Isis et le cercle isiaque dans les Antiquitates d’Annius de Viterbe

  • Isis and the Isiac Circle in Annius of Viterbo’s Antiquitates

DOI : 10.54563/bdba.2305

p. 133-154

Résumés

Cette étude analyse le rôle d’Isis dans les Antiquitates d’Annius de Viterbe. Dans cette relecture historique – et falsifiée –, Isis, sœur d’Osiris et fille de Cham, occupe une place clé entre histoire universelle et sacrée. En mêlant récits bibliques, sources historiques, autorités fictives et pseudo-épigraphes, Annius relie traditions antiques et Écritures, établissant un lien entre Isis et les Étrusques, présentés comme héritiers noachides et précurseurs du pontificat d’Alexandre VI.

This study examines the role of Isis in the Antiquitates of Annius of Viterbo. In this historical – and falsified – reworking, Isis, sister of Osiris and daughter of Ham, occupies a pivotal position at the intersection of universal and sacred history. By combining biblical accounts, historical sources, fictitious authorities, and pseudo-epigraphic texts, Annius establishes connections between ancient traditions and the Scriptures, forging a link between Isis and the Etruscans, portrayed as Noahic heirs and forerunners of the pontificate of Alexander VI.

Texte

Dans le commentaire de l’œuvre de l’auteur égyptien Manéthon1, le Supplementum, édité en 1498, le frère dominicain Annius de Viterbe (1437-1502)2 évoquait un événement survenu cinq ans auparavant. Des anciens vestiges étrusques avaient été découverts alors que la cour du pape Alexandre VI (1431-1503) se trouvait à Viterbe3 :

« Au commencement de son pontificat, du fond des cavernes et recoins de la terre, les monuments triomphaux des plus anciens rois d’Italie furent révélés dans sa ville de Vetulonia, aujourd’hui Viterbe. Et même des lièvres en sortirent, comme un présage divin de la future expansion de l’empire chrétien sous ce pontife des plus heureux, et comme un signe de l’illumination de la chaire apostolique4. »

Parmi les anciennes statues représentant les premiers souverains étrusques de la péninsule italienne, qu’il interprète comme des symboles du futur triomphe de l’Empire chrétien5, le proto-étruscologue – et faussaire – Annius de Viterbe, alias Giovanni Nanni, identifie entre autres Isis, reine d’Égypte6. D’ailleurs, ce témoignage archéologique n’est pas le seul, ni même le plus célèbre, à évoquer le passage d’Isis – et avant elle, celui d’Osiris, son mari et frère – en Italie, voire à Viterbe7. Comme l’indiquait B. E. Curran, Annius fut autant proto-égyptologue qu’étruscologue8. À ce propos, d’autres références se trouvent dans le volume in-folio où l’œuvre de Manéthon fut imprimée, un volume intitulé Commentaria super diversorum auctorum de antiquitatibus loquentium, plus connu des chercheurs sous le nom d’Antiquitates9.

À travers ces références, on peut alors s’interroger : quelle relation existe entre Isis, les Étrusques et la propagation de la chrétienté en 1498 ? Pour y répondre, il me semble nécessaire de rappeler que les Antiquitates forment un macro-texte complexe, subdivisé en plusieurs sources altérées ou créées de toutes pièces : dix-sept sections, dont douze réparties entre textes pseudo-anciens et commentaires. Le recueil « oblige le lecteur à assembler une histoire cohérente à partir d’un ensemble de parties disparates10 », une « story » qui n’est pas une simple histoire, mais bien l’Histoire : « la vérité sur l’histoire du monde11 ». Dans cette contribution, je me propose de retracer la place d’Isis au sein de ce macro-texte, dans cette véritable – bien que fictive – histoire universelle, tout en respectant, par une suspension volontaire de l’incrédulité, la prétendue historicité des événements narrés dans les Antiquitates à travers ses auctoritates, ses commentaires et ses transcriptions épigraphiques. Grâce à cette lecture, Isis apparaîtra comme un personnage historique, relevant à la fois de l’histoire profane et de l’histoire sacrée, et non comme une anamorphose ou la « légende d’un mythe12 ». Il s’agit ainsi de se plonger dans l’imaginaire historiographique d’un frère dominicain, voire de se situer dans l’horizon d’attente de ses contemporains13, et de repérer, selon les termes du plus célèbre chronographe inséré dans les Antiquitates, (pseudo-)Bérose le Chaldéen14, les vicissitudes de « Junon égyptienne, surnommée Isis la Grande, porteuse de moissons, dispensatrice de lois, sœur et épouse d’Osiris15 ».

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La Defloratio chaldaica de Bérose, prêtre et notaire babylonien ayant vécu au IVe siècle avant J.-C.16, introduit ainsi le personnage d’Isis au lecteur dans son cinquième et dernier livre. L’histoire du Chaldéen constitue le noyau du nouveau récit de l’histoire universelle conçu par Annius de Viterbe, tant par son contenu que par ses sources17. L’histoire relatée par Bérose le Chaldéen ne se réduit pas à une simple chronique profane ; elle se présente comme un récit parallèle à celui de la Genèse, attribué au prophète et proto-historien Moïse18. Dans l’échafaudage historiographique et biblique élaboré par Annius, ces deux textes ont pour source commune les livres antédiluviens que Noé aurait transmis à sa descendance après le Déluge. Autrement dit, par la généalogie du patriarche, ils remonteraient à Adam et à la scientia Adae qui lui aurait été insufflée par Dieu, voire à l’historia Adae, que le premier homme aurait lui-même rédigée19. S’appuyant sur cette base certaine, la Defloratio approfondit les événements et les règnes des époques postdiluviennes – tout en suivant principalement la première monarchie universelle assyrienne20 – jusqu’à la fondation de Troie, presque contemporaine de l’Exode biblique et de la mort d’Isis. Dans le texte, ce dernier personnage devient l’objet d’un processus d’évhémérisation, en continuité avec la tradition patristique et médiévale, mais en s’éloignant de l’identification avec l’Io des Métamorphoses d’Ovide21. Il s’inscrit au cœur d’un récit mêlant chaldéen et biblique, à la fois humain et divin.

En ce qui concerne l’approche évhémériste, les Antiquitates établissent une identification des personnages bibliques – qui sont, pour les acteurs du XVe siècle, historiques – avec l’ensemble des fausses divinités de l’Antiquité païenne22. Ce procédé n’est certes pas exclusif à Annius : deux sources fréquemment utilisées par le dominicain, les Institutiones de Lactance et le Chronicon d’Eusèbe de Césarée, traduit et commenté par saint Jérôme, introduisaient déjà des correspondances entre les dieux païens, les anciens souverains et l’histoire sacrée. Si Lactance promeut la célèbre identification d’Io, fille du roi argien Inachos, avec Isis23, Eusèbe inscrit cette identification dans une chronologie biblique qui commence avec la Création. Dans ce cadre, Isis serait arrivée en Égypte juste après l’Exode, soit 498 ans après la naissance d’Abraham, c’est-à-dire en 1512 avant J.-C.24

Ainsi que l’écrivait J. Seznec au sujet de la survivance des dieux antiques :

« Entre le Moyen Âge et la Renaissance […] on continue à les insérer dans l’histoire : non seulement les vieilles chroniques, imprimées et souvent rééditées, font toujours autorité ; mais les chroniqueurs du XVe siècle s’en inspirent docilement et ne manquent pas de consacrer aux divinités païennes un ou plusieurs chapitres […] ; de même encore Annius de Viterbe, le pseudo-commentateur [sic] de Bérose, et Jacques de Bergame25. »

Cependant, loin d’une inspiration docile, il me semble qu’aucun texte, avant les Antiquitates, n’avait structuré de manière aussi systématique la correspondance entre la Table des peuples de la Genèse et les divinités de l’Antiquité26. Le deuxième livre de la Defloratio de Bérose présente ainsi plusieurs arbres généalogiques supplémentaires de la descendance de Noé, complétant les listes de noms fournies par Moïse ; le tout est éclairé par le commentaire d’Annius27. Bien qu’Isis en soit absente, son frère et époux Osiris apparaît dans le quatrième arbre, qui contient « les descendances de Cham ou Cameses28 ». En effet, Osiris n’avait pas été omis dans le Pentateuque, et un arbre généalogique est également consacré au souverain d’Égypte : « la descendance d’Osiris, que Moïse appelle Misraïm29. » D’ailleurs, une autre source employée par Annius, les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe, explique que Misraïm, fils de Cham avec Koush, Puth et Canaan30, est à l’origine des Égyptiens31. Par conséquent, selon l’autorité de Bérose le Chaldéen, Isis, sœur de Misraïm/Osiris, est également fille de Cham, fils de Noé. Elle serait plus jeune qu’Osiris, née « de Rhéa et Camesenus [Cham]32 » la première année du règne de Sémiramis. Il faut dater cela, en suivant les calculs concernant les rois assyriens fournis par Bérose et en les intégrant avec les commentaires d’Annius et d’autres autorités du recueil, d’environ l’an 302 après le déluge universel, soit à peu près 2007 avant J.-C.33 Dans les Antiquitates, encore davantage que dans les œuvres des Pères de l’Église, ces références laissent entendre que toute mythologie représente une altération de la Révélation ; autrement dit, une déformation, volontaire ou non, de la vérité biblique et de son texte.

La nouvelle place conférée au cercle isiaque en annexe aux Écritures, voire dans la Genèse, n’implique pas seulement un positionnement chronologique bien antérieur à celui d’Eusèbe de Césarée34, mais également un renversement de l’identification avec Io, la figure grecque, telle que défendue par les Pères. Dans les œuvres contemporaines à la publication des Antiquitates, le nom d’Io l’Argienne précédait toujours le second nom de la divinité égyptienne, Isis. En 1497, l’augustinien Jacques de Bergame (1434-1520)35 intègre Isis dans son ouvrage De plurimis claris selectisque mulieribus36 : la reine figure en huitième position, précédée par Junon et suivie de Cérès. À la suite de Boccace (1313-1375)37, Jacques de Bergame mentionne « Isis, qui auparavant s’appelait Io38 », tout en soulignant sa contemporanéité avec le dernier patriarche Jacob, ce qui implique qu’Io serait arrivée en Égypte au même moment que le futur peuple d’Israël39. D’ailleurs, il avait déjà abordé ce point dans son Supplementum chronicarum de 1483, présentant Osiris et Isis comme le couple souverain d’Argos exilé en Égypte en 1747 avant J.-C.40

Or, Bérose ne se contente pas de mentionner la « Junon égyptienne » pour désigner Isis ; à la fin du cinquième livre de la Defloratio, il utilise aussi l’expression « Io égyptienne41 » pour décrire le même événement représenté par les statues découvertes près de Viterbe, interprétées par Annius en 1493. Le dominicain, en commentant d’anciennes inscriptions étrusques dans les Antiquitates42, précise également qu’il s’agit du même lieu – le site des statues – « où Cérès égyptienne fit les premiers pains43 » et qu’Isis y « fut surnommée Libysse44 ». Des figures féminines anciennes et illustres, qu’on trouve proches mais distinctes dans l’œuvre de Jacques de Bergame, se fondent en un seul personnage sous la plume de Bérose et de son commentateur. Cette multiplication des cognomina d’Isis introduit également une distinction entre une Io égyptienne et une seconde Io argienne. Comme le précise Annius de Viterbe, « il y eut deux Io : la première, plus jeune, était grecque et fille d’Inachos ; l’autre était l’ancienne égyptienne. La Grecque, déshonorée par un marchand phénicien, s’enfuit avec lui en Égypte […]. La seconde était la sœur et l’épouse d’Osiris, appelée Junon, Isis, Cérès, porteuse de moissons et de lois45 ». Cette distinction n’est nullement arbitraire ; elle correspond à une méthode essentielle pour comprendre à la fois le récit des Antiquitates et l’histoire du cercle isiaque, fondée sur la désambiguation des Equivoca46. En outre, la distinction entre deux Io repose également sur un principe maintes fois rappelé, tant par les auctoritates que par Annius lui-même : Graecia mendax47.

Dans le De Equivocis, imprimé au sein des Antiquitates, le (pseudo-)Xénophon48 démontre que de nombreux peuples, en diverses langues – des dialectes de la langue aratathéenne, associée à Noé, et supposément apparentée à l’araméen et à l’étrusque49 – et à des époques postérieures, ont attribué différents cognomina à divers personnages bibliques de l’Antiquité. Il montre également que les noms des dieux ne désignaient que la souveraineté terrestre de ces personnages. Comme l’explique Annius de Viterbe : « En effet, durant l’Âge d’or, des princes justes régnaient, et c’est pour cette raison qu’ils furent justement appelés dieux par les écrits sacrés et païens, en fonction de leurs rôles divins et non de leur divinité substantielle50 ». Ainsi, des noms tels que Saturne, Jupiter, Hercule, voire Rhéa et Junon, ne sont que des titres honorifiques attribués aux anciens souverains postdiluviens, en particulier à Noé, appelé le premier Saturne, père des dieux – princes majeurs et mineurs – aux côtés de Chaos, du Ciel, de la Semence du monde et de Janus etc.

La transformation du sens associé à ces termes serait imputable aux Hellènes, un peuple jeune dont la langue agirait comme un « poison contre la vérité51 ». En tant que derniers-nés des peuples de l’Antiquité, ils auraient hérité d’informations altérées et, en raison de leur propension à déformer la vérité pour des intérêts matériels, les Grecs auraient délibérément falsifié, par leurs belles paroles, les récits anciens des peuples dits barbares52. Il en découle ainsi une fausse antériorité de l’Io argienne sur l’Io égyptienne, ainsi que l’idolâtrie des anciens souverains. Plus que jamais, l’ensemble de la mythologie et même de l’historiographie grecque apparaît comme un mensonge, une déformation de l’histoire de la Révélation. Cela exige non seulement de relire toutes les histoires anciennes, mythiques ou non, à la lumière des Écritures, mais implique également que toute histoire et tout mythe grecs – synonymes de mensonge pour Annius – recèlent un noyau de vérité ancestrale, enfoui et altéré. Il en va de même pour l’histoire d’Isis.

Il pourrait sembler paradoxal que l’une des sources fondamentales soutenant le développement du récit isiaque proposé dans les Antiquitates fût grecque ; en l’occurrence, il s’agit de Diodore de Sicile, dont la Bibliothèque historique, traduite par Le Pogge (1380-1459), venait d’être éditée en 147653. C’est la relecture de cet historien ancien qui, selon Annius, confirme les généalogies bérosiennes, voire l’ensemble de son récit historique54. Si Cham est le Saturne égyptien, c’est-à-dire le premier souverain de l’Égypte, alors, dans la transcription des colonnes d’Osiris et d’Isis rapportée par Diodore, lorsque ces deux souverains égyptiens se présentent comme enfants de Saturne, ils revendiquent en réalité leur ascendance chamitique55. Cela fait d’eux, respectivement, le Jupiter et la Junon d’Égypte, autrement dit le roi et la reine. De même, leur parenté relèverait également de l’héritage de Cham, que Bérose décrit comme le corrupteur ayant réintroduit, dans le monde postdiluvien, les vices des hommes antédiluviens, notamment l’inceste56.

Dans son commentaire à Bérose, Annius s’appuie d’ailleurs sur les propos de Diodore de Sicile, qui affirme également que les prêtres égyptiens, à l’instar des Chaldéens, soutiennent que leur connaissance d’Isis et d’Osiris ne relève pas du mythe, comme c’est le cas chez les Grecs, mais de faits établis57. À travers les Antiquitates, la Bibliothèque historique de Diodore apparaît alors comme une altération postérieure de la Defloratio de Bérose le Chaldéen, voire du Supplementum attribué à l’auteur égyptien Manéthon, qui en constitue la source barbare. Comme l’a remarqué C. Nothaft, « cette attaque contre les Grecs visait également, et peut-être même principalement, Diodore, dont la riche et naturaliste fresque des exploits des héros primordiaux devait apparaître comme une simple déformation de la véritable histoire, décrite par les traditions judéo-chrétiennes et les sources du Proche-Orient telles que Bérose58 ». Pour ces raisons, ce n’est qu’en replaçant le premier livre de Diodore – le récit des voyages d’Osiris et d’Isis, les inventions de la déesse, la trahison de Typhon, la quête isiaque et la vengeance d’Horus – dans le cadre des vérités chaldéennes, égyptiennes et bibliques des Antiquitates, qu’il devient possible de comprendre le rôle de la Junon égyptienne dans l’économie de l’histoire universelle.

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Dans le récit de la Defloratio, interprété par le commentaire d’Annius, le monde antédiluvien était peuplé d’une humanité gigantesque, dotée d’une grande longévité et d’une impiété absolue, exterminée par le Déluge, un événement perçu à la fois comme astrologique et providentiel59. Conformément au récit de la Genèse – en excluant toutefois le gigantisme –, seul un géant vertueux, Noé, fut sauvé avec sa famille en l’an 1656 après la Création, soit environ 3960 avant J.-C.60 Une fois établi en Arménie, Noé scella la première alliance avec Dieu, et ses descendants, tant antédiluviens que postdiluviens, repeuplèrent le monde. Ce patriarche gouvernait l’univers en tant qu’empereur et pontife, incarnant une union parfaite entre pouvoirs temporel et spirituel, ce que les mythographes ultérieurs désigneront comme l’Âge d’or61.

Après cent huit ans, il parvint au nord du Tibre, en Toscane, portant avec lui l’un de ses symboles : les deux clés, préfiguration de saint Pierre, ainsi que les faisceaux de licteurs, préfiguration de l’Empire62. Dans cette région, il fonda des villes-temples étrusques dédiées au Seigneur, dont Viterbe – la principale –, le Vatican et le Janicule. Ses enfants, initiés aux mystères sacrés, se souvinrent de lui sous le nom de Janus, parmi d’autres63.

Or, lors de son retour dans le Caucase, il fut trahi par le perfide Cham, magicien corrupteur, qui non seulement observa son père Noé dans son ivresse64, mais le rendit stérile par ses enchantements65. Par la suite, Cham retourna en Égypte, où il réinstaura les péchés que Dieu avait punis avec le Déluge. Vers 2066 avant J.-C., il passa également par l’Italie, dans le but de corrompre les sages étrusques éduqués par son père66.

Quinze ans plus tard, Noé revint en Toscane et expulsa son fils indigne, ce qui provoqua une première guerre civile en Égypte, qui entre-temps avait été attribuée à d’autres descendants du patriarche. C’est en Toscane que Noé célébra le premier sacrement de l’eucharistie, utilisant du pain d’épeautre et du vin67. Selon une lecture typologique, le patriarche Noé apparaît ici comme l’antitype de Melchisédech, qui accomplira plus tard avec le patriarche Abraham la première eucharistie de pain et de vin68 ; un sacrifice qui, selon l’interprétation paulinienne partagée par Annius69, préfigure à son tour le sacrifice du Christ pour le salut de l’humanité70. La prisca religio de Noé annoncerait ainsi le christianisme des origines. De même, cette interprétation présente les Étrusques comme le peuple élu, héritier de la scientia Adae et préfiguration, à leur tour, de la Rome pontificale d’Alexandre VI, dont ils seraient littéralement les ascendants directs71.

En Afrique, avec l’aide de certains géants corrompus appelés Titans, Cham reprit le pouvoir en Égypte et en Libye – d’où le mythe grec de la titanomachie – et engendra, avec sa sœur Rhéa, fille postdiluvienne de Noé, Osiris, puis Isis72. Ce nouveau règne ne dura cependant pas, et Cham fut de nouveau chassé par Dionysos Ammon, issu des descendants de Saba et donc de Cham lui-même. Dionysos adopta alors Osiris et l’éleva selon les principes de justice de Noé, contrairement à son véritable père. C’est à ce moment, en l’an 249 après le Déluge, que l’Âge d’or prit fin73.

Après la mort de Noé, au vénérable âge de neuf cent cinquante ans, survenue au Janicule en 1959 avant J.-C., la ville de Viterbe s’affirma comme le cœur du pouvoir spirituel et temporel du monde, exception faite de Babylone, également d’origine chamitique74. Cependant, les géants titaniques complices de Cham tyrannisèrent aussi bien la Toscane que la péninsule italienne tout entière. Le voyage d’Osiris et d’Isis, avec leur fils Lybius, portant le titre d’Hercule – à ne pas confondre avec l’Héraclès des Grecs75 – fut également une expédition militaire visant à libérer l’Italie et le Saint-Siège noachide76. C’est au Saint-Siège de Viterbe qu’Osiris, accompagné d’Isis, fut couronné pontife et empereur universel, ce qui fait d’Osiris, surnommé également Apis, le taureau, l’antitype du souverain-pontife Borgia, Alexandre VI77.

Selon Bérose comme selon son interprète dévoyé Diodore de Sicile, les voyages du couple osirien visaient notamment à propager leurs inventions. Ensemble, ils découvrirent le blé et les cultures, ainsi que la charrue et la faux. Si le récit de leurs exploits était déjà enraciné dans l’histoire sacrée grâce à leur lien noachide, l’invention du pain de blé fait de l’Isis frugifera des Antiquitates une figure centrale de l’histoire du salut. La même année où Noé mourut, Osiris et Isis, géants à peine adolescents, âgés respectivement de soixante et de cinquante ans, commencèrent leur périple par la Palestine, où Isis confectionna le premier pain, qu’Osiris offrit au souverain de cette terre, Sem, également connu sous le nom de Melchisédech78 :

« Il est possible qu’il [Osiris] ait enseigné [l’agriculture] en Palestine à Sem, fils de Janus, que les Hébreux surnomment Melchisédech, c’est-à-dire “roi de justice”, comme une sorte d’épithète de Janus. En effet, Sem vécut cinq cents ans après le Déluge, comme l’affirme Moïse. Il vivait donc à cette époque. Et puisque, selon le même Moïse, il était prêtre du Dieu Très-Haut, cela constitue un argument solide pour penser que les premiers pains inventés en Palestine furent offerts en action de grâce à Dieu, et que le pain et le vin furent institués comme offrandes sacrificielles. En effet, l’invention du pain permit à l’humanité de s’élever au-dessus des tueries mutuelles, comme l’écrit Diodore dans son premier livre, figurant par ce sacrifice la mort du Messie, le pain divin, et le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech, qui libérerait le monde de la mort spirituelle et des ténèbres des âmes79. »

La responsabilité du couple osirien dans l’histoire sacrée prend une profonde dimension théologique, car Melchisédech, tout comme le premier roi de justice et le célébrant originel de l’eucharistie, Noé/Janus, devient, selon la lecture typologique d’Annius, une figura du sacrifice du Christ et, par conséquent, du salut. La référence à Moïse renvoie ainsi à la première eucharistie mentionnée dans l’Ancien Testament – la précédente, étrusco-noachide, n’étant citée que dans les Antiquitates –, célébrée par Melchisédech avec le patriarche Abraham, sanctifiant ainsi la Nouvelle Alliance avec Dieu, après celle de Noé80. L’arrivée du couple au Saint-Siège de Viterbe, leur destination finale, doit donc être reliée à cet épisode marquant le commencement de leur voyage. On comprend que l’attribut frugifera d’Isis renvoie autant à ses inventions agricoles, qu’elle diffusa dans le monde, qu’au pain eucharistique, corps du Christ, qu’elle confectionna la première. De même, l’attribut legifera fait référence, dans les Antiquitates, aux lois primitives de l’Âge d’or, héritage de son grand-père Noé, qu’elle imposa à son peuple, corrompu par l’influence de son père Cham.

Une fois de retour en Égypte et après avoir gravé les célèbres colonnes, Osiris fut trahi par son frère Typhon et d’autres géants, son corps étant mis en morceaux, comme le raconte Diodore de Sicile81. Cet événement survint à la moitié de la vie de la géante Isis, qui vécut trois cents ans de plus, durant lesquels elle gouverna seule l’Égypte et la Libye, sous le nom de Junon82. Elle accompagna alors son fils, l’Hercule princier nommé Lybius, dans un nouveau périple à travers l’Afrique et l’Europe pour venger son époux. Aux côtés de sa mère, Lybius devait défendre les dieux – c’est-à-dire les souverains légitimes – et vaincre les géants malveillants, alliés de Typhon83. Diodore de Sicile attribue, à tort et de manière déformée, ces exploits à l’Héraclès grec84. Cela mena Hercule encore une fois en Italie, et plus précisément à Viterbe, où il vainquit les nouveaux Titans et fut couronné empereur et pontife, tout comme son père85. Après avoir voyagé à travers l’Europe entière et y avoir régné durablement, l’Hercule d’Égypte mourut en Espagne vers 1727 avant J.-C., laissant le gouvernement de l’Italie à son fils Tuscus86. Grâce aux exploits et à la propension à la polygamie de Lybius, tous les souverains d’Europe, notamment ceux de la Gaule, de la Celtibérie et même de Toscane, se revendiquent ses héritiers par descendance.

Ainsi, Isis devint l’ancêtre vivante des dynasties postdiluviennes d’Europe, et l’un des descendants ibériques de Lybius, Italos Atlas, devint souverain de la péninsule qui porte désormais son nom87. L’ancienne reine d’Égypte, désormais éloignée du gouvernement de sa propre terre, retourna alors dans la proto-Rome, Viterbe, lorsque la fille d’Italos épousa un descendant direct de Noé, devenu roi-prêtre de Toscane. Ce mariage, entre Cybèle et Iasos, se tint à Viterbe vers 1567 avant J.-C., alors que la reine géante d’Égypte atteignait quatre cent soixante ans88.

Le témoignage du cinquième livre de la Bibliothèque historique de Diodore déforme la vérité historique des Antiquitates89 ; Bérose démontre que Iasos, loin d’être un demi-dieu grec, était en réalité un souverain toscan, et que les banquets de noces divines évoqués par les Grecs représentaient en fait un mariage auquel participait toute la noblesse herculéenne, et donc osirienne. Annius souligne dans son commentaire qu’il existait, des siècles plus tard, un homonyme grec de Iasos, frère d’Harmonie : tout comme pour Io et Isis, ou Héraclès et Hercule, les Grecs attribuèrent au héros hellène les actions d’un personnage barbare plus ancien, déformant ainsi l’histoire par leurs récits90.

Ainsi, lors du mariage de Iasos, Bérose et Annius démontrent que cette référence n’est qu’un souvenir altéré de l’arrivée d’Isis en Toscane, et non de Cérès à Samothrace. Tandis que Diodore de Sicile raconte que Déméter aurait apporté du froment aux noces, présenté comme une richesse de la terre, cela découle en réalité de l’événement historique relaté par Bérose, à savoir le premier pain préparé en Toscane par Isis : « Lors des noces de Iasos, Io l’Égyptienne était présente. En effet, seule parmi les femmes, elle vécut plus d’un siècle au-delà de Dodone et parcourut presque l’ensemble du monde après la perte de son homme91. » Selon l’interprétation théologique et typologique appliquée précédemment à la rencontre entre Isis, Osiris et Melchisédech, ce pain pourrait être compris comme celui nécessaire à la consécration de l’union des deux souverains étrusques, Iasos et Cybèle.

Les noces de Viterbe représentent un événement clé dans l’histoire universelle des Antiquitates, marquant le dernier rôle actif d’Isis dans ce récit. Cet événement est le début d’une série de bouleversements annoncés par des catastrophes astrologiques92. Il ne s’agit pas seulement des prémices de la fondation de Troie, comme le suggèrent Diodore de Sicile ou Denys d’Halicarnasse – autre source d’Annius93 –, mais bien du dernier moment d’unité du premier empire et pontificat établi par Noé en Italie. La Bibliothèque historique constitue une version altérée de cette histoire94 : Dardanos – lui aussi Étrusque, héritier de la lignée osirienne et noachide –, frère jaloux de Iasos, tua ce dernier après la première guerre civile italienne95. Alors qu’Isis atteint cinq cent dix ans96, Dardanos s’enfuit à Samothrace (d’où l’origine de l’erreur grecque97) pour échapper à la vengeance des autres Étrusques. Cela mènera à la fondation de la Dardanie et de Troie, nouvelle Viterbe, qui sera un jour détruite par les Grecs, alors occupés à établir leurs premiers royaumes98. Comme le remarque Annius de Viterbe dans son commentaire : « Isis était donc âgée et décrépite lors de la fondation de la Dardanie : elle avait cinq cent trente-neuf ans et survécut à la fondation de Dardanie d’au moins soixante ans avant de mourir99 ». Ce n’est que près de trois siècles plus tard que les Hellènes saisiront l’occasion de la chute d’Ilios pour en réécrire l’histoire à leur avantage100. C’est cependant avec la fondation de Troie que s’achève le récit de Bérose le Chaldéen101.

Ce récit, relaté dans la Defloratio, se poursuit dans le Supplementum de Manéthon. Lors de la trahison de Dardanos, Isis, fille de Cham, est désormais la dernière géante sur terre. Première mère de tous les dieux, souverains d’Europe et d’Afrique, elle meurt à l’âge de six cents ans, vers 1407 avant J.-C.102 Selon les calculs d’Annius, cet événement coïncide avec Moïse conduisant le peuple élu hors d’Égypte sur la volonté de Dieu103.

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En ce qui concerne le cercle isiaque dans les Antiquitates, les chercheurs se sont surtout penchés sur le Marbre Osirien, le plus célèbre des faux archéologiques attribués à Annius de Viterbe, ainsi que sur les fresques de Pinturicchio, supposément liées au manuscrit du Viterbiae Historiae Epitome de 1491104. Cependant, il me semble que l’essentiel du récit d’Isis et d’Osiris ne se trouve pas, ou du moins pas exclusivement, dans ces deux éléments. Je m’abstiendrai de revenir sur les fresques de la Sala dei Santi dans les appartements Borgia : le récit des Antiquitates de 1498 est bien plus complexe que ce que les fresques de Pinturicchio (1452-1513) pourraient laisser entendre. Par ailleurs, les fresques représentant Isis et Osiris n’ont pas nécessairement été réalisées sous le contrôle d’Annius ni ne découlent du récit historique contenu dans l’Epitome. Elles peuvent être interprétées dans le cadre de la prisca theologia appliquée à Diodore de Sicile, une approche qui ne constitue nullement une prérogative exclusive du dominicain105.

En revanche, le Marbre Osirien représenterait la victoire d’Osiris et d’Isis sur des géants tyranniques lors de leur premier périple, symbolisant la libération de Viterbe106. Cet objet est analysé dans la quinzième section des Antiquitates et fait partie des Institutiones Etruscae, « à propos des mémoires gravées [sur pierre]107 ». Plutôt que de revenir sur les interprétations existantes de cet objet, il me semble plus pertinent de souligner la continuité du culte dans les sites de l’ancienne Viterbe liés à Noé, Osiris et Isis. À la lumière du rôle de ce couple dans l’histoire sacrée, notamment à travers leur contribution au sacrifice eucharistique, la présence d’hiéroglyphes les représentant dans un lieu de culte chrétien revêt une signification particulièrement marquante :

« Nos ancêtres ont jadis placé dans le temple d’Hercule, aujourd’hui dédié à saint Laurent, une petite colonne – c’est-à-dire une dalle en albâtre – devant la tribune en tant que monument du triomphe osirien, afin que le souvenir éternel de cette antique ville soit toujours présent devant nos yeux. Elle est gravée d’oiseaux, d’animaux, de visages et d’arbres, c’est-à-dire de lettres sacrées égyptiennes, dont les auteurs parlent souvent108. »

Les autres Institutiones Etruscae constituent un véritable traité de (pseudo-)épigraphie, dont certains passages circulaient déjà sous forme partielle et manuscrite sous le titre de Borgiana lucubratio109. Parmi les six dalles gravées, l’une, Lybiscilla, renvoie directement à Libysse, autrement dit Isis110 ; deux autres, nommées Cybelariae, se rapportent aux noces d’Iasos et de Cybèle. Ces épigraphes furent effectivement retrouvées par Annius dans le champ de Cipollara près de Viterbe, un toponyme qui, selon Annius, dériverait de l’ancienne reine et d’un palais homonyme qui s’y trouvait, et non du mot italien pour « oignon », cipolla111. En effet, les noms des pierres gravées furent choisis par Annius en fonction de leur lieu de découverte. Seule la deuxième épigraphe remonterait à l’époque d’Hercule égyptien, fils d’Osiris, comme le laisserait penser son écriture en langue aratathéenne. Ce texte évoquerait la fortification et l’expansion de la ville sous ce souverain, ainsi que l’ancienne présence de Janus, dont Osiris serait l’héritier112.

Or, le lieu de découverte des deux dalles de Cybèle est le même « où peu de temps après que la Cour avec le très béni Alexandre VI, Pontife Maximum, s’était établie à Viterbe, des statues triomphales très anciennes furent découvertes113 ». Ces statues portaient également une épigraphe très ancienne qu’Annius prétendit déchiffrer grâce à sa supposée connaissance de l’étrusque :

« Sous la statue d’Iasius, un poème rythmique gravé en lettres et mots étrusques anciens est traduit ainsi en latin : “Hercule acclama Iasius :/ Chef invincible, à la couronne invincible/ en l’âge de sa trente-huitième année.” Sous [la statue de] Cybèle est gravé ce vers : “Veiuzo [Viterbe], Isis accueillante/ fut reçue en tant que maîtresse du banquet114”. »

Le lieu des noces d’Iasos et de Cybèle, ainsi que de la confection du premier pain d’Isis, occupe une place centrale dans l’histoire sacrée, mais également dans celle du pontificat. Ce site devient un signe pour l’héritier du prêtre et empereur Noé, qui offrit l’épeautre et le vin en sacrifice et vint en Toscane avec les clés de saint Pierre et les faisceaux des licteurs ; pour ses héritiers Osiris et Isis, qui apportèrent le pain au sacrifice du roi-sacerdote Melchisédech, ainsi que pour l’héritier de Melchisédech lui-même ; et en ultime instance, pour le vicaire du Christ, seigneur de Rome, nouvelle Viterbe, Alexandre VI. C’est sous le pontificat du pape Borgia, dont le blason évoque ce même taureau d’Osiris, que l’universalité de l’ancienne religion noachide serait restaurée, ou du moins que le Saint-Siège étrusco-pontifical retrouverait la puissance qu’il avait lors de la dernière venue d’Isis et du cercle isiaque en Italie.

Enfin, c’est avec ce passage d’Isis aux noces que se clôt la seizième et avant-dernière section des Antiquitates. Les deux dernières quaestiones, parmi les quarante traitées par Annius de Viterbe, concernent encore l’arrivée en Italie d’« Isis l’Égyptienne, appelée aussi Cérès, Porteuse de lois, Porteuse de moissons, sœur d’Osiris [...] : là où elle prépara le pain pour la première fois115 ». Une fois que le dominicain a répondu avec certitude et richesse de sources, la dernière question s’achève par la redécouverte des statues et leur transport au palais pontifical à Viterbe :

« Lorsque la grande Isis, déesse des moissons et du pain, se rendit aux noces d'Iasius et de Cybèle, dans le domaine et près de la source de Cybèle, là où se trouvait le palais de Cybèle, les festivités nuptiales durèrent plusieurs jours : commencées dans la ville de Veiuza [Viterbe], elles s’achevèrent dans le domaine de Cybèle [Cipollara], où leurs statues sacrées furent ensevelies en leur mémoire, selon la coutume. Récemment, en présence du Très Saint Pontife Alexandre VI et de toute la cour, elles furent découvertes grâce à l’indice d’un lièvre ; on les déterra et on les transporta de nouveau au palais de Veiuza [Palais des papes de Viterbe], pour en conserver la mémoire116. »

§

Comme l’a justement observé J. Baltrušaitis en conclusion de son ouvrage, « des générations d’historiens ont été marquées par la pensée du visionnaire italien117 », Annius de Viterbe. Le récit des Antiquitates est non seulement bien plus complexe et mériterait une étude approfondie, mais la place d’Isis et du cercle isiaque dans cette œuvre exigerait une analyse d’une tout autre envergure, une nouvelle quête d’Isis118. Toute interprétation de la signification que les récits de Bérose et d’autres auctoritates auraient pu revêtir pour Annius de Viterbe – nommé entre-temps Maître du Sacré Palais en 1499 par Alexandre VI – et pour la cour pontificale se fragmente dans une multitude de réappropriations, qui adaptent le sens des Antiquitates et de la figure d’Isis à d’autres besoins et contingences119.

Avec ses nombreuses éditions à travers l’Europe, notamment en France120, la réception des fausses sources éditées par Annius de Viterbe – accueillies et lues comme authentiques – a profondément marqué la production historiographique, littéraire et mythographique du XVIe siècle, et même du XVIIe siècle, bien après que la prétention à l’authenticité de Bérose le Chaldéen et d’autres autorités avait commencé à vaciller, ainsi que le récit qu’ils relataient121. Pour ma part, je me limiterai à signaler deux moments, distincts et hétérogènes, de la réception de l’Isis des Antiquitates. D’abord, au déclenchement de la huitième guerre de religion en 1585, le théologien normand Noël Taillepied (1540-1589), en évoquant l’ancienne théologie druidique, rappelle l’époque « lors que Osyris s’amusoit à enseigner en la Palestine, le propre moyen de cultiver la terre, du temps mesme que Isis sa femme Royne d’Egypte monstroit le moyen de cuire les pains au four, desquels Sem Melchisedech fit le premier sacrifice à Dieu122 ». Ensuite, on trouve encore en 1677, dans la grande encyclopédie humaniste du professeur bâlois Johann Jacob Hofmann (1635-1706), le Lexicon Universale, la phrase suivante : « Junon égyptienne, fille de Rhéa et de Camesenus, née l’année du premier règne de Sémiramis, surnommée Isis la Grande, porteuse de moissons, dispensatrice de lois, sœur et épouse d’Osiris123. »

Notes

1 Il s’agit du pseudo-Manéthon, une fabrication attribuée à Annius de Viterbe lui-même. Ce dernier prétend avoir retrouvé le texte dans les archives d’un certain Guillaume de Mantoue, un gentilhomme supposément vivant au XIIIe ou XIVe siècle, bien que celui-ci n’ait jamais existé, ou l’avoir reçu de deux frères dominicains arméniens à Gênes dans les années 1480. Il s’agit de l’une des sources les plus célèbres de son recueil d’Antiquitates, aux côtés de celle de Bérose le Chaldéen, dont elle constitue le supplément. Cf. W. Stephens, Berosus Chaldaeus : Counterfeit and Fictive Editors of the Early Sixteenth Century, Thèse de doctorat, Ithaca, Cornell University, 1979. En ce qui concerne les fragments non anniens de Manéthon de Sébennytos, cf. P. Lang, « Manetho (609) », dans Jacoby Online. Brill’s New Jacoby, Part III, dir. I. Worthington, Leyde, Brill, 2014, https://scholarlyeditions.brill.com/bnjo/, dernière consultation le 07/01/2025. Retour au texte

2 Pour la biographie d’Annius de Viterbe, cf. R. Weiss, « Traccia per una biografia di Annio da Viterbo », Italia Medioevale e Umanistica, t. 5, 1962, p. 425-441 ; E. Fumagalli, « Aneddoti della vita di Annio da Viterbo O. P., I-II. », Archivum fratrum praedicatorum, t. 50, 1980, p. 167-199 ; Id., « Aneddoti della vita di Annio da Viterbo O. P., III », Archivium fratrum praedicatorum, t. 52, 1982, p. 197-218 ; R. Fubini, « NANNI, Giovanni (Annio da Viterbo) », Dizionario Biografico degli Italiani, t. 77, 2012, p. 726-732. Retour au texte

3 Cette anecdote est utilisée également par Gabriele Pedullà en ouverture de son article sur Annius de Viterbe. Cf. G. Pedullà, « Annio, il falsario di Dio », dans Atlante della letteratura italiana. Dalle origini al Rinascimento, dir. S. Luzzatto, G. Pedullà et A. de Vincentiis, Turin, Einaudi, 2010, t. 1, p. 596-603. Retour au texte

4 In cuius pontificatus exordio/ e cavernis & latebris terrae/ vetustissimorum Italiae regum triumphalia in hac sua urbe Vetulonia nunc Viterbo etiam lepores perrodiderunt [prodiderunt] : videlicet futurae sub eo pontifice felicissimo propagationis imperii Christiani/ & sedi apostolicae illustrationis divinum portentum. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Z iii r°. Cette traduction, ainsi que les suivantes, sont de moi, sauf indication contraire. Retour au texte

5 Pour les travaux prophétiques d’Annius de Viterbe, cf. C. Vasoli, « Profezia e astrologia in un testo di Annio da Viterbo », dans I Miti e gli astri, Naples, Guida Editori, 1977, p. 17-49 ; J. E. Schnapp, « Le De futuris Christianorum triumphis in Saracenos et Turcos d’Annius de Viterbe, une relecture de l’Apocalypse au regard de la conquête turque », dans Peuples conquérants, peuples conquis. Perceptions identitaires au Moyen-Âge en Europe (IXe-XVe siècle), dir. T. Silec-Plessis et A. Stazzone, Paris, Publications de l’Association des Médiévistes Anglicistes de l’Enseignement Supérieur, 2015, p. 93-115. Retour au texte

6 Pour le lien entre Isis et Annius de Viterbe, cf. J. Baltrušaitis, La Quête d’Isis. Essai sur la légende d’un mythe, Paris, Olivier Perrin, 1967. Toutefois, J. Baltrušaitis met particulièrement l’accent sur la réception française et allemande de l’Isis d’Annius de Viterbe, sans approfondir le rôle de celle-ci dans les Antiquitates. Pour la réception du cercle isiaque de manière plus générale, cf. Les Mille et Une Vies d’Isis. La réception des divinités du cercle isiaque de la fin de l’Antiquité à nos jours, dir. L. Bricault, C. Bonnet et C. Gomez, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2020 (Tempus, 63). Retour au texte

7 Je me réfère en particulier audit Marbre Osirien, sur lequel la littérature est très abondante. Ut infra. Retour au texte

8 En ce qui concerne le Marbre Osirien, B. A. Curran rappelle que « Annius’ “translation” of the Viterbo tablet represents the first published exercise in the decipherment of a (purported) hieroglyphic inscription since antiquity. If this is in fact the case, it could be said that the discipline of philological Egyptology began with an act of hallucination, wilful misidentification, or outright fraud. » (« La “traduction” par Annius de la tablette de Viterbe représente la première tentative publiée de déchiffrement d’une inscription (présumée) hiéroglyphique depuis l’Antiquité. Si tel est effectivement le cas, on pourrait dire que la discipline de l’égyptologie philologique a commencé par un acte d’hallucination, de méprise délibérée, voire de fraude pure et simple. ») B. A. Curran, « “De Sacrarum Litterarum Aegyptiorum Interpretatione”. Reticence and Hubris in Hieroglyphic Studies of the Renaissance : Pietro Valeriano and Annius of Viterbo », Memoirs of the American Academy in Rome, t. 43/44, 1998/1999, p. 139-182, ici p. 176. Retour au texte

9 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria super diversorum auctorum de antiquitatibus loquentium, Rome, Eucharius Silber, 1498 : Paris, BnF, RES-G-172. En ce qui concerne les Antiquitates, la littérature est très abondante ; je renvoie à la thèse de Walter Stephens ainsi qu’à l’ensemble de ses publications postérieures, notamment W. Stephens, Les Géants de Rabelais : folklore, histoire ancienne, nationalisme, trad. F. Preisig, Paris, Classiques Garnier, 2006 (Études et essais sur la Renaissance, 69 – La Renaissance française, 12), p. 163-230. En ce qui concerne Annius dans l’histoire du faux et des faussaires, cf. A. Grafton, Faussaires et critiques. Créativité et duplicité chez les érudits occidentaux, trad. M. Carlier, Paris, Les Belles Lettres, 1993, p. 109-133. Retour au texte

10 « forces its reader to assemble a coherent story from a congeries of disparate parts », W. Stephens, « Complex Pseudonymity : Annius of Viterbo’s Multiple Persona Disorder », MLN, t. 126/4, 2011, p. 689-708, ici p. 706. Retour au texte

11 « the truth about the history of the world », ibid., p. 707. Retour au texte

12 Cf. J. Baltrušaitis, La Quête d’Isis. Essai sur la légende d’un mythe. Retour au texte

13 Concernant la concurrence entre l’historiographie humaniste et les Antiquitates d’Annius de Viterbe en 1498, cf. R. Fubini, Storiografia dell’umanesimo in Italia da Leonardo Bruni ad Annio da Viterbo, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, 2003 ; G. Mori, Historical Truth in Fifteenth-Century Italy. Verisimilitude and Factuality in the Humanist Debate, Oxford, Oxford University Press, 2024. Retour au texte

14 Cf. W. Stephens, Berosus Chaldaeus ; Id., « From Berossos to Berosus Chaldæus : The Forgeries of Annius of Viterbo and Their Fortune », dans The World of Berossos. Proceedings of the 4th International Colloquium on « The Ancient Near East between Classical and Ancient Oriental Traditions », dir. J. Haubold, G. B. Lanfranchi, R. Rollinger et J. Steele, Wiesbaden, Harrasowitz Verlag, 2013. Retour au texte

15 Juno egyptia cognominata Isis maxima frugifera : legifera : soror : et uxor Osiridis. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. S iii ro-S iii vo. Retour au texte

16 Floruit autem Berosus ante Monarchiam magni Alexandri. « Bérose vécut avant la monarchie d’Alexandre le Grand. » Ibid., fol. N viii ro ; cf. W. Stephens, Berosus Chaldaeus. Quant aux fragments de l’auteur babylonien Berossos, aujourd’hui considérés comme authentiques, cf. G. De Breucker, « Berossos of Babylon (680) », dans Jacoby Online. Brill’s New Jacoby, Part III. Retour au texte

17 Il s’agirait de la bibliothèque de Babylone, contenant les livres antédiluviens que Nemrod aurait subtilisés à Noé, qui fut ensuite enrichie par les annales des prêtres chaldéens, dont Bérose aurait proposé un résumé. Retour au texte

18 W. Stephens, Berosus Chaldaeus, p. 76-88. Retour au texte

19 Et non immerito Moyses dicitur a Ieronimo sequutus Caldeos/ ab Adam usque ad Habraam. Et ut alii estimant hii Caldei tenuerunt ex historia Adae : quia Adam scripsit primus ex revelatione de mundi atque sui creatione : & textuit historiam gestorum usque ad Enoch cui prosequendam reliquit historiam. Enoch autem prosequendam reliquit Lamech prophetae patri Noae : & Lamech filio eidem Noae : Noa vero reliquit post diluvium Caldaeis : a quibus Habraam/ & residui veritatem rerum gestarum scripserunt. (« Et ce n’est pas sans raison que Moïse est dit par Jérôme avoir suivi les Chaldéens, depuis Adam jusqu’à Abraham. Et, comme certains le pensent, ces Chaldéens détenaient l’histoire d’Adam, car Adam fut le premier à écrire, par révélation, sur la création du monde et de lui-même, et il rédigea l’histoire des événements jusqu’à Hénoch, à qui il confia la poursuite de cette histoire. Hénoch la transmit à Lamech, père du prophète Noé, et Lamech à son fils Noé. Noé, après le Déluge, la laissa aux Chaldéens, d’où Abraham et d’autres écrivirent la vérité des faits. ») Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. O iii ro. Retour au texte

20 Les Antiquitates suivent la théorie des quatre monarchies, et l’une des sections, initialement prévue dans le volume, mais finalement non imprimée, aurait porté le titre de Capitula ex Chronographia Quattuor Monarchiarum. Cf. W. Stephens, Berosus Chaldaeus, p. 44. Toutefois, les commentaires d’Annius expliquent clairement que les quatre monarchies – l’assyrienne, la perse, la grecque et la romaine – bien qu’elles constituent une division efficace de la chronologie, représentent quatre puissances tyranniques aspirant à l’universalité. Concernant la théorie des quatre monarchies, cf. B. Guenée, Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier-Montaigne, 1980, p. 147-165. Retour au texte

21 Ovide, Métamorphoses, I, v. 568-750. Selon Annius de Viterbe, la source des Métamorphoses d’Ovide serait constituée des anciennes histoires étrusques et chaldéennes, que les Grecs auraient corrompues et que le poète latin aurait embellies de fables. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. G ii vo. Retour au texte

22 Du moins, celles qui étaient connues et citées au XVe siècle. Cf. J. Seznec, La Survivance des dieux antiques, trad. Y. Bonnefoy, Paris, Flammarion, 1980. Retour au texte

23 Eodem modo convertisse in bovem traditur Io Inachi filiam, quae, ut iram Junonis effugeret […] in Aegyptumque venisse, atque ibi, recepta pristina specie, dea facta quae nunc Isis vocatur. (« La tradition rapporte que Io, fille d’Inachos, aurait été transformée en vache de la même manière pour échapper à la colère de Junon. Elle se serait rendue en Égypte, où, ayant retrouvé son apparence originelle, elle serait devenue une déesse, aujourd’hui appelée Isis. ») Lactance, Institutiones divinae, PL, 6, col. 170-171. Retour au texte

24 Secundum nonnullos Io in Aegyptum profecta, et ibi Isis noncupata. (« Selon certains, Io, après s’être rendue en Égypte, y fut appelée Isis. ») Eusèbe de Césarée, Chronicorum liber secundus, PL, 27, col. 287-288. Retour au texte

25 J. Seznec, La Survivance des dieux antiques, p. 24. Retour au texte

26 Gn 10. Retour au texte

27 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. P vo-P iii vo. En ce qui concerne l’arbre généalogique, celui de Bérose/Annius s’inscrit dans une tradition bien établie du Moyen Âge. Cf. C. Klapisch-Zuber, L’Ombre des ancêtres. Essai sur l’imaginaire médiéval de la parenté, Paris, Fayard, 2000. Retour au texte

28 Posteritates Cam sive Camesis. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. P iii ro. La forme Cameses, syncope de Camesenus, pour désigner Cham est spécifique à Annius de Viterbe, qui l’interprète comme signifiant propagateur de l’impiété. Ibid., fol. P iv vo. Retour au texte

29 Posteritas Osiridis, quem Moyses vocat Mizraim. Ibid., fol. P iii vo. Retour au texte

30 Gn 10, 6. Retour au texte

31 Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 1, 6, 2. Il s’agit, par ailleurs, du nom hébraïque et araméen pour désigner l’Égypte. Retour au texte

32 Ex Rhea et Camesenuo. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. S iii ro. Retour au texte

33 Ces calculs comportent une marge d’erreur de cinq à sept ans, en raison des contradictions entre les autorités du recueil et le traité rédigé par Annius, inséré dans les Antiquitates. Ce traité, la Chronographia Etrusca et Italica, est fondamental pour l’établissement du calcul chronologique. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Z viii vo. Retour au texte

34 Il convient de noter qu’Eusèbe et Annius de Viterbe divergent également dans leurs calculs chronologiques, notamment concernant le nombre d’années écoulées entre la Création et l’Incarnation. En ce qui concerne les calculs de la durée du monde au Moyen Âge, cf. B. Guenée, Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval, p. 150-154. Retour au texte

35 L. Megli Fratini, « FORESTI, Giacomo Filippo », Dizionario Biografico degli Italiani, t. 48, 1997, p. 801-803. Retour au texte

36 Cf. J. Amiot, « Le De plurimis claris selectisque mulieribus de Jacopo Filippo Foresti : un maillon méconnu de la réception du De mulieribus claris de Boccace et du genre des vies de femmes célèbres », Anabases. Traditions et Réceptions de l’Antiquité, t. 18, 2013, p. 33-45. Retour au texte

37 Ibid. Retour au texte

38 Ysis cui antea yo nome erat. Jacques de Bergame, De plurimis claris selectisque mulieribus, Ferrare, Lorenzo Rossi, 1497 : Munich, Bayerische Staatsbibliothek, 2 Inc.c.a. 3437, fol. XVIII vo. Retour au texte

39 Ibid. Retour au texte

40 Apis quem Osirim egyptii dicunt quartus argivorum rex. Jacques de Bergame, Supplementum chronicarum, Brescia, Bonino de Bonini, 1485 : Lyon, Bibliothèque municipale, Rés Inc 440, fol. 17vo. Je fais ici référence à l’édition de 1485. Après la publication des Antiquitates, Jacques de Bergame incorpora les sources d’Annius de Viterbe dans son Supplementum, fréquemment réimprimé au XVIe siècle. Retour au texte

41 Io egyptia. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y ro. La seule fois où Bérose désigne Isis de cette manière, c’est pour évoquer les noces de Iasos et Cybèle. Ut infra. Retour au texte

42 Cf. A. Collins, « Renaissance Epigraphy and Its Legitimating Potential: Annius of Viterbo, Etruscan Inscriptions, and the Origins of Civilization », Bulletin of the Institute of Classical Studies Supplement, t. 75, 2000, p. 55-76. En ce qui concerne Annius et l’épigraphie étrusque de la Renaissance, cf. J. Labregère, La Redécouverte de la langue étrusque à la Renaissance : archéologie et épigraphie (1450-1600), Thèse de doctorat, Tours, Université de Tours, 2019. Retour au texte

43 Ubi Caeres egyptia primos panes confecit. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. C vii vo. Retour au texte

44 Lybissa cognominata fuit. Ibid. Le syncrétisme entre Isis, Cérès, Déméter et Libysse remonte à l’Antiquité. Pour les trois premières figures, Annius les puise directement au premier livre de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile. Annius intègre la dernière variante libyenne de Cérès en s’appuyant sur le témoignage de Festus Grammaticus dans son De Significatione Verborum. Ce dernier explique que Libycus Campus désignait une partie du territoire d’Argos où le blé fut implanté pour la première fois, justifiant ainsi le nom de Libysse pour Cérès. Cf. Sextus Pompeius Festus, De Significatione Verborum, 10. Annius déplace ensuite le Lybicus Campus et le dédouble, le situant à la fois à Viterbe et à l’Argilète de Rome, où s’établirent plus tard Évandre et ses compagnons arcadiens venus d’Argos. Cf. Virgile, Énéide, 8, v. 345. Retour au texte

45 Duae fureunt Io : quarum Inachi iunior greca fuit : Altera prisca Egyptia. Greca ab institore Phenice prostituta cum eo fugit in egyptum […]. Secunda fuit soror & coniux Osiridis dicta Iuno : Isis : Ceres, frugifera et legifera. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y ro. Retour au texte

46 Sur la méthode d’Annius de Viterbe, cf. C. R. Ligota, « Annius of Viterbo and Historical Method », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, t. 50, 1987, p. 44-56 ; G. Ferraù, « Riflessioni teoriche e prassi storiografica in Annio da Viterbo », dans Principato ecclesiastico e riuso dei classici. Gli umanisti e Alessandro VI, dir. D. Canfora, M. Chiabò et M. de Nichilo, Rome, Roma nel Rinascimento, 2000. Les Equivoca proviennent de la logique aristotélicienne, comme le rappelle Annius : Aristoteles ubique docet equivoca nomina primum esse distinguenda quam diffinienda : ut evitetur obscuritas & aequivocatio nominum/ que etiam eruditissimos capit/ & aberrare compellit. (« Aristote enseigne partout que les noms équivoques doivent d’abord être distingués avant d’être définis, afin d’éviter l’obscurité et l’équivoque des termes, qui piègent même les plus érudits et les poussent à s’égarer. ») Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. C ro. Retour au texte

47 Cf. E. N. Tigerstedt, « Ioannes Annius and Graecia Mendax », dans Classical, Mediaeval and Renaissance Studies in Honor of Berthold Louis Ullman, dir. C. Henderson, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, 1964 (Storia e letteratura. Raccolta di studi e testi, 93-94), t. 2, p. 293-310. Retour au texte

48 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. H viii vo. Retour au texte

49 J’ai employé le terme « ararathéenne » pour traduire l’adjectif Ararathea, utilisé à plusieurs reprises par Annius de Viterbe pour désigner les épigraphes écrites dans la langue noachide. Cette dernière correspondrait à l’idiome parlé sur le mont Ararat après le Déluge, qui, selon le dominicain, aurait continué à être utilisé par les Étrusques même après l’épisode biblique de la Tour de Babel. Ibid., fol. a iii vo, d ii ro, e ii vo. Ce terme a déjà été traduit en anglais par le mot Ararathean, cf. B. A. Curran, The Egyptian Renaissance. The Afterlife of Ancient Egypt in Early Modern Italy, Chicago, University of Chicago Press, 2007, p. 124. Retour au texte

50 Aurea enim etate : iusti principes regnabant : & ideo iure dii a divinis litteris & gentilibus dicti/ quo ad vices dei/ non divinitatem substantialiter. Ibid., fol. O vi vo. Dans le récit des Antiquitates, l’Âge d’or n’apparaît nullement comme un mythe primitiviste, mais bien comme les 249 ans de souveraineté impériale, pontificale et universelle de Noé. Ut infra. En ce qui concerne les discours sur les temps premiers, cf. U. S. Longo, Sine moribus errantes. Les discours sur les temps premiers à la Renaissance italienne, Genève, Droz, 2016 (Cahiers d’Humanisme et Renaissance, 129). Retour au texte

51 Virus contra veritatem. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. B ii vo. Retour au texte

52 Et ideo ut mendacia facilius seminarent : studuerunt ornatui verborum. (« Et c’est pourquoi, afin de mieux semer leurs mensonges, ils s’appliquèrent à l’ornement des mots. ») Ibid., fol. O ii ro. Retour au texte

53 Pour une bibliographie sur ce sujet, cf. C. Sideri, La Fortuna di Diodoro Siculo fra Quattrocento e Cinquecento. Edizione critica dei volgarizzamenti della Biblioteca storica, libri I-II, Berlin-Boston, De Gruyter, 2022 (Beihefte zur Zeitschrift für romanische Philologie, 471). Retour au texte

54 Concernant la réception de Diodore de Sicile dans les Antiquitates, cf. C. Ph. E. Nothaft, « The Early History of Man and the Uses of Diodorus in Renaissance Scholarship : From Annius of Viterbo to Johannes Boemus », dans For the Sake of Learning. Essays in Honor of Anthony Grafton, dir. A. Blair et A.-S. Goeing, Leyde-Boston, Brill, 2016 (Scientific and Learned Cultures and Their Institutions, 18), t. 1, p. 711-728. Retour au texte

55 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, I, 27. Retour au texte

56 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Q ii vo. Retour au texte

57 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, I, 25. C’est également à partir de Diodore de Sicile (ibid., II, 29) qu’Annius de Viterbe développe son discours sur la fiabilité des prêtres et notaires chaldéens, qui transmettent leurs disciplines de génération en génération, par contraste avec les mensonges des historiens grecs. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. O ii ro. Retour au texte

58 « This onslaught against the Greeks was also directed, perhaps even primarily, against Diodorus, whose rich and naturalistic tapestry of the deeds of the primordial heroes was supposed to appear as a mere distortion of the true story depicted by Judeo-Christian traditions and Near Eastern sources such as Berosus ». C. Ph. E. Nothaft, « The Early History of Man and the Uses of Diodorus in Renaissance Scholarship », p. 718-719. Retour au texte

59 Pour une analyse du texte des quatre premiers livres de Bérose, avec les sources qu’Annius employa pour fabriquer l’auteur chaldéen, cf. W. Stephens, « “De historia gigantum” : Theological Anthropology Before Rabelais », Traditio, t. 40, 1984, p. 43-89, ici p. 72-78. Retour au texte

60 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. O vo-O v ro. Retour au texte

61 La signification de l’Âge d’or est exposée dans les Antiquitates par le traité Sur l’Âge d’or du (pseudo-)Fabius Pictor. Annius de Viterbe y décrit ainsi l’Âge d’or à Viterbe : Unde is eam condidisse dicitur/ cuius nomen personabat : sed non propria impensa : quibus peculium & patrimonium aureo illo seculo erat commune […]. Ad hoc commune peculium et aureum seculum evangelia reducunt homines : & nulla lex alia: sicut copiose ostendimus. (« C’est pourquoi on dit qu’il [Noé] fonda [Viterbe], dont le nom résonnait partout : mais non à ses propres frais, car, en cet Âge d’or, le bien commun et le patrimoine étaient partagés entre tous […]. C’est à ce bien commun et cet Âge d’or que les Évangiles ramènent les hommes, et aucune autre loi, comme nous l’avons abondamment démontré. ») Concernant les significations de l’Âge d’or à la Renaissance, lesquelles cependant ne prennent pas en compte l’interprétation de l’Âge d’or propre à Annius, cf. H. Levin, The Myth of the Golden Age in the Renaissace, Londres-Bloomington, Indiana University Press, 1969 ; U. S. Longo, Sine moribus errantes. Retour au texte

62 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria , fol. Q vo. Cf. W. Stephens, « When Pope Noah Ruled the Etruscans: Annius of Viterbo and His Forged “Antiquities” », MLN, t. 119/1, 2004, p. 201-223. Les licteurs, la sella curulis et la toga praetexta étaient, selon le témoignage de Tite-Live, des symboles originaires de la dodécapole étrusque. Ainsi, ces emblèmes adoptés par la République romaine, puis par l’Empire romain, apparaissent dans les Antiquitates comme une dérivation du premier empire étrusco-noachide, lequel serait restauré avec la christianisation de l’Empire romain. Cf. Tite-Live, Histoires romaines, I, 8. Retour au texte

63 En ce qui concerne l’éducation des premiers prêtres de Noé, Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. P vi vo. Retour au texte

64 Gn 9, 20-21. Retour au texte

65 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Q i vo-Q ii vo. Pour une interprétation et la réception de ce passage de Bérose, cf. D. M. Whitford, The Curse of Ham in the Early Modern Era. The Bible and the Justification for Slavery, Londres-New York, Routledge, 2017, p. 43-77. Retour au texte

66 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. R iii vo. Retour au texte

67 Le lecteur doit retrouver cette information dans le premier livre du (pseudo-)Fabius Pictor, au sein des Antiquitates : Vinum et far primus illis docuit Janus ad sacrificia et religionem magis quam ad esum et potum. (« Janus [Noé] fut le premier à leur enseigner [aux Étrusques] l’usage du vin et de l’épautre pour les sacrifices et la religion, plutôt que pour la nourriture et la boisson. ») Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. L iiii vo. Retour au texte

68 Gn 14, 18-20. Retour au texte

69 He 5, 1-10. Retour au texte

70 Pour la signification et l’histoire de la figura dans le cadre de la préfiguration typologique, cf. E. Auberbach, Figura, trad. M. A. Bernier, Paris, Belin, 1993. Retour au texte

71 Pour la lecture typologique de Noé, Melchisédech et Alexandre VI dans les Antiquitates, cf. W. Stephens, Les Géants de Rabelais, p. 223-224. En ce qui concerne la tentative d’Alexandre VI d’instaurer un empire pontifical et d’en être le souverain, cf. P. Prodi, « Alessandro VI e la sovranità pontificia », dans Alessandro VI e lo Stato della Chiesa, dir. C. Frova et M. G. Nico Ottani, Rome, Roma nel Rinascimento, 2003, p. 311-338 ; Id., « La monarchia papale-imperiale di Alessandro », dans Cesare Borgia di Francia gonfaloniere di Santa Romana Chiesa, 1498-1503, dir. M. Bonvini Mazzanti et M. Miretti, Ancône, Tecnostampa, 2005, p. 7-23 ; Id., Il Sovrano pontefice. Un corpo a due anime : la monarchia papale nella prima età moderna, Bologne, Il Mulino, 1982. Retour au texte

72 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. R v ro-S iii vo. Retour au texte

73 Ibid., fol. R iii vo. Retour au texte

74 Ibid., fol. S v ro-S v vo. Retour au texte

75 Concernant la distinction entre Hercule et Héraclès, cf. ibid., fol. V v vo. Retour au texte

76 Ibid., fol. V ro- V vo. Cf. W. Stephens, Les Géants de Rabelais, p. 224-226. Retour au texte

77 Sur Apis et Alexandre VI, cf. P. Mattiangeli, « Annio da Viterbo ispiratore di cicli pittorici », dans Annio da Viterbo. Documenti e ricerche, dir. G. Baffioni et P. Mattiangeli, Rome, Consiglio Nazionale delle Ricerche, 1981, p. 253-339, ici p. 260-265 ; W. Stephens, Les Géants de Rabelais, p. 264 ; P. Prodi, « La monarchia papale-imperiale di Alessandro » ; B. A. Curran, The Egyptian Renaissance, p. 109-131. Retour au texte

78 L’identification de Sem et de Melchisédech remonte aux Pères de l’Église, et Annius la reprend à saint Jérôme. Cf. Hieronymus, Liber Hebraicarum Quaestionum in Genesim, PL, 23, col. 961. Retour au texte

79 Potuit autem in Palestina docuisse Samum Iani filium quem Hebrei cognominant Melchisedec idest regem iustitiae, quasi epithetone Iani. Nam Samus quincentis annis cixit post diluvium : ut Moyses asserit. Quare vivebat hac etate. Et quia ut idem Moyses perhibet/ erat sacerdos dei altissimi : idcirco est valido argumento pro primis inventis in Palestina panibus : gratias egisse deo : & panem et vinum deo in sacrificium offerri instituisse : quia ob panem inventum genus humanum fuerit erectum a mutua caede : ut Diodorus scribit in primo libro : figurans Messiae cede/ atque pane deifico/ & sacerdotio secundum ordinem Melchisedec : orbem a morte caecitatis animarum liberandum. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. S vi ro. Retour au texte

80 Ut supra. Retour au texte

81 Ibid., fol. V iv ro-V iv vo ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, I, 14-21. Retour au texte

82 Selon mes calculs fondés sur les Antiquitates, bien que ceux-ci ne soient pas entièrement fiables. Retour au texte

83 Hercoles Osiridis filius : cui nomen est Lybius : cum Iside in egypto subtulit Typhonem in phenicia Busiridem : alium vero Typhonem in phrygia : Milinum in Creta : Anteum in Lybia : Lomnimos in Celtiberia. (« Hercule, fils d’Osiris, nommé Lybius, vainquit avec Isis plusieurs ennemis : Typhon en Phénicie, Busiris en Égypte, un autre Typhon en Phrygie, Milinus en Crète, Antée en Libye et Lomnimos en Celtibérie. ») Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. V vi ro-X ro. Retour au texte

84 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, I, 23-24. Retour au texte

85 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. X ro-X vo. Retour au texte

86 Ibid., fol. X ii vo. Retour au texte

87 Ibid., fol. X v ro. Cf. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 7 ; Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 11. Retour au texte

88 Ergo cum venit ad Iasii nuptias/ nata erat annos quadricentos et sexaginta. (« Lorsqu’elle arriva aux noces de Iasos, elle avait quatre cent soixante ans. ») Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y vo. Je souligne à nouveau une marge d’erreur de cinq à sept ans. Retour au texte

89 Cf. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 48. Retour au texte

90 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y ro-Y vo. Ut supra. Retour au texte

91 In Iasu nuptiis affuit Io egyptia. Sola enim feminarum uno plus Dodone centenario vixit et universum ferme orbem lustravit post virium teritum. Ibid., fol. Y ro. Dans les Antiquitates, Dodone est également présentée comme l’une des petites-filles de Noé, née d’Océane, l’un des Titans engendrés après le Déluge. Retour au texte

92 Ibid., fol. Y ii ro. Retour au texte

93 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 61. Retour au texte

94 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 48. Retour au texte

95 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y ii vo. Retour au texte

96 Erat igitur Isis cum interiit Iasius/ annum agens decimum supra quincentos. « Isis avait donc cinq cent dix ans lorsque Iasos mourut. » Ibid., fol. Y vo Retour au texte

97 Cf. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 48. Retour au texte

98 Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. Y iii vo-Y iv ro. Retour au texte

99 Erat igitur Isis decrepita in conditione Dardaniae : annorum quincentorum & triginta novem : superstesque guit post conditam Dardaniam : annis non minus sexaginta & obiit. Ibid., fol. Y vo. Retour au texte

100 Dans le Supplementum de Manéthon. Ibid., fol. Z vi vo. Retour au texte

101 Ibid., fol. Y v vo. Retour au texte

102 Ceterum quia Isis egypta vixit sec centis annis : ut Berosus innuit : consequens est illam ortam in primo ortu generis humani & Gyganteam fuisse. « En outre, puisque Isis l’Égyptienne vécut six cents ans, comme le suggère Bérose, il en découle qu’elle était née au tout début de la race humaine et qu’elle appartenait à la lignée des Géants. » Ibid., fol. Y vo. Retour au texte

103 Ibid., fol. Y iii ro. Retour au texte

104 Cf. P. Mattiangeli, « Annio da Viterbo ispiratore di cicli pittorici ». Retour au texte

105 Les Antiquitates d’Annius de Viterbe, et plus encore son Viterbiae Historiae Epitome daté de 1491, ont été en effet rapprochés des fresques de la Sala dei Santi réalisées par Pinturicchio dans les appartements Borgia à Rome, représentant Osiris et Isis. Cela a été souligné depuis les travaux de K. Giehlow, « Die Hieroglyphenkunde des Humanismus in der Allegorie der Renaissance », Jahrbuch der Kunsthistorichen Sammlungen des Allerhöchstens Kaiserhaus, t. 32, 1915, p. 1-232 et particulièrement par P. Mattiangeli, « Annio da Viterbo ispiratore di cicli pittorici », ainsi que par B. A. Curran, The Egyptian Renaissance, p. 121. Cependant, je n’aborderai pas cette question ici, car il me semble que ce programme iconographique aurait pu être conçu uniquement à partir des récits de Diodore de Sicile, sans nécessairement impliquer Giovanni Nanni. En ce sens, je partage l’avis d’E. Fumagalli, qui notait : « Creda chi vuole. Per conto mio sono convinto che […] la parentela tra gli affreschi del Pinturicchio e le opere di Annio non è dovuta a influenza diretta del secondo sul primo, ma all’identità del clima culturale e delle fonti letterarie da cui entrambi dipendono. » (« Que le croie qui veut. Pour ma part, je suis convaincu que [...] la parenté entre les fresques de Pinturicchio et les œuvres d’Annius n’est pas due à une influence directe de ce dernier sur le premier, mais à l’identité du climat culturel et des sources littéraires dont ils dépendent tous deux. ») E. Fumagalli, « Annio da Viterbo. Documenti e ricerche », Aevum, t. 56/3, 1982, p. 547-553, ici p. 552. De même, je n’aborderai pas la Viterbiae Historiae Epitome ni les autres manuscrits antérieurs aux Antiquitates de 1498. Pour la prisca theologia à l’époque d’Annius, cf. D. P. Walker, The Ancient Theology. Studies in Christian Platonism from the Fifteenth to the Eighteenth Century, Londres, Duckworth, p. 22-62. Retour au texte

106 Aujourd’hui conservé au Museo Civico de Viterbe. Cf. B. A. Curran, The Egyptian Renaissance, p. 125-128 ; A. Collins, « Renaissance Epigraphy and Its Legitimating Potential » ; A. Nagel et C. Wood, Anachronic Renaissance, New York, Zone Books, 2010, p. 247-250. Retour au texte

107 De excisis memoriis. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. C vii vo. Retour au texte

108 Maiores nostri, in templo olim Herculis/ nunc divi Laurentii : ut semper ante oculos nostros eterna vetustatis huius urbis memoria teneretur : Pro rostris posuit columnulam/ id est tabulam alabaustrinam/ Osiriani triumphi monumentum : avibus et animalibus et capitibus et arboribus : idest sacris Egyptiis litteris excisam : de quibus saeepe autores scribunt. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, op. cit., fol. F ro. Retour au texte

109 O. A. Danielsson, Etruskische Inschriften in handschriftlicher Überlieferung, Uppsala, Almqvist and Wiksell, 1928, p. XIII-XX ; R. Weiss, « An Unknown Epigraphic Tract by Annius of Viterbo », dans Italian Studies Presented to E. R. Vincent, dir. Ch. P. Brand, K. Foster et U. Limentani, Cambridge, Heffer, 1962, p. 101-120. Retour au texte

110 Il s’agit de la seconde Tabula Lybiscilla, portant l’inscription Lybiscilla Viturigia, que l’on pourrait, selon l’interprétation annienne, traduire par « Viterbe Isiaque ». Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. C vii vo. Retour au texte

111 Cf. A. Collins, « Renaissance Epigraphy and Its Legitimating Potential », p. 62, 68. Retour au texte

112 Concernant les épigraphes relatives au mariage d’Iasos et de Cybèle, cf. ibid., p. 65-70. Retour au texte

113 Ubi paulopost astante curia que cum beatissimo Alexadro. VI. Pont. Maxi. Viterbum se contulerant : effossae fuerunt triomphales statuae vetustissimae/ minio illiate. Annius de Viterbe [Giovanni Nanni], Commentaria, fol. D ii ro. Retour au texte

114 Sub statua Iasii carmen rithmicum : antiquis litteris & verbis Etruscis excisum : in latinum ita vertitur. Iasio acclamavit Herculeus : Dux invicte, invicta corona : Anno aetatis suae trigesimo octavo. Sub Cybele hoc carmen exciditur dicens. Veiuzo hospita Isis. Hospitata est epulatrix. Ibid. Cette traduction est à lier au commentaire du pseudo-Manéthon dans lequel Annius prophétisait le retour de la royauté étrusque dans la figure du pontife Alexandre VI. Retour au texte

115 Isidem egyptiam/ quam cererem Legiferam/frugiferam/sororem Osiridis […] : ubi primum panes confecit. Ibid., fol. I vi ro. Retour au texte

116 Cum Isis maxima/ frumentaria panifica concessit ad nuptias Iasii & Cybelis in agrum fontemque Cybelarium : ubi regia Cybelis erat. Quare pluribus diebus celebratae sunt nuptiae : cum cepte in Veiuza urbe finitae sint in Cybelis predio ubi tunc eorum sacrae stauae de more ad memoriam suffosae : nuper astante Sanctissimo Pont. Max. Alexandro vi. cum tota curia invente indicio Leporis : effosse sunt : & iterato in Veiuzum palatium translate ad memoriam. Ibid., fol. I vi vo. Retour au texte

117 J. Baltrušaitis, La Quête d’Isis. Essai sur la légende d’un mythe, p. 268. Retour au texte

118 De nombreuses références bibliographiques fournies par J. Baltrušaitis tirent leur contenu du récit de Bérose et des commentaires d’Annius. Ibid., p. 276-277, passim. Retour au texte

119 Pour un aperçu de cette réception en France, cf. W. Stephens, Les Géants de Rabelais ; M. Rothstein, « The Reception of Annius of Viterbo’s Forgeries : The Antiquities in Renaissance France », Renaissance Quarterly, t. 71/2, 2018, p. 580-609. Retour au texte

120 L. Paoli, « Re-Forging a Forgery : The French Editions of Annius of Viterbo’s Antiquitates », dans Faking It ! The Performance of Forgery in Late Medieval and Early Modern Culture, dir. P. Lavender et M. Amundsen Bergström, Leyde-Boston, Brill, 2023 (Intersections, 84), p. 75-118. Retour au texte

121 Cf. A. Grafton, Faussaires et critiques. Retour au texte

122 Noël Taillepied, Histoire de l’Estat et Republiques des Druides, Eubages Sarronides, Bardes, Vacies, anciens François,Gouverneurs des païs de la Gaule, depuis le deluge universel, jusques à la venuë de Jesus Christ en ce monde, Paris, Jean Parant, 1585, fol. 16vo. Cf. C.-G. Dubois, Celtes et Gaulois au XVIe siècle. Le développement littéraire d’un mythe nationaliste, Paris, J. Vrin, 1972, p. 91-99. Cela fait suite aux Illustrations de Gaule de Jean Lemaire de Belges (1473-1524), qui, grâce à Bérose et au commentaire d’Annius, rappelait également : Osyris premierement lala enseigner a ses voisins [semer]/ les habitans de Palestine/ La ou regnoit encoires son oncle Sem surnomme Melchisedec/ Lequel offrit premierement pain et vin a dieu. Jean Lemaire de Belges, Les Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye, Lyon, Etienne Baland, 1510, fol. d ii vo. Cf. A. Desbois-Ientile, Lemaire de Belges, Homère Belgeois. Le mythe troyen à la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2019 (Bibliothèque de la Renaissance, 79). Retour au texte

123 Juno Aegyptia, Rheae et Camesenni filia, nata anno primi regni Semiramidis, cognominata Isis maxima, frugifera, legifera, soror & uxor Osiridis. Johann Jacob Hofmann, Lexicon universale Historico-Geographico-Chronologico-Poetico-Philologicum, contiens Historiam omnis aevi, Geographiam omnium Locorum […], Bâle, Jacob Bertsche-Johann Rudolf Genath, 1677, p. 873. Je remercie Hadrien Dami pour les éclaircissements concernant le Lexicon de Hoffmann, concurrent du plus célèbre Grand Dictionnaire historique de Louis Moréri (1643-1680) de 1674. Retour au texte

Citer cet article

Référence papier

Lorenzo Paoli, « Isis et le cercle isiaque dans les Antiquitates d’Annius de Viterbe », Bien Dire et Bien Aprandre, HS n°3 | 2025, 133-154.

Référence électronique

Lorenzo Paoli, « Isis et le cercle isiaque dans les Antiquitates d’Annius de Viterbe », Bien Dire et Bien Aprandre [En ligne], HS n°3 | 2025, mis en ligne le 01 octobre 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : https://www.peren-revues.fr/bien-dire-et-bien-aprandre/2305

Auteur

Lorenzo Paoli

Institut d’histoire de la Réformation (IHR), Université de Genève

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