, conter, à laquelle le préfixe r- ajoute une valeur d’itérativité (d’après le Robert historique, Rey, 1993). Il faut toutefois signaler que, historiquement, le contenu narratif de conter n’est pas seul : ‘relater’ se confondait avec le sens de compter, ‘calculer, énumérer’. L’orthographe dissocie plus tard les deux valeurs en distinguant les deux graphies des verbes conter (‘narrer’) et compter (‘dénombrer’).

Notre objectif a été de confronter les occurrences de notre recueil aux trois entrées du verbe raconter dans le dictionnaire des Verbes français (1997) puis de dresser une cartographie du verbe et de ses principaux emplois, dont les expressions phraséologiques comme raconter des histoires, ce qui nous a conduite à adopter une démarche en quatre temps principaux. Nous revenons succinctement pour commencer sur la méthode suivie et les exemples utilisés. Dans le point suivant, nous abordons la classification de Dubois & Dubois-Charlier (1997), dont les trois acceptions nous aideront à caractériser les unités nominales et complétives que nous avons rencontrées dans les ouvrages de notre recueil (3e partie). La cartographie commentée des constructions occupe la quatrième partie. Pour conclure, nous réexaminerons la place de raconter dans la classe générique des verbes de communication et nous interrogerons sa monosémie.

2. Méthode suivie

Plutôt que de travailler à partir d’un moteur de recherche et d’un corpus numérisé, nous avons choisi de constituer un recueil d’exemples, à partir d’ouvrages contemporains (deux fictions littéraires et un documentaire) dans lesquels nous avons relevé manuellement les occurrences de raconter pour les classer ensuite. Nos sources ont été les suivantes :

  • Fille de harki de F. Besnaci Lancou (dorénavant, h), 250 pages : témoignage documentaire, non fictionnel.

  • Bitna, sous le ciel de Séoul de J.-M.-G. Le Clezio (dorénavant, c), court roman (150 pages) construit à la manière des Mille et une nuits (suite d’histoires courtes dont la narration et l’enchaînement sont justifiés par le récit cadre et un narrateur). Roman qui offre la particularité d’avoir d’abord été écrit en anglais par l’auteur puis traduit par lui-même. Cette caractéristique n’a pas d’influence réelle sur le travail que nous présentons, mais peut-être pourrait-elle suggérer un travail ultérieur de comparaison. Pour nous en tenir à la version française, la concurrence de conter et raconter mériterait d’être étudiée.

  • L’art de perdre de A. Zeniter (dorénavant, z) gros roman fictionnel (500 pages) qui retrace la vie de trois générations d’une famille d’origine algérienne et qui vient en France au moment de la guerre d’Algérie et de l’indépendance.

Si les ouvrages de Besnaci Lancou et Zeniter sont complémentaires (tous deux évoquent les conséquences de la guerre d’Algérie sur les trajectoires biographiques « racontées »), il n’en va pas de même pour la courte fiction de Le Clezio qui met en scène une « conteuse ». Nous avons opéré ce dernier choix pour l’effet de contraste stylistique avec les précédents (rareté du dialogue direct, brièveté des narrations enchâssées). Nous avons par ailleurs complété ce premier recueil d’occurrences par le dépouillement du Monde, opéré sur une journée, tous articles confondus (16-17 décembre 2018), dans le but d’introduire le paramètre des genres de discours non fictionnels pour en mesurer l’incidence sur les emplois, les acceptions et les constructions de raconter. Enfin, quand cela nous a paru utile, nous avons procédé à quelques sondages dans Frantext.

L’option d’un recueil d’exemples – au lieu d’un corpus – s’inspire de la position exprimée par Legallois (2019, à paraître) quand il distingue deux voies d’extraction possibles pour analyser des constructions, selon qu’elles se présentent en corpus ou en discours :

La fréquentation des bases de données ou de larges ensembles de textes n’est pas nécessairement appropriée pour l’étude précise des fonctionnements discursifs de ces unités : les extractions à des fins d’analyse quantitative, bien sûr importantes pour comprendre l’enracinement des constructions dans l’usage, laisse souvent indéterminé le rapport précis des unités avec le contexte énonciatif, dans la mesure où l’opération et l’examen qui s’ensuivent ne peuvent être que globaux.

Notre relevé manuel une fois effectué, nous avons confronté notre classement d’exemples aux classes et sous-classes du verbe raconter dans le dictionnaire de Dubois & Dubois-Charlier (1997), ce que nous présentons dans la partie suivante. Enfin, nous nous sommes inspirée des travaux de Legallois (2014) pour schématiser à notre tour les constructions de raconter, collocations comprises et élaborer ainsi une représentation des formes types du verbe. C’est l’objet de notre dernière partie.

La démarche adoptée – on le vérifiera – a privilégié la suite nominale directe du verbe raconter (‘raconter une histoire’), mais ce faisant nous avons négligé le datif (à quelqu’un) de la construction verbale. Précisons une fois pour toutes que ce datif n’apporte pas d’élément particulier : humain animé, le destinataire est souvent réalisé sous la forme d’un clitique (me, lui, leur) ou d’une unité lexicale qui a un sens collectif (à sa famille, à ses enfants) ou singulier (à mon père).

3. Classement des constructions de raconter d’après la classification des Verbes français de Dubois & Dubois-Charlier (1997)

Rappelons que l’ouvrage de Dubois & Dubois-Charlier (1997) se présente comme un répertoire, un dictionnaire, soit comme l’indiquent François, Le Pesant & Leeman (2007, p. 3) « un thesaurus des classes syntactyco-sémantiques, c’est-à-dire de classes sémantiques définies par la syntaxe ». Quatorze classes génériques constituent le niveau plus large du classement des verbes. La première classe générique, la classe C, est celle des verbes de Communication qui comporte le verbe raconter. Au niveau suivant, la classe C est subdivisée en quatre classes sémantico-syntaxiques, numérotées de 1 à 4, codées C1 à C4, qui n’obéissent pas tout à fait aux mêmes critères que les autres classes génériques. Ces critères sont les suivants :

  1. Humain, animal (crier, parler). ‘Exprimer par cri, parole, son’.

  2. Humain (dire qc). ‘Dire ou demander qc’.

  3. Humain (montrer). ‘Montrer qc’.

  4. Figuré de C1 et C3. ‘Dire ou montrer qc’.

Raconter appartient à la classe C2. Pour mémoire, illustrons les classes C1, C3 et C4 par les verbes babiller (C1), indiquer (C3) et dévoiler (C4). La classe C2 est elle-même subdivisée en onze sous-classes syntaxiques, de C2a à C2k.

C2a et C2e présentent des acceptions du verbe raconter. Ces sous-classes syntaxiques sont définies par des descripteurs syntaxiques qui sont les suivants :

  • C2a accueille les verbes de type ‘dire qc à qn’, qui sont décrits comme des verbes « transitifs à complétive ou nominalisation » (Dubois & Dubois-Charlier, 1997, p. 36).

  • Sous C2e, figurent les verbes de type ‘dire qc auprès de qn’ : ce sont des verbes « transitifs avec objet direct nominal, à paradigmes lexicaux limités » (Dubois & Dubois-Charlier, 1997, p. 41).

En C2a, raconter figure à côté de chuchoter, crier, jurer, etc. (Dubois & Dubois-Charlier, 1997, p. 36). En C2e, raconter côtoie des verbes comme annoncer, prêcher, récapituler, réciter, etc. (Dubois & Dubois-Charlier, 1997, p. 41).

Raconter fait par ailleurs l’objet de trois entrées, correspondant à trois acceptions, abrégées en R01, R02 et R03. Deux sont rattachées à la sous-classe C2e, R01 et R03 mais R02 fait partie de C2a. Chaque entrée est ensuite dotée d’un synonyme qui a la fonction de « définir » l’entrée, d’un opérateur (ci-dessous souligné) et d’un ou plusieurs exemples.

Voici plus précisément la manière dont les trois acceptions sont enregistrées par le dictionnaire des Verbes français1 (LVF) :

  • Raconter 01  dic récit après décrire On r~ toute la scène. On se r~ dans le roman (C2e – 2, p. 23)

  • Raconter 02 dic récit A qn relater, conter On r~ à P que tout va bien, avoir vu une chose étrange (C2a – 1, avec instrumental, p. 18)

  • Raconter 03 dic faux auprès tenir propos mensongers On r~ des histoires sur P auprès des collègues (C2e – 1, p. 23)

Ces trois acceptions recoupent celles que propose le TLF : raconter 01 correspond à raconter B (‘Faire (de vive voix ou par écrit) la description ou l’exposé de quelque chose’) ; raconter 02 correspond à raconter A (‘Faire (de vive voix ou par écrit) le récit de faits vrais ou faux’) ; raconter 03 correspond à raconter C (‘Présenter comme vrais des faits douteux (avec ou sans malveillance)’). À l’instar du TLF, Le Petit Robert inverse l’ordre des deux acceptions ‘décrire’ et ‘conter’. Pour notre part, nous avons préféré travailler avec LVF en raison de la systématicité syntaxique et sémantique qu’il explicite, notamment par ces classes génériques des verbes qu’il instaure.

L’abréviation dic de l’opérateur signifie ‘communiquer qc, que’. Voici plus précisément la description syntactico-sémantique qui accompagne les deux sous-classes, C2a et C2e :

  • C2a (174 entrées). On trouve là les verbes de type ‘dire qc à qn’, transitifs à complétive ou nominalisation, répartis en trois sous-types : 1- ‘dire qc, que + indicatif à qn’, Jean crie à Paul qu’il est innocent, son innocence ; 2- ‘se dire que + futur, de + infinitif présent’, On se jure qu’on ne le reverra plus, de se venger ; 3- ‘se dire que + indicatif, de + infinitif passé, de qc’, on se persuade qu’on a bien fait, d’avoir bien fait, du bon vouloir de Paul. (Les Verbes français, p. 17)

  • C2e (57 entrées). On trouve là les verbes de type ‘dire qc auprès de qn’, transitifs avec objet direct nominal, à paradigmes lexicaux limités, répartis en deux sous-types : 1- ‘dire qc auprès de qc auprès de qn’, tu redis toujours la même chose devant les étudiants, cela ne se redit pas ; 2- ‘dire qc d’écrit par qn ou par soi’, on cite le texte d’un auteur, on se cite soi-même, on s’autocite. (Les Verbes français, p. 22)

L’omniprésence de dire dans les gloses descriptives des verbes confirme s’il en était besoin le thème « Communication » de la classe générique C. La spécification des acceptions de raconter se fait sur la base de l’objet : il est décrit pour R01, narré pour R02 et mensonger pour R03.

3.1. La base nominale de raconter, cont- un objet interne ?

L’objet du verbe, c’est-à-dire ‘ce qui est raconté’, au plan sémantique et au point de vue syntaxique, nous intéresse parce que raconter est un verbe transitif direct sélectionnant un objet direct (raconter qc) qui lui est « extérieur » (raconter une histoire). Pourtant, on remarque l’existence de la base cont- dans raconter, qui pourrait l’apparenter à la classe des verbes à objet interne (Boons, Guillet & Leclère, 1976, p. 64-66) comme le sont skier (‘faire du ski ’), empoisonner (‘distiller du poison’) ou mentir (‘dire des mensonges’). Mais cette base nominale ne suffit pas à en dispenser l’expression verbale : *il raconte Ø, *il raconte Ø à Paul, sur le modèle de il skie, il ment ou il empoisonne Paul, où l’objet interne n’est pas relexicalisé à la suite du verbe. Cette propriété de raconter d’échapper à la construction intransitive n’exclut pas un emploi en construction absolue, dont voici quatre exemples, l’un (3) forgé et les suivants attestés (4, 5 et 6) :

(3)

Alors raconte

(4)

Je suis fatiguée de raconter, et Salomé est fatiguée d’écouter (c, 149)

(5)

Raconte-moi (c, 51)

(6)

Elle commence à raconter dans un arabe mêlé de quelques mots de français (z, 501)

La discussion sur l’objet interne, l’emploi absolu ou l’anaphore zéro a donné lieu à des travaux abondants qui interrogent tantôt la transitivité du verbe (Noailly, 1998), tantôt le sémantisme de l’objet (Larjavaara, 2000). Qu’en est-il de l’objet interne de raconter et de sa relexicalisation externe ? Deux exemples (7 et 8) rencontrés sur Internet et un troisième dans Zazie dans le métro (9) éclaireront peut-être la discussion :

(7)

Pourquoi raconter des contes de fées à vos enfants ?

(8)

Comment raconter les contes ?

(9)

Zazie attend mais rien ne semble avoir bougé c’est la maison de la belle au bois dormant. Zazie se rassoit pour se raconter le conte en question.

Les exemples illustrent l’acception ‘conte de fées’ dans la suite nominale de raconter, autrement dit ils spécifient un genre d’histoire racontée. C’est ainsi que les énoncés des titres (7 et 8) suffisent à identifier le discours spécialisé de la presse psychologique qui interroge la manière et les motivations éducatives qui sont à l’œuvre quand on raconte des contes aux enfants. On a ici la confirmation que l’objet interne de raconter n’est pas du même ordre que celui de skier : plusieurs genres d’histoires, y compris le conte, sont susceptibles d’être spécifiés sous SN1. On aurait une spécification comparable des objets internes ski et poison dans des énoncés comme : ils skient sur de vieilles planches rafistolées ou bien il l’a empoisonné avec de la mort aux rats. Conte est un objet interne spécifique. Le terme générique, comme nous le vérifions un peu plus loin, est le nom histoire.

La variété des suites nominales de raconter confirme la productivité de la construction transitive. C’est ce que nous allons examiner maintenant, à partir de notre recueil d’exemples. Pour cela, nous sommes partis de la construction type du verbe raconter :

     

SN0 + RACONTER + SN1 (+ À SN2)

Précisons que les réalisations pronominales ne sont pas prises en compte ici, dans la mesure où elles n’influencent pas particulièrement l’interprétation de raconter. Pour mémoire les réalisations pronominales sont principalement : la (l’histoire), (ce) que, tout ça (tout raconter ; raconter tout ça), et l’indéfini quelque chose et ses variantes (une chose à raconter).

3.2. Les réalisations lexicales de N1

À partir de cette construction nous avons répertorié les réalisations de SN1, en commençant par les réalisations nominales. En voici un aperçu synthétique :

R01 = décrire une scène

(10)

On nous raconta le départ spectaculaire des Français. (h, 36)

R02 = raconter, relater une histoire

(11)

j’écoutais la voix de Charles Dickens en train de me raconter cette histoire (...) (c, 17)

R03 = dire des mensonges

(12)

…, je ne vous paie pas pour raconter des sornettes sur notre visiteuse, … (c, 47)

3.2.1 Raconter une scène

Nous énumérons ci-dessous ce que nous avons relevé comme SN1 apparentés à des scènes décrites :

(13)

Raconter une scène

a.

R les fêtes annuelles (h, 62)

b.

R le départ spectaculaire des Français (h, 9)

c.

R ses journées au hammam (h, 18)

d.

R les bains chauds (h, 19)

e.

R des scènes d’égorgement (z, 90)

f.

R les grands mouvements étudiants de l’année passée (z, 93)

g.

R une version magnifiée de leurs vacances de Noël (z, 109)

h.

R ses premières rencontres avec Lalla (z, 113)

i.

R son voyage (z, 125)

j.

R sa journée (c, 57)

Les SN1 qu’on vient de lire partagent les traits d’être un événement collectif, duratif ou réitéré, qui peut être associé à un lieu singulier, explicite (le hamman, c) ou non (les grands mouvements étudiants, f). L’événement localisé fait une « scène » ou un « tableau », où le programme d’actions relève du script plutôt que de l’intrigue (Revaz, 1997, p. 201) : par exemple, le départ spectaculaire des Français [du sol algérien] relève de la description d’action. Lexicalement, ces SN1 forment une série très ouverte et pourraient tout autant faire suite au verbe décrire qu’au verbe raconter. On peut toutefois hésiter devant certains énoncés. Par exemple, en (13b), a-t-on raison de considérer que l’acception « scène » du départ des Français l’emporte sur l’acception « histoire » ? À l’appui de la dimension spectaculaire du tableau des scènes de départ (nombre de participants, bagages hétéroclites et volumineux, regroupements familiaux, lieux d’embarquement, etc.), voici un témoignage recueilli par Stora & Quemeneur (2012, p. 374) qui atteste du caractère spectaculaire des scènes en question :

D’immenses files d’attente devant la gare maritime, devant les agences de voyages, s’allongeaient depuis des jours sous le soleil écrasant. Les gens se pressaient, faibles, désemparés, offerts, à la merci du premier venu. Tout pouvait basculer et la tuerie reprendre. Les sirènes annonçaient sans arrêt les départs des bateaux pleins de fuyards abasourdis, le ciel était empli du grondement incessant des avions qui prenaient leur virage vers la France au-dessus de Santa-Cruz [un quartier d’Oran].

Linguistiquement, outre la dominante descriptive de la séquence (imparfait et plus-que-parfait ; le pluriel itératif ; notations perceptives), on peut tester l’acception « scène » à l’aide de questions qui orientent sur les circonstances, par exemple : comment s’est passé votre départ ? Autrement dit, si le terme départ de l’exemple (13b) peut s’interpréter hors contexte comme un nom d’événement, l’interprétation du contexte ne laisse pas d’ambiguïté et le verse au chapitre du tableau de scène analysé par Revaz (1997). Par ailleurs, la série (13) présente deux noms spécifiquement temporels, journées et vacances de Noël, auxquels il faut ajouter les expansions annuelles (13a) et de l’année passée (13f). La composante temporelle semble ici prépondérante (Revaz, 1997, p. 128). Enfin on relève une occurrence du générique scène (13e).

Qu’apporte le verbe raconter dans une construction du type de celle qu’on vient d’illustrer, raconter une scène ? Au-delà du composant agentif et humain de celui qui raconte et du matériau verbal de la scène, raconter « narrativise » l’objet et lui confère une dynamique temporelle. Raconter sa journée (j) sous-entend qu’il s’y soit passé quelque chose de « racontable ».

3.2.2. Raconter une histoire

Nous procédons de la même façon pour la deuxième acception (R02). Voici le résultat de notre collecte :

(14)

Raconter une histoire

a.

R les anecdotes familiales (h, 5)

b.

R un épisode de notre histoire (h, 11)

c.

R l’expérience de son neveu pendant la guerre d’Algérie (h, 21)

d.

R ses histoires (c, 40)

e.

R ses histoires de goules et de lycaons (c, 42)

f.

R la suite (c, 43)

g.

R mes histoires (c, 47)

h.

R l’histoire qu’elle a entendue (c, 50)

i.

R votre histoire (c, 53)

j.

R une histoire plusieurs fois centenaire (z, 59)

k.

R cette histoire (z, 85)

l.

R le coup d’état de Boumédiene (z, 111)

m.

R l’histoire de sa vie (z, 116)

n.

R une histoire de cigogne remontant à l’époque de la colonisation (z, 118)

o.

R cet épisode de son enfance (z, 501)

Les exemples sont nombreux et attestent de la solidarité collocationnelle entre raconter et histoire. Nous relevons sous (14) l’usage fréquent du générique lui-même, histoire, qu’il soit expansé ou non, au pluriel ou au singulier, et qui confère une fonction résomptive au segment. À ces emplois s’ajoutent ceux de anecdote (14a), épisode (14b) et suite (14f) dont les liens de synonymie ou de méronymie avec histoire sont à souligner.

Nous ajoutons sous (15) le cas particulier et très fréquent de raconter sa vie qui sous-entend (ci-dessus, 14m) l’histoire de sa vie. La série (15) sélectionne des suites qui instruisent des données subjectives et singulières (ci-dessous, a, b, d, g). C’est ainsi que nous y relevons des exemples dans lesquels SN1 est un nom d’émotion (e, l) et tous ceux, assez fréquents, qui indiquent un lien de coréférence partielle, via le possessif, entre SN1 et SN0, par exemple raconter ses malheurs ou raconter son projet (ci-dessous, a, g).

(15)

Raconter sa vie

a.

R ses malheurs (h, 17)

b.

R la vie du saint homme (h, 29)

c.

R la rudesse du climat des hivers du centre de la France et les fins de mois difficiles (h, 92)

d.

R sa vie, la vie après la guerre (c, 46)

e.

R la peur que j’éprouverais de... (c, 54)

f.

R la vie au-dehors (c, 56)

g.

R son entrevue (z, 70)

h.

R le camp de Jouques (z, 87)

i.

R son projet, (...) les amis avec qui elle part, les gens qui les accueilleront (...), les champs qu’ils cultiveront ensemble (z, 107)

j.

R cette conversation (z, 121)

k.

R l’attitude revêche du vieux Hamza (z, 492)

l.

R ses craintes (Le Monde)

On relève enfin dans cette série (15) la proximité de entrevue et conversation (g et j) dont les collocations valident la classe générique des verbes de la communication (régissant une parole) dont relève raconter. Par ailleurs, on note (h) la présence d’un toponyme sous la forme d’un nom composé formé sur un nom propre (Jouques) et un spécifieur (camp). Nous reprendrons cette question des noms propres dans notre dernière partie, quand nous exposerons une cartographie possible des constructions de raconter.

3.2.3. Raconter des histoires (mentir, affabuler) : ‘dire faux’ (R03)

Nous avons trouvé cinq occurrences de cette acception qui correspond à R03 du dictionnaire des Verbes français (1997) :

(16)

Raconter des histoires

a.

R des sornettes sur notre visiteuse (c, 34)

b.

R leurs salades (c, 40)

c.

Les histoires à dormir debout que lui R sa grand’mère (c, 52)

d.

Pour qu’il nous R je ne sais quelles âneries sur les djinns avant de faire des tours de passe ? (z, 116)

e.

R des conneries sur les pins et les cigales, sur le soleil, sur la Durance, une sorte de prospectus vide de souvenirs, un dépliant photos (z, 104)

Les deux premiers exemples, raconter des sornettes sur quelqu’un et raconter des salades nous intéressent dans la mesure où ils se rapprochent beaucoup de racontars, dont nous traiterons dans notre dernière partie. Il s’agit en l’espèce de « propos médisants (sur quelqu’un) » plutôt que d’« affabulations ». Ce dernier sens, celui qu’aurait aussi fadaises par exemple, correspond en revanche à l’interprétation de (16c), (16d) et (16e).

Plus généralement, ainsi que nous l’écrivions en introduction, raconter des histoires, hors contexte, donne lieu à deux interprétations concurrentes : en construction libre et figée. À ce titre il relève d’une procédure de réanalyse, au sens où l’entendent Béguelin, Corminboeuf & Johnsen (2014). Raconter est cependant moins productif que dire lui-même (Masseron, 2014). Il faut peut-être y voir la trace d’une différence entre le récit (raconter) et la parole (dire) : le récit (et le verbe raconter) spécifie la communication proférée, ce qui n’est pas le cas avec dire et parole tous deux génériques de tout type de communication.

3.3. Construction de N1 en Qu-P et Comment-P : la complétive de raconter  valide-t-elle les trois acceptions nominales ?

Pour ouvrir la discussion sur les Qu-P régies par raconter, nous présentons deux exemples assez contrastés :

(17)

Il me raconta un peu plus tard qu’en 1959, il avait été décoré à Paris comme ancien combattant ainsi que mon autre grand-père. (h, 23)

(18)

Ma mère, issue d’une famille très pauvre, racontait qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, petite fille, elle ramassait des escargots qu’elle essayait de vendre chez les Français. (h, 24)

Le fait singulier, l’événement daté (la décoration du grand-père en 1959) qui est relaté en (17) va de pair avec l’emploi du passé simple, pour associer la qu-P à l’acception de histoire (R02). En (18) au contraire, la réitération du procès, sa caractérisation comme activité (ramasser des escargots puis les vendre) et l’imparfait font pencher l’interprétation du côté d’une « scène » (R01).

3.3.1. L’acception « histoire singulière » de Qu-P

Les exemples suivants attestent sans problème particulier le fait singulier qui est rapporté au discours indirect et dont témoigne le sujet SN0 de raconter. Le passé simple du verbe confirme l’acception d’un événement unique :

(19)

Une petite fille raconta que dans son village toute une famille avait été ébouillantée vivante. (h, 42)

(20)

Elle raconta aussi que plusieurs jeunes filles ou jeunes femmes de sa famille avaient été « gâchées » aussi bien par des militaires français que par des maquisards algériens. (h, 52)

(21)

Tassadit raconta qu’elle avait vécu une histoire similaire à la nôtre, mais à l’inverse, c’était l’armée française qui avait tué un groupe de maquisards. (h, 56)

(22)

Au fil de leurs passages, il raconte aux garçons qu’il est arrivé avec ses parents au début des années 50, il a connu la grande époque du bidonville de Nanterre, la misère et la crasse aux portes de Paris. (z, 295)

3.3.2. L’acception « scène décrite » (R01) de Qu-P et Comment-P

Les scènes décrites présentent des activités ou des procès présentés du point de vue de leur résultat (25, 27). On note en (23) que, malgré la présence du passé simple, le contenu de P confère au verbe son acception de R01. En (24) la découverte de la métropole et le verbe voir inclinent à interpréter P comme une scène décrite plutôt que comme une « histoire ». La réitération du récit (aime raconter) ne modifie pas le point de vue.

(23)

Elle me raconta aussi qu’adolescente, elle avait travaillé pour un colon, dans une très grande propriété, ramassant des olives, du matin à l’aube jusqu’au soir après la tombée de la nuit. (h, 24)

(24)

Il aime raconter qu’il a vu la métropole pour la première fois à l’occasion de l’opération Dragoon. (z, 45)

(25)

Ils racontent que les fermes de certains colons ont brûlé, ainsi que les dépôts de liège et de tabac de Bordj Menaïeul. (z, 42)

(26)

Il nous raconta que depuis son arrivée au camp, il se rendait à chaque nouvelle arrivée de rescapés, espérant chaque fois nous voir arriver. (h, 66)

(27)

Ce sont des gens comme elle, enrageait Dalila, qui contribuent à répandre une mauvaise image des quartiers dans toute la France en acceptant d’aller raconter dans les journaux ou même simplement à ses amies que c’est la jungle et que tout est systématiquement abîmé, volé, pillé. (z, 408)

L’acception « scène décrite » supportée par une Qu-P mérite d’être complétée par les percontatives en comment, dont nous avons relevé des exemples, rares il est vrai. Plutôt que le résultat, c’est alors la manière de faire qui est envisagée :

(28)

Il nous racontait comment les gens imploraient le ciel pendant les périodes de grande sécheresse. (h, 29)

(29)

Il s’imagine raconter à Stéphane comment il a uni les forces prolétaires de Normandie par sa parole de feu. (z, 277)

(28) et (29) présentent les manières de dire et de faire qui caractérisent les circonstances d’un événement particulier et sont de ce fait scéniques et descriptives.

3.3.3. L’acception « mensonges » (R03) de Qu-P ?

Qu’en est-il de l’acception « mensonges » qui serait réalisée par Qu-P ? La question se pose dans la mesure où raconter, contrairement à des verbes comme prétendre ou alléguer, ne présuppose pas a priori la possibilité de mettre en doute le contenu des paroles rapportées. Toutefois, la parenté de raconter avec un contenu narratif – et le cas échéant imaginaire – le prédispose à un emploi de ce type.

La modalité du doute peut être introduite par la combinaison de on et du verbe raconter au présent, comme c’est le cas en (30) qui laisse entendre que le contenu de P n’est ni vrai ni faux, le donnant à interpréter comme une rumeur (‘c’est en tout cas ce qu’on raconte’) :

(30)

On raconte que la propriétaire du grand Café du Centre offre sa tournée pour tout soldat qui lui rapportera l’oreille d’un fellouze. (z, 93)

La modalité du doute dans (31) est introduite par la conjonction de raconter au futur et de l’adverbe peut-être. En (31) le verbe introducteur plus neutre serait dire, raconter est alors marqué comme introduisant des propos fallacieux :

(31)

Certains d’entre eux vous raconteront peut-être qu’ils sont des moudjahidines… (z, 51)

Le contenu de P lui-même influence l’interprétation de sa véracité. Le propos est rapporté pour le sentiment d’horreur qu’il suscite (30) ou pour son invraisemblance et le soupçon d’affabulation qu’il fait naître au sujet du narrateur (32) :

(32)

Son père lui raconte que le soleil est si fort qu’il a fait fuir les poissons. (z, 93)

Il arrive que le discours narratif prenne en charge le jugement de propos fallacieux. En voici deux exemples :

(33)

Je pense qu’elle sortait sans doute du cadre de la vérité lorsqu’elle nous racontait par exemple qu’en France tout était blanc, y compris les maisons et les arbres. (h, 25)

(34)

Il continue à inventer l’histoire et il la raconte à Dalila, à Kader et à Claude qui gazouille, … (z, 211)

Raconter que renforce la possibilité qu’il a d’introduire une Qu-P « fausse » (imaginaire, inventée ou mensongère) et d’alimenter ainsi l’acception R03, avec l’appui d’autres moyens – on combiné au présent de raconter, en particulier.

3.4. Raconter comme verbe introducteur de discours direct

Les constructions qui introduisent le discours direct et qui recourent au verbe raconter sont peu nombreuses, en tout cas dans nos exemples. Elles permettent au moins de confirmer l’appartenance de raconter à la classe des verbes de parole.

(35)

Il ne dit pas grand-chose (rien, racontera-t-il après, lors des procès imaginaires qui se tiendront dans le camp, rien du tout, quand je donnais des noms, c’étaient ceux des morts). (z, 133)

(36)

[…] Il y a des gars qui sont venus me voir, me dire de ne pas le faire, raconte-t-il à Ali. (z, 151)

(37)

Quand j’étais au collège, raconte Hamid bien plus tard, peut-être cinquante ans après ce moment et quelques années aussi après le voyage de Naïma, j’ai accroché une mappemonde au mur de la chambre pour réviser. (z, 195)

Le numéro du Monde (daté du 16-17 décembre 2018) que nous avons dépouillé offre davantage d’occurrences, notamment dans les articles qui procèdent à des investigations sur le terrain et recueillent des témoignages. En voici des exemples :

(38)

« J’ai dû quitter mon village à cause de la guerre. Les bandits sont venus nous attaquer à l’école. Ils ont fait sortir le directeur et les enseignants et ils les ont frappés », raconte-t-il, le regard fuyant.

(39)

« On se croirait à un barbecue en famille, ça discute par groupes, un gobelet à la main. Au début, on ne savait pas où on mettait les pieds », raconte une retraitée.

(40)

« Ma femme est détenue aussi, depuis un an et trois mois », raconte-t-il au téléphone, du Pakistan.

La fonction testimoniale des exemples qu’on vient de lire et l’accréditation des témoignages recueillis se voient soulignées par l’usage du discours direct, où raconter (plutôt que dire par exemple) apporte l’attrait du récit véridique et des aventures dont il est le garant. Le genre de discours médiatique, ici le reportage, est déterminant pour motiver de tels fragments.

4. Cartographie des constructions de raconter

Nous avons voulu schématiser les constructions de raconter en une figure réticulaire telle que celle que Legallois (2014, p. 49) a dressée pour les constructions datives trivalentes, dont raconter est un cas particulier. Le schéma incite à réfléchir au mode d’engendrement des expressions les unes par rapport aux autres. Leur hiérarchie n’obéit plus tout à fait aux mêmes principes de gouvernance syntaxique que ceux des Verbes français (1997). Nous avons par ailleurs tenté de compléter les exemples standards de notre corpus par d’autres, plus figurés ou oraux, absents de nos recueils. Ce sont les « routines conversationnelles » énumérées ci-dessous. Nous présenterons le tableau (en 4.2) avant de le commenter.

4.1. Routines conversationnelles comportant raconter

(41)

Tu racontes n’importe quoi

(42)

Qu’est-ce que ça raconte

(43)

Mais qu’est-ce que tu racontes

(44)

Tu peux me raconter ce que tu veux, je sais que....

(45)

Ne raconte pas ta vie, ça n’intéresse personne

(46)

Il m’en a raconté une bien bonne

(47)

On en raconte de belles sur X

De telles routines, familières dans les échanges ordinaires mais absentes de notre corpus écrit, présentent plusieurs propriétés remarquables :

  • Du point de vue pragmatique, ces routines régulent la communication sur le mode polémique du reproche invalidant les propos émis (41, 43, 44) et de l’allusion médisante (47). Le verbe raconter endosse alors les valeurs qui sont conférées à R03.

  • La proximité de raconter avec le verbe dire (41, 43 en particulier) confine le premier à une sphère de communication générique s’appliquant à des contenus que le locuteur dévalorise.

  • L’effacement de l’unité nominale – histoire – dans (46) et (47) fige les expressions et en accentue la portée du jugement dévalorisant et persifleur. Le pluriel de belles souligne l’effet négatif. Dans les deux cas, le choix de l’adjectif – une bien bonne et de belles – est ironique et se comprend par antiphrase.

  • Syntaxiquement, le trait nouveau réside, en (42), dans le déplacement de N1 qui occupe la place du sujet N0 sous la forme d’un ça. Le sujet de raconter est alors un sujet inanimé. Nous examinerons ce phénomène ci-dessous (notre point 4.4). Nous l’avons identifié comme relevant d’une opération de diathèse qui a pour effet de « dédoubler » sémantiquement l’objet N1 : par exemple le support « film » (ça) et son contenu d’ « intrigue » (quoi). Ça raconte l’histoire d’une fille qui… serait une réponse possible à la question posée en (42). La diathèse est également à l’œuvre dans des tours comme les histoires qui se racontent le soir au coin du feu3.

4.2. La cartographie du verbe raconter

Le tableau qui suit p. 65 est une tentative pour répertorier les unes par rapport aux autres les constructions de raconter et les envisager dans une « organisation réticulaire », à partir d’une construction source (Legallois, 2014, p. 47). Pour éprouver la validité de ce schéma, il convient d’une part d’interpréter les lignes de « filiation » qui sont indiquées d’une case à l’autre et d’autre part d’y appliquer, pour les situer, de nouvelles expressions ou des exemples que nous n’aurions pas encore analysés.

Le schéma se lit de haut en bas et de gauche à droite. Dans la partie supérieure, une première case, A, l’appellation de « construction schématique » signifie que la structure abstraite et générale A vaut pour toutes les autres, qui sont autant de « constructions spécifiques » qui, elles, réalisent lexicalement et syntaxiquement différents tours de raconter. En A, la notion de transfert rappelle que l’objet N1 passe de N0 à N2. La conjonction ou la disjonction (Legallois, 2017, p. 25) ne se pose pas de la même façon qu’avec un verbe comme donner ou vendre par exemple. En l’occurrence, un objet Y raconté est « partagé » par X et Z.

À partir de A, trois constructions spécifiques de raconter sont engendrées (B, C et D), deux le sont sur le mode de l’élaboration (A1 et A2), la troisième de la productivité (A3). Ces trois types de construction correspondent aux trois acceptions de raconter dans Les Verbes français (1997) :

B – que nous avons définie dans le tableau comme construisant un « transfert verbal et intellectuel sur un mode narratif » – recouvre les scènes décrites, exposées ou relatées (R01). Raconter son projet en constitue un exemple typique, qui réalise un objet N1, abstrait et verbal.

C – que nous présentons comme collocatif – est caractérisée par la combinaison possessive typique, raconter son histoire, raconter sa vie, raconter ses malheurs. C’est la branche la plus proche de l’acception R02, « relater par un récit ».

D – qui représente l’acception R03 « mensonges » – est issue, selon une opération de productivité, du figement de l’expression dans laquelle N1 est au pluriel et dont le déterminant est indéfini (des histoires, des histoires à dormir debout, des cracs, des salades, raconter n’importe quoi). Le paradigme des noms est ouvert mais, nous l’avons dit, il peut se spécifier en « médisances », ce qui donne sous l’effet de la dérivation le nom racontars (K). L’invention conduit au mensonge, à l’affabulation et au racontar. La filiation de raconter des histoires à c’est des racontars est assurée par le pluriel du nom, même si le dictionnaire atteste le singulier de l’entrée racontar.

 

 

Figure 1.

4.3. Raconter quelqu’un

Sous H, « Construction avec nom propre », où figure déjà raconter cette France, nous aurions pu ajouter un exemple de patronyme, tel que raconter l’oncle Jules qui est cité par Blinkenberg (1960, p. 54). Voici l’extrait d’Octave Mirbeau d’où provient l’exemple du linguiste (nous soulignons) :

(48)

(…) Quelquefois, lorsque je voyais le visage de mon père se dérider un peu, je demandais :

- Petit père, raconte mon oncle Jules et ma tante Athalie.

- As-tu été bien sage au moins ? As-tu bien appris tes leçons ?

- Oui, oui, petit père ! Oh ! t’en prie, raconte.

Et mon père contait :

- Toute petite, ta pauvre tante Athalie, que nous avons perdue, hélas ! était très gourmande ; […] (O. Mirbeau, L’abbé Jules, I, 1. Œuvre romanesque, vol. 1, 333-334)

S’ensuit le récit d’une farce que l’enfant Jules fait à sa sœur Athalie, tous deux âgés alors d’une dizaine d’années. Blinkenberg commente cet exemple comme l’illustration d’une « brachylogie qui a l’air d’une création individuelle », ce qui n’est pas très éloigné de la productivité décrite par Legallois (2014, p. 43-44) :

On enregistre un écart par rapport à la norme d’usage (…). On peut caractériser ce phénomène de deux manières complémentaires : soit, en considérant que la construction « accueille » un élément verbal inhabituel – la construction s’ouvre donc à un nouvel [élément] ; soit, il y a un processus de coercition, [l’élément] étant « forcé » à entrer dans la construction. Coercition et accueil sont en principe des mouvements opposés ; leur validité dépend en fait du point de vue adopté sur la langue. Le plus important est d’observer le processus de productivité : une construction est productive lorsqu’elle incorpore un nombre important d’[éléments] différents.

Raconter régissant un nom propre (raconter le camp de Jouques, cette France, Sarah) forge un emploi figuré dont l’effet ne serait pas très différent de ce que l’on obtiendrait avec raconter ses profs, raconter sa famille, mais qui serait plus difficile avec des noms communs tels que raconter sa ville, son pays. Raconter son quartier serait-il plus acceptable parce que les êtres humains qui l’habitent seraient sentis comme mieux incarnés qu’avec ville ou pays ?

4.4. Ça raconte Sarah (le livre, le film, etc., raconte l’histoire de…)

Le titre du roman de P. Delabroy-Allard publié en 2018 qui vient de remporter un succès public important, ne pouvait manquer d’attirer notre attention. Au-delà de la figure du palindrome (ça-ra et Sarah qui encadre conte, non repris), le titre désigne avec ça le roman tout entier, dont le récit est centré sur un personnage féminin prénommé Sarah. L’expression du titre (ça raconte Sarah) figure à de nombreuses reprises dans le roman, mais alors ça redevient une anaphore assez convenue, et raconter prend le sens de ‘exprimer, symboliser, dire’, etc. Dans le titre, raconter conserve tout son sens narratif, le N0 ça renvoyant déictiquement à tout le roman. Localement, ça réfère à un trait, un comportement, une action du personnage. Le vague référentiel de ça lui permet d’endosser des sources multiples et figurées, ce dont témoigne l’extrait suivant (49) qui constitue un paragraphe autonome (§17) dans le roman (Delabroy-Allard, 2018, p. 31. Nous soulignons) :

(49)

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole S.

Le symbole S est celui du soufre, image plusieurs fois développée dans le roman. Au-delà des choix stylistiques particuliers de l’ouvrage dont on a un aperçu à travers ces lignes, le titre renvoie à un usage ordinaire de la question Ça raconte quoi ? qui porte sur un roman ou sur un film. Cette question appelle des réponses du type de Le livre, le film, ça raconte l’histoire de… Le sujet SN0 de raconter est alors inanimé mais il est par métonymie associé à un créateur humain.

4.5. Se raconter

L’emploi pronominal enfin mérite d’être examiné. Il recoupe deux constructions, l’une où se est datif, l’autre où se est le réfléchi direct. Le tableau (la case I : « construction pronominale réfléchie ») ne fait figurer que la construction dative. Voyons les deux exemples, avant de discuter la source D que nous avons retenue pour I :

(50)

… (C’est lui-même qui me l’a rapporté, un jour où il avait envie de se raconter). (c, 216)

(51)

Puis il relève la tête vers l’assistante sociale et il lit le soupçon dans ses yeux, l’histoire qu’elle se raconte déjà, le père violent, les coups (canne ou ceinture ?), le silence. (z, 248)

En (50) se est le pronom réfléchi direct et l’on pourrait gloser ainsi l’exemple : ‘il avait envie de raconter sa vie’.

En revanche, (51) construit l’emploi pronominal avec le datif qui réalise N2. L’exemple nous intéresse parce que N0 est au singulier. Le pluriel redeviendrait d’usage classique : les histoires qu’ils se racontent réciproquement l’un à l’autre (les uns aux autres).

L’exemple cité dans le schéma (l’histoire que l’on se raconte à soi-même) est emprunté au dépouillement du Monde. En l’occurrence, il s’agit d’un article d’économie qui fait la recension d’ouvrages dans la discipline. Voici une version élargie de l’exemple (nous soulignons) :

(52)

Les économistes se mettent de plus en plus [à raconter des histoires]. Ils ont commencé par « les histoires que l’on se raconte à soi-même » pour comprendre les décisions des agents économiques : c’est le « petit singe sur l’épaule » qui murmure à l’oreille du trader, du PDG, du consommateur, mis en évidence par les économistes américains George Akerlof et Robert Shiller (Marchés de dupes : l’économie du mensonge et de la manipulation, Odile Jacob, 2016).

Il n’est pas indifférent pour notre propos que les histoires que l’on se raconte à soi-même figure dans un extrait de commentaire sur un ouvrage mentionnant dans son titre mensonge et manipulation. De même que dans (51) l’assistante sociale se raconte des histoires et s’invente des scénarios, en (52), les économistes ont besoin de ‘s’inventer’ des scénarios pour interpréter les décisions. De l’histoire imaginaire des économistes (52) à l’histoire fallacieuse de l’assistante sociale (51), la marge est étroite. C’est dans cette mesure que nous faisons dériver la case I de l’acception « mensonges » inscrit dans la case D.

5. Conclusion : raconter est-il monosémique ?

L’article a eu pour origine une interrogation sur le verbe raconter : intuitivement nous le pensions très monosémique (son sens « narratif ») et nous étions intriguée par son appartenance aux verbes de communication dans le classement des Verbes français (1997). À nos yeux, le verbe prototypique de communication, le générique dire, connaît de nombreux avatars certes, mais dont le sémantisme s’oriente davantage vers le mode d’expression (hurler, balbutier) ou le rapport à la vérité de ce qui est dit (prétendre, admettre, etc.). Quand ils se rapportent à un contenu de parole, c’est sur le mode d’un acte de discours (féliciter, remercier, saluer, etc.). Raconter quant à lui présuppose une expression qui n’est pas toujours verbale (un ballet raconte…, une histoire sans parole raconte…, etc.). Le verbe, nous l’avons vu, conserve son acception narrative, y compris quand il régit une scène. Dans cette mesure on peut s’interroger sur la monosémie de raconter et supposer un continuum de valeurs des plus aux moins narratives, qui sont principalement tirées du N1 régi. La monosémie se perd néanmoins quand raconter est assimilé à ‘mentir’.

Raconter sélectionne trois classes de N1, « scène » (R01), « histoire » (R02) et « mensonges » (R03), à partir desquelles s’opère un classement d’acceptions. On retrouve les trois valeurs (exposer ou décrire, relater et conter, inventer et mentir) y compris quand raconter est utilisé comme introducteur de paroles, au discours indirect et au discours direct. Est-ce pour autant un verbe polysémique ? L’acception mentir serait le seul argument qui pourrait maintenir l’option de la polysémie, en raison notamment du dérivé racontar(s) qui ne vaut que pour R03. Mais le lien entre raconter et mentir se fait par l’intermédiaire du verbe inventer, lequel vaut aussi bien pour les fictions, les contes, que pour les mensonges. Concernant l’acception conter, raconter, on a vu apparaître récemment le néologisme racontage.

La cartographie finale permet d’excéder les limites des corpus écrits et d’intégrer les expressions phraséologiques qui sont courantes dans les échanges parlés mais plus rares à l’écrit. Par exemple, cette interrogation ordinaire : ça raconte quoi ? Nous attribuons à cette cartographie l’intérêt de répertorier et d’exemplifier des formes types du verbe étudié, d’en spécifier le sens et la syntaxe, et de reconstituer un itinéraire des élaborations successives. C’est ce point de la cartographie des formes types que nous pensons pouvoir utiliser dans un contexte d’enseignement de la langue française. En effet, outre ses vertus de synthèse, le réseau des constructions offre l’intérêt de montrer des schémas d’énoncés tout en évitant le recours au métalangage grammatical.

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Notes

1 La pagination est celle de l’édition papier du dictionnaire. Return to text

2 L’initiale du titre est suivie du numéro de la page dans l’édition que nous avons consultée. Ici, page 6 de Fille de harki. R abrège raconter. Return to text

3 L’observation nous a été faite dans l’une des deux évaluations de notre travail. Nous en remercions son auteur. Return to text

Illustrations

References

Bibliographical reference

Denada Juka, « Le verbe raconter », Lexique, 24 | -1, 49-70.

Electronic reference

Denada Juka, « Le verbe raconter », Lexique [Online], 24 | 2019, Online since 01 juillet 2019, connection on 19 avril 2024. URL : http://www.peren-revues.fr/lexique/307

Author

Denada Juka

Université de Lorraine, Crem, F-57000 METZ, France
denada_juka@hotmail.com

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