Évaluation émotionnelle des sacres du français québécois : l’utilisation d’une tâche de Stroop émotionnelle

  • Emotional Evaluation of Quebec French Swear Words: The Use of an Emotional Stroop Task

DOI : 10.54563/lexique.2249

Abstracts

La fonction émotionnelle des sacres du français québécois a été fréquemment évoquée dans la littérature, mais jamais testée expérimentalement. La présente étude examine leur impact sur l’attention afin de préciser leur rôle émotionnel. Vingt-quatre locuteur·rice·s ont participé à une tâche de Stroop émotionnelle incluant des sacres, des mots négatifs, positifs et neutres. Les analyses révèlent que les sacres se rapprochent des mots négatifs, notamment en raison d’une interférence attentionnelle comparable. Ces résultats rejoignent les observations de Vincent (1982), qui associait explicitement les sacres à des émotions négatives. La convergence entre jugements explicites et interférences attentionnelles suggère ainsi que les sacres partagent des propriétés cognitives avec les mots négatifs. Cette recherche constitue la première étude psycholinguistique expérimentale sur les sacres français québécois et met en lumière leur probable fonction émotionnelle négative.

The emotional function of Quebec French swear words has often been noted in the literature, yet it has never been tested experimentally. This study investigates their emotional role by examining the impact of swear words on attention. Twenty-four participants completed an emotional Stroop task using swear words, negative words, positive words, and neutral words as stimuli. Results showed that swear words elicited a similar degree of attentional interference as negative words. These findings are consistent with Vincent (1982), who reported an explicit association between swear words and negative emotions. The convergence between explicit judgments and attentional interference indicates that swear words share cognitive properties with negative words. This study provides the first experimental evidence of the emotional function of Quebec French swear words in psycholinguistics, highlighting their likely negative valence.

Outline

Author's notes

Conflit d’intérêts : l’auteur déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Financement : la présente recherche a reçu un appui financier d’une bourse de recherche du Fond de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) (bourse #B1Z-325501).

Remerciements : l’auteur tient à remercier Daphnée Simard, Michael Zuniga et Philip Comeau pour leurs commentaires et suggestions sur une version précédente de ce projet. Enfin, il remercie Abigaël Forest LeBlanc et Rathuja Sivasubramaniam pour les relectures du manuscrit.

Text

1. Introduction

Qu’elles soient communiquées par des expressions faciales, des comportements corporels ou des mots, les travaux en psycholinguistique sur les mots émotionnels caractérisent les émotions selon leur valence et leur intensité (p. ex., Russell, 1980). La valence correspond au caractère négatif (désagréable), positif (agréable) ou neutre d’une émotion. Quant à l’intensité, elle caractérise l’amplitude de la stimulation vécue, variant de faible à forte (Lang, 1995 ; Bradley & Lang, 1999 ; Bradley, Codispoti, Cuthbert & Lang, 2001). L’expression d’émotions négatives d’intensité élevée peut se manifester par l’emploi de jurons (p. ex., Janschewitz, 2008 ; Jay, 2009 ; Sulpizio et al., 2024). Parmi les fonctions qui ont été documentées au sujet de ces derniers (régulation des échanges conversationnels, cohésion sociale, marqueur identitaire, etc., voir Stapleton, 2010), le sentiment de libération d’une tension émotionnelle est la plus fréquemment relevée dans la littérature (p. ex., Janschewitz, 2008 ; Jay, 2009 ; Jay & Janschewitz, 2008). Bien que les jurons puissent parfois transmettre un message positif (Byrne, 2018), ils sont principalement associés à une émotion négative d’une forte intensité (Feldman, Lian, Kosinski & Stillwell, 2017; Janschewitz, 2008 ; Reilly, Kelly, Zuckerman, Twigg, Wells, Jobson & Flurie, 2020 ; Rassin & Muris, 2005 ; Sulpizio et al., 2024).1 Cette association ne tient pas uniquement à leur charge émotionnelle – d’autres mots peuvent être perçus comme très négatifs sans toutefois être stigmatisés –, mais tient aussi à leur statut socialement transgressif d’un concept jugé tabou (Matusz, 2017), à savoir d’ordre sexuel, religieux, scatologique, voire racial (Bergen, 2016). Cela résulterait du fait qu’ils sont étiquetés comme « mauvais » ou socialement inacceptables (Janschewitz, 2008). En effet, c’est leur caractère transgressif – intériorisé dès un jeune âge – qui confère aux jurons une charge émotionnelle particulièrement marquée (Jay, King & Duncan, 2006).

Une autre raison pouvant expliquer cette association entre jurons et émotion peut s’expliquer par leur manque de contenu dénotatif (Jay, 2009). Contrairement à la dénotation, qui renvoie au sens objectif ou à celui qu’on trouve dans un dictionnaire, la connotation fait référence à la dimension affective ou émotionnelle qu’un juron évoque (Jay, 2018). Ainsi, ces mots sont compris principalement à travers leur charge connotative, servant moins à désigner une réalité précise et concrète qu’à exprimer une attitude ou une émotion (Jay, 2018). À titre d’exemple, quelqu’un qui jure en utilisant le mot merde ne fait certainement pas référence à des excréments, mais tend plutôt à communiquer une réaction émotionnelle. Sous cette perspective, la partie connotative persiste, teintée des attitudes négatives associées à la transgression symbolique du mot (Jay, 2009). Cette perception négative est transmise au fil des générations, continuant d’influencer la manière dont les jurons sont perçus dans une société donnée (Janschewitz, 2008).

La présente recherche porte sur la fonction émotionnelle associée aux sacres du français québécois (FQ), jurons dérivés du vocabulaire de l’Église catholique. La facette émotionnelle des sacres est mentionnée dans la littérature (p. ex., Bässler, 2008 ; Dostie, 2015a, 2015b ; Légaré & Bougaïeff, 1984; Matačiūnaitė & Vitkauskienė, 2010), mais n’a cependant jamais été testée expérimentalement. L’objectif de la présente étude est donc de tester l’idée selon laquelle les sacres du FQ sont associés aux émotions. À travers l’examen de leur impact sur l’attention, cette étude cherche à clarifier le rôle émotionnel des sacres du FQ en utilisant la tâche de Stroop émotionnelle, un paradigme reconnu pour étudier la réaction aux mots émotionnels, y compris les jurons, en français hexagonal comme dans d’autres langues (Bertels & Kolinsky, 2015 ; Bertels, Kolinsky, Pietrons & Morais, 2011 ; MacKay, Shafto, Taylor, Marian, Abrams & Dyer, 2004 ; Siégrist, 1995). L’étude contribue à mieux comprendre un aspect sémantique des sacres du FQ qui n’a pas encore été investigué, notamment au moyen d’outils expérimentaux issus de la psycholinguistique.

1.1 Effets attentionnels de la charge émotionnelle des jurons

En psycholinguistique, une méthode pour évaluer la charge émotionnelle des jurons consiste à examiner comment ils affectent l’attention portée à une tâche (Anderson, 2005). Dans ce contexte, l’attention sélective permet de filtrer les stimulations environnantes afin de privilégier les éléments pertinents pour la tâche en cours, tout en inhibant les distracteurs (Duncan, 1999). À l’aide de divers paradigmes expérimentaux, il a été observé que les termes hautement émotionnels, lorsqu’employés comme distracteurs, viennent ralentir la performance des participant·e·s (Anderson, 2005 ; Arnell, Killman & Fijavz, 2007 ; Aquino & Arnell, 2007 ; Guillet & Arndt, 2009 ; Hansen, McMahon, Burt & de Zubicaray, 2017 ; Hansen, McMahon & de Zubicaray, 2019 ; Weaver, Lauwereyns & Theeuwes, 2011 ; White, Abrams, LaBat & Rhynes, 2016 ; White, Abrams, Koehler & Collins, 2017). À cet égard, des recherches ont suggéré que les stimuli à valence négative sont plus difficiles à inhiber que les informations plus positives (Estes & Adelman, 2008 ; Estes & Verges, 2008). Une explication repose sur la vigilance automatique, soit une réaction immédiate de l’attention visant à sélectionner des informations à connotation négative, même lorsque celles-ci ne sont pas pertinentes pour la tâche en cours (Pratto & John, 1991 ; Pratto, 1994). L’idée avancée est que tout ce qui peut déstabiliser l’individu requiert une attention immédiate. Puisque les ressources attentionnelles sont redirigées vers les stimuli négatifs afin de les traiter en priorité, il en résulte une interruption temporaire du traitement des autres informations (Algom, Chajut & Lev, 2004). Selon cette perspective, les jurons, étant perçus comme associés à une émotion négative, devraient alors affecter l’attention portée à une tâche de la même manière que d’autres types de mots émotionnellement négatifs.

1.2 Stroop émotionnel

L’observation de la vigilance automatique liée aux jurons peut s’effectuer au moyen de la tâche de Stroop émotionnelle (Siégrist, 1995), tâche dérivée de la tâche de Stroop (Stroop, 1935). La tâche de Stroop émotionnelle consiste à afficher visuellement des mots émotionnels dans différentes couleurs d’encre sur un écran. Les participant·e·s doivent identifier aussi rapidement que possible la couleur de l’encre du mot écrit qui s’affiche à l’écran tout en ignorant le sens de ce mot. Par exemple, si le mot joie écrit en bleu s’affiche à l’écran, les participant·e·s doivent signaler que le mot est écrit à l’encre bleue aussi vite que possible tout en ignorant le sens du mot (Augustinova, Almeida, Clarys, Ferrand, Izaute, Jalenques & Silvert, 2016). Ainsi, les mots représentent les stimuli de l’expérience.

Or, la charge émotionnelle des stimuli influence le temps de réaction à l’identification de la couleur. L’effet Stroop émotionnel se manifeste par une interférence plus marquée des mots négatifs sur les temps de réaction, comparativement aux mots positifs. En effet, le temps nécessaire pour nommer la couleur de l’encre d’un mot négatif est significativement plus long que pour un mot neutre (McKenna & Sharma, 1995). Dans ce contexte, la charge émotionnelle d’un mot négatif interfère avec l’attention sélective, entravant ainsi le traitement de la couleur de l’encre (MacKay & Ahmetzanov, 2005 ; MacKay et al., 2004 ; Siégrist, 1995). Par conséquent, la tâche de Stroop émotionnelle induit un conflit sémantique lors du traitement lexical des mots. Bien que le sens des mots soit traité automatiquement, les mots à forte charge émotionnelle captent davantage l’attention, ce qui retarde l’accès à l’information visuelle liée à la couleur de l’encre (Augustinova & Ferrand, 2007, 2012 ; Ferrand & Augustinova, 2014). L’interférence résulterait ainsi du décalage entre la lecture rapide et involontaire du mot, qui active son sens, et l’identification de la couleur de l’encre, qui exige un effort d’inhibition pour surmonter cette activation (Maquestiaux, 2017). Les participant·e·s doivent donc inhiber la réponse automatique liée au sens du mot et se concentrer sur la tâche spécifique d’identification de la couleur de l’encre.

En somme, l’effet Stroop émotionnel montre que le système attentionnel est rapidement capturé par les mots négatifs, y compris les jurons (Sutton & Altarriba, 2008). Il est donc plus coûteux d’inhiber leur charge émotionnelle, car cela requiert une attention supplémentaire pour faire abstraction de celle-ci et accomplir la tâche d’identification de la couleur. Il en résulte une difficulté à inhiber le traitement sémantique des mots négatifs pour identifier la couleur de l’encre (MacKay & Ahmetzanov, 2005 ; MacKay et al., 2004). Ainsi, les temps de réaction pour identifier la couleur sont plus longs lorsqu’il s’agit de jurons, comparativement à des mots neutres ou positifs.

À la lumière de ce qui a été décrit jusqu’à présent, d’un point de vue psycholinguistique, un juron est une expression à forte charge émotionnelle, généralement associée à une émotion négative intense. Souvent détaché de sa signification première, il tire sa force de sa connotation et de son caractère socialement transgressif. Cette charge émotionnelle capte l’attention et peut interférer avec d’autres tâches, ce qui renforce son impact sur l’attention et la réaction émotionnelle. Cette caractérisation des jurons gagnerait néanmoins à être affinée en prenant en compte les variations culturelles, pragmatiques et contextuelles liées à l’usage de ce type de mots.

1.3 Les sacres du FQ

Les sacres du FQ proviennent du lexique de l’Église. Ils représentent la forme de juron (p. ex., criss) typique du FQ (Pichette, 1980). Ils ont pris naissance notamment en réaction à la forte présence du clergé au cours de l’histoire du Québec (Bougaïeff, 1980 ; Charest, 1974). Pour Vincent (1982), la formation des sacres du FQ, tels qu’utilisés aujourd’hui, résulte de trois étapes de transformation. D’abord, ils ont perdu leur fonction référentielle, ce qui a engendré une perte de sens par rapport à leur sens initial. Les sacres ne sont par conséquent plus employés comme des références explicites au sacré ou à la religion (Charest, 1974 ; Paul, 2022 ; Robles Y Gayol, 2001 ; Vincent, 1982). Ensuite, ils ont acquis une fonction expressive, soit leur usage pour véhiculer un message de nature émotionnelle. Cette fonction serait notamment passée par le biais d’interjections. Enfin, les sacres ont été relexicalisés, ce qui leur a permis de s’intégrer aux règles grammaticales du FQ et de se manifester sous diverses formes.

Plusieurs travaux ont documenté le caractère relexicalisé des sacres du FQ. Dans les recherches de Bibeau et Bourget (2003), Charette (1999), Gérard (1978) et Léard (1997), on observe par exemple l’intégration des sacres dans des groupes nominaux, comme le montrent les exemples (1) à (3) :

(1) L’ostie de fou a failli m’écraser. (Charette, 1999)

(2) Mon sacrament de char est encore au garage. (Charette, 1999)

(3) Le tabarnak, il nous a encore volé. (Charette, 1999)

Comme le suggèrent Charrette (1999), Gérard (1978) et Léard (1997), la perte de sens avec leur référent d’origine permet aux sacres d’être employés de manière récursive en introduisant la préposition de entre chaque sacre (4) et (5) :

(4) Mon ostie de calice de tabarnak. (Gérard, 1978)

(5) Crisse de tabarnak. (Charette, 1999)

Les sacres ont également la possibilité d’être employés sous forme de verbe. Les études de Blanchet (2017), Dostie (2015b), Larrivée (2007) et Paul (2022) ont par exemple souligné l’emploi des sacres dans des structures actancielles à trois arguments (sujet-objet/patient-lieu/cible), comme en (6) et (7). Il est également possible de produire des formes avec des préfixes dans des phrases à deux arguments (Bougaïeff, 1980), comme le montrent les exemples (8) et (9) :

(6) Léo a crissé son verre de lait par terre. (Dostie, 2015b)

(7) Il crisse le vieux chat errant dans une cage. (Blanchet, 2017)

(8) Moi, je m’en contrecrisse. (Bougaïeff, 1980)

(9) Je décâlisse d’ici.
     (Dostie, 2016 : Corpus de français parlé au Québec, sous-corpus 21, <P14, L5>)

Les études de Baronian et Tremblay (2017), Charette (1999) et Léard (1997), ont discuté de la formation d’adverbes avec le suffixe -ment, comme le montrent les exemples (10) et (11). À cela, Légaré et Bougaïeff (1984) proposent que la préposition en suivi d’un sacre permette de former un groupe adverbial contenant un sacre, comme en (12) et (13) :

(10) Elle courait crissement vite. (Baronian & Tremblay, 2017)

(11) Je me suis fait crissement chier à faire cette job plate-là. (Charette, 1999)

(12) Il est fort en baptême. (‘il est très fort’) (Légaré & Bougaïeff, 1984)

(13) Ça, ça le gruge en tabarnak. (‘ça le gruge beaucoup’) (Légaré & Bougaïeff, 1984)

Toutefois, en raison de leurs propriétés discursives, les formes interjectives, comme en (14) et (15), semblent être les plus courantes (Bässler, 2008 ; Drescher, 2009 ; Vincent, 1993) :

(14) Crisse! Léo a mis le cendrier dans la poubelle. (Dostie, 2015b)

(15) Tu peux bien coucher sur le plancher, câlice. (Drescher, 2009)

Si les exemples présentés suggèrent que les sacres du FQ peuvent être employés sous diverses formes grammaticales, il est à noter que ces exemples ne sont pas exhaustifs. Un aperçu linguistique détaillé va au-delà de l’objectif de la présente recherche. Pour une revue plus complète, voir les travaux de Dostie (2015a), Drescher (2009), Léard (1997), Légaré et Bougaïeff (1984), ainsi que ceux de Matačiūnaitė et Vitkauskienė (2010).

Concernant l’aspect émotionnel des sacres, c’est le caractère intense qui est le plus souligné (voir Bilodeau, 2001 ; Mercier, 1986 ; Vincent, 1982). Le niveau d’intensité tend à varier parmi les sacres. Par exemple, les sacres comme tabarnak, câliss, criss et ostie sont considérés comme les plus intenses (voir Dostie, 2015 ; Vermette, 2010), voire les plus vulgaires (Paul, 2022). La valence des sacres, pour sa part, est présentée comme pouvant être positive et négative (Bilodeau, 2001 ; Dostie, 2015). Par ailleurs, l’étude de Vincent (1982) semble être la seule à avoir examiné la facette émotionnelle des sacres. Un groupe de 100 locuteur·rice·s natif·ve·s du FQ a pris part à sa recherche. Ces participant·e·s ont rempli deux questionnaires sur les sacres. L’une des questions posées visait la fonction principale des sacres dans la langue. Vincent (1982) a observé que plus de 80% des répondant·e·s indiquaient que la fonction principale des sacres était l’expression des émotions, notamment des émotions négatives (p. ex., la colère).

Dans le cadre de la présente étude, les sacres du FQ désignent toute occurrence d’un mot d’origine chrétienne ayant perdu, en tout ou en partie, son contenu dénotatif religieux, le rendant ainsi plus abstrait. Il en résulte des unités lexicales qui s’intègrent de manière flexible à la grammaire de la langue et dont la fonction principale est de véhiculer un message chargé d’intensité, généralement de valence plus négative que positive. Ainsi, sur le plan affectif, une valence négative est présumée. Cela est d’abord motivé par l’association entre jurons et émotions négatives rapportée par les locuteur·rice·s d’autres langues (Feldman et al., 2017; Rassin & Muris, 2005 ; Sulpizio et al., 2024), mais aussi par la forte relation entre valence négative et intensité élevée (Montefinese, Ambrosini, Fairfield & Mammarella, 2014 ; Reilly et al., 2020). Par conséquent, reconnaître que les sacres véhiculent une forte intensité implique de leur associer une valence négative.

1.4 La présente étude

Les études antérieures sur les sacres du FQ suggèrent une association entre sacres et charge émotionnelle, mais aucune n’a testé cette hypothèse expérimentalement (p. ex., Bässler, 2008 ; Dostie, 2015a ; Vincent, 1982). Les recherches antérieures se sont plutôt intéressées à cette question d’un point de vue linguistique. À l’exception de l’observation formulée par Vincent (1982), selon laquelle les locuteur·rice·s tendent à attribuer une valeur émotionnelle négative aux sacres du FQ, aucune étude n’a à ce jour testé cette hypothèse de manière expérimentale. La présente recherche propose d’explorer cette question à l’aide de la tâche de Stroop émotionnelle, en utilisant comme stimuli des sacres, des mots négatifs, des mots positifs et des mots neutres. L’hypothèse générale est que les sacres du FQ se comportent comme des mots émotionnels à forte intensité, dont la valence est globalement négative. En conséquence, ils devraient produire une interférence attentionnelle dans la tâche de Stroop émotionnelle. Il est ainsi attendu que les temps de réaction pour les sacres soient plus longs que pour les mots neutres, et qu’ils se rapprochent de ceux des mots négatifs plutôt que de ceux des mots positifs.

2. Méthode

2.1 Participant·e·s

Vingt-quatre (N = 24) participant·e·s ayant le FQ comme langue maternelle (15 femmes, 7 hommes, 2 personnes non binaires) âgé·e·s de 18 à 35 ans (M = 25,74; ÉT = 4,20) ont pris part à l’étude, laquelle a eu lieu en 2024. Ces personnes résidaient dans la région de Montréal au moment de la collecte et étaient aux études collégiales ou universitaires.2 À l’exception d’une seule personne, aucune ne pratiquait de religion. Les 24 participant·e·s ont déclaré avoir une vue normale ou corrigée et n’avoir aucun problème de daltonisme.

2.2 Stimuli

Les stimuli ont été contrôlés lors d’une étude pilote au cours de laquelle 120 mots ont été évalués par 36 locuteur·rice·s natif·ve·s du FQ.3 Aucune base lexicale normative en FQ n’existait au moment de l’étude, il a donc été nécessaire de la concevoir avant de mener la collecte de données principale. La banque de 120 mots comprenait des mots négatifs, positifs, neutres et des sacres. Les mots négatifs, positifs et neutres ont été sélectionnés à partir des normes lexicales de l’anglais d’Eilola et Havelka (2007) et de Janschewitz (2008), puis ont été traduits vers le FQ par deux bilingues anglais-FQ. Les sacres ont été sélectionnés à partir d’une liste récente considérée comme comprenant les sacres les plus courants en FQ (Dostie, 2015a ; Paul, 2022).

Les 36 participant·e·s ont évalué chaque mot selon quatre caractéristiques lexicales à l’aide d’une échelle de Likert à 8 points.

  • Pour la valence émotionnelle : Indiquez à quel point le mot donné est positif ou négatif lorsqu’utilisé en français québécois (1 = Extrêmement positif, 8 = Extrêmement négatif);

  • Pour l’intensité : les locuteurs et locutrices du français québécois utilisent le terme présenté ci-dessus de manière (1 = Pas du tout intense émotionnellement, 8 = Toujours intense émotionnellement);

  • Pour l’offensivité : Situez le mot qui figure en gras ci-dessus selon son niveau d’offensivité lorsqu’il est employé par un locuteur ou une locutrice du français québécois (1 = Pas du tout offensant, 8 = Extrêmement offensant)

  • Pour la fréquence d’usage en français québécois : Indiquez à quelle fréquence vous rencontrez ce mot en français québécois (par exemple, dans une conversation, à la radio, dans un film ou à la télévision, sur le web, etc.) (1 = Jamais, 8 = Toujours).

La longueur orthographique a été comptée manuellement. La fiabilité interne des résultats a été calculée en utilisant les valeurs du coefficient d’Alpha de Cronbach (α). Les résultats montrent de bons accords interjuges (valence α = 0,955; intensité α = 0,983; offensivité α = 0,987; fréquence α = 0,988), suggérant des intercorrélations fiables et cohérentes entre chaque participant·e dans leur façon d’évaluer les mots d’après les différentes conditions (Field, 2009 ; Gignac, 2023).

Parmi ces 120 mots, 28 ont été sélectionnés et répartis en quatre listes correspondant à quatre catégories de mots, qui ont servi de stimuli pour la tâche de Stroop émotionnelle (voir le Tableau 1). Il y avait donc 7 sacres, 7 mots négatifs, 7 mots positifs et 7 mots neutres. Il a été jugé nécessaire de réduire le nombre de mots par catégorie à 7 items, ce qui correspond au nombre de sacres reconnus comme étant les plus représentatifs de cette catégorie (Dostie, 2015a ; Paul, 2022 ; Vermette, 2010).

                        Liste des stimuli

Sacres

Mots négatifs

Mots positifs

Mots neutres

câlisse

agonie

confort

chaise

calvaire

émeute

espoir

fauteuil

ciboire

horreur

gloire

meuble

crisse

massacre

intimité

mixeur

ostie

panique

miracle

sécheuse

sacrament

suicide

paradis

serviette

tabarnak

torture

richesse

table

Tableau 1. Liste des 28 stimuli utilisés pour la tâche de Stroop émotionnelle.

Le Tableau 2 présente les données de valence, intensité, offensivité, fréquence et longueur orthographique pour chaque catégorie de mot. Suivant les recommandations de Larsen, Mercier et Balota (2006) et Larsen, Mercier, Balota et Strube (2008), les catégories de mots ont été contrôlées de sorte qu’elles aient le même nombre de caractères orthographiques (F(3, 24) = 0,103; p > 0,05) et la même fréquence d’emploi (F(3, 24) = 0,601; p > 0,05). Pour la valence, une analyse de la variance (ANOVA) a permis de montrer des différences significatives (F(3, 24) = 319,315; p < 0,001). Un test post-hoc de Bonferroni ajusté a indiqué que chaque catégorie de mot avait une valence distincte (p < 0,001), à l’exception des sacres et des mots négatifs qui avaient des niveaux de valence similaires (p > 0,05). Quant à l’intensité, une ANOVA a révélé une différence significative d’intensité entre les différentes listes de mots (F(3, 24) = 251,899; p < 0,001). Un post-hoc de Bonferroni ajusté a montré des différences significatives entre chaque catégorie de mot selon leur niveau d’intensité (p < 0,001), à l’exception des sacres et des mots négatifs, dont les niveaux d’intensité étaient similaires (p > 0,05). Enfin, l’offensivité s’est avérée différente entre les catégories de mots (F(3, 24) = 198,112; p < 0,001). Un post-hoc de Bonferroni ajusté a montré que les mots négatifs étaient plus offensants que les mots positifs et neutres (p < 0,001), mais moins offensants que les sacres (p > 0,05). Quant aux mots neutres et positifs, ces deux catégories étaient similaires en termes d’offensivité (p > 0,05) et moins offensives que les sacres et les mots négatifs (p < 0,001).

Mots

Valence

Intensité

Offensivité

Fréquence

Longueur

M

ÉT

M

ÉT

M

ÉT

M

ÉT

M

ÉT

Sacres

5,96

1,08

5,93

1,87

4,89

1,94

4,77

2,14

7,14

1,35

Négatifs

7,30

0,92

6,74

1,37

2,80

2,36

4,32

1,90

6,86

0,69

Positifs

2,25

1,20

4,52

1,94

1,26

0,76

4,37

1,95

7,00

0,82

Neutres

3,50

1,20

1,46

1,05

1,16

0,67

4,49

2,31

6,96

1,07

Tableau 2. Moyennes (M) et écart-type (ÉT) de chaque catégorie de mot selon les caractéristiques lexicales contrôlées pour la tâche de Stroop émotionnelle4.

2.3 Tâche de Stroop émotionnelle

La tâche de Stroop émotionnelle a été programmée sur la plateforme PCIbexFarm (Zehr et Schwartz, 2018). Les participant·e·s ont réalisé la tâche sur un ordinateur portable ThinkPad T495 (Lenovo, écran de 14 pouces). Un clavier filaire HP 150 QWERTY a été utilisé pour l’identification des couleurs. La distance entre les participant·e·s et l’écran était de 60 centimètres. Quatre couleurs ont été utilisées pour la tâche. Il y avait donc quatre touches du clavier dont chacune était identifiée d’une étiquette de couleur dédiée à l’identification des réponses : « v » pour rouge, « b » pour bleu, « n » pour vert et « m » pour jaune. Il était demandé aux participant·e·s de répondre avec leur main dominante. De l’index à l’auriculaire, le même doigt devait toujours être associé à la même couleur pour répondre. Les participant·e·s ont reçu la consigne d’identifier la couleur de l’encre du mot à l’écran le plus vite possible sans commettre d’erreur tout en ignorant le sens du mot à l’écran.

La Figure 1 expose la structure de la tâche de Stroop émotionnelle qui a été utilisée. Les stimuli étaient présentés individuellement au centre de l’écran sur un fond noir. La police d’écriture utilisée était Calibri, en minuscule et avec une taille de 60 points. Les stimuli restaient à l’écran jusqu’à ce qu’une réponse soit rapportée. Chaque stimulus était séparé par des croix de fixation « +++++ » de 300 millisecondes (ms) afin de stabiliser le regard des participant·e·s sur l’emplacement du stimulus de l’essai suivant.

Figure 1. Structure de la tâche de Stroop émotionnelle.

Figure 1. Structure de la tâche de Stroop émotionnelle.

La tâche de Stroop émotionnelle a été réalisée en condition pure. Les mots étaient présentés de manière aléatoire, mais regroupés par catégorie, suivant un ordre fixe : sacres > mots neutres > mots négatifs > mots positifs.5 Bien que cette procédure puisse être critiquée, elle présente l’avantage de contrôler la variabilité dans la présentation des stimuli, permettant ainsi une comparaison plus précise des effets cognitifs sans l’influence de l’ordre d’apparition (p. ex., Ashley & Swick, 2009 ; LaMonica, Keefe, Harvey, Gold & Goldberg, 2010). Un des défauts de la tâche de Stroop émotionnelle réside dans l’effet de familiarité (Algom et al., 2004 ; MacKay et al., 2004). Par conséquent, si les sacres avaient été présentés en fin de tâche, les temps de réaction auraient pu refléter une facilitation due à l’apprentissage de la tâche plutôt qu’un effet émotionnel réel. De même, une présentation totalement aléatoire des différentes catégories de mots aurait pu entraîner des temps de réaction similaires pour les mots neutres et positifs par rapport aux sacres et aux mots négatifs, compromettant ainsi l’interprétation des résultats (p. ex., Bertels & Kolinsky, 2015 ; Bertels et al., 2011 ; Frings, Englert, Wentura & Bermeitinger, 2010 ; Kunde & Mauer, 2008).

La tâche a été conçue de manière que chaque mot soit affiché une fois dans chacune des quatre couleurs (rouge, bleu, vert et jaune). Puisqu’il y avait quatre blocs de mots, sept mots dans chaque bloc et quatre couleurs différentes apparaissant une fois pour chaque mot, chaque bloc avait un total de 28 essais. La tâche complète comprenait 112 essais. Le même mot et la même couleur ne se suivaient jamais deux fois de suite. Il y avait une pause de 50 secondes entre chaque bloc.

2.4 Procédure

Les participant·e·s ont été recruté·e·s en ligne et ont été testé·e·s individuellement dans le même laboratoire de recherche à l’UQAM. L’objectif de l’étude n’a pas été entièrement explicité au préalable. Il a plutôt été dit que le but était d’étudier la perception de l’intensité des mots en FQ. Une fois arrivé·e·s, les participant·e·s ont lu et signé un formulaire de consentement, puis ont été soumis·e·s à la tâche de Stroop émotionnelle. Un court questionnaire sociodémographique (âge, genre, etc.) a été rempli. Les participant·e·s ont finalement reçu une compensation de 20 dollars canadiens pour leur participation. L’objectif de l’étude a été révélé aux participant·e·s à la fin de chaque rencontre durant le débriefing. L’étude a été approuvée conformément aux lignes directrices du comité d’éthique de la recherche de l’Université du Québec à Montréal (protocole #2024-6583).

3. Résultats

Les résultats ont été analysés à l’aide du logiciel SPSS-27. Le seuil de significativité adopté pour les analyses était fixé à 0,05, avec un intervalle de confiance de 95%. La distribution normale des données a été vérifiée en examinant le degré d’asymétrie, les histogrammes de distribution, ainsi que les diagrammes de probabilité quantile-quantile (Q-Q plots) pour chaque catégorie de mots (Levshina, 2015). Dans ce qui suit, l’analyse des erreurs sera d’abord présentée, suivie de l’analyse des temps de réaction. Enfin, une analyse complémentaire est proposée en fin de section. Les analyses statistiques reposent sur des analyses de la variance (ANOVA) à mesures répétées. Elles ont été effectuées sur des variables composites pour chaque catégorie de mot. Chaque variable composite représentait soit la somme totale des temps de réponse entre l’apparition d’un mot et l’identification de la couleur, soit la somme totale des erreurs pour chaque catégorie de mot (Gignac, 2023). Bien que les analyses statistiques aient été réalisées sur ces variables composites, les statistiques descriptives présentées dans la Section 3.1 sont exposées sous forme de moyennes afin de faciliter la communication des résultats (Gignac, 2023).

3.1 Analyse des erreurs

Afin de vérifier que les erreurs d’identification des couleurs pendant la tâche de Stroop émotionnelle ne biaisent pas l’interprétation des résultats, une analyse du taux d’erreurs a d’abord été effectuée. Le nombre d’erreurs commises par les participant·e·s a été manuellement compté. Une réponse était considérée erronée lorsque la mauvaise couleur d’un mot était rapportée (par exemple, identifier « bleu » pour un mot écrit en jaune). Le Tableau 3 présente le nombre moyen d’erreurs et leur écart-type à travers la tâche de Stroop émotionnelle pour chaque catégorie de mot. Le taux d’erreur moyen est faible (< 1), et ce, à travers chaque bloc de mots. Afin de voir si les participant·e·s ont commis plus d’erreurs dans une catégorie par rapport à une autre, une ANOVA à mesures répétées entre chaque catégorie de mot a été menée. Puisque le test de Mauchly a montré que le test de sphéricité a été transgressé (χ2(5) = 15,676; p < 0,01), l’ajustement de Huynh-Feldt a été utilisé (ε = 0,856) (Field, 2009). L’analyse a révélé une absence de différence de taux d’erreur entre les catégories de mots (F(2,57, 59,07) = 0,119; p > 0,05; η2p = 0,005).

Catégories de mot

n

M

ÉT

Sacres

24

0,83

1,01

Négatifs

24

0,88

1,19

Positifs

24

0,79

1,02

Neutres

24

0,75

1,03

Tableau 3. Moyennes (M) et écart-type (ÉT) des erreurs commises pour chaque catégorie de mot lors de la tâche de Stroop émotionnelle6.

3.2 Analyse des temps de réaction

La Figure 2 et le Tableau 4 montrent que les temps de réaction moyens aux sacres étaient plus longs que ceux des autres catégories de mots. Pour vérifier cette observation, une ANOVA à mesures répétées a été réalisée, avec les quatre catégories de mots (sacres, mots négatifs, mots positifs et mots neutres) comme facteur indépendant et les temps de réaction comme variable dépendante. L’analyse a révélé des différences significatives entre les catégories de mots (F(3, 69) = 7,709; p < 0,001; η²p = 0,251), indiquant que 25,1% de la variance des temps de réaction est expliquée par la catégorie de mot.

Catégories de mot               

n     

M     

ÉT

Sacres

24     

1025,17     

118,98

Négatifs

24     

992,40     

110,57

Positifs

24

948,2

85,68

Neutres

24

981,38

115,06

Tableau 4. Moyennes (M) et écart-type (ÉT) des temps de réaction pour chaque catégorie de mot lors de la tâche de Stroop émotionnelle7.

Figure 2. Temps de réaction moyen (en ms) pour chaque catégorie de mots. Les barres représentent 95% d’intervalles de confiance.

Figure 2. Temps de réaction moyen (en ms) pour chaque catégorie de mots. Les barres représentent 95% d’intervalles de confiance.

Des comparaisons multiples entre les catégories de mots ont ensuite été effectuées. Le Tableau 5 présente les détails de l’analyse. Ces analyses ont mis en évidence des différences significatives entre presque toutes les catégories, à l’exception des comparaisons entre les mots négatifs et les mots neutres, ainsi qu’entre les sacres et les mots négatifs. Les tailles d’effet sont faibles, à l’exception de celle entre les sacres et les mots positifs, qui est modérée (Cohen, 1988).

Comparaisons intermots

   Tests statistiques

t

df

p

d

Sacres vs neutres

3,033

23

***

0,374

Sacres vs négatifs

1,993

23

n.s

0,285

Sacres vs positifs

4,093

23

***

0,742

Négatifs vs neutres

0,823

23

n.s

0,098

Négatifs vs positifs

2,390

23

*

0,447

Positifs vs neutres

-2,265

23

*

0,327

Tableau 5. Comparaisons multiples entre catégories de mots8.

4. Discussion

L’objectif de cette recherche était d’examiner si les sacres du FQ sont associés à une émotion négative. À l’aide d’une tâche de Stroop émotionnelle, les analyses statistiques ont montré que ces sacres sont effectivement perçus comme tels. L’absence de différence significative des temps de réaction entre les sacres et les mots négatifs soutient cette hypothèse. De plus, la taille d’effet observée pour la comparaison entre les sacres et les mots positifs (d = 0,742) suggère une distinction marquée entre ces deux catégories, renforçant l’idée que les sacres ne sont pas perçus comme émotionnellement positifs. En revanche, l’absence de différence significative entre les sacres et les mots négatifs indique une similarité dans leur traitement cognitif, ce qui appuie l’idée selon laquelle les sacres du FQ possèdent une valence émotionnelle négative. Par ailleurs, bien que la différence entre les sacres et les mots neutres soit significative, l’ampleur de cet effet demeure modérée (d = 0,374). Cela suggère que, bien que les sacres soient plus négatifs que les mots neutres, leur impact pourrait varier en fonction du contexte et de l’intensité de l’émotion véhiculée.

En raison de l’effet Stroop émotionnel, qui détourne l’attention d’une tâche en cours, l’interférence causée par les sacres par rapport aux autres catégories de mots indique qu’ils sont inconsciemment associés à une charge émotionnelle négative. Autrement dit, leur traitement implique une plus grande vigilance et une captation automatique de l’attention, renforçant ainsi l’hypothèse selon laquelle leur charge émotionnelle est principalement négative. Cette interférence attentionnelle pourrait être attribuée à la forte valence émotionnelle des sacres qui, à l’instar des mots négatifs, déclenchent une réponse cognitive et affective marquée chez les locuteur·rice·s (MacKay et al., 2004 ; McKenna & Sharma, 1995). Toutefois, une similarité de traitement entre sacres et mots positifs ne peut être totalement écartée. En effet, le niveau d’intensité émotionnelle entre les mots de la tâche de Stroop émotionnelle n’était pas parfaitement équilibré, les mots positifs ayant une intensité plus faible que les sacres et les mots négatifs. Cela dit, l’effet observé ne tient peut-être pas uniquement à la valence négative des sacres. Il est également possible que leur forte intensité émotionnelle et leur caractère offensant suffisent à ralentir le traitement (Janschewitz, 2008), indépendamment du fait qu’ils soient employés pour exprimer un contenu négatif ou positif en contexte. Ainsi, l’interférence observée pourrait refléter plus largement la saillance affective des sacres, plutôt qu’une négativité exclusive.

Les résultats sont cohérents avec ceux de Vincent (1982), qui avait rapporté que les locuteur·rice·s associaient principalement les sacres à une émotion négative. D’une certaine manière, ce type d’évaluation explicite et consciente, issue de sa méthode – à partir de questionnaires – montre que les locuteur·rice·s associaient consciemment et explicitement une émotion négative aux sacres. Si l’association entre les mots négatifs et les sacres a un effet similaire lorsque 1) l’attention est détournée (présente étude) et 2) les locuteur·rice·s doivent ouvertement communiquer leur impression sur ces mots (Vincent, 1982), il peut être suggéré que les sacres partagent certaines propriétés avec les mots négatifs en général. Cependant, de telles hypothèses mériteraient d’être testées avec un plus grand nombre de participant·e·s et à l’aide de diverses méthodes de collecte de données. Il serait également pertinent de reconduire l’étude de Vincent (1982) en incluant des locuteur·rice·s du FQ d’aujourd’hui. En effet, il est possible que les perceptions des sacres aient évolué, ce qui constitue une faiblesse pour la présente étude, puisque les résultats sont comparés à l’étude de Vincent (1982), menée il y a plus de 40 ans.

La présente recherche n’est pas exempte de limites. Une limite importante concerne le rapport aux facteurs contextuels évoqués précédemment. Le fait que les sacres analysés dans cette étude aient été présentés de manière isolée ne permet pas d’évaluer l’influence d’un contexte positif, qui peut modifier, voire atténuer, la réaction qu’ils suscitent (voir Lagorgette & Larrivée, 2004). Bien que les résultats puissent suggérer le contraire, il faut reconnaître que les sacres du FQ peuvent être employés pour communiquer quelque chose de positif, comme le témoignent les exemples (16) et (17) :

(16) C’est un crisse de beau paysage. (Charette, 1999)

(17) Ils vont câlissement bien ensemble. (Baronian & Tremblay, 2017)

Il convient aussi de souligner une limite découlant de l’utilisation de la tâche de Stroop émotionnelle. Cette tâche repose sur une présentation isolée des stimuli, ce qui entraîne une abstraction hors contexte et, par conséquent, occulte la polyfonctionnalité grammaticale des sacres (voir Section la 1.1). La généralisation des résultats obtenus à d’autres occurrences de sacres est donc peut-être limitée. Ainsi, les effets observés pourraient davantage refléter la charge émotionnelle associée à la forme lexicale elle-même, indépendamment de son usage contextuel.

5. Conclusion

La présente recherche s’inscrit dans les études sur le FQ, en particulier sur la littérature portant sur les sacres. Elle constitue également la première étude à examiner les sacres du FQ à l’aide d’outils expérimentaux en psycholinguistique. Les résultats suggèrent que les sacres remplissent probablement une fonction émotionnelle négative en FQ. Cette hypothèse repose sur le fait que les mots négatifs sélectionnés présentent une intensité élevée et une valence négative marquée. L’absence de différence entre les sacres et les mots négatifs pourrait ainsi indiquer que les sacres sont associés à un contenu émotionnel intense et négatif. Toutefois, ces résultats devraient être comparés à ceux d’études futures. Par exemple, une recherche impliquant un plus grand nombre de participant·e·s et des outils expérimentaux variés serait nécessaire pour confirmer cette hypothèse. Les études futures pourront porter sur les sacres reconnus comme « moins sacres » comme maudit, viarge, jésus, baptême, etc. (Dostie, 2015a ; Vermette, 2010), ainsi que sur les formes euphémisées (Bougaïeff, 1980 ; Dostie, 2015b), comme tabarnouche, câline, calvince, etc., lesquelles sont peu investiguées dans la littérature francophone sur les sacres du FQ. L’inclusion de ces formes offrirait un portrait plus large de la nature des sacres du FQ et sur leur apport émotionnel dans la langue. Enfin, une piste intéressante pour des recherches ultérieures consisterait à étudier les sacres dans leur contexte d’énonciation, afin d’évaluer s’ils conservent une connotation négative indépendamment de celui-ci.

Bibliography

Algom, D., Chajut, E., &t Lev, S. (2004). A rational look at the emotional Stroop phenomenon: A generic slowdown, not a Stroop effect. Journal of Experimental Psychology, 133(3), 323-338. https://doi.org/10.1037/0096-3445.133.3.323

Arnell, K. M., Killman, K. V., & Fijavz, D. (2007). Blinded by emotion: Target misses follow attention capture by arousing distractors in RSVP. Emotion, 7(3), 465-477. https://doi.org/10.1037/1528-3542.7.3.465

Ashley, V., & Swick, D. (2009). Consequences of emotional stimuli: Age differences on pure and mixed blocks of the emotional Stroop. Behavioral and Brain Functions, 5, 1-11. https://doi.org/10.1186/1744-9081-5-14

Augustinova, M., Almeida, E., Clarys, D., Ferrand, L., Izaute, M., Jalenques, I ., & Silvert, L. (2016). Que mesure l’interférence Stroop ? Quand et comment ? Arguments méthodologiques et théoriques en faveur d’un changement de pratiques dans sa mesure. L’Année psychologique, 116(1), 45-66. https://doi.org/10.3917/anpsy.161.0045

Augustinova, M., & Ferrand, L. (2007). Influence de la présentation bicolore des mots sur l’effet Stroop. L’Année psychologique, 107(2), 163-179. https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2007_num_107_2_30992

Augustinova, M., & Ferrand, L. (2012). The influence of mere social presence on Stroop interference: New evidence from the semantically-based Stroop task. Journal of Experimental Social Psychology, 48(5), 1213-1216. https://hal.science/hal-02446774/document

Bässler, V. (2008). Les sacres en français québécois – beaucoup plus que de simples décharges émotives. Français du Canada - Français de France VIII: Actes du huitième Colloque international Trèves, 159-176. https://doi.org/10.1515/9783110231045.159

Bergen, B. K. (2016). What the F: What the F: What swearing reveals about our language, our brains, and ourselves. Basic Books.

Bertels, J., & Kolinsky, R. (2015). Disentangling fast and slow attentional influences of negative and taboo spoken words in the emotional Stroop paradigm. Cognition and Emotion, 30(6), 1137-1148. https://doi.org/10.1080/02699931.2015.1052780

Bertels, J., Kolinsky, R., Pietrons, E., & Morais, J. (2011). Long-lasting attentional influence of negative and taboo words in an auditory variant of the emotional Stroop task. Emotion, 11(1), 29-37. https://doi.org/10.1037/a0022017

Bibeau, G., & Bourget, K. (2003). La crisse de bibitte : une sacrée bête noire en syntaxe. Actes du 7e Colloque des Étudiants en Sciences du Langage, 7, 7-26.

Bilodeau, C. (2001). Des moyens d’expression de l’intensité dans le langage des jeunes Québécois. Mémoire de maitrise, Université du Québec à Chicoutimi.

Blanchet, D. (2017). Sacre-verbes et structure d’arguments universelle. Mémoire de maitrise, Université du Québec à Montréal.

Bougaïeff, A. (1980). Un trait du français populaire et familier au Québec: le système des sacres. The French Review, 53(6), 839-847. https://www.jstor.org/stable/391924

Bovet, L. (1977). Le vocabulaire du défoulement au Québec ou petite enquête sur les sacres et les jurons. Langues et linguistique, 3(1), 27-46.

Bradley, M. M., & Lang, P. J. (1999). Affective norms for English words (ANEW). Gainesville, FL: University of Florida, NIMH Center for the Study of Emotion and Attention.

Bradley, M. M., Codispoti, M., Cuthbert, B. N., & Lang, P. J. (2001). Emotion and motivation I: Defensive and appetitive reactions in picture processing. Emotion1(3), 276-298.

Byrne, E. (2018). Swearing is good for you: The amazing science of band language.  W. W. Norton & Company.

Charest, G. (1974). Le livre des sacres et blasphèmes québécois. Éditions de l’aurore.

Charette, É. (1999). Du sacre au nom de qualité : approche théorique et description grammaticale. Mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke.

Dostie, G. (2015a). Gros mots et petits mots dans une perspective prototypique. Les sacres et leurs substituts euphémisés en français québécois. Cahier de lexicologie, diasystème et variation en français actuel : aspects sémantiques, 106, 55-89.

Dostie, G. (2015b). Les dérivés verbaux de sacres en français québécois. Sens, positionnement dans le diasystème et synonymes proches. Cahier de lexicologie, 107, 185-202.

Dostie, G. (2016). Le Corpus de français parlé au Québec (CFPQ) et la langue des conversations familières : exemple de mise à profit des données à partir d’un examen lexico-sémantique de la séquence je sais pas. Corpus, 15(15). https://doi.org/10.4000/corpus.2945

Drescher, M. (2009). Sacres québécois et jurons français : vers une pragmaticalisation des fonctions communicatives ? Français du Canada - Français de France VIII: Actes du huitième Colloque international Trèves, 177-185.

Duncan, J. (1999). Attention. In F. C. Keil & R. A. Wilson (Eds.), The MIT encyclopedia of the cognitive sciences (pp. 39-41). MIT Press.

Eilola, T. M., & Havelka, J. (2010). Affective norms for 210 British English and Finnish nouns. Behavior Research Methods, 42(1), 134-140. https://doi.org/10.3758/brm.42.1.134

Estes, Z., & Adelman, J. S. (2008). Automatic vigilance for negative words is categorical and general. Emotion, 8(4), 453-457. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/a0012887

Estes, Z., & Verges, M. (2008). Freeze or flee? Negative stimuli elicit selective responding. Cognition108(2), 557-565. https://doi.org/10.1016/j.cognition.2008.03.003

Feldman, G., Lian, H., Kosinski, M., & Stillwell, D. (2017). Frankly, we do give a damn: The relationship between profanity and honesty. Social Psychological and Personality Science, 8(7), 816-826. https://doi.org/10.1177/1948550616681055

Ferrand, L., & Augustinova, M. (2014). Differential effects of viewing positions on standard versus semantic Stroop interference. Psychonomic Bulletin and Review, 21, 425-431. https://doi.org/10.3758/s13423-013-0507-z

Field, A. (2024). Discovering statistics using IBM SPSS statistics (6e éd.). Sage.

Frings, C., Englert, J., Wentura, D., & Bermeitinger, C. (2010). Decomposing the emotional Stroop effect. Quarterly journal of experimental psychology (2006)63(1), 42-49. https://doi.org/10.1080/17470210903156594

Gérard, J. (1978). Mon ostie de ... . Cahier de linguistique, 8(1), 163-179. https://doi.org/10.7202/800064ar

Gignac, G. E. (2023). How2statsbook. Author.

Gouvernement du Québec. (2025). Étudier au cégep [page Web]. Gouvernement du Québec. https://www.quebec.ca/education/cegeps-colleges-prives/etudier/a-propos

Hansen, S. J., McMahon, K. L., Burt, J. S., & de Zubicaray, G. I. (2017). The locus of taboo context effects in picture naming. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 70(1), 75-91. https://doi.org/10.1080/17470218.2015.1124895

Hansen, S. J., McMahon, K. L., & de Zubicaray, G. I. (2019). The neurobiology of taboo language processing: fMRI evidence during spoken word production. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 14(3), 271-279.

Janschewitz, K. (2008). Taboo, emotionally valenced, and emotionally neutral word norms. Behavior Research Methods, 40(4), 1065-1074. https://doi.org/10.3758/brm.40.4.1065

Jay, T. B. (2009). The utility and ubiquity of taboo words. Perspectives on Psychological Science, 4(2), 153-161. https://doi.org/10.1111/j.1745-6924.2009.01115.x

Jay, T. B. (2018). The psychology of expressing and interpreting linguistic taboos. In L. Allan (Eds.), The Oxford handbook of taboo words and language (pp. 76-95), Oxford Handbooks.

Jay, T. B., & Janschewitz, K. (2008). The pragmatics of swearing. Journal of Politeness Research, 4(2), 267–-88. https://www.mcla.edu/Assets/MCLA-Files/Academics/Undergraduate/Psychology/Pragmaticsofswearing.pdf

Jay, T. B, King, K., & Duncan, T. (2006). Memories of punishment for cursing. Sex Roles: A Journal of Research, 55(1-2), 123-133. DOI 10.1007/s11199-006-9064-5

Kunde, W., & Mauer, N. (2008). Sequential modulations of valence processing in the emotional Stroop task. Experimental Psychology, 55(3), 151-156. https://doi.org/10.1027/1618-3169.55.3.151

Lagorgette, D., & Larrivée, P. (2004). Interprétation des insultes et relations de solidarité. Langue française, 144, 83-103. https://doi.org/10.3406/lfr.2004.6809

LaMonica, H. M., Keefe, R. S., Harvey, P. D., Gold, J. M., & Goldberg, T. E. (2010). Differential effects of emotional information on interference task performance across the life span. Frontiers in aging neuroscience, 2(1), 1-5. https://doi.org/10.3389/fnagi.2010.00141

Lang, P. J. (1995). The emotion probe. Studies of motivation and attention. The American psychologist50(5), 372-385. https://doi.org/10.1037//0003-066x.50.5.372

Larrivée, P. (2007). Construction de l’interprétation et dérivés verbaux d’axiologiques négatifs en français et en québécois. In P. Larrivée (Eds.), Variation et stabilité du français. Des notions aux opérations (pp. 149-168). Peeters.

Larsen, R. J., Mercer, K. A., & Balota, D. A. (2006). Lexical characteristics of words used in emotional Stroop experiments. Emotion, 6(1), 62-72. https://doi.org/10.1037/1528-3542.6.1.62

Larsen, R. J., Mercer, K. A., Balota, D. A., & Strube, M. J. (2008). Not all negative words slow down lexical decision and naming speed: Importance of word arousal. Emotion, 8(4), 445-452. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/1528-3542.8.4.445

Léard, J.-M. (1997). Structure qualitatives et quantitative : sacres et jurons en québécois et en français. La structuration conceptuelle du langage, 86, 127-147.

Légaré, C., & Bougaïeff, A. (1984). L’empire du sacre québécois. Étude sémiolinguistique d’un intensif populaire. Presses de l’Université du Québec.

Levshina. N. (2015). How to do Linguistics with R. Data exploration and statistical analysis. John Benjamins Publishing.

Ljung, M. (2011). Swearing: A Cross-Cultural Linguistic Study. Palgrave Macmillan.

MacKay, D. G., & Ahmetzanov, M. V. (2005). Emotion, memory, and attention in the taboo Stroop paradigm: An experimental analogue of flashbulb memories. Psychological Science, 16(1), 25-32. https://doi.org/10.1111/j.0956-7976.2005.00776.x

MacKay, D. G., Shafto, M., Taylor, J. K., Marian, D.E., Abrams, L., & Dyer, J. R. (2004). Relations between emotion, memory, and attention: Evidence from taboo Stroop, lexical decision, and immediate memory tasks. Memory and Cognition, 32(3), 474-488. https://doi.org/10.3758/BF03195840

Matačiūnaitė, J., & Vitkauskienė, V. (2010). Particularités du juron dans le français québécois. Žmogus ir žodis, 3, 36-42.

Maquestiaux, F. (2017). Psychologie de l’attention. Boeck supérieur.

Matusz, Ł. (2017). Taboos and Swearing: Cross-linguistic universalities and peculiarities. In Gabryś-Barker, D., Gałajda, D., Wojtaszek, A., Zakrajewski, P. (Eds.), Multiculturalism, Multilingualism and the Self. Second Language Learning and Teaching (pp. 33-47). Springer.

McKenna, F. P., & Sharma, D. (1995). Intrusive cognitions: An investigation of the emotional Stroop task. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory and Cognition, 30(2), 1595-1607. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/0278-7393.21.6.1595

Mercier, L. (1986). Ces sacrés sacres. Québec français, 61(1), 18-9.

Montefinese, M., Ambrosini, E., Fairfield, B., & Mammarella, A. (2014). The adaptation of the Affective norms for English words (ANEW) for Italian. Behavior Research Methods, 46(3), 887-903. https://doi.org/10.3758/s13428-013-0405-3

Paul, M.-A. (2022). Contretabarnaquer, décrisser, recâlisser : étude sur l’usage des verbes dérivés de sacres avec préfixes. Actes du 26e Colloque des étudiantes et étudiants de linguistique, 26, 1-21. https://cel.uqam.ca/wp-content/uploads/2022/07/Marc-Antoine_Article-final-1.pdf

Pichette, J.-P. (1980). Le guide raisonné des jurons : langue, littérature, histoire et dictionnaire des jurons. Quinze/mémoires d’homme.

Pratto, F. (1994). Consciousness and automatic evaluation. In P. M. Niedenthal et S. Kitayama (Eds.), The heart’s eye: Emotional influences in perception and attention (pp. 115-143). Academic Press.

Pratto, F., & John, O. P. (1991). Automatic vigilance: The attention-grabbing power of negative social information. Journal of Personality and Social Psychology, 61(3), 380-391. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/0022-3514.61.3.380

Rassin, E., & Muris, P. (2005). Why do women swear? An exploration of reasons for and perceived efficacy of swearing in Dutch female students. Personality and Individual Differences, 38(7), 1669-1674.

Reilly, J., Kelly, A., Zuckerman, B. M., Twigg, P. P., Wells, M., Jobson, K. R., & Flurie, M. (2020). Building the perfect curse word: A psycholinguistic investigation of the form and meaning of taboo words. Psychonomic bulletin & review27(1), 139-148. https://doi.org/10.3758/s13423-019-01685-8

Roest, S. A., Visser, T. A., & Zeelenberg, R. (2018). Dutch taboo norms. Behavior Research Methods50(2), 630-641. https://doi.org/10.3758/s13428-017-0890-x

Robles Y Gayol, J. A. (2001). Petite enquête sur les sacres. Mémoire de maitrise, Université du Québec à Montréal.

Russell, J. A. (1980). A circumplex model of affect. Journal of Personality and Social Psychology, 39(6), 1161-1178. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/h0077714

Russell, J. A. (2003). Core affect and the psychological construction of emotion. Psychological Review, 110(1), 145-172. https://doi.org/10.1037/0033-295x.110.1.145

Russell, J. A. (2009). Emotion, core affect, and psychological construction. Cognition and Emotion, 23(7), 1259-1283. https://doi.org/10.1080/02699930902809375

Siégrist, M. (1995). Effects of taboo words on color-naming performance on a Stroop test. Perceptual and Motor Skills, 81(3), 1119-1122.

Silva-Nasser, C. G. A. D. (2023). A psycho-and sociolinguistics analysis of the dimensional properties of taboo words in carioca Portuguese. Revista de Estudos Linguísticos31(2), 809-860. https://doi.org/10.17851/2237-2083.31.2.809-860

Stapleton, K. (2010). Swearing. In Locher, M.A. et Graham, S.L. (Eds.), Interpersonal pragmatics (pp. 289-306). De Gruyter Mouton.

Stroop, J. R. (1935). Studies of interference in serial verbal reactions. Journal of Experimental Psychology, 18(6), 643-662. https://psycnet.apa.org/doi/10.1037/h0054651

Sulpizio, S., Günther, F., Badan, L., et al. (2024). Taboo language across the globe: A multi‑lab study. Behavior Research Methods, 56(4), 3794-3813. https://doi.org/10.3758/s13428-024-02376-6

Sutton, T. M., & Altarriba, J. (2008). Emotion words in the mental lexicon. A new look at the emotional Stroop effect. The Mental Lexicon, 3(1), 29-46.

Vermette, J. (2010). Les sacres en français québécois : inventaire et hiérarchisation en fonction d’un regard des années 2010. Mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke.

Vincent, D. (1982). Pressions et impressions sur les sacres au Québec. Office de la langue française.

Vincent, D. (1993). Ponctuants de la langue et autres mots du discours. Nuit blanche.

Weaver, M. D., Lauwereyns, J., & Theeuwes, J. (2011). The effect of semantic information on saccade trajectory deviations. Vision research51(10), 1124-1128. https://doi.org/10.1016/j.visres.2011.03.005

White, K. K., Abrams, L., LaBat, L. R., & Rhynes, A. M. (2016). Competing influences of emotion and phonology during picture-word interference. Language, Cognition and Neuroscience, 31(2), 265-283.

White, K. K., Abrams, L., Koehler, S. M., & Collins, R. J. (2017). Lions, tigers, and bears, oh sh!t: Semantics versus tabooness in speech production. Psychonomic Bulletin & Review, 24, 489-495. https://doi.org/10.3758/s13423-016-1084-8

Zehr, J., & Schwartz, F. (2018). PennController for internet-based experiments (IBEX).

Appendix

Exemple de présentation des blocs de stimuli de la tâche de Stroop émotionnelle

Bloc 1 : sacres

Bloc 2 : mots neutres

Bloc 3 : mots négatifs

Bloc 4 : mots positifs

Essai #

Mots

Essai #

Mots

Essai #

Mots

Essai #

Mots

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

tabarnak

ostie

crisse

câlisse

ciboire

tabarnak

ciboire

sacrament

crisse

câlisse

ostie

sacrament

câlisse

calvaire

sacrament

ciboire

tabarnak

calvaire

ostie

calvaire

crisse

ciboire

crisse

calvaire

câlisse

sacrament

tabarnak

ostie

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

table

serviette

mixeur

table

chaise

mixeur

sécheuse

meuble

fauteuil

mixeur

table

sécheuse

meuble

serviette

fauteuil

sécheuse

fauteuil

serviette

meuble

fauteuil

chaise

mixeur

table

sécheuse

chaise

meuble

serviette

chaise

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

suicide

agonie

horreur

suicide

massacre

panique

horreur

émeute

torture

massacre

émeute

panique

suicide

torture

panique

torture

suicide

panique

horreur

agonie

horreur

émeute

massacre

émeute

agonie

massacre

torture

agonie

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

confort

intimité

miracle

intimité

richesse

paradis

miracle

gloire

paradis

intimité

paradis

confort

miracle

richesse

gloire

espoir

miracle

espoir

paradis

espoir

richesse

gloire

espoir

gloire

richesse

confort

intimité

confort

Notes

1 Il est à noter que la perspective théorique adoptée ici relève d’un cadre dimensionnel des émotions (Russell, 1980, 2003, 2009). Bien que certaines recherches associent les jurons à l’expression de la colère (p. ex., Jay & Janschewitz, 2008), la littérature psycholinguistique les décrit à partir de propriétés sémantiques générales, telles que la valence et l’intensité (p. ex., Reilly et al., 2020 ; Roes, Visser & Zeelenberg, 2018 ; Silva-Nasser, 2023 ; Sulpizio et al., 2024), plutôt qu’à partir d’émotions discrètes précisément différenciées. Return to text

2 Au Québec, les études collégiales désignent une étape intermédiaire entre le secondaire et l’université. Ces études sont offertes dans des établissements appelés CÉGEP (Collège d’enseignement général et professionnel). Le CÉGEP ne correspond ni au lycée ni directement à l’université, mais plutôt à une formation préparatoire ou technique qui dure généralement 2 ou 3 ans, selon le programme choisi, avant l’entrée à l’université (Gouvernement du Québec, 2025). Return to text

3 Une revue détaillée des données reliées aux 120 mots dépassent largement l’intérêt de la présente recherche et fera plutôt l’objet d’une étude subséquente. Conséquemment, seules les données des 28 mots utilisés lors de la tâche de Stroop émotionnelle sont présentés ici. Return to text

4 Longueur = longueur orthographique. Les données ont été recueillies sur des échelles de Likert à 8 points. Il y a sept (n = 7) mots par catégorie. Return to text

5 Un exemple de présentation complet peut être consulté en Annexe I. Return to text

6 n = 24 Return to text

7 n mots = 24 Return to text

8 * le test est significatif au seuil de 95% (< 0,05); *** le test est significatif au seuil de 99,99% (< 0,001); n.s : non significatif; N = 24; n = 24. Return to text

Illustrations

References

Electronic reference

Marc-Antoine Paul, « Évaluation émotionnelle des sacres du français québécois : l’utilisation d’une tâche de Stroop émotionnelle », Lexique [Online], 38 | 2026, Online since 01 juillet 2026, connection on 17 août 2026. URL : https://www.peren-revues.fr/lexique/2249

Author

Marc-Antoine Paul

McMaster University, Department of Linguistics and Languages
Centre for Advanced Research in Experimental and Applied Linguistics (ARiEAL)
Université du Québec à Montréal (UQAM), Département de linguistique.

paulm18@mcmaster.ca

Copyright

CC-BY